2003
EMPAN
Éditorial
Rémy Puyuelo
49 % des Français ont pris des vacances. Qu’on fait les 51 %
restant ?
Le feu, la sécheresse, la mort de « nos vieux », la guerre dans
le monde ont attiré les regards loin des plages et du sable fin. Les
intermittents du spectacle n’ont pas été là pour nourrir nos illusions
estivales. Les pompiers, les agriculteurs, les populations civiles, les
personnes âgées… ont remplacé les vedettes du show-biz et leurs déboires
sentimentaux. Retraites, culture, santé, travail, éducation n’ont pas pris
leurs vacances habituelles.
« Devant l’effort, lorsque tout réclame un labeur insensé, une
seule certitude persiste donc – contre tout, avec humour, l’appel du métier
d’homme se fait insistant. Au combat donc, car tout est à bâtir avec légèreté
et joie. » Ainsi se termine ce petit livre d’Alexandre Jollien
Le métier d’homme (Le Seuil, 93 pages,
octobre 2002). Ce livre d’adhésion à la vie a été écrit par « un handicapé » :
« Démarche chaloupée, voix hésitante ; jusque dans mes gestes les plus infimes,
mouvements abrupts de chef d’orchestre drôle et sans rythme – voilà le portrait
de l’infirme. »
Il développe son combat joyeux de chaque instant, aborde la
souffrance, l’unicité de l’homme, et a des mots vrais sur le corps.
« Il s’impose en force – siège de la douleur, dispensateur du
plaisir, fondement de l’être, le corps constitue une véritable conquête.
L’apprivoiser, l’habiter peut-être, voilà encore une tâche impartie à
l’apprenti qui se lance dans l’exercice du métier d’homme…
« D’ordinaire, pour faire l’éloge du corps, on évoque l’image
du sportif et du mannequin. Je cherche au contraire dans le “légume” ce qui
fonde notre nature, je découvre dans sa constitution débile les pistes d’une
réflexion qui permet de cibler les prodiges que réalise le corps et de
discerner la merveille qu’il représente. »
Cette méditation philosophique sur la vie humaine rejoint le
thème de ce numéro d’Empan « Sport et
intégration ». Un dramatique fait divers où un père de famille a été écroué à
Mont-de-Marsan (Landes) pour administration de substances toxiques pour faire
gagner son jeune fils au tennis, met en évidence certains aspects développés
dans notre dossier.
Alors que nous avions bouclé ce numéro, vient de sortir dans
Reliance (10 juin 2003), revue du
Collectif de recherches, « Situation de handicap, éducation, sociétés »
(Université Lumière, Lyon 2, Institut de Sciences et pratiques d'éducation et
de formation), un article de Marc Clément « De l’activité physique adaptée… »
(pages 38-44) où est développée la place des activités physiques adaptées dans
le processus d’insertion et de soin de la personne en situation de handicap. Il
interroge, à travers la personne en situation de handicap, le sport dans notre
société.
Sport « un modèle en crise », nous proposait Alain Loret dans
Le Monde du 17 décembre 2002. Le poids
économique du sport français représente aujourd’hui 1,7 % du produit intérieur
brut. Le sport contemporain est passé en moins d’un quart de siècle d’une
économie de l’offre à une économie de la demande dans une combinaison
d’intérêts privés et publics où l’État devrait tenter de maximiser l’utilité
sociale du service public dans les années à venir en définissant une politique
sportive sur un nouveau modèle. Les IXe Championnats du monde d’athlétisme ont
eu lieu à Paris. Le sport a été à la fête. Cela renforcera-t-il notre
candidature aux Jeux olympiques de 2012 ? Mais, en fait, peu importe !
L’important est d’avoir pu être ensemble, tous pays et langues confondus :
faites le sport, pas la guerre !
Ce numéro d’Empan nous
fait entrevoir combien le sport, « à
la fois usine et supermarché de la santé qui est devenue le nouvel horizon de
la politique » (R. Redeker, Le Monde
du 23 août 2003), met en fait en question tout citoyen, et engage les
travailleurs sociaux de la santé et de l’éducation dans une démarche de
réflexion dont le devenir de l’être dans son corps et dans son psychisme doit
être le fil rouge.
Notre numéro de décembre 2003 sera consacré à nos aînés,
question cruciale brusquement médiatisée cet été. Nous espérons que d’ici là,
si elle a quitté la une de nos médias, elle n’en restera pas moins une vraie
question de société qui nous permettra de réfléchir ensemble à leur place, au
respect humain que nous leur devons, à la richesse et à la créativité qu’ils
nous apportent.
Une dernière pensée pour tous ceux que nous nommons tout
simplement azf à Toulouse, et
terminons par un espoir sur ce « sacré métier d’homme ». « Joyeux et austère,
il réclame un périlleux investissement de tous les instants » (Alexandre
Jollien).