2003
EMPAN
Éditorial
Rémy Puyuelo
Dans la presse, ces derniers mois, il a été beaucoup question
des femmes. « L'inégalité n'est pas
un effet de la nature », souligne Françoise Héritier. 46 % des femmes forment
la population active. Le chômage les guette davantage, l'écart étant
particulièrement important chez les jeunes. Elles sont toujours perçues comme «
potentiellement enceintes » par les employeurs. À tâche égale, elles reçoivent
un salaire inférieur de 10 à 15 % à celui des hommes. On apprend que 48 000
femmes ont été violées en 1999. L'image de la maman et de la putain est
toujours là dans les médias. Les disparités entre femmes se sont accentuées,
mais on note aussi des combats (« Ni pute ni soumise ») pour dénoncer la
condition des filles et des femmes dans les cités. Beaucoup d'associations de
quartiers sont menées par des jeunes femmes. La mixité scolaire est interrogée
face à la montée du sexisme dans les collèges mais aussi des modalités
d'apprentissages différents entre filles et garçons.
Le Monde de l'éducation, en janvier
2003, propose : « Il faut sauver les garçons ! » Un numéro d'empan,
en mars 2004, sera consacré à « Trajets de femmes au risque du social
».
L'insécurité est
toujours à la Une. De nombreux ouvrages tentent actuellement d'élaborer une
véritable doctrine sociale et démocratique de la sécurité. La revue
Esprit de décembre 2002 s'intitule «
L'État face aux demandes de sécurité ». Didier Peyrat fait un
Éloge de la sécurité (Éd.
Gallimard/Le Monde). Jacques Donzelot
et Catherine Mevel interrogent « la politique de la ville aux États-Unis et en
France » (Éd. du Seuil). Ils insistent sur une culture de la confiance, sur la
mobilisation des gens plutôt que sur le traitement de l'espace et sur la
confiance mutuelle plutôt que sur le consentement aux institutions. Bref, la
solidarité y est un combat quotidien tant qu'elle restera chez nous une affaire
d'État. Hugues Lagrange, enfin, dans Demandes de
sécurité (Éd. du Seuil/La République des idées), réclame un « bon
usage de l'Amérique », au moment où la politique de sécurité extérieure de
l'Amérique suscite de vives critiques.
« Pourquoi la guerre
? » : tel fut le thème d’un échange épistolaire entre A. Einstein et S. Freud
en 1932. À la question : « Y a-t-il un moyen de libérer les hommes de la
fatalité de la guerre ? », S. Freud, à l'issue d'une longue lettre, écrit : «
Combien de temps nous faut-il encore attendre avant que les autres aussi
deviennent pacifistes ? On ne saurait le dire, mais peut-être n'est-il pas
utopique d'espérer que l'influence de ces deux facteurs, la position culturelle
et l'angoisse justifiée dans les effets d'une guerre future, mettra fin à la
pratique de la guerre dans un avenir à portée de vue. Par quelles voies
directes ou détournées, nous ne pouvons le deviner. En attendant, il nous est
permis de nous dire : tout ce qui promeut le développement culturel travaille
du même coup contre la guerre. »
Au moment où l'on ne peut rester indifférent à ce qui nous
entoure, certes en France mais aussi en Europe et enfin face à la
mondialisation, Empan pose des
questions autour de la transmission dans le dossier qui vous est proposé. Bonne
lecture… et pensez à transmettre Empan
autour de vous. Le monde des revues et des livres est fragile et dépend de vos
regards, de votre lecture.
À bientôt.
Rémy Puyuelo