2003
EMPAN
Éditorial
Mireille Gairaud
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Alain Jouve
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Serge Vallon
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Le groupe existe-t-il encore ? Est-il encore lieu et outil de l’intervention thérapeutique et/ou éducative. Tout simplement est-il ce parcours de vie, incontournable vers la découverte de l’altérité et de la construction de souvenirs indélébiles, comme ceux que Michel Serres, dans le texte introductif, a plaisir à nous faire partager ?
Quelque douze années après les deux premiers numéros d’Empan consacrés à « la pratique des groupes en éducation », reparler du groupe nous entraîne sur des chemins bien différents : la réalité des groupes semble avoir changé, au même titre que la famille. Cette mutation est-elle le fruit de notre regard ou bien reflète-t-elle la réalité de nos pratiques actuelles, qui ne font plus du groupe un outil presque exclusif du monde éducatif ? Aujourd’hui, le monde des thérapeutes s’est ainsi emparé du groupe comme projet de soin, ce qui, à notre sens, amène un regain d’intérêt sur le fonctionnement groupal.
Pour traiter ce sujet, beaucoup d’auteurs ont été sollicités. Ils furent si nombreux à répondre à notre invitation d’écriture, couvrant en cela, à travers leurs témoignages, tous les âges de la vie, que cet Empan aura, au vu des articles reçus, un prolongement dans la seconde partie du prochain numéro…
Pourtant, complexité et utilité du groupe ne sont pas de vains mots. En parcourant, comme nous, ce dossier de témoignages, le lecteur s’en rendra compte. Il verra tout d’abord qu’il est difficile parfois de séparer les groupes selon nos catégories habituelles. Ainsi, tel groupe à vocation de socialisation montre des effets thérapeutiques et tel groupe thérapeutique nécessite une socialisation simultanée de ses membres s’il ne veut pas échouer. La « groupalité » est sans doute une dimension transversale.
Le lecteur sera ensuite, comme nous, admiratif devant la créativité des thérapeutes… Ils créent des groupes soignants dans et hors les murs, travaillent à groupe ouvert ou à groupe fermé, y combinent médiations, échanges verbaux et engagement corporel. L’articulation, enfin, des groupes et de leur contexte institutionnel est essentielle dans les organisations éducatives. Ce n’est pas étonnant, mais on doit l’énoncer et y veiller.
Des limites sont ainsi perceptibles à la mise en œuvre d’une action en groupe. Il ne suffit pas d’être plusieurs dans le même espace-temps pour constituer un groupe, pour qu’un groupe puisse exister. À quelles conditions un groupe existe-t-il ? Nos auteurs présentent une belle variété de publics et de contextes. Il faut que le groupe fasse système, qu’il soit devenu un objet psychique. Il faut donc le désirer.
La masse n’est pas le groupe, même si elle agit puissamment sur les individus : certaines festivités nous le montrent. Le groupe existe si on s’attribue une volonté et une capacité d’agir ensemble, pas seulement d’être agi par une force anonyme ou d’être seul face aux autres. Ni isolé, ni soudé, mais articulé, telle est l’image du chaînon du groupe dans la vie sociale.
La dimension groupale prend ainsi sa dimension politique. Même si elle n’en garantit pas les résultats, elle prépare des citoyennetés et des solidarités actives.
Alors, pourquoi ne pas prendre le parti d’une certaine difficulté, pourquoi n’avons-nous pas, comme Jean-François Gomez en conclusion de cet Empan, des pensées rebelles sur le groupe et donc un parti pris non seulement éducatif, thérapeutique, social, mais aussi sociétal ?
Parti pris – tant pis s’il est jugé militant – de la médiation du groupe qui nous renverrait à la citoyenneté : le groupe nous faisant alors travailler la difficulté du lien, de l’attachement, de l’écoute de l’autre et nous réapprenant à recompter jusqu’à trois et plus… et à élaborer ainsi un tremplin à la mesure de l’humain.
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Mireille Albernhe-Gairaud, psychologue, psychothérapeute, Centre de guidance infantile,
arseaa, 27, rue Ingres, 31000 Toulouse.
[**]
Alain Jouve, directeur,
irp « Aux quatre vents »,
arseaa, route de Rebigue, 31320 Castanet-Tolosan.
[***]
Serge Vallon, psychanalyste, 106, quai de Tounis, 31000 Toulouse.