2004
EMPAN
Actualités du secteur
« Insérer, maintenir dans l’emploi, accompagner le vieillissement des personnes handicapées vieillissantes
[*]... »
Nicole Crémazy-Baby
[*]
Dans le cadre du programme d’intérêt communautaire
equal et à l’occasion de l’année européenne des personnes handicapées, les partenaires
[1] du projet « Handi-Vies » (cofinancé par le fonds social européen et la
drass Midi-Pyrénées et piloté par l’
arseaa) ont organisé, salle du Sénéchal à Toulouse le 20 juin dernier, un colloque sur le thème : « Insérer, maintenir dans l’emploi, accompagner le vieillissement des personnes handicapées vieillissantes. Nouveaux dispositifs, nouvelles fonctions. »
Placé sous le haut patronage de Marie-Thérèse Boisseau, secrétaire d’État aux Personnes handicapées, de Martin Malvy, président du conseil régional Midi-Pyrénées, de Philippe Douste-Blazy, député-maire de Toulouse, de Françoise de Veyrinas, députée européenne, de Pierre Izard, président du conseil général de la Haute-Garonne, de Jean-Michel Baylet, président du conseil général du Tarn-et-Garonne et avec la participation du conseil général de l’Ariège, ce colloque a réuni quelque deux cents personnes.
Les partenaires français, belges, italiens et espagnols du projet, co-financeurs et autorités de tutelle, ont exprimé leurs points de vues, exposé leurs politiques, présenté des pratiques et des expériences originales en matière de formation professionnelle, d’insertion durable des personnes handicapées vieillissantes et fait ressortir des besoins pour le renouvellement et la formation des personnels chargés de leur prise en charge et de leur accompagnement.
Au cours de cette manifestation introduite par le recteur Jean-Claude Martin, président de l’arseaa, Françoise de Veyrinas, député européen, représentant le député-maire de Toulouse, Monique Iborra, conseillère régionale, représentant le président du conseil régional Midi-Pyrénées, Claude Touchefeu, conseillère générale, représentant le président du conseil général de la Haute-Garonne, André Montane, conseiller général de l’Ariège, Jean-Pierre Rigaux, directeur régional de l’Action sanitaire et sociale représentant la secrétaire d’État aux Personnes handicapées, Claudine Cambon, directrice de la Solidarité départementale du Tarn-et-Garonne, Annick Montfort, déléguée régionale de l’agefiph, ont exprimé le soutien de leurs institutions, développé les axes de leurs politiques et les différentes actions menées.
Tout en dressant le bilan de la situation en Europe et en France, les intervenants ont souligné, comme le Directeur Régional des Affaires Sanitaires et Sociales, que cette manifestation reflète « une prise de conscience partagée de la nécessaire mobilisation en faveur des personnes handicapées et participe à la réflexion lancée en Europe sur la pertinence des politiques d’insertion sociale ». L’évolution des sciences et des techniques leur a ouvert de nouvelles perspectives. La société doit maintenant orienter ses efforts pour prendre en compte leur diversité. Cela demande réactivité, adaptation des dispositifs, nouvelle approche des modes d’accompagnement que la formation des professionnels du secteur doit intégrer.
« On compte trente-sept millions de personnes handicapées en Europe, dont environ cinq millions en France (parmi lesquelles quelque six cent mille ont plus de 40 ans et soixante mille sont handicapées mentales). 2 à 3 % des enfants d’une classe d’âge sont atteints d’un handicap et le taux de chômage des adultes handicapés s’élève à 26 %.
Beaucoup de ces personnes ne peuvent bénéficier d’un accueil spécialisé. Leur insertion professionnelle, maintien dans l’emploi ou prise en charge du vieillissement, constituent des défis à relever. Considérer la personne dans sa globalité, ses besoins et aspirations nécessite adaptabilité et souplesse des politiques, mise en réseau des compétences et des moyens. »
Les missions des conseils régionaux et généraux en matière d’éducation, formation professionnelle et emploi, dans le cadre de leurs compétences actuelles et de celles qui vont devenir les leurs, avec la prochaine étape de la décentralisation, ont été brossées par leurs représentants, relayés par ceux des organismes.
