Empan
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I.S.B.N.2-7492-0133-0
160 pages

p. 88 à 94
doi: en cours

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Le dossier / Témoignages

no51 2003/3

2003 EMPAN Le dossier / Témoignages

Yannick Souvré, basketteuse de haut niveau

« Nous avons juste la chance de pouvoir exploiter ce qui est peut-être un don, en tout cas ce qui représente un travail et une passion.
Eh bien, cette chance-là, il faut la rendre aux gens. »
Yannick Souvré possède un palmarès à faire pâlir beaucoup de sportifs « mâles surmédiatisés » (un des plus beaux palmarès du sport français) : 251 sélections en équipe de France, championne d’Europe avec celle-ci en 2001 et deux fois vice-championne d’Europe en 1993 et en 1999, places d’honneurs aux jeux Olympiques (cinquième) et aux Championnats du monde, championne d’Europe quatre fois en club, huit titres de championne de France, presque autant de coupes de France, entre autres…) Elle a accepté de s’entretenir avec nous sans hésiter. Yannick nous a répondu comme la meneuse de jeu joue sur le terrain, avec la franchise, l’engagement et l’énergie qui la caractérisent… Nous ne savions pas alors, même si nous le pressentions, qu’elle allait tirer un trait sur sa riche carrière de joueuse peu de temps après cet entretien [1].
Bruno Ranchin, pour Empan : Yannick, ne trouves-tu pas affligeant la différence de traitement médiatique entre le titre de champion d’Europe 2001 obtenu en France par l’équipe de France féminine de basket-ball, sous ton capitanat d’ailleurs, et le titre de champion d’Europe de l’équipe de France de football masculin un an auparavant ? Au-delà de cela, comment expliques-tu le décalage entre la considération accordée au sport féminin et au sport masculin de haut niveau ?
Yannick Souvré : Oui, il y a une énorme différence de couverture médiatique entre le sport masculin et le sport féminin. La particularité du football, c’est qu’il est le sport numéro un en France ; effectivement, il y a beaucoup de licenciés et c’est un sport extrêmement suivi. Les médias vont trop loin dans sa couverture médiatique et le public français n’a pas vraiment le choix puisque, de toute manière, on lui impose des tonnes de matchs. Si on donnait plus de moyens au sport féminin, nous pourrions nous en servir à bon escient, cela nous permettrait d’être plus reconnues. Les structures auraient des facilités sur les plans organisationnel et financier, tout dépend bien entendu des médias. Plus vous êtes connus, plus les sponsors s’intéressent à vous et plus les structures dans lesquelles vous évoluez prennent de l’importance. C’est vrai qu’on ne reconnaît pas encore assez la femme sportive. Il y a eu pourtant une évolution. Depuis le temps que je suis dans le monde du sport, j’ai pu la constater. Mais ce n’est pas encore la parité, loin de là !
Si tu avais à faire la promotion de ton sport de prédilection qu’est le basket, que soulignerais-tu en dehors de son aspect émotionnel ? As-tu également le sentiment que celui-ci aide les joueuses et les joueurs à mieux s’accepter tels qu’ils sont ?
Le basket est avant tout un sport ludique, relativement simple à comprendre même s’il a des spécificités. Le but premier est de marquer un panier à l’adversaire et le deuxième but est de ne pas en encaisser un de ce dernier. C’est un sport qui peut se pratiquer à tout âge, sauf au plus haut niveau. Un enfant de six ans comme un adulte de soixante ans peut prendre beaucoup de plaisir à jouer au basket. C’est un sport de salle, qui a des règles bien définies tout comme en a la société. Pour les plus jeunes, cela induit des aspects éducatifs très intéressants : c’est un sport collectif où l’on apprend à partager, à aider les autres et à être aidé par les autres. Oui, effectivement, c’est un sport qui permet aux jeunes de très grande taille de se retrouver très tôt dans un monde qui leur est familier parce que les gens autour d’eux ont les mêmes caractéristiques. Leur taille n’est pas toujours facile à assumer et cela autorise de pouvoir se décomplexer, quelque part. Mais je tiens à préciser que ce n’est pas un sport réservé aux grands, loin de là !
Même si certains sports la favorisent, qu’est-ce que tu penses de la longévité de certaines sportives et de certains sportifs ? Est-ce que tu comptes toi-même pousser le plus loin possible ton parcours de compétition ?
Il y a sport et sport. Le sport de haut niveau implique des doses et, à un moment donné, le corps dit stop ! Il faut savoir l’écouter afin d’avoir une vie qui ne soit pas troublée par des traumatismes pesants après la carrière sportive. Le sport de haut niveau n’est pas totalement recommandé par la médecine dans la mesure où on s’abîme beaucoup, on va au-delà de la limite. Donc, je crois qu’il faut savoir s’arrêter, ne pas pousser trop loin, ne pas faire les années de trop pour de mauvaises raisons. En ce qui me concerne, je ne vais pas tarder à arrêter, parce que j’ai trente-trois ans et que j’ai envie de faire autre chose. La sportive de haut niveau fait beaucoup de concessions au niveau de sa vie privée, et puis c’est vrai que ce n’est pas trop dans les mentalités françaises que de s’arrêter un an, faire un enfant et reprendre derrière.
De nombreux sportifs et de nombreuses sportives de haut niveau ont témoigné d’un grand vide existentiel lors de leur retraite sportive. Certains appellent cela la « petite mort ». Redoutes-tu cette période de ta vie ?
Je ne la redoute pas parce que je l’ai préparée depuis mes débuts. En passant mon bac, en suivant des cours, en rentrant dans la vie active (puisque je travaille), et surtout en préparant ma « reconversion psychologique », c’est-à-dire de bien négocier ce passage. Je trouve dramatique de parler de petite mort, il y a plein de choses à faire dans la vie, pas seulement être joueuse de basket. Moi, je n’ai pas assez de temps dans ma vie pour tout faire. Certes, les années qui suivent l’arrêt de carrière sont difficiles à vivre dans le sens où on n’a plus cette forme de pression que l’on aime et que l’on appelle l’adrénaline sportive. C’était devenu presque une drogue et on se retrouve avec une existence un peu plate. Il faut arriver à retrouver une part d’excitation. Moi, j’ai tout fait pour que justement, le jour où j’arrête, je puisse avoir des passions, un travail extrêmement lié, ce qui me permettra de répondre à de nouveaux challenges. Un des plus importants sera de construire une vie de famille et d’avoir des enfants. Et je crois que là, la reconversion sera toute vue.
Tu représentes, pour beaucoup de gens, la réussite telle qu’ils aimeraient la connaître ne serait-ce que quelques secondes. Tu es donc prise dans le regard des autres. Est-il difficile d’en faire abstraction ? De rester ce qu’on pense être soi-même ?
Pour moi, ce n’est pas difficile parce que je crois être très nature. Avec les bons et mauvais côtés que cela peut induire. Même si on n’est pas des footballeurs, je crois qu’à partir du moment où nous sommes médiatisés, nous nous devons d’être des exemples. Nous devons nous rappeler que nous avons une chance inestimable de faire de notre passion un métier, d’être rémunérés pour cela. Nous nous devons aussi d’être des modèles, ne serait-ce que pour les jeunes qui nous regardent et qui envisagent de faire la même chose que nous.
Des psychologues posent la question du surinvestissement du corps chez le sportif. En se focalisant sur l’action et la sensation, ils disent que c’est un excellent moyen d’échapper à l’élaboration, à sa propre façon d’être et de penser. Qu’en penses-tu ?
C’est peut-être vrai pour les sports individuels. Dans les sports collectifs, nous sommes tellement dépendants du comportement des autres. Le sportif de haut niveau est quelque part paranoïaque – il ne sera apte à la compétition que si son corps suit –, donc il est sans cesse énormément à l’écoute du moindre indice de quelque chose qui pourrait devenir un problème. Mais ce n’est pas parce que je suis au top de ma forme ou que je suis très mal en point que mon équipe va être totalement pénalisée, donc c’est moins vrai pour les sports collectifs.
Il semble incontournable de passer par des moments durs, parfois de souffrance intense avant d’avoir la sensation de tutoyer la perfection, d’atteindre un objectif difficile. Es-tu convaincue que « le jeu en vaut la chandelle, qu’il n’y a pas des dangers à toujours rechercher la perfection ? » Est-ce que parfois, tu t’es sentie en état de surentraînement par exemple ?
J’ai l’intime conviction que tout travail mérite récompense. Mais que tout travail entraîne souffrance. On n’a rien sans rien. Maintenant, il faut garder à l’esprit que ce que nous faisons reste du sport et qu’il y a des limites à ne pas dépasser, je veux parler du fléau qu’est le dopage. Je crois que le corps est un moyen d’information extraordinaire, il téléguide notre cerveau et nous permet de savoir si justement nous ne sommes pas en surrégime et si nous n’en faisons pas trop. Je prends pour exemple mon dos qui est un de mes soucis majeurs et qui l’aura été durant toute ma carrière. Quand j’ai ces problèmes qui réapparaissent sous forme de lombalgie, c’est que je suis certainement en surmenage au niveau corporel. Mon dos m’envoie des informations qui m’indiquent de m’arrêter et je ne peux pas faire autrement. Le corps, l’être humain est bien fait. Une contracture sur un muscle, c’est un signe de fatigue à un moment donné. Il faut savoir le prendre en compte. Malgré la pression financière, celle du résultat, qui peut être considérable dans certains sports, il ne faut jamais oublier que le corps, c’est la vie, et que sans lui, on ne peut rien faire.
As-tu déjà, au cours de ta longue carrière de basketteuse, été amenée à refuser des produits suspects préconisés dans le but d’améliorer tes performances ? Est-ce que tu penses que les sports collectifs de haut niveau ont été contaminés par la recherche médicale d’optimisation de la performance ?
Je vais parler de ce que je connais bien, en l’occurrence, le basket féminin français. Je n’ai vécu ni en Allemagne, ni en Espagne, ni en Italie. On ne m’a jamais rien proposé, donc je n’ai jamais eu à refuser. Je crois que l’éducation parentale ou celle que l’on peut recevoir quand on est une jeune fille de 15 ans, loin de ses parents, par les éducateurs, les entraîneurs, doit expliquer que le dopage est un danger énorme. Maintenant, il ne faut pas être aveugle même si dans un sport collectif les données sont différentes, c’est un fléau énorme dans le sport. Il est de plus en plus prégnant. Et je pense qu’on ne sait pas tout ce qui se passe. Moi, j’ai la chance de pratiquer un sport, en tout cas en France où le dopage n’a pas mis les pieds pour l’instant. Mais je ne suis pas sûre que la ligue américaine masculine soit… hors de danger. Nous, on en est encore loin. Et heureusement.
As-tu déjà connu cette solitude extrême face à une blessure sérieuse dans laquelle, même s’il est entouré, le sportif se réfugie dans le doute et se demande s’il va revenir à son meilleur niveau ?
Personnellement non, et heureusement ! J’ai eu très peu de traumatismes, des petites choses ponctuelles, mais peu qui m’aient arrêtée en tout cas plus d’un an hors des terrains. Par contre, j’ai côtoyé beaucoup de mes coéquipières qui ont eu des problèmes physiques. Et cette solitude existe vraiment, même dans un sport collectif. La sportive qui se blesse s’isole automatiquement parce qu’elle a l’impression de ne plus pouvoir apporter à son équipe. Un isolement psychologique se fait tout de suite, et en tant que capitaine, je fais très attention à ce que ces filles-là ne se sortent pas trop du groupe en leur disant de rester au contact et en essayant d’être très près d’elles afin que, justement, elles ne se sentent pas esseulées dans la démarche de récupération et de reconstruction. C’est d’ailleurs primordial pour le résultat de la rééducation. Si un sportif, surtout celui qui pratique un sport collectif, qui a donc l’habitude d’être entouré, se sent seul du jour au lendemain, c’est terrible. Même si un sportif est seul face à sa blessure et que c’est à lui d’aller puiser au fond de lui pour trouver l’énergie et le courage de s’en sortir, il faut qu’il se sente bien épaulé. Par la famille mais aussi par ses coéquipiers.
Y a-t-il de la place pour une vie affective dans le sport de haut niveau ? Quel est le rôle de l’accompagnement de la famille ? Du conjoint ?
Très difficilement. Plus facilement dans d’autres cultures que la société française encore trop machiste à mon goût. Les joueuses des pays de l’Est qui viennent en France sont suivies par leur mari, copain ou fiancé. Chez nous, si ton compagnon travaille et que tu changes de club, c’est délicat de le faire suivre. Et ce n’est pas encore complètement entré dans les mentalités. L’exemple du sport se retrouve aussi dans une entreprise. Une femme ayant un bon poste aura des difficultés à faire suivre son mari. Et en plus, ce n’est pas très bien vu. « Se faire entretenir » par sa femme reste complètement tabou, ce que je trouve dommage. C’est surtout une très belle preuve d’amour. Le rôle de la famille est, lui, énorme. Je suis très fortement soutenue par la mienne. Elle m’épaule dans les moments difficiles, me stimule dans les moments où j’aurai pu baisser les bras. Je peux voir autour de moi des filles dont la famille s’intéresse peu à ce qu’elles font. Elles ont un manque quelque part. Mais cela n’est pas vrai que pour le sport : un jeune qui prend des cours d’acteur aura plus de chances de réussir si son projet est soutenu par ses parents que si ces derniers considèrent cela comme une lubie. L’entourage familial peut être extrêmement bénéfique, il peut être également terriblement nocif : porter aux nues son enfant, en étant persuadé qu’il est le meilleur du monde peut être à double tranchant. Mes parents connaissent très bien le milieu du basket pour y avoir joué. Ils ne sont pas là pour me « servir la soupe » ou me « passer de la pommade ». Ils ont su me remettre les pieds sur terre quand j’ai eu, dès le départ, beaucoup de réussite. Et cela, je pense que c’est très positif. Au niveau du conjoint, c’est pareil, c’est le même apport. C’est se sentir soutenu. Il faut aussi que cet apport soit positif. On peut côtoyer des gars qui suivent leurs copines basketteuses, qui les voient beaucoup plus mirobolantes qu’elles ne sont et qui estiment qu’elles ne sont pas bien traitées. Très souvent financièrement. C’est bien que le conjoint dépasse son rôle de confident pour proposer une épaule rassurante le jour où cela ne va pas. C’est dans ces moments-là qu’on en a besoin. Et puis aussi, de temps en temps, calmer le jeu quand la personne s’enferre. Et cela n’est jamais salutaire. Un très bon sportif, c’est quelqu’un qui a une constance psychologique. Cela lui permettra d’avoir une constance sur le terrain. Donc il faut arriver à ce que l’entourage, que ce soit le fiancé, la famille ou les amis – ils sont très importants aussi –, vous voie tel que vous êtes et soit capable de vous dire les choses telles qu’il les ressent. Les amis sont moins « demandants » que le fiancé. Moi, j’ai fait le choix de mettre ma vie privée entre parenthèses parce que je considère que ce que j’ai à offrir n’est pas assez important par rapport à ce que je dois donner à la personne. Je suis comme je le dis souvent « mariée à mon sport ». C’est mon choix. Je vis ma passion à 200 %, mon activité de joueuse et mon implication au niveau des instances françaises et internationales. Et à l’intérieur de ce choix de carrière, je n’ai malheureusement pas beaucoup de place. Bon, si j’avais trouvé l’être parfait et qu’il accepte tout cela…
La pratique intensive d’un sport empêche-t-elle l’accomplissement de sa féminité ? Je pense aussi au désir de maternité que peut éprouver une femme.
Alors là, certainement pas. Je trouve que faire du sport de haut niveau nous permet de prendre conscience de ce qu’est notre corps, de le modeler à notre façon. Par exemple, moi, j’aime bien me sentir musclée, tonique. Je pense qu’une femme qui ne fait pas de sport aimerait bien se sentir un peu, comme moi de temps en temps… Mais je ne fais pas de body-building non plus ! Autant la féminité sur un terrain de basket m’importe peu, autant en dehors de ce dernier, j’aime me sentir femme et je me sens totalement femme. Mes coéquipières sont très féminines aussi, elles font du shopping, elles se maquillent, tout ce que les femmes font bien entendu. Par contre, c’est vrai qu’il existe une part de frustration parce que la compétition impose des choix. Et c’est vrai qu’au niveau de la maternité, les années défilent, quand on se retrouve après la trentaine et qu’on n’a toujours pas d’enfant, cela devient pesant. Actuellement, cela me pèse parce que c’est une chose de la vie que je ne veux absolument pas rater.
Dans le milieu de la haute compétition, se préoccupe-t-on du rôle du sport concernant l’intégration des personnes handicapées, l’insertion des jeunes défavorisés ? Dans ta pratique sportive, as-tu eu l’occasion de rencontrer des déficients mentaux, des handicapés physiques ou des jeunes vivant des situations d’exclusion ?
On s’en préoccupe. J’ai participé aux jeux Olympiques de Sydney. Derrière suivaient les jeux Paralympiques. Je suis dans une grande entreprise, edf, qui se consacre également à l’insertion des handicapés physiques et mentaux, je trouve que c’est bien. Nous avons pu rencontrer, peu de temps avant les championnats d’Europe 2001 en France, l’équipe de France féminine de basket fauteuil. Moi, je considère que c’est une très belle leçon qu’elles nous donnent et que si, de temps en temps, nous nous apitoyons un peu sur notre sort, je crois qu’il faut savoir aussi se retourner, regarder ailleurs. Maintenant, il est certain qu’il y a encore plein de choses à faire pour permettre à ces sportifs de faire du haut niveau. En tout cas, cela m’interpelle énormément parce que c’est une grande leçon de vie qu’ils nous donnent, de savoir se battre quand on n’a pas toutes ses capacités ou physiques ou mentales. Je suis assez souvent sollicitée pour justement aller dans les quartiers défavorisés et dès que je peux je réponds présente. Le basket, c’est aussi le basket des rues. C’est un sport que l’on retrouve dans les quartiers difficiles, il y a des paniers un peu partout. J’avais notamment participé à une action marquante à Auxerre avec des éducateurs qui avaient monté un tournoi de basket. Malheureusement, j’ai un emploi du temps très chargé, donc c’est toujours un peu difficile. Je pense que le sport est un excellent moyen d’oublier ponctuellement les soucis de la vie quotidienne, et Dieu sait que ces jeunes en ont, et de trouver dans un club une seconde famille pour ceux qui n’ont pas un foyer très équilibré. Des éducateurs peuvent les épauler tout au long de leur adolescence. Il y a donc beaucoup de choses intéressantes derrière. Très jeune, j’ai été personnellement sensibilisée par une amie américaine éducatrice spécialisée sur le handicap physique ou mental. Elle m’a ouvert les yeux et changé mon regard.
Le professionnalisme n’est-il pas en train de faire disparaître des vertus essentielles que véhiculent le sport : la solidarité, la fraternité, l’équité ?
Le sport spectacle a un côté financier à outrance qui n’est pas toujours très bon pour les valeurs premières du sport. Mais si nous prenons l’exemple connu de l’équipe de France de football, extrêmement médiatisée individuellement et collectivement, cette équipe a aussi montré des valeurs humaines et culturelles qui sont très importantes et qui sont au-delà du sport. Même s’ils gagnent des millions, les joueurs ont fait passer le message de l’intégration, ce qui me paraît primordial dans la société actuelle. Il faut juste ne pas oublier que quand on a la chance d’être un sportif médiatisé, on fait rêver beaucoup de gens. Il faut demeurer soi-même, savoir rester humble parce qu’on est un sportif et rien de plus. Nous avons juste la chance de pouvoir exploiter ce qui est peut-être un don, en tout cas ce qui représente un travail et une passion. Eh bien cette chance-là, il faut la rendre aux gens.
Y a-t-il des éléments qui te viennent à l’esprit par rapport aux questions déjà posées ? Ou d’autres remarques ?
Le sport, dans l’actualité dramatique [2] que l’on vit, est un bon moyen de pouvoir occasionnellement penser à autre chose. C’est déjà ça. Et je voudrais souligner le côté très fraternel qu’il y a dans le sport. Dans ma propre équipe, j’ai une Croate et une Serbe. Elles s’entendent à merveille. Le sport, c’est cela aussi.
La question que j’avais oublié de poser à Yannick lui fut posée quelques jours après notre entrevue dans le journal L’équipe [3], à la veille de la rencontre au sommet avec Valenciennes en demi-finale du championnat d’Europe des clubs :
Tu dis toujours que tu parles et agis pour les autres, mais n’y trouves-tu pas ton intérêt ?
Mais bien sûr ! Sauf que ce n’est pas un intérêt, c’est un plaisir. Le plaisir qu’on a à un moment donné de penser qu’on peut aider les autres et le plaisir inverse, lorsque ça ne va pas bien – parce que ça m’arrive comme à tout le monde –, de pouvoir être aidée. C’est dans la recherche de la relation humaine que je trouve mon compte. Ma façon d’être dans le sport est la même que dans la vie tout court. J’aime savoir sur qui je peux compter, j’ai des amis pour qui je ferais n’importe quoi et je sais qu’ils agiraient de même pour moi. En vieillissant, le recul que je prends avec les choses fait que je joue toujours pour gagner, ça c’est incontournable, mais plus que jamais pour par-ta-ger ! Le quart de finale qui nous qualifie pour le Final Four cette année, c’était génial, une ambiance comme on n’en avait pas eue depuis un moment… C’est ce que je recherche, ces moments-là, plus faciles à obtenir dans la victoire, mais ils existent aussi dans la défaite, quand on se regroupe, qu’on se solidarise. J’aime vraiment ça. En fait, la seule ambition personnelle que j’aie pu avoir, c’est le capitanat de l’équipe de France : j’y mettais quelque chose de plus.
 
NOTES
 
[1]Tout continue, en mieux », L’Équipe, lundi 12 mai 2003.
[2]La guerre en Irak.
[3]Cf. L’équipe du jeudi 10 avril 2003.
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[1]
Tout continue, en mieux », L’Équipe, lundi 12 mai 2003. Suite de la note...
[2]
La guerre en Irak. Suite de la note...
[3]
Cf. L’équipe du jeudi 10 avril 2003. Suite de la note...