2003
EMPAN
Lectures
Ouvrages et revues
• Toutes les clés des écrits professionnels à l’usage des travailleurs sociaux, Rapports, enquêtes sociales, signalements, évaluations, bilans, Claudine Brissonnet. 2002. Paris, esf, 192 p., 19,90 €
Toutes les clés des écrits professionnels à l’usage des travailleurs sociaux, Rapports, enquêtes sociales, signalements, évaluations, bilans, Claudine Brissonnet. 2002. Paris, esf, 192 p., 19,90 €
Écrire peut se révéler un exercice d’autant plus difficile que le rapport va servir de support à une prise de décision majeure concernant une personne ou une famille. Dans ce cas, la question de l’écriture ne se pose plus seulement en termes d’éthique ou de principes, mais en termes de maîtrise.
Aussi, cet ouvrage propose-t-il aux intervenants médico-socio-éducatifs un véritable outil technique pour mieux maîtriser la formalisation de leurs écrits et, plus spécifiquement, de leurs rapports. Il a pour ambition de fournir des « repères » conceptuels, théoriques, mais surtout méthodologiques pour sécuriser l’« écriture » professionnelle et lui donner ainsi sa pleine efficience.
Les documents sont systématiquement présentés avec leurs principales caractéristiques et suivis d’un « exemple » retravaillé à partir de documents originaux. Ils sont ainsi directement opérationnels et peuvent être utilisés par les professionnels et les services pour formaliser leurs propres écrits.
L’animation dans les établissements pour personnes âgées, Manuel des pratiques professionnelles, T. Vercauteren ; B. Hervy. 2002. Toulouse, érès, 232 p., 23 €
Que signifie animer ? Qu’est-ce qu’une animation ? Un animateur ? Pourquoi parle-t-on, aujourd’hui plus qu’hier, d’animation en gérontologie ? Autant de questions qui habitent notre actualité consacrée à la vieillesse et qu’aborde directement cet ouvrage.
Les auteurs, sociologue, animateur, formateur, conjuguent dans ce manuel des pratiques professionnelles leur perception des différentes animations possibles, illustrent leur propos et donnent des outils indispensables à l’action.
À la fois historique, réflexif et concret, cet ouvrage soutient une animation référée à une qualité de vie fondée sur l’harmonie personnalisée à partir des attentes individuelles et non sur la standardisation d’approches collectives et systématiques. Il développe une véritable méthodologie, analyse la place des différents acteurs (animateurs, équipes, bénévoles, familles) sans oublier que la personne âgée doit rester au cœur du dispositif.
Accompagner les jeunes handicapés ou en difficulté, Éducation spécialisée et intégration, Bertrand Dubreuil. 2002. Paris, Dunod, 176 p., 21 €
Droits des usagers, responsabilité éducative des parents, politique d’intégration, évaluation du service offert, le secteur social et médico-social est en pleine mutation. Fondé à l’origine sur une approche psycho-médicale, il est aujourd’hui à la recherche d’une nouvelle légitimité, comme en témoigne la loi du 2 janvier 2002 rénovant l’action sociale et médico-sociale. Il s’agit de passer d’une réponse ségrégative en milieu spécialisé à une réponse en milieu ordinaire, avec des soutiens spécifiques conséquents.
Cet ouvrage incite à s’emparer des opportunités qu’offre cette mutation. Si les professionnels sont parfois justifiés de redouter une intégration au rabais, ils doivent cependant adopter une posture active en favorisant les situations de vie ordinaires au sein même des établissements spécialisés et en développant l’intégration dans les dispositifs de droits communs.
L’auteur illustre cette perspective en examinant le système institutionnel, le projet individuel, l’évaluation, la place des usagers, le travail avec les parents, et propose un cadre de référence, des outils et des pratiques à mettre en œuvre. Plutôt que de solliciter des modèles externes, sa démarche méthodologique s’appuie sur l’expérience des acteurs de terrain, éducateurs spécialisés, cadres de direction d’établissements, enseignants spécialisés et professionnels du soin psychologique et de la rééducation, auxquels il s’adresse en priorité.
Agir sous contrainte, être « sous » tutelle ou curatelle dans la France contemporaine, Gilles Séraphin. 2002. Paris, L’Harmattan, 175 p., 16,77 €
Alors qu’elle représente près de 1 % de la population française et qu’elle croît constamment, la population « judiciairement protégée » (« bénéficiant » d’une tutelle, d’une curatelle ou d’une tutelle aux prestations sociales) est largement méconnue en France. Que signifie être « sous tutelle » ? Comment vivent les personnes judiciairement protégées ?
« Être sous tutelle » signifie vivre sous l’emprise d’un puissant système de contraintes, certaines reconnues et d’autres beaucoup plus insidieuses. Toutefois, la personne judiciairement protégée réagit et déploie des tactiques qui lui permettent d’accomplir ce qui semble souvent être un but ultime : la conquête et la reconnaissance de son identité. Cet ouvrage se conclut par quelques propositions, pour modifier la loi et l’organisation du système tutélaire, ou pour envisager d’une autre manière la relation entretenue avec la personne judiciairement protégée.
Au-delà d’une étude de terrain, cet ouvrage pose la question de la nature de la loi, du travail social ou de la simple relation, qui sont à la fois et indissociablement des contraintes et des portes de secours pour une personne souvent en détresse. La gageure, pour celui qui est chargé d’une mesure de protection comme pour celui qui agit dans le « social », est alors d’amenuiser la contrainte afin de laisser plus de champ à l’épanouissement.
Jeunes en difficulté et intervention psychoéducative, Gilles Gendreau (sous la direction de). 2002. Montréal (Québec), Sciences et Culture, 430 p., 44 €
Enfants à risque, adolescents en danger, parents dépassés, enseignants dévalorisés, professionnels de la prévention et de la réadaptation en manque de sens…
Voilà les premières images que l’auteur et ses collaborateurs ont dû dégager, ces dernières années, de leur immersion auprès de différentes catégories de jeunes en difficulté et des adultes qui les accompagnent. Une majorité de ces adultes cherchent encore, souvent dans la discrétion, des moyens de relever ce grand défi du sens et de l’efficience de l’intervention auprès de ces jeunes.
Le présent ouvrage est une nouvelle synthèse de l’intervention qualifiée ici de psychoéducative. Aux professionnels sur le terrain, aux gestionnaires et aux formateurs, l’auteur offre des points de repère à la fois théoriques et pratiques. Ils sont le fruit d’une synthèse, riche de plus de cinquante années d’engagement enthousiaste, d’observations rigoureuses recueillies dans un contexte de vécu éducatif partagé auprès de différents types de jeunes en difficulté. Quelques-uns des principaux thèmes abordés sont les valeurs et l’intervention ; l’interaction comme paradigme appliqué au vécu éducatif partagé ; l’intervention comme structure d’ensemble ; les acteurs de l’intervention psychoéducative ; les groupes de pairs, composante incontournable ; le milieu et l’intervention individualisée, etc.
À travers ces thèmes, Gilles Gendreau exprime sans prétention, mais non sans conviction, ce que sa longue expérience de psychoéducateur et de formateur et ses travaux de recherche-action avec de nombreuses équipes professionnelles lui ont permis de comprendre de l’intervention auprès de l’enfance ou de la jeunesse en difficulté et de la collaboration avec les parents.
Dans les derniers chapitres, trois auteures, France Capuano, Martine Duvauchel et Claire Gascon Giard, abordent l’intervention psycho-éducative dans ses applications à des problématiques de la petite enfance et de l’enfance à risque. Un quatrième auteur, Paul L. Gendreau, suggère des pistes pour resserrer la collaboration entre intervenants et chercheurs.
Le placement familial, une vieille histoire à réinventer, D. Bass ; A. Pelle (sous la direction de). 2002. Toulouse, érès, 168 p., 23 €
On a recours au placement familial le plus tard possible, quand on a tout essayé : travailleuse familiale, aemo, pmi, centre maternel, thérapie… Il est vécu comme un rapt, comme une sanction par les parents, comme un échec par les intervenants sociaux. Qui peut dire comment il est vécu par l’enfant ? La justice tranche au lieu même où les intervenants sociaux délèguent à l’Autre de la Loi la responsabilité du choix. N’apparaît-il pas alors comme la réalisation d’une menace ? À l’enfant, « on donne une famille », mais lui donne-t-on ce dont il a besoin pour se construire ? Notre intérêt « pour » l’enfant s’opposerait-il à l’intérêt « de » l’enfant ?
Le cadre juridique et institutionnel du placement familial est pratiquement unique pour tous les types de placement (de longue ou de courte durée, judiciaire ou administratif, pour petits ou pour adolescents, malades ou non). Quelles incidences cela a-t-il ? Neuf ans après la loi de 1992 qui marque la professionnalisation des assistant(e)s maternel(le)s et la reconnaissance de la dimension thérapeutique de cet accompagnement, quelle analyse, quelle critique, quels enseignements permettent de repenser les pratiques qui doivent aujourd’hui s’inventer pour répondre de façon diversifiée à des situations familiales de plus en plus complexes et à l’accueil d’enfants en très grande souffrance?
Les adolescents en institut de rééducation, Claude Wacjman. 2002. Paris, Dunod, 224 p., 21,34 €
On se pose des questions à propos des « sauvageons » de banlieue, ces « clients » des internats scolaires, des centres éducatifs renforcés ou des instituts de rééducation. Les représentations qu’on a de ces établissements sont coercitives ou punitives, alors que la réhabilitation sociale y est affichée. Ces enfants et ces adolescents difficiles sont à tel point inclassables psychologiquement qu’ils en deviennent incasables socialement. Ce sont ces jeunes qu’on retrouve aux marges de la violence, des conduites à risque ou de la délinquance, souvent aussi au seuil des consultations psychiatriques.
Les instituts de rééducation ont vocation à leur accueil lorsque sont reconnues des difficultés qui les éloignent des cursus scolaires ordinaires ou aménagés. Les spécialistes qui y travaillent assurent les modalités d’une éducation globale, celle de l’enfant destiné à devenir un adulte citoyen, et les modalités d’une éducation spécifique dans un projet institutionnel qui permettra une insertion ou une réinsertion scolaire, professionnelle et sociale.
Ce livre a pour but d’examiner sur le plan administratif et de comprendre sur le plan clinique la situation de ce secteur important de l’action sociale ; de parcourir sur les plans éducatif, pédagogique et thérapeutique les questions majeures, les concepts émergents (démarche qualité, mise en réseau complémentaire de soins) et les approches théoriques de la psychologie et de l’anthropologie à l’œuvre dans ce domaine.
L’intimité surexposée, Serge Tisseron. 2002. Paris, Hachette, 179 p., 6,2 €
Analyse à la fois nuancée et rigoureuse du phénomène « Loft Story », ce livre montre à quels ressorts cachés renvoie le succès d’une telle émission, qu’on ne peut assimiler au seul voyeurisme : les jeunes qui se sont passionnés pour les aventures mises en scène dans le Loft sont aussi à la recherche de modèles de comportements. Ainsi cette émission peut-elle être considérée comme une « éducation sentimentale » de notre temps. Mais ce succès révèle également une passion pour l’exposition de soi qui n’est pas sans engendrer de nouvelles difficultés psychologiques.
Loin des condamnations hâtives et des engouements commerciaux, une réflexion de qualité sur un phénomène de société.
Adolescence meurtrie, Bertil Laitselart. 2002. Toulouse, Privat, 256 p., 21 €
« Renverse les murs et arrache les barreaux », tel pourrait être le mot d’ordre de l’École expérimentale de Pons (Charente-Maritime). Celle-ci permet d’accueillir et d’offrir un espace de parole à un groupe de quinze à vingt adolescents (de 14 à 21 ans) en difficulté et en mal de repères. Elle met à leur disposition des moyens thérapeutiques, éducatifs et pédagogiques qui, jusque-là, leur ont manqué.
Relatant l’expérience menée depuis de nombreuses années dans cet établissement, ce livre présente un intérêt scientifique : il conforte et enrichit le concept de « lieux transitionnels », de relais pour les adolescents ne trouvant, ni dans leur milieu familial ni dans l’institution scolaire classique, l’environnement nécessaire à la maturation de leur être propre.
Les fragments de trajets, dont est nourri l’ouvrage, sont riches et denses. Ils maillent avec rigueur la restauration de la parole et de la vie, et nous permettent de mieux partager cette « aventure ». Parents, professionnels et décideurs prendront peut-être conscience que le second taux de mortalité chez les adolescents est le suicide…
La relation à l’autre, L’implication distanciée, M. Germain-Thiant ; M. Gremillet-Parent. 2002. Lyon, Chronique sociale, 122 p., 14 €
Enfin une nouvelle approche de la communication ! L’ouvrage invite chacun à réinterroger ses évidences et propose une façon originale et efficace d’aborder la relation à l’autre dans toute situation.
Enfin la présentation d’un modèle simple pour gérer la complexité : l’implication distanciée (id) ! Le lecteur pourra acquérir les outils pratiques et méthodologiques de l’id pour gérer l’ensemble des paramètres intervenant dans toute communication, avec les valeurs d’authenticité et d’humanisme qui ont guidé la démarche des auteurs.
L’id facilite l’instauration des conditions d’une relation claire, sereine, au bénéfice de chacun et vise la création de nouveaux espaces qu’aucun des acteurs concernés n’avait imaginés au préalable.
Dans cette approche, toute rencontre est vécue comme une aventure relationnelle !
L’ouvrage est rédigé dans un style vivant, il abonde d’exemples qui rendent sa lecture accessible sans pour autant réduire ni simplifier la richesse de la relation humaine.
« Oui, ce sont des hommes et des femmes », Pratiques d’accompagnement et de soin, actions d’intégration, propositions autour des adultes très dépendants en raison d’un handicap mental (Prix gerse 2002), Document de travail, Hôpital Saint-Jean de Dieu, Lyon
Cet ouvrage résolument composite offre une large gamme de « témoignages et de réflexions de parcours » au sujet des pratiques d’accueil, d’accompagnement et de soins, et des modalités d’intégration mises en œuvre dans une dynamique de solidarité et de mutualisation des compétences à l’égard des personnes massivement dépendantes de leur entourage de proximité.
Il s’agit de ces singulières situations de dépendance déterminées par le poids de pathologies et handicaps d’origine précoce et au long cours de type autisme, psychose déficitaire, déficience mentale sévère, polyhandicap…
Le fil rouge est d’ordre éthique, il est symbolisé par le principe du « respect de la personne humaine quel que soit son handicap ». Mais il fait essentiellement présence dans la façon dont il questionne, en chemin, « les pratiques et les conditions nécessaires pour assurer ce respect ».
Un ouvrage lucide : à la manière d’une boîte de Pandore, il révèle de multiples sources de souffrances et de difficultés, en même temps qu’un singulier combat où « la patiente Espérance » fait activement présence.
Entre le spectre de la « psychiatrisation » et les brouillards de la « socio-banalisation », la reconnaissance des processus pathologiques et de leurs impacts, psychiquement éprouvant pour l’entourage, permet de relativiser divers « effets d’envahissement, voire de démantèlement, psychiques » ; condition incontournable pour recréer de la présence, pour réanimer la mise en jeu des compétences, pour recréer du « lien thérapeutique et social » en défrichant des réseaux de chemins de traverse et de clairières où l’« humanisation » trouve des sources vives.
Un ouvrage de communication dans un domaine où la communication est toujours mise à mal et à recréer. Les familles et les professionnels auxquels s’adresse ce document ne manqueront pas d’y être sensibles.
Un point d’étape résolument « polyphonique et polymorphe… à l’image de son message sur la nécessaire mutualisation des compétences de chacun, dès lors qu’on s’occupe de personnes handicapées grandement dépendantes ».
Il s’agit simultanément d’« un chantier qui, pour faire présence en cours de route, doit rester ouvert et se ré-ouvrir au-delà des logiques de mises en boîtes », comme disait F. Tosquelles.
Il s’agit de découvrir et de révéler en chemin diverses potentialités de rencontres entre des histoires d’humanité, de professionnalités et de citoyennetés ; au long cours et en réseaux.
Un prix Gerse qui rappelle l’humilité requise pour faire activement et positivement présence sur ce front-là !…
gerse, Ateliers Denis-Cordonnier, 16, chemin du Cuers, 69570 Dardilly.