Parmi les mesures prises et les actions menées pour adapter les politiques aux nouveaux besoins qui émergent, sont à citer :
- la création d’un centre de ressources, mis en place dans le cadre du plan État région par le conseil régional Midi-Pyrénées, dont la mission, en collaboration avec l’agefiph, l’anpe, les cotorep, cap emploi, est de lutter contre les exclusions, avec des accompagnements spécifiques, dispositif dont cinq cents personnes handicapées ont déjà bénéficié ;
- les aides personnalisées pour l’autonomie, les réseaux clic mis en place en France à l’intention des personnes vieillissantes et gérés par les conseils généraux dont le rôle est important dans le secteur, permettent de diversifier l’accompagnement (maintien à domicile, passage en établissements et alternativement) ;
- les dispositifs mis en place par l’agefiph pour le maintien dans l’emploi de personnes handicapées qui risquent de perdre leur poste (du fait de ce handicap, ou parce qu’il s’aggrave, notamment en raison du vieillissement), s’appuient sur un réseau d’acteurs à compétences multiples (médecins, assistantes sociales, ergonomes, ressources humaines…) pour que le problème soit traité globalement le plus rapidement possible, la personne concernée restant actrice et au centre des préoccupations. La réussite des interventions tient au fait qu’elles mettent en évidence les atouts et non les déficiences des personnes concernées ;
- l’implication du département du Tarn-et-Garonne dans les problèmes liés au vieillissement des personnes handicapées : par la création, en partenariat avec l’arseaa, de deux structures expérimentales (les résidences de Bordeneuve et Las Canneles) pour la prise en charge des personnes handicapées de plus de 45 ans et de leurs parents eux-mêmes âgés, et le travail fait en commun au sein du projet « Handi-Vies », avec une participation active à l’évaluation de la dépendance des personnes accueillies au moyens d’outils comme map (modèle d’accompagnement personnalisé).
La parole a ensuite été donnée aux différents membres associés dans le projet « Handi-Vies » et à leurs partenaires (belges et italiens du projet « starh » piloté par l’Agence Wallonne pour l’Intégration des Personnes Handicapées [awiph], espagnols du projet « adecomer » conduit par la municipalité de Merida, et français du projet « handi-visa » coordonné par le snapei) qui ont développé des fonctions et des dispositifs originaux d’accompagnement des personnes handicapées en intégration professionnelle, expérimentés par leurs institutions. Les divers intervenants de cette deuxième phase, animée par Jean-Louis Geze, vice-président du ccamp, se sont attachés à prouver ce qui est faisable et à faire ressortir les principales caractéristiques de mise en œuvre de leurs actions.
L’étude spécifique menée par l’Institut Régional de Formation aux Carrières Éducatives et Sociales (appelé désormais institut Saint-Simon), sur « les profils de compétences des personnels d’accompagnement des personnes handicapées vieillissantes », a été présentée par Denis Turrel, son directeur, et Jenny Antoine, chef de projet Equal.
Le secteur social et médicosocial est confronté à deux enjeux majeurs : faire face à l’évolution des besoins de qualification dans les établissements et s’adapter aux grandes lois qui orientent les pratiques internes et touchent l’ensemble de l’Europe au niveau de la réforme des diplômes et de la libre circulation des travailleurs. Dans ce contexte et devant l’augmentation de l’espérance de vie des personnes handicapées, l’étude menée dans Equal par l’Institut participe à la création d’un modèle social européen en tentant de répondre à cinq questions :
- quels sont les besoins en accompagnement des personnes handicapées vieillissantes ?
- quelles sont les compétences nécessaires pour que les professionnels réalisent cet accompagnement ?
- quel référentiel d’activités construire à l’échelle européenne ?
- quel est le besoin d’emploi aujourd’hui face à cette problématique ?
- et enfin, c’est là l’ambition du projet : quel référentiel de formation construire à l’échelle européenne ?
L’étude, qui sera publiée en juin 2004, porte sur un échantillon fourni par la drass : quatre cents professionnels (de soixante établissements dans les huit départements de Midi-Pyrénées), qui accompagnent les personnes handicapées vieillissantes en institution et à domicile. Vingt-cinq questions d’ordre typologique, ergonomique ou prospectif leur sont posées au cours d’un entretien. Les premières réponses font notamment ressortir que les questions abordées correspondent bien à une inquiétude des professionnels qui essayent de trouver, avec les usagers et les familles, des solutions adaptées à leur environnement. Les compétences déjà repérées, « écoute et observation », requièrent une formation mais aussi une expérience et mettent en évidence la nécessité d’organiser des systèmes de formation en alternance. Ressort également des réponses, la difficulté de compréhension mutuelle au sein des équipes pluridisciplinaires. Il existe différents langages (du médecin, du psychologue, du formateur…). Un nécessaire travail de définition des termes est en cours, de même que la constitution d’un fonds documentaire à l’usage des professionnels.
Les interventions suivantes ont mis en exergue le rôle des professionnels de terrain et la nécessité de fédérer leurs compétences au sein de réseaux pour appréhender la personne dans sa globalité. Elles ont également mis l’accent sur le recentrage des actions sur et avec la personne handicapée et son entourage familial. Sont intervenus : Anita Fages, directrice du Centre de Formation des Apprentis Spécialisé de l’arseaa, Cristiana Bianchi et Loredana Palmero de la ville de Turin, Joseph Pellegrino, de la direction des ressources humaines de la société Motorola, Aldo Moretti, directeur du coreh de Gènes, Jean-Claude Durrieu, directeur d’un établissement dépendant de l’awiph, Grégorio Castillo, du Service de Soins et de Prise en Charge des Personnes Handicapées de la mairie de Merida, Claude Collignon de l’association passage (Île-de-France).
Céline et Youssef. Vers une insertion durable, film témoin de l’insertion professionnelle en milieu ordinaire, a été présenté par le cfas. Le commentaire a fait ressortir le rôle du « chargé d’insertion » pour l’intégration de jeunes handicapés et posé la question des moyens à développer pour accompagner le maintien dans l’emploi des jeunes handicapés mentaux, thèmes sur lesquels le cfas et les partenaires du projet « Handi-Vies » se penchent ;
- L’exposé des partenaires turinoises « L’accompagnement du tuteur, valeur ajoutée ou ressource ajoutée ? » s’est attaché à montrer le rôle du tuteur, ressource fondamentale du dispositif d’insertion. Sa mission (médiation, soutien, suivi) exige beaucoup de compétences, d’esprit d’écoute et d’observation pour s’adapter à la situation exacte de la personne, connaître l’entreprise d’accueil, agir en relation avec le responsable des ressources humaines et rechercher, avec tous les acteurs du réseau, l’efficacité des actions menées ;
- une expérience de « reclassement de personnes handicapées avec accompagnement au sein de la société Motorola » a été développée à la suite du transfert, sur un autre site, d’une unité de production qui comptait douze personnes handicapées ou en difficultés d’adaptation. Il était difficile de les reclasser dans les deux unités restant à Toulouse car elles imposent de revêtir un équipement spécial. Une « cellule de mobilité » associant assistante sociale, médecin du travail, Centre Interinstitutionnel de Bilan de Compétences (cibc 31) et commission hygiène et sécurité, a travaillé au bilan des compétences des personnes, à la définition des postes de travail de l’ensemble du site et réussi, après un an d’efforts, à reclasser neuf d’entre elles (les trois autres, en congés de longue maladie, feront l’objet d’une étude similaire dès leur retour) ;
- une analyse de « l’insertion dans le monde du travail, par un médiateur, de personnes souffrant d’un handicap grave » a été présentée par le partenaire génois. La Ligurie se penche sur ces questions depuis 1972. Le concept défendu (confirmé par des cas concrets) est qu’une personne véritablement intégrée dans le monde du travail est une personne qui souffre moins de son handicap et le dépasse et qu’on peut agir aussi sur le vieillissement précoce. Le rôle du médiateur est de faire vivre une expérience directe à la personne handicapée, en tenant compte du rapport entre besoin, réalité, entourage et entreprise. C’est là le véritable défi, car on peut avoir recours à des systèmes protégés magnifiques mais ils coûtent cher et induiront de plus en plus d’inégalités sociales ;
- « les attachés en intégration professionnelle » ont été présentés par l’awiph. Cette profession wallonne assure l’accompagnement de l’insertion en entreprise. Il s’agit ici de rassembler les ressources nécessaires à la réalