2003
EMPAN
Actualités du secteur
Ivan Illich
Bruno Vair-Piova
[*]
Ivan Illich est mort le 2 décembre 2002. Il me semble que cela
est passé complètement inaperçu. Pourtant, je lis un quotidien national et un
quotidien régional quasiment tous les jours. Il m’a fallu le savoir dans
Le Monde diplomatique de janvier
2003.
Cela commence à faire beaucoup. Avec René Lourau, Franco
Basaglia, Félix Guattari, pour ne citer que ceux qui m’ont le plus frappé et
avec qui j’ai partagé quelques convictions.
Pour certains, comme Célestin Freinet, on honore encore leur
mémoire dans des cercles de plus en plus restreints. Que vive encore la revue
des cemea,
Vers l’éducation nouvelle !
Makarenko, il y a longtemps qu’il est oublié. Maud Mannoni, on
ne sait plus. Carl Rogers non plus. Plus de « Partisans » depuis longtemps. Où
sont les libres enfants de Summerhill ?
Pourtant, un grand débat agite des « intellectuels » qui
bougent ou qui seraient prêts à bouger… si on leur donnait un titre, une
compensation : président de ceci, présidente de cela, conseillère de celui-ci,
conseil rédactionnel de celui-là.
Ils ou elles franchissent le Rubicon
[1].
La libération du sujet devrait être de plus en plus le thème de
la recherche-action dans toutes les institutions et les « grandes machines ».
On ne voit pas grand chose venir, vu que cela touche aux pratiques
professionnelles et aux questions de pouvoir, confisqué depuis bien trop
longtemps par des chefs dans une hiérarchie verticale.
Peu importe que l’État se focalise sur des questions annexes
comme la sécurité, c’est sa marotte. Cela ne m’a pas empêché de rencontrer, ce
soir, des jeunes qui arrivaient de Dunkerque, à 1 000 bornes de l’Ariège. Que
viennent-ils chercher à l’autre bout de la France ? Qui s’en intéresse
?
On repense à Fernand Deligny et à ses
Vagabonds efficaces. But
time is changing, comme le chantait
Bob Dylan. Personne ne s’en aperçoit ou ne veut s’en apercevoir, sauf certains
comme Emmanuel Todd
[2],
qui refusent, et certainement d’autres qui n’ont sans doute pas assez de
notoriété pour pouvoir accéder à la lumière des médias.
Le spectacle a envahi la société de consommation et il n’y a
plus de rebelles.
[*]
Bruno Vair-Piova, Castelvieilh, 31600 Lherm.
[1]
Libération du 30
décembre 2002.