2004
EMPAN
Le dossier / En famille après 60 ans
Les formes du voisinage à la vieillesse
[*]
Monique Membrado
[*]
Il est commun de lire que l’entourage premier des personnes
âgées est la famille, et que les amis et les voisins, plus on vieillit, restent
secondaires. Si le processus de vieillissement accélère en effet le repli sur
les plus proches affectivement, il convient de ne pas négliger les différences
de comportement selon les moments de ce processus et selon les modes de
sociabilité qui sont développés.
Voisiner : un processus continu
Selon une enquête de l’insee (1997), l’âge est un facteur important du
comportement relationnel ; au-delà de 60 ans notamment, le nombre de liens
hebdomadaires diminue sensiblement, et on constate une accélération de cette
baisse sur l’ensemble du réseau à partir de 80 ans. Blanpain et Pan Ké Shon
(1999) présentent leurs données en distinguant des étapes dans le processus
qu’ils décrivent comme « une diminution progressive du paysage relationnel ».
Pour ce faire, ils découpent les âges au-delà de 60 ans en tranches de cinq
ans, ce qui permet d’identifier des moments de plus ou moins grande transition
dans le processus d’entrée en vieillesse. Ils notent qu’entre 60 et 65 ans le
passage à la retraite entraîne une diminution des contacts avec les collègues
et que les nouveaux retraités, femmes et hommes, mobilisent davantage les
relations de voisinage ainsi que de descendance. Après 65 ans, la tendance se
confirme, notamment avec un accroissement du réseau dû à l’arrivée des
petits-enfants. Il se produit comme une compensation des pertes de relations de
travail par le renforcement des liens de parenté et de voisinage. De 70 à 75
ans, les femmes en couple voient leur réseau amical diminuer légèrement ; cela
peut être dû à la survenue du handicap chez leurs conjoints, généralement plus
âgés, qui réduit alors leurs contacts. On voit ici l’intérêt de l’analyse des
relations à la vieillesse en termes de dynamique de couple et de genre. C’est
après 80 ans que les contacts amicaux et de voisinage faiblissent notablement
en même temps que les relations avec les commerçants. C’est à ce moment que
l’on voit se renforcer, s’il y a lieu, les liens avec la famille et les
descendants en particulier.
Les modes de sociabilité des individus à la vieillesse
s’inscrivent en continuité avec des histoires de vie qui ont plus ou moins
mobilisé la famille et les réseaux extérieurs. Dans une recherche sur les
rapports entre modes de spatialisation et processus de vieillissement (Clément
et al., 1995), nous avons mis en
évidence des liens forts entre les formes du vieillir et le rapport à la
famille. Entre autres, plus la famille est présente de manière réelle,
affective ou espérée, attendue, moins il est fait appel aux voisins, moins ils
sont signalés. Nous avons dégagé des formes de vie en famille centrées sur les
familiaux et d’autres plus distants qui privilégient la recherche de
l’autonomie (« la bonne distance »). En particulier, l’attente à l’égard des
enfants exclut, au moins en première approche, les voisins. Au contraire, moins
l’adhésion au modèle familial est forte, plus l’autonomie est grande et plus le
groupe de pairs et la sociabilité extra-familiale s’avèrent importants
(Mantovani, Membrado 2000).
Des relations non contraignantes : les voisins ne sont pas des
intimes
Si l’on se réfère à la définition que donne Claire Bidart des
relations de voisinage (Bidart, 1997), on perçoit bien que ce qui qualifie ces
relations, cette sociabilité principalement rattachée à un espace, à des lieux,
c’est essentiellement leur dimension non structurelle, non contraignante.
L’auteure oppose ces formes de sociabilité non obligées, qui caractérisent les
liens de quartier, à celles qui régissent le monde de l’entreprise bien plus
codifié : « Celui-ci (le milieu du travail) en effet a la particularité de ne
pas autoriser l’invisibilité, d’interpeller forcément le travailleur et de
l’obliger à se situer, à gérer des relations sociales. Dans un quartier par
contre, on peut rester isolé, maintenir le vide relationnel. Le milieu de
travail impose une contrainte de sociabilité collective avec obligation de
faire un choix d’appariement. » (Bidart, 1988). Les règles de « bon voisinage »
existent, mais elles ne sont pas soumises par définition aux contraintes d’un
monde plus ou moins fermé comme celui de l’entreprise ou celui de la famille.
Elles sont caractérisées d’une certaine manière par leur légèreté et leur
respect de l’intimité, leur absence d’intrusion dans les affaires privées. La
norme rejoint en quelque sorte les pratiques, si l’on reprend la définition de
Townsend (Phillipson
et al., 1999) : «
Il ou plutôt elle, est quelqu’un qui n’attend pas de passer du temps chez vous
ou vient fourrer son nez dans vos affaires, qui échange des mots de politesse
dans la rue ou par dessus la barrière du jardin, qui ne fait pas beaucoup de
bruit, qui peut fournir une goutte de vinaigre ou une pincée de sel si vous
êtes à court, et qui avertit votre famille ou le docteur en cas d’urgence. Le
rôle du bon voisin est qu’il est un intermédiaire […] Elle est le “passeur”
(go-between), passant les nouvelles
d’une famille à l’autre, d’un ménage à l’autre. Son rôle est fait de
communication, pas d’intimité
[1]. » C’est un portrait que nous retrouvons en partie
dans les entretiens réalisés auprès de personnes de 75 ans et plus mais qui ne
recouvre pas totalement les définitions plus ou moins explicites qu’elles en
donnent. Cependant, le côté informel, non structurel des relations de voisinage
est ce qui les différencie essentiellement et des liens d’amitié et des liens
de famille : « Les rapports de voisinage correspondent à des relations qui ne
demandent que peu de coordination avec autrui et par là même peu de négociation
» (Ulf Hannerz, cité par Claire Bidart). Un travail de « bonne distance » est
réalisé entre voisins selon ce que chacun attend de l’autre. Et cela quel que
soit l’âge : les vieux voisinent comme les autres.
Le souci de la « bonne distance » : les voisin-e-s ne sont pas des
professionnel-le-s
L’analyse des formes du voisiner à la vieillesse, manifeste une
sorte de gradation dans les relations : d’une moindre implication, « j’ai de
bons voisins » – qui repose sur le constat d’une proximité résidentielle qui
peut simplement relever de « l’anodin qualifiant », le « bonjour, bonsoir » –,
on peut passer à une forme plus relationnelle qui va de l’échange de propos à
la conversation, puis à l’échange d’objets ou de services. La forme la plus
achevée de l’implication étant l’entraide qui peut, selon les situations, se
définir par certains (et davantage par certaines) comme du « souci des autres »
: « Je m’occupe de ce voisin ou cette voisine. » Cependant, l’entraide n’est
pas l’aide. Et ces propos sont tenus plus par celui ou celle qui donne que par
le ou la « donataire ». Demander à quelqu’un s’il ou elle apporte du soutien,
de l’aide, suscite en général plus de propos que de lui demander s’il ou elle
reçoit de l’aide. Reconnaître l’apport d’autrui amène la personne à se dire
limitée dans certaines activités, dans une situation d’incapacité et en
définitive de « dépendance ». La situation de dépendance peut être mal vécue si
elle est définitive, ou perçue comme telle, et surtout si elle ne peut donner
lieu à un « contre-don » (Bloch, Buisson 1994). Cette conversation entre une
personne de 92 ans et sa voisine (en présence de l’enquêtrice) est
particulièrement révélatrice de l’ambivalence et de la complexité des rapports
entre aide et voisinage :
(Arrivée de la voisine,
Mme P. qui voit que Mme L. n’a pas pris ses médicaments, elle
la « gronde »)
E : Prenez-les Mme L. Vous voyez, elle vient vous
surveiller Mme P.
L : Ce n’est pas une employée, mais elle vient me fermer les
fenêtres.P : Je suis sa voisine, je ne suis pas une employée.
P : Mais je fais plus qu’une employée, je le fais pour ma
voisine.
La fonction instrumentale de l’aide qu’évoque le fait de «
surveiller » n’est pas reconnue par la voisine qui fait plus qu’une « employée
». Être voisine insère les gestes dans le registre de l’informel, du non
codifiable : « Je le fais pour ma voisine. » Cependant, pour Mme L. le rôle de Mme P. la voisine est plus ambigu. «
Fermer les fenêtres », est-ce bien le rôle d’une voisine ? L’histoire de
Mme L., peu investie dans les
relations familiales, permettrait de mieux comprendre ses propos. C’est une
femme indépendante, qui répugne à dire qu’elle ne se suffit pas et qui ne
reconnaît que l’entraide et la réciprocité des services. Cette expression au
sujet d’une hospitalisation est exemplaire : « La voisine m’a accompagnée, la
pauvre ! […] Elle venait deux fois par semaine, remarquez c’est une femme
seule, ça lui faisait une promenade, parce qu’elle aime circuler […]. » Ainsi,
d’une certaine manière, l’égalité est rétablie.
Parmi les figures du voisiner que nous avons fait émerger,
celle que nous venons de décrire relève de la figure du « voisin ou la voisine
privilégié-e ». Ce voisin, cette voisine, réalise en général plusieurs
activités chez la personne, dont certaines apparaissent comme des « services »,
et presque jamais comme des aides, du moins du point de vue de la vieille
personne. Si dans la grande majorité des cas, ces voisin(e)s sont des personnes
seules, soit veuves ou veufs, soit célibataires, et pour la plupart de la même
génération ou proche sur le plan de l’âge, les relations intergénérationnelles
ne sont pas exclues. Telle jeune fille du palier porte le pain tous les jours,
tel jeune homme vient arracher l’herbe du jardin. Il s’agit ici d’un voisinage
de proximité.
Du lien aux lieux : le sentiment d’appartenance à un
collectif
Si l’amitié ne suppose pas une forme ou une assise spatiale, le
voisinage se constitue de et par la spatialité. L’ancienne enquête
insee menée par François Héran (1987)
insistait déjà sur les liens entre les définitions du voisinage et les types
d’habitat. On ne voisine pas de la même façon selon que l’on vit en
pavillonnaire, en habitat collectif, selon qu’il s’agit du milieu rural ou
urbain, mais aussi selon sa propre histoire résidentielle. Et, de ce point de
vue, la rencontre avec les personnes vieillissantes est particulièrement
intéressante. Car l’histoire avec les autres se construit sur la longue durée
et de cette histoire dépend le sentiment d’appartenance à un lieu.
Le voisinage perçu comme collectif ajoute à la dimension de la
proximité celle d’un espace d’appartenance commun à la personne qui parle et
ceux qu’elle désigne comme voisins. Il s’agit d’un espace public approprié et
d’un espace d’expérience commune ; un pied d’immeuble où cet homme va prendre
le soleil avec d’autres ; une petite place où « nous sommes bien entre amies
sur un banc » ; un espace d’interconnaissance qui peut être dans certains cas
sollicité : « On connaît tout le monde, le fait qu’on soit près on connaît tout
le monde, dans les maisons en face ou par là, on allait faire les courses, et
entre voisins on se trouvait dans les magasins, on parlait, on s’embrassait,
c’était très gentil. » C’est par le qualificatif de « gentil » que l’on
caractérise le voisinage apprécié, avec lequel on peut entretenir des relations
de niveaux très divers, pas forcément par le biais de services rendus.
L’important est souvent d’être reconnu et de reconnaître, tout en se protégeant
d’une trop grande familiarité. On ne sacrifie pas à la norme du « bon voisinage
» qui est d’avancer d’abord le « chacun chez soi » : « Non, on n’a pas de
fréquentation avec les voisins. Même, vous voyez là, il y a un voisin là, c’est
un bonhomme qui y habite là, il est tout seul, des fois, il vient me… chose, et
il me rend des petits services si j’en ai besoin mais on ne se fréquente pas.
Comme la dame qui est en haut là, on ne se fréquente pas. »
Un autre mode d’appropriation de la rue proche, de l’espace
comme collectif, s’effectue très souvent par le regard par la fenêtre. Beaucoup
de personnes témoignent de cette emprise sur leur environnement par les
observations des scènes de la rue qui leur procurent une connaissance sinon
intime des voisins, du moins de leur rythme de vie. Il s’agit d’une forme de
présence au quartier très prisée quand les forces déclinent. La durée
d’installation dans le logement ou le quartier est souvent la garantie d’un bon
ancrage spatial et symbolique. C’est pourquoi les déplacements résidentiels
(par des procédures urbanistiques ou des raisons plus personnelles de santé et
de rapprochement familial) peuvent constituer de véritables ruptures et
conduire à des processus de déprise.
Malgré la distance avouée, le bon voisinage peut permettre des
services occasionnels ou, beaucoup plus rarement, être considéré comme un
réservoir de services. Les échanges effectués ne sont pas fondamentalement
différents de ceux réalisés avec le voisin privilégié pour les personnes qui en
ont un : la gestion du courrier (en cas d’absence), les courses (mais dans ce
cas moins régulièrement), relever une personne qui a chuté, tenir compagnie,
s’occuper des chats, échanger les journaux. Rares sont ceux qui font appel à
une aide dans l’ensemble de leur réseau de voisinage : parce que d’une part
pour beaucoup le besoin d’aide n’est pas très important ; d’autre part les plus
en difficulté bénéficient en général d’une aide professionnelle ou
familiale.
Maintenir l’égalité dans les échanges
L’aide apportée par le voisinage ne va donc pas de soi. C’est
un événement particulier (par exemple une fracture due à une chute pour une
personne qui n’est pas chroniquement handicapée) qui a permis la sollicitation
du voisinage. Nombre de témoignages vont dans ce sens, qui énoncent que les
bons rapports de voisinage se passent à l’extérieur, dans les limites du jardin
ou de la rue, ou encore sur les coursives. Pour que les voisins interviennent
au domicile, il faut que la légitimité de la demande de services apparaisse
clairement. Un débat sur l’égalité des échanges s’instaure entre voisins, qui
peut se régler par des accords, des contrats, ou par un changement dans le
statut de la relation, le voisin disparaissant au profit de l’ami-e ou du
copain-copine. Les relations de voisinage ne peuvent se combiner avec des
rapports qui supposeraient la dépendance à quelqu’un. Dans ces cas-là, le
voisin, la voisine change alors de statut et endosse celui de l’ami-e.
Même si le voisinage peut constituer un potentiel sur lequel on
peut compter, on attend les occasions légitimes pour le solliciter et on reste
dans la réciprocité de l’échange, à défaut de quoi on tente de « rétablir
l’égalité ».
On le voit par ces exemples, le réseau de voisinage est peu
impliqué dans le travail de soutien qui suppose une inscription sur la longue
durée ainsi que l’entrée dans le domaine de l’intime. Même si la fonction de
surveillance (qui est un des rôles du voisinage et dépend notamment du type
d’habitat) est sans doute plus importante à l’égard des vieilles personnes, le
rôle du voisin ou de la voisine reste dans les limites du « passeur », du
messager. Il conviendra d’avertir la famille si les volets restent anormalement
fermés mais surtout si la personne chute ou est blessée. Les quelques
recherches qui ont porté sur le rôle du voisinage dans le soutien social
s’accordent sur le fait que les activités accomplies par les voisins sont moins
intenses et ne sont surtout pas de l’ordre du soin. Il semble que le «
familialisme », c’est-à-dire la place fondamentale accordée aux valeurs
familiales, qui caractérise particulièrement notre région d’enquête ne soit pas
une variable suffisamment explicative de cette attitude, puisque des constats
équivalents sont faits dans d’autres régions de France mais aussi au Canada
(Leroy et coll., 1988). Dans un article sur l’articulation entre les
solidarités familiales et les solidarités publiques dans le maintien à
domicile, les auteurs font une allusion au réseau de proximité pour admettre
qu’« il demeure très peu impliqué dans les soins personnels, et limite plutôt
sa contribution à des tâches comme les courses ou l’entretien d’un jardin.
Voisins et amis sont en général peu enclins à exercer des tâches ardues ou à
s’engager à long terme. Ils ne peuvent donc être assimilés aux membres du
réseau familial dans l’exercice du soin, et encore moins les remplacer. Les
aidants ne sollicitent d’ailleurs le voisinage qu’en cas d’urgence et avec
beaucoup de réserve » (Leseman et Martin, 1993).
L’enquête canadienne, qui cherche à mettre en évidence des «
groupes principaux de soutien potentiel » auprès de personnes âgées vivant à
domicile, remarque que dans l’aide reçue par les personnes vieillissantes les
amis et voisins viennent bien après la parenté et que les organismes ont été
mentionnés plus souvent que les amis et voisins.
Le voisinage s’éloigne quand la famille intervient
Quand les rapports inégaux s’installent du fait d’une
dépendance plus grande pour effectuer les actes de la vie quotidienne, c’est la
famille qui est d’abord sollicitée.
L’attention au statut familial, mais aussi aux formes de lien
avec la famille, peut permettre de mettre en évidence des modes divers de
sociabilité et de rapport au voisinage. Le cas des veuves précoces ou des
personnes célibataires (des femmes notamment) est particulièrement exemplaire
d’une vieillesse négociée dans la douceur, dans la continuité d’une vie faite
d’autonomie et de construction raisonnée d’un réseau social. Ces personnes
savent souvent mettre à profit et mobiliser, quand elles le jugent nécessaire,
partie ou ensemble des liens sociaux et amicaux qu’elles ont tissés au long de
leur vie (Membrado, 1998). Cependant quand la maladie surgit, ou quand des
personnes se définissent par le « mal vieillir » ou la « vieillesse maladie »,
ce qui est le cas de personnes déjà « dépendantes » affectivement, on assiste à
un repli et à l’enfermement sur le réseau familial. La survenue de la maladie
d’Alzheimer est particulièrement révélatrice à cet égard. Dans l’ensemble, on
constate un recul dans les échanges avec le voisinage (les visites s’espacent,
on demande des nouvelles mais souvent par téléphone…), en grande partie
attribué à la gêne ressentie par les voisins devant les comportements de la
personne âgée et devant les difficultés de communication que cela
entraîne.
Les personnes vieillissantes voisinent comme les autres
Cependant, malgré quelques nuances, il n’y a pas une façon de
voisiner spécifique à la vieillesse. L’intervention de voisins en urgence n’est
pas propre à la vieillesse : les voisins feraient de même (et font de même)
quel que soit l’âge de celui ou celle qui est dans l’embarras. Éventuellement,
la probabilité qu’elle soit plus fréquente est plus grande. Le type de services
rendus sous le régime de l’échange réciproque (tout ce qui concerne les
services en cas d’absence en particulier) n’est pas non plus spécifique au
grand âge. Dès qu’il s’agit d’interventions plus « chroniques », les vieilles
personnes en difficulté et leur famille font appel à d’autres sortes
d’intervenants, ou changent alors radicalement le statut du voisin : on peut
rencontrer des voisines devenues salariées (au moins « au noir »), ou des
voisines devenues des amies.
Une fonction plus spécifique à la vieillesse : la
surveillance
En revanche, un type d’action apparaît relativement spécifique
à la vieillesse (mais il peut concerner peut-être aussi parfois la petite
enfance), c’est la surveillance. Nous avons vu plus haut que l’espace de
voisinage se caractérisait par un certain regard sur l’espace public. Des
volets fermés trop longtemps ou inhabituellement, l’absence de sortie du
domicile à des moments rituels, l’aboiement anormal du chien, tous ces indices
peuvent constituer autant de signaux d’alerte. Certains auteurs ont insisté sur
la puissance du contrôle social dans les sociétés anciennes, au point de parler
de « tyrannie de cette surveillance communautaire ». Depuis longtemps soumis à
dévalorisation (on oppose la liberté de l’anonymat urbain à la pression de
l’interconnaissance villageoise), ce contrôle communautaire (que l’on pourrait
opposer au contrôle des pouvoirs publics plus moderne) n’a pas complètement
disparu dans les normes contemporaines de la vie sociale. On le voit dans la
manière dont est perçue la nouvelle de « l’abandon » d’un voisin ou d’une
voisine resté-e seul-e à son domicile pendant plusieurs jours, du fait d’une
chute ou d’une maladie, ou pis après avoir décédé. Cette fonction qui peut
s’exercer couramment dans certains espaces de voisinage à l’encontre
d’habitants de tout âge, prend une forme exacerbée quand il s’agit des
aîné-e-s.
·
Bidart, C. 1997.
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Cet article est issu d’une recherche collective. J. Manto-vani,
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Habiter et voisiner au grand âge, orsmip-u
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cnrs-Fondation de France.
[*]
Monique Membrado, sociologue,
cieu-cnrs, umr-cirus 5193, université de
Toulouse-II Le Mirail.
[1]
Traduction personnelle.