Empan
érès

I.S.B.N.2-7492-0134-9
200 pages

p. 116 à 118
doi: 10.3917/empa.052.0116

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Le dossier / En famille après 60 ans

no52 2003/4

Le vieillissement normal, du fait d’un meilleur suivi médical lié à l’évolution rapide des connaissances, atteint de plus en plus les personnes avec autisme. Mais si les personnes avec autisme vieillissent, leurs parents les précèdent (dirait Monsieur de La Palisse). Au vieillissement « normal » se superpose l’évolution du handicap. Les difficultés qui apparaissent sont consécutives au vieillissement, au handicap et à leurs interactions.
 
Problèmes liés au vieillissement
 
 
Nous ne développerons pas leur nature, ce sujet étant traité par ailleurs. Rappelons toutefois :
  • l’augmentation de la pathologie générale (apparition ou aggravation) ;
  • l’apparition d’une pathologie spécifiquement gériatrique ;
  • l’aggravation des pathologies liées au handicap (rigidification, renforcements).
 
Problèmes liés au handicap
 
 
  • somatiques (moteurs, sensoriels, pathologies diverses…) ;
  • psychiques (bizarreries du comportement en particulier) ;
  • administratifs et financiers (à partir de 60 ans le statut de la personne handicapée change).
 
Interactions vieillissement et handicap
 
 
Rappelons :
  • l’augmentation de pathologies ;
  • la diminution de pathologies (globale ou relative) ;
  • l’augmentation de la dépendance ;
  • la modification de type de dépendance (de plus en plus somatique).
 
Problèmes posés à la famille par le vieillissement
 
 
Le vieillissement de la famille
Avec le temps qui passe certaines difficultés rencontrées par les familles s’aggravent et de nouvelles apparaissent :
  • difficultés de prise en charge : physique (diminution de la force physique, problèmes de santé, décès) ; psychique (fatigue, démotivation) ; matérielles (financières par diminution des revenus) ;
  • problèmes liés à la fratrie : elle existe ou pas ; elle participe ou pas (en positif ou en négatif) ; elle peut aussi nécessiter la mobilisation des parents ;
  • problèmes liés à l’éloignement géographique : par manque de place en centres adaptés : trop de personnes avec autisme résident à des centaines de kilomètres de leurs familles (Belgique, Corrèze, Lozère, Pyrénées, Dordogne…) ; par obligation (professionnelle ou familiale) de résidence éloignée ;
  • n’oublions pas le cas dramatique et sans cesse renouvelé du décès des parents avec une personne non prise en charge !
Le vieillissement de la personne avec autisme
La dépendance de la personne avec autisme augmente généralement avec l’âge et le changement de statut (la personne handicapée devient une personne âgée ordinaire à partir de 60 ans) peut entraîner aussi des difficultés financières.
Le vieillissement s’accompagne souvent d’un isolement affectif : la diminution des visites ; la disparition d’êtres d’attachement ; la diminution de l’intérêt porté à la personne (elle est moins attachante car moins gratifiante).
La perte des repères humains (étayage affectif plus fragile) nous semble un facteur prédominant et, dans tous les cas, très préoccupant pour les parents.
Les difficultés de communication verbale et non verbale sont accrues : par diminution des performances ; par disparition des personnes possédant les « clés » du mode d’expression personnel de telle personne autiste ; par diminution de l’intérêt porté par des tiers à cette personne ; par l’accaparement de l’attention des tiers par des préoccupations matérielles et de santé somatique.
On assiste à la modification et souvent à l’augmentation des troubles du comportement : rigidification comportementale (instrumentalisation), stéréotypies et bizarreries par perte de plasticité cérébrale (diminution des capacités adaptatives).
Ces troubles sont renforcés par l’attitude des tiers consécutive à :
  • l’incompréhension des modes d’expression de la personne ;
  • l’intérêt croissant pour les problèmes somatiques, allant de pair avec une diminution des activités éducatives et socialisantes.
Les préoccupations des parents
À ces problèmes liés au vieillissement s’ajoutent des préoccupations spécifiques aux parents.
L’angoisse de mort, fréquente dans une population « ordinaire », est remplacée chez les parents d’enfant souffrant d’autisme par l’angoisse de laisser leur enfant handicapé privé de la relation affective qu’ils exerçaient de leur vivant.
Paradoxalement cette angoisse est accrue par le vieillissement de la personne handicapée, car les parents sont conscients du fait que leur enfant vieillissant nécessite davantage de soins somatiques, toujours autant de soins affectifs, et ne montre plus aux yeux des tiers l’attrait qu’il pouvait présenter enfant ou jeune adulte.
Ce sentiment représente pour les parents une souffrance réelle que les structures sociales n’ont pas capacité à apaiser aujourd’hui. L’organisation sociale actuelle aurait plutôt pour effet de renforcer le sentiment d’incertitude par les bouleversements qu’elle connaît, aggravés par l’insupportable condition d’obligation légale de prise en charge « au vu des moyens » qui permet d’annihiler tous les droits des personnes et lave les « responsables » politiques et administratifs de toute obligation morale.
À cette situation les familles répondent par des propositions et des espoirs :
  • la nécessité de continuité d’accompagnement éducatif, social, affectif ;
  • soit la possibilité de demeurer dans l’établissement de résidence en adaptant la structure ;
  • soit un accueil en un lieu spécialisé mais en assurant la continuité de l’accompagnement y compris affectif ;
  • soit l’accueil en maison de retraite mais uniquement si les moyens adaptés et spécifiques de celle-ci sont assurés (avec maintien des aides, aah, quel que soit l’âge).
Ajoutons que si la mobilisation des parents de jeunes personnes handicapées est très forte et supplée partiellement aux carences de notre société (les projets et réalisations de structures d’accueil sont pour la plupart une conséquence de cette mobilisation), cette mobilisation s’émousse avec le temps (usure, fatigue, manque de moyens matériels et financiers). Or l’attention portée au problème par les pouvoirs publics est à la mesure de ce niveau de mobilisation.
 
NOTES
 
[*]Réflexions de parents d’adultes souffrant d’autisme et membres de l’association sesame-autisme. Cariol-Tort 31380 Montastruc
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