2003
EMPAN
Le dossier / Pratiques militantes
Cette continuité n’a pas de prix...
Pratiques de transmission dans un club de prévention : Circuits
jeunes
Sylvie Mantel
[*]
L’acte de transmettre n’est pas prémédité ; il se déroule dans
le temps, dans une longue habitude de penser et d’être ensemble. Ainsi en
est-il de nos enfants quand, au détour d’une conversation, on retrouvera des
mots déjà dits, des positions déjà annoncées, des « convictions » déjà
partagées. Et c’est eux alors qui nous ramèneront au fil que, peut-être, on
avait un peu oublié ; c’est eux qui redonnent sens, qui le prolongent, qui
l’ancrent dans la réalité.
Ainsi en est-il aussi de nos pratiques professionnelles, avec
nos collègues, les jeunes, les anciens, avec les usagers, les jeunes, les
anciens, à chaque fois une histoire partagée.
C’est l’objet de cet article : la transmission ne se fait
jamais à sens unique ; elle s’inscrit dans un processus de reconnaissance
mutuelle.
Pour illustrer mon propos, je partirai d’un court métrage
réalisé avec Jacques Tchao dans le cadre de l’atelier vidéo du service ; ce
film Ici là-bas éclaire dans la suite
de l’article comment ce processus est à l’œuvre dans nos pratiques à Circuits
jeunes et dans nos relations de travail, comme un regard partagé qui donne à
chacun l’occasion de se situer et de trouver sa place.
Un film… pour revisiter nos histoires
En 1998, je revoyais souvent Chanh ; il avait 27 ans et
reparlait beaucoup de ce qu’il avait fait avec nous, quinze ans en arrière :
les circuits, le Cheval bleu, l’Âge d’or, le Cirque, le Voyage… et surtout de
tous ces accueillants du réseau qu’il lui avait été donné de rencontrer. Il
voulait les revoir, leur dire merci, leur raconter qui il était
devenu.
Ce jeune homme est mort dans un accident de voiture le 18 mars
1999 et je me suis retrouvée à pleurer avec ceux qui l’avaient aimé, connu, et
en particulier ses amis de la cité Tabar.
Je leur racontai le projet que Chanh avait eu, avec Jacques, de
faire un film sur la générosité… et ils m’ont dit : Sylvie, ce film, on va le
faire. Voilà comment on a passé beaucoup de temps à se parler et à se reparler,
de nous et d’eux, pour se comprendre et entendre ce que chacun avait à dire de
lui-même, de son histoire et de tout ce qu’on ne raconte jamais.
Ce film nous a réunis à six au printemps 1999 : Hamed, Français
d’origine algérienne ; Aziz, Algérien ; Jean-Marc, Français ; Daovi, Française
d’origine laotienne, comme son cousin Chanh. Tous habitent la cité Tabar ; les
trois jeunes hommes sont des « anciens » de Circuits jeunes, service de milieu
ouvert créé en 1984 sur le quartier ; Jacques Tchao est réalisateur, moi-même
je travaille à Circuits jeunes depuis sa création.
De l’histoire des autres, nous constations qu’ils ne
connaissaient rien, mais de leur propre histoire non plus. Face au projet de
faire un film sur Chanh, notre première démarche avait été de rencontrer les
parents de Daovi, venus avec les parents de Chanh en 1976 du Cambodge vers la
France. Daovi profitait de ce dîner chez ses parents pour glaner quelques
informations de son père, qui répondait aux questions que Jacques et moi lui
posions. Avec une carte du Sud-Est asiatique, je tentais de retracer l’exode
familial du Vietnam, du Cambodge et du Laos.
Dans un deuxième temps, je les ai invités chez moi, dans ma
maison, pour un week-end de trois jours, et puis une autre fois pour diffuser
le pré-montage et choisir la musique, et, régulièrement nous faisions le point
certains soirs au Ricochet, ou chez Jacques, ou chez l’un ou l’autre.
Ces moments chaleureux et simples participent de ce processus
de reconnaissance qui facilite la transmission ; on ne transmet pas à des gens
qu’on ne connaît pas. Durant les séances de tournage, ils étaient seuls face à
la caméra. Ils me parlaient à moi, certes, qui les connaissais depuis
longtemps, mais aussi à Jacques, lui-même enfant d’immigrés, de père chinois et
de mère ukrainienne, très attentif à ce qu’ils se positionnent à la fois dans
leur parcours migratoire mais aussi sur la place qu’ils occupent
aujourd’hui.
Jacques leur a révélé leur place d’adulte à la charnière d’une
histoire héritée et d’un présent à construire. Sur ma place à moi, les quatre
me reconnaissent la fidélité à une histoire commune, et mon engagement. De ma
place de témoin, je suis porteuse de la mémoire de Circuits jeunes dans le
quartier.
Rituels autour de la mort : des moments forts de
transmission…
Ces questions ont été très prégnantes. À la mort de Chanh,
c’est Jean-Marc qui me servait de guide pour m’expliquer les codes à respecter
et qui me présentait à la famille de Chanh. Tous les jeunes présents s’en
remettaient aux anciens de la communauté pour la visite du chaman et pour
décider de la date de l’incinération. C’est précisément lors de cette cérémonie
qu'Aziz a réagi très fortement ; à la fois choqué et bouleversé face à une
tradition qu’il découvrait et qui lui révélait l’éloignement, l’étrangeté et
toutes ces questions qui allaient surgir par la suite sur nos origines, nos
histoires, nos cultures, en fait notre ignorance de l’autre. L’ensemble de ces
interrogations constitue comme un puzzle, le sujet du film.
Quelques mois plus tard, Aziz et Valérie, sa femme, ont perdu
une petite fille à la naissance. Aziz, dans une recherche personnelle pour
retrouver la religion musulmane, mais ignorant le rite d’enterrement, a recours
à son père pour assumer et assurer l’organisation et le bon déroulement de la
cérémonie. Son père, qu’il décrit comme silencieux, fatigué, sans échange avec
ses enfants, prend immédiatement en compte la demande de son fils et lui intime
l’ordre de ne plus pleurer, comme le prescrit la religion. Durant la cérémonie,
non seulement il est le guide de son fils dans les gestes à accomplir mais,
surtout, devant la douleur et « l’étrangeté » de Valérie à tout ce rituel, il
déroge à la tradition en imposant à la communauté d’autres façons de faire qui
respectent et donnent une place entière à la jeune femme. Aziz est réconforté
de cette présence et soulagé, enfin, de partager l’émotion avec lui.
Le père l’introduit dans la communauté, non dans un rapport de
soumission au rite, mais dans le respect des différences parmi les personnes
présentes, dans une dimension d’universel.
Ces quatre jeunes gens ont entre 27 et 30 ans ; cet âge-là
n’est pas étranger au questionnement sur soi. Deux d’entre eux sont pères… Aziz
raconte comment sa fille découvre à 7 ans que son père est arabe et l’oblige
alors à revendiquer son origine et sa culture, au risque d’être menacé de
reniement.
Les positions de Hamed sont à l’opposé : son père refuse de
communiquer avec lui en français et a refusé une fois de l’emmener en Algérie ;
lui, en réponse, ne lui parle pas en arabe et se détache de l’Algérie ; il
s’affirme laïc et dénonce l’hypocrisie de la religion. Aziz et Hamed sont
amenés à se positionner par rapport à leurs enfants, dire qui ils sont, l’un
dans la continuité, l’autre dans la rupture ; l’un s’appuie sur ses racines ;
l’autre compte sur ses propres forces. Mais tous deux sont très ouverts à leurs
enfants qui, disent-ils, devront faire leur chemin et assumer leurs
choix.
Leur positionnement respectif et différent est connu de tous,
assumé, mais jamais sujet à un questionnement ou au débat. C’est ainsi. C’est
ce qui marque principalement la « culture quartier », pour reprendre le mot
d’Hamed : « De toute façon, on ne pose pas de question quand soi-même on a peur
de la réponse. »
Le quartier, un creuset culturel
L’amitié de ces jeunes gens s’est construite sur un mode
fusionnel : « Je ne connais pas ton histoire mais je sais qui tu es » ; jamais
de questions aux parents ni entre eux. Le quartier est vécu comme un creuset
culturel qui a largement dépassé les différences.
C’est là-dessus qu’ils ont construit leurs convictions : la
solidarité en premier lieu sur un fort ressenti du racisme et de l’injustice
sociale. Ils sont comme des frères et on ne touche ni à l’un, ni à l’autre,
qu’il soit maghrébin, asiatique, français, gitan, africain. On pourrait parler
de tribu s’ils n’étaient pas curieux à ce point de l’extérieur ; les soirées
passées ensemble nous ont révélé les nombreuses bagarres et règlements de
comptes à l’occasion de refus d’entrée en boîte de nuit ou des remarques qu’il
leur faut entendre.
Tout se dit en réaction, en relation à l’autre. Ce mode
fusionnel rend la séparation impossible, plus encore le travail de deuil. Non
pas Daovi, mais les trois jeunes gens ont refusé d’employer ce terme et ont
manifesté une certaine panique quand se profilait la fin du film, donc nos
séances de travail en commun. Ils nous ont transmis leur mode relationnel car,
d’une certaine façon, aujourd’hui, on ne peut se rencontrer sans demander des
nouvelles des autres, et quand l’un ou l’autre traverse un mauvais moment, il
nous vient immédiatement à l’idée de nous inviter à passer une soirée ensemble.
L’explosion d’azf a particulièrement
provoqué ces attentions mutuelles.
On ne peut pas parler à leur égard d’un engagement politique,
mais les questions posées tout au long des interviews ont révélé un mode d’être
au monde où le droit à l’égalité pour tous est prioritaire, donc le respect de
la place de tout un chacun dans la société française, quelle que soit son
origine, donc le vote des immigrés…
Les situations de discrimination personnelle qu’ils ont vécues
les ont amenés à affirmer des positions collectives de refus du racisme et de
l’injustice.
Si l’histoire objective de leurs parents est absente de leurs
discours, ils ne sont pas moins héritiers d’une culture familiale qu’ils
assument, d’un quartier qu’ils revendiquent, et de l’histoire de Circuits
jeunes qu’ils vivent, du moins pour les trois et avec Chanh qu’ils évoquent
comme une référence très forte.
Ce film est un témoignage sur lequel ils ne souhaitent pas
débattre ; ils assument leur parole devenue publique, sans aucune
arrière-pensée ; ils sont fiers que leurs propos soient reçus avec autant
d’émotion. Et les spectateurs reconnaissent avoir eu le temps de les écouter,
de les apprécier, de dépasser les clichés habituels et de les aimer.
Ils existent pour nous et nous existons pour eux
Ce qui pourrait apparaître comme une résistance au changement
est une grande chance : celle d’être depuis dix-neuf ans dans ce service… Les
retours sur héritage sont nombreux.
Le dérisoire de notre travail au quotidien est souvent source
de frustration pour les jeunes professionnels. Il devient au fil du temps
source d’émotion, de rire, prend sens comme un fil qui se déroule. Car tous
refont l’histoire à leur façon, avec des détails insoupçonnés, sur des
rencontres, des moments de colère, de découragement, des gags, des discussions,
des repas, des soirées, des découvertes ; à chaque fois, ils la racontent avec
bonheur et beaucoup de reconnaissance à notre encontre. Car, de fait, cette
histoire partagée fait repère pour eux. Cette continuité n’a pas de prix. Ils
viennent nous dire qui ils sont devenus, au moins donner des nouvelles, parfois
demander un coup de main, vérifier que nous sommes toujours là.
Notre présence au quotidien nous met à une place de témoin
dépositaire d’histoires personnelles et collectives. Elle crée aussi des liens
de voisinage ; j’aime beaucoup ouvrir les volets le matin à Circuits jeunes et
dire bonjour aux passants, demander des nouvelles… J’ai l’impression de faire
vraiment partie du quartier ; c’est sans doute cela, le lien social, dont il
est si difficile de rendre compte dans nos rapports d’activité. Cette
continuité prend d’autant plus de sens quand ils viennent nous confier leur
souci de tel ou tel jeune qui dérape et partager nos préoccupations sur des
situations sociales.
Ces trois jeunes gens du film nous ont proposé leur aide pour
accompagner et encadrer, voire accueillir chez eux, un de ces petits qui
défrayent la chronique du quartier. Au-delà même d’une dette, ils sont généreux
et solidaires. Ce sont évidemment les valeurs d’humanisme qui prévalent dans
nos services.
J’ai en tête ce jeune homme que j’ai tenté d’aider pendant
longtemps, qui est parti et a disparu du service. Il revient dix ans après avec
une jeune fille mineure, certainement dans un réseau de prostitution ; très
ponctuel au rendez-vous pris par téléphone, il avait pensé à moi pour l’aider
et peut-être lui proposer un séjour rupture chez un accueillant du réseau,
comme lui-même l’avait vécu. Ce qui était remarquable, c’était la justesse de
son analyse, de son positionnement par rapport à cette jeune fille, sa
connaissance des protocoles de travail du service et l’adéquation de sa
démarche avec la proposition éducative.
Responsabilité personnelle et collective
Il nous arrive souvent de dire aux jeunes professionnels, aux
élèves éducateurs qu’il est important dans toute analyse d’une situation de
partir de soi, de dire je. Avec
l’expérience (et l’âge, bien sûr !), on s’autorise à parler, à dénoncer, à
affirmer des positions citoyennes qui ne suivent pas forcément le chemin de la
compréhension éducative et qui ne respectent pas les protocoles habituels. Je
pense en premier lieu à la situation des jeunes filles dans les quartiers. Je
suis, bien sûr, pour leur apporter en priorité une écoute et un soutien, sans
toutefois devenir leur complice ; il nous faut annoncer des positions très
claires qui écartent toute tentative de récupération car, dans le même temps,
nous avons à rencontrer les parents. Il est de notre responsabilité de dire
notre désaccord sur les interdits qu’ils posent. Nous savons qu’ils sont pris,
eux aussi, dans les contradictions de leur culture, mais la compréhension ne
suffit pas. Ces jeunes filles privées de sorties et de loisirs, amenées parfois
de force au mariage, soumises au bon vouloir de leur frère, ont à puiser les
forces en elles-mêmes pour sortir de la dissimulation et du mensonge, et
inventer des stratégies de négociation. Le chemin est long et douloureux, et le
conflit inévitable. La transmission ne peut se faire qu’au prix de ces ruptures
successives.
Parallèlement, nous devons rester à leur côté. Un des soutiens
que nous privilégions est de favoriser la prise de parole, les témoignages, les
rencontres, loin des parasitages du quartier. Un autre court métrage a été
ainsi réalisé par l’atelier vidéo : Paroles de
filles qui, mois après mois, circule dans les associations, sert de
support à des débats… Se créent alors la complicité, la connivence entre elles
et, au-delà, le passage à une parole collective. La transmission signifie alors
le passage à une responsabilité partagée. De la somme des histoires
individuelles qui pourraient les laisser au statut de victime, elles trouvent
ensemble des forces et des formes pour résister et revendiquer une place à part
entière.
Ce travail de transmission n’est pas concevable sans la
confiance et les liens de proximité que nous avons évoqués au début. Le passage
au collectif apparaît également dans la mise en place des réseaux,
personnes-ressources, points d’appui, professionnels de compétences diverses…
Là encore, il s’agit de reconnaissance mutuelle, de respect… Je pense au réseau
pour la compréhension des phénomènes qui nous préoccupent beaucoup et qui sont
pesants dans le quotidien, celui de la religion en est un : voir les petits
faire le ramadan, des plus grands en faire un obstacle à la communication,
d’autres s’enfermer dans les contradictions… c’est difficile. Nous ne sommes
plus dans la mission éducative stricto
sensu mais dans l’appréhension globale de la vie dans le
quartier.
À cet effet, s’est créé il y a un an un collectif interculturel
: maison de quartier de Bagatelle, Partage Faourette, association Le Ricochet,
Circuits jeunes ; pour penser ensemble. L’objectif est de partager avec les
jeunes les questions qui nous agitent, d’inviter des personnes-ressources «
autorisées » à parler (M. Weber, professeur d’arabe à l’utm). Jeunes, adultes, habitants du quartier ou
du centre-ville, chômeurs, travailleurs sociaux ou poètes, sommes invités à
comprendre, se comprendre, réfléchir sur notre rapport à la vie et au monde.
Les passages qui s’opèrent là ne sont plus de notre seule place d’éducateur
mais bien d’une foule d’individus qui se retrouvent sur une responsabilité à
partager.
Dans ces expériences, l’éducateur, comme tout un chacun, est
confronté à son propre questionnement, ses doutes, sa révolte et ses capacités
ou envies de réagir. Des collectifs d’habitants se créent actuellement sur des
questions qui nous concernent tous : le rapport aux enfants, l’insécurité,
l’habitat… chacun d’entre nous peut y participer de plein droit et bousculer à
cette occasion les représentations figées des relations entre travailleurs
sociaux et usagers.
En février 2002, un de mes collègues, Richard Laporte,
participait à une délégation civile en Palestine avec le mouvement des
Motivé-e-s. La résonance de ce voyage dans le quartier a pris une ampleur
inattendue : les jeunes passaient au service pour demander des nouvelles ;
certains l’attendaient à son retour ; d’autres sont venus discuter avec lui ou
l’ont apostrophé dans la rue. Une exposition de photos est restée à Circuits
jeunes durant trois mois et plusieurs débats ont eu lieu à Partage Faourette,
au Ricochet, à la maison de quartier… Cet acte a certes rompu l’antagonisme
entre éducateurs et jeunes, mais surtout entre Blancs et Arabes, et, dans le
climat que nous connaissons, c’est un acte très important. Leur regard a changé
; un détail, c’est la remarque de ce jeune habitant de la Faourette, dans la
crainte du soir des élections du 21 avril : « Oui, mais lui (Richard), c’est un
Français sur qui on peut compter. »
L’équipe, avec le collectif interculturel, a relayé toutes les
initiatives faisant suite à ce voyage : accueil d’une équipe de footballeurs de
Gaza, collaboration avec trois professeurs d’histoire-géo du collège Stendhal
pour travailler ensemble avec les classes de 3e sur le conflit du Moyen-Orient,
intervention de M. Weber, de l’utm,
diffusion du film Promesses au cinéma
Utopia, visites régulières de l’expo. Ces actions ont montré à quel point nous
pouvions être de plain-pied avec les jeunes habitants. Deux femmes du quartier
se sont retrouvées traductrices, des jeunes filles ont écrit des messages de
bienvenue lorsque les jeunes gens de Gaza sont venus, et une jeune fille a
proposé de recevoir un groupe d’enfants palestiniens. Un collectif s’est monté
aujourd’hui sur ce projet d’accueil basé sur la solidarité ; ce qui illustre la
nécessité de travailler avec eux sur le don.
Le collectif interculturel s’est renforcé dans l’idée de ne pas
laisser les professeurs travailler seuls ces questions avec les élèves ; il
s’agit là encore d’une responsabilité collective d’adultes pour prendre en
compte, ensemble, des problèmes d’actualité ou des points du programme, sources
de tensions, tels que l’histoire des religions avec les cinquième. La vie au
collège, aujourd’hui, dans ce quartier sinistré après
azf, est difficile et c’est à chacun
de se mobiliser pour tenter de l’améliorer.
Ce que j’écris n’est pas uniquement de mon fait ; je pense que
transmettre, c’est aussi laisser la place. Je fais, bien sûr, référence à
l’équipe de Circuits jeunes, où collaborent les jeunes collègues et les
anciens. J’ai conscience de l’intérêt de l’histoire du service parce qu’elle
m’est renvoyée par l’équipe et par le quartier, et j’en suis fière. Mais je
veille à ce qu’elle ne soit pas un poids ou un frein. Le travail décrit dans
cet article est une réalisation d’équipe, que ce soit l’atelier vidéo, les
voyages, le collectif interculturel, la mobilisation sur les collectifs
d’habitants.
Chacun participe de ce dont il est porteur, de sa place et de
ses compétences, et, bien sûr, de ses convictions. Et je retrouve en réunion
d’équipe ce que je disais en introduction de la résonance des mots et des
positions déjà énoncées. Le fil se déroule et ce sont les jeunes éducateurs qui
le reprennent pour l’enrichir et le légitimer.
[*]
Sylvie Mantel, responsable de service,
cgi-arseaa, Circuits jeunes (service
de prévention spécialisée), 6 rue du Roussillon, 31100 Toulouse.