2003
EMPAN
Le dossier / Pratiques militantes
Les jeunes et la politique : entre héritage et
renouvellement
Anne Muxel
[*]
Madeleine Lefebvre :
Dans votre ouvrage, L’expérience politique des
jeunes, vous dites que, contrairement à une idée répandue, les
jeunes ne sont pas dépolitisés ; ils entretiennent un rapport différent à la
politique, fait à la fois d’attachement aux valeurs familiales et de
renouvellement. Comment appréhendez-vous aujourd’hui le rapport des jeunes à la
politique ?
Anne Muxel : Oui, je
m’inscris tout à fait en faux contre l’idée d’une dépolitisation des jeunes
aujourd’hui ; je crois en effet, et cela renvoie à votre questionnement sur les
générations, que les jeunes générations souffrent toujours d’un regard
sceptique et dubitatif des anciennes générations à leur propos, qui pensent
qu’elles ne peuvent que faire moins bien, être moins engagées, moins
politisées. Il y a toujours une suspicion des générations plus anciennes à
l’égard des nouvelles, d’où la nécessité de penser la politisation dans le
lien, dans la profondeur de la chaîne des générations, dans le processus de
socialisation politique entre les générations. Il y a une sorte de jeu de
miroir et d’effet de regard entrecroisé qui fait que les unes comme les autres
n’arrivent pas à dialoguer puisqu’il y a toujours une suspicion de la part des
anciens vers les nouveaux – « Ils feront moins bien que nous » – et des
nouveaux à l’égard des anciens – « Ils sont trop vieux, on les a déjà vus, ils
ne nous entendent pas ». Il y a la perception d’un fossé à combler, et cela
n’est pas sans conséquence sur la façon dont se construit le rapport à la
politique des jeunes générations aujourd’hui. Affirmer que les jeunes ne sont
pas dépolitisés participe de ce constat.
L’environnement politique a évolué, des changements sont
intervenus dans les équilibres géopolitiques. On assiste à un brouillage des
clivages idéologiques. La jeunesse rentrant en politique dans une conjoncture
différente, il est normal qu’elle adopte des attitudes, des comportements
différents de ceux des générations précédentes.
De plus, la présence aujourd’hui des jeunes sur la scène de
l’action politique et dans les mobilisations collectives ne rend pas crédible
le discours sur leur dépolitisation ; ils sont en effet les premiers à se
mobiliser dans des actions contre le racisme, la montée de l’extrême droite en
France ou contre la percée électorale de Le Pen. La jeunesse a d’ailleurs
toujours été présente sur le terrain politique et l’on sait comment le
mouvement lycéen et étudiant a occupé le pavé de façon régulière. Il est faux
de parler de repli. Les jeunes sont animés par un réel intérêt pour la chose
collective ; simplement, le contexte politique et social ayant changé, leurs
comportements se construisent à partir d’enjeux et de critères nouveaux. Il
faut s’efforcer d’interpréter le nouveau répertoire politique avec lequel ils
se situent aujourd’hui.
M.L. : Pourriez-vous
présenter ce répertoire et développer le mode d’approche de la politique qui
caractérise les jeunes aujourd’hui ?
A.M. : La position des
jeunes se fonde d’abord sur un désir d’autonomie et de non-embrigadement dans
les organisations politiques traditionnelles, comme les partis ou les
syndicats. Ils ne veulent pas se soumettre à l’ensemble d’une stratégie
politique et entendent garder leur libre arbitre pour pouvoir réagir en
fonction de leurs convictions ou des circonstances. Le refus des étiquettes
politiques ainsi que de toute forme de militantisme traditionnel est
affirmé.
Les jeunes d’aujourd’hui refusent une vision du militantisme
traditionnel répondant à une panoplie bien identifiée de modalités
d’intervention. Ils peuvent avoir de véritables engagements, souvent de courte
durée, ils peuvent participer de façon très active à des manifestations. Ainsi,
leur engagement dans les mouvements antimondialisation sont parfois lourds de
prises de risques pour eux-mêmes, mais ils ne se considèrent pas comme
militants pour autant. Il existe également des jeunes qui ont toutes sortes
d’interventions spontanées et peu connues, des engagements qui supposent
parfois une implication supérieure à celle d’un militant traditionnel dans un
parti ou un syndicat. Il y a là de nouvelles formes de militantisme auxquelles
il faut être attentif, prenant appui sur des initiatives plus autonomes, plus
individualisées, mais aussi plus ciblées.
M.L. : Comment
expliquez-vous cette opposition au militantisme de la génération précédente et
le refus des formes traditionnelles d’engagement que manifestent ainsi les
jeunes ?
A.M. : Je dirai
d’abord que les grands bouleversements survenus sur le plan international ont
conduit à une relativisation des idéologies ainsi qu’à une perte de crédibilité
des projets de transformation radicale de la société qui ne sont pas sans
conséquences sur la construction du rapport au politique. On a assisté à une
sorte de désillusion, de désenchantement suite à l’expérience de la gauche au
pouvoir et de la cohabitation, à laquelle vient s’ajouter une crise de la
représentation politique et la poussée des comportements abstentionnistes.
Cette crise de la représentation, le brouillage des clivages idéologiques,
cette défiance à l’égard des gouvernants a des effets démultipliés chez des
jeunes qui rentrent en politique et qui ne peuvent mobiliser ni les références,
ni l’expérience d’un monde politique plus lisible qu’ont pu connaître leurs
parents. On observe là une différenciation dans l’appréhension de la politique
des plus jeunes générations qui se répercute sur leurs attitudes et leurs
pratiques. Mais il ne faut pas pour autant stigmatiser les jeunes, qui ne font
en réalité qu’amplifier et rendre plus visibles des tensions qui s’expriment
dans l’ensemble de la population.
M.L. : Le rapport que
les jeunes entretiennent avec l’engagement politique de leurs parents, à
travers la génération 68, relève-t-il du même processus de suspicion réciproque
entre générations que vous évoquiez précédemment ?
A.M. : Je crois que la
jeunesse a d’abord voulu se démarquer de la génération 1968. Il y a toujours,
en effet, une certaine pesanteur à se sentir obligé de répéter, voire de faire
mieux que la génération de ses parents, et la position des jeunes aujourd’hui
peut être analysée comme une forme d’opposition à la problématique de la
génération 68. Après la période de relatif silence qui a suivi 1968, lors du
mouvement lycéen et étudiant de 1986, les jeunes ont voulu se démarquer de
l’expérience de la génération les ayant précédés, comme en témoigne leur slogan
d’alors : « 86, ce n’est pas 68 ». Pour eux, le fait d’être dans la rue ne
signifiait pas qu’ils répétaient ce qu’a fait la génération précédente. La
référence à 1968 a sûrement servi de repère aux jeunes manifestants, mais pour
autant ils ne voulaient pas être évalués à l’aune des événements qui s’étaient
déroulés vingt ans plus tôt. On a pu reprocher à la mobilisation de la jeunesse
son absence d’idéologie, de liens avec l’engagement politique et sa tendance à
réduire la lutte à des enjeux utilitaristes. Ce relatif discrédit exprimé par
leurs aînés est une belle illustration des formes d’incompréhension entre
générations. La révolte de la génération de 1968 portait sur des aspirations à
plus de liberté et d’épanouissement personnel dans une démarche individuelle et
existentielle. En 1986, les jeunes, refusant de faire des études qui conduisent
au chômage, ont saisi la scène politique d’une demande collective concernant la
place de la jeunesse dans la société, une démarche finalement moins
individualiste. Il est intéressant de voir comment ces deux mobilisations, à
vingt ans d’intervalle et mises en scène dans des contextes historiques,
économiques et sociaux très différents, ont suscité à chaque fois une même
incompréhension de la part des générations plus âgées.
M.L. : À côté de ces
clivages entre les jeunes et les générations précédentes, vos travaux
témoignent de processus de transmission à l’œuvre au sein des familles.
Pourriez-vous développer cette question ?
A.M. : Oui, l’étude de
la formation des choix politiques à chaque génération permet de mesurer le
poids de la transmission familiale, non pas tant sur les choix partisans, le
vote par exemple, que sur la structuration gauche-droite. Mes travaux sur la
filiation politique montrent qu’une large moitié de Français disent s’inscrire
dans la continuité générationnelle des choix de leurs parents, du point de vue
de leur orientation idéologique, c’est-à-dire leur positionnement entre la
gauche, la droite ou « ni la gauche ni la droite », et la proportion est à peu
près la même dans la jeunesse. C’est la marque d’une assez forte continuité
générationnelle. Pour autant, les contenus de cet héritage politique ont pu se
modifier au fil du temps ou revêtir d’autres significations. Se dire de gauche
ou de droite n’a pas nécessairement le même sens aujourd’hui qu’il y a vingt ou
trente ans. Cette continuité générationnelle du positionnement gauche-droite
peut être de nature plus affective qu’à proprement parler politique.
Ce positionnement idéologique entre la droite et la gauche, sur
lequel les générations se retrouvent, n’empêche pas l’existence de zones en
débat ou de différences, voire de désaccords, entre les générations sur des
questions comme le vote ou les partis politiques. Un jeune peut se dire
aujourd’hui de gauche comme ses parents, mais pour autant ne pas voter, à
l’intérieur de la gauche, pour le même parti ou encore s’abstenir, comme le
font souvent les jeunes. Il existe un jeu de réponses possibles, qui mobilise
sur certains aspects la transmission intergénérationnelle tout en se
différenciant sur d’autres.
M.L. : Comment
expliqueriez-vous cette continuité entre les positions politiques des parents
et celles des jeunes ?
A.M. : Je donnerai
deux types de réponses. D’abord, la socialisation politique se fait de façon
très précoce dans les familles, à travers un certain nombre de repères et
d’exemples tirés des attitudes et des comportements des parents dans le
quotidien de la vie familiale. L’enfant va très vite enregistrer de multiples
signes captés au travers des réactions de ses parents à l’univers politique
environnant. Il suffit d’aller dans les cours de récréation pour savoir que,
dès la maternelle, les enfants peuvent dire si leurs parents sont de gauche ou
de droite. Cette structuration assez précoce de l’univers idéologique
cristallise, de fait, un certain nombre d’attitudes chez l’enfant.
Par ailleurs, l’évolution des pratiques politiques,
l’expérience de la cohabitation, a conduit à une relative dédramatisation des
oppositions politiques au sein des familles. Les conflits politiques se sont
atténués. Dans le cadre familial, l’enjeu identitaire que constitue la
politique est moindre, ce qui peut contribuer à renforcer les processus
d’identification. Les trois quarts des parents accordent peu d’importance au
fait que leurs enfants fassent des choix politiques différents des leurs.
Paradoxalement, cette relative tolérance, voire cette indifférence, explique
que le jeune adopte les choix de ses parents.
M.L. : Au-delà de ces
éléments, peut-on estimer que le milieu social constitue un facteur de
différenciation des attitudes et des comportements politiques de la jeunesse
actuelle ?
A.M. : Effectivement,
les travaux de sociologie politique ont montré les liens entre les univers
socioprofessionnels et les orientations poli-tiques. Mais si, dans un passé
encore récent, le vote des ouvriers et des employés était davantage marqué à
gauche et celui des classes plus favorisées davantage marqué à droite,
l'analyse du vote des Français est devenue plus compliquée. On assiste en effet
à un chassé-croisé sociologique : les catégories populaires votent à droite
plus souvent que par le passé, donc pour des candidats qui ne représentent ni
ne défendent vraiment leurs intérêts, tandis que c’est dans les catégories plus
favorisées, notamment pourvues en capital culturel, que les votes pour la
gauche socialiste ont progressé le plus.
J’ajouterai que l’influence de l’origine sociale s’exerce aussi
indirectement : la transmissibilité des opinions et des choix politiques dans
la famille est fortement influencée par le niveau de parole, de discussion et
d’exemplification des choix des parents. Dans les familles où la culture du
verbe est moindre, on assiste à une sorte d’identification affective aux choix
parentaux qui peut opérer, même sans réels contenus, et les jeunes peuvent dire
: « Moi, je suis de gauche comme mes parents mais je ne sais pas vraiment
pourquoi », ou encore : « Moi, en tout cas, je ne suis pas de droite
».
M.L. : L’engagement de
la jeunesse au lendemain du 21 avril 2002 et sa mobilisation contre Le Pen
relèvent-ils de cette nouvelle approche de la politique que vous avez évoquée ?
Peut-on parler, dans ce cas, d’un renouvellement de l’implication politique
?
A.M. : D’abord, la
mobilisation contre Le Pen est une vraie fausse surprise. Le comportement des
jeunes au lendemain du 21 avril était prévisible et s’inscrit dans la
continuité des actions menées depuis plus de dix ans contre le Front national
et Le Pen. Je me souviens des entretiens que j’ai réalisés où les jeunes
disaient : « Seule l’arrivée de Le Pen au pouvoir nous mobiliserait. » Ce
scénario catastrophe a entièrement occupé leur socialisation politique, car Le
Pen fournit une sorte de balise, de repère politique facilement identifiable,
débouchant sur des actes sans ambiguïté, et le vote pourou contre Le Pen
traduit des enjeux plus clairement identifiables que pour d’autres forces
politiques.
Cette mobilisation s’appuie en partie sur un registre affectif
et émotionnel qui explique le rejet de cette figure autoritaire et de
l’expérience historique à laquelle il renvoie. Les plus jeunes générations, qui
ont acquis des connaissances par l’école et les médias, portent un réel intérêt
à cette mémoire, même s’ils ne l’ont pas vécue. Le refus de l’extrême droite
est lié en outre à une conscience aiguë, notamment chez les jeunes diplômés, de
la nécessité de respecter les droits de l’homme et, plus largement, les valeurs
universalistes (la liberté, le rejet de l’autorité, l’antiracisme), ainsi qu’à
leur attachement à la démocratie.
Si le sens de la démocratie paraît très ancré dans la jeunesse
lycéenne et étudiante, il faut aussi parler de « l’autre jeunesse », les jeunes
non diplômés, déjà dans le monde du travail, qui, à 29 %, ont donné leurs voix
à J.-M. Le Pen au premier tour (contre 11 % parmi les jeunes détenteurs du
baccalauréat ou poursuivant des études supérieures). Il ne faut pas croire
qu’il existe une seule jeunesse et une seule génération politique, la réalité
montre que les réponses politiques sont différentes selon l’expérience sociale
et les conditions d’entrée sur le marché du travail ; comme pour l’ensemble de
la population, il existe un lien très net entre la place qu’occupent les jeunes
dans le champ social et le vote pour l’extrême droite.
M.L. : Comment peut-on
expliquer l’attrait qu’exerce le Front national auprès des jeunes les moins
scolarisés et l’intérêt que portent les jeunes diplômés à la démocratie ?
D’autre part, le discours de Le Pen sur la question de l’immigration vous
paraît-il influencer, d’une manière ou d’une autre, le vote des jeunes
?
A.M. : Pendant la
campagne électorale, Le Pen a focalisé, avec efficacité, son discours sur la
valorisation et le respect du monde du travail, un discours qui a pu répondre
au besoin d’identité, de reconnaissance sociale des jeunes peu diplômés et déjà
au travail. En outre, Le Pen instrumentalise de façon efficace, dans cette
partie de la jeunesse, le rejet de la classe politique. Si beaucoup de jeunes
partagent une même image négative des responsables politiques, pour une partie
des jeunes des milieux populaires peu diplômés et en situation difficile, la
réponse à cette défiance à l’égard des gouvernants va être le vote Le
Pen.
Par contre, les jeunes plus diplômés, à la fois moins inquiets
quant à leur avenir et davantage portés par les valeurs universalistes, vont
traduire leur rejet de la classe politique par un abstentionnisme de
contestation ou de sanction. Ainsi, à partir d’une même expérience
générationnelle, d’une même communauté d’expérience, on observe des réponses
politiques différentes.
Par ailleurs, la position du Front national sur l’immigration
joue sur les générations plus âgées mais moins chez les jeunes, qui sont moins
racistes et plus tolérants. Il y a chez les jeunes une vraie différence qui
s’enracine dans l’expérience de l’école laïque et républicaine, de la
pluriculturalité propre à la réalité scolaire en France ces trente dernières
années. On parle trop souvent des défaillances de l’école, oubliant qu’elle a
imprimé des valeurs, qui se traduisent dans les comportements et les attitudes
politiques des jeunes.
M.L. : Vous
semble-t-il que les générations adultes assurent ce qu’on peut appeler « le
devoir de transmission » et contribuent à rendre lisible le monde et à engager
les nouvelles générations à prendre le relais ?
A.M. : Ce devoir de
transmission a toujours existé, mais il ne faut pas être normatif et éviter la
culpabilisation des parents qu’on tend à rendre responsables du manque
d’éducation, d’autorité, d’un déficit général de transmission. La majorité des
parents font ce qu’ils peuvent. La transmission ne s’organise pas
nécessairement de façon volontariste ni toujours de façon intentionnelle. Elle
passe par de multiples actes, par des notifications plus ou moins implicites.
Dans la famille, elle se fait le plus souvent de façon diffuse, à travers des
actes qui ne sont pas directement politiques. Elle peut prendre des chemins de
traverse, faire des détours, marquer des retours. Même la continuité des
orientations et des dispositions politiques entre les générations ne se forge
pas dans des parcours nécessairement linéaires. En marge de la famille, les
jeunes sont confrontés à des sources d’information qui se sont démultipliées,
et les médias, notamment l’omniprésence de la télévision, véhiculent une
information abondante. Si devoir de transmission il y a, il serait peut-être du
côté des programmateurs de la télévision. Évidemment, le devoir de transmission
appartient aussi à l’école et je fais partie des gens qui pensent que l’école
devrait ouvrir ses murs à la politique, organiser des débats, de l’information,
et non pas continuer à entretenir un rapport d’éviction de la politique sous
prétexte de laïcité et de neutralité.
M.L. : Vous avez
souligné quelques grandes questions qui font bouger les générations actuelles.
Au regard des travaux que vous avez réalisés, y en a-t-il d’autres ?
A.M. : À côté des
valeurs universalistes, la question du respect (les jeunes sont très sensibles
au respect qu’on leur accorde) et la justice sociale occupent certainement une
place centrale. C’est toujours le sentiment d’injustice qui fait bouger les
jeunes dans les cités. Un accrochage, même justifié, avec les policiers,
provoque immédiatement un sentiment d’injustice et des réactions violentes
liées au manque de reconnaissance et à l’identité en creux qui leur est
renvoyée tant à l’école que dans le quartier. À l’opposé, ce sont plutôt les
étudiants diplômés que l’on voit se mobiliser contre la mondialisation
libérale.
Contrairement à ce qu’on renvoie de cette génération qu’on dit
matérialiste et consommatrice, les attitudes politiques des jeunes sont
profondément animées (relayées) par ces valeurs universalistes et
post-matérialistes avec, d’une certaine façon, le triomphe de la morale. Malgré
tout, la jeunesse est constamment soumise à des injonctions paradoxales qui
ramènent à la problématique intergénérationnelle.
M.L. : Vous dites,
dans un article, que la participation à une expérience politique joue un rôle
important dans la démarche de conscientisation et le parcours politique des
jeunes. Pouvez-vous développer ce point ?
A.M. : Participer à
une action politique collective crée une expérience d’engagement directe et
concrète qui laisse en effet des traces sur les attitudes et les comportements
ultérieurs. On peut penser que la mobilisation des jeunes dans
l’entre-deux-tours de la présidentielle de 2002 – importante, puisqu’elle a
concerné un quart de la jeunesse de ce pays et près d’un étudiant sur deux – va
certainement imprimer leur mémoire politique. Mais il faut attendre les
prochaines échéances électorales pour apprécier vraiment l’impact.
[*]
Anne Muxel, directrice de recherches au
cevipof, spécialiste du rapport des
jeunes à la politique, Maison des sciences de l’homme, 54, boulevard Raspail,
75006 Paris.
Entretien réalisé par Madeleine Lefebvre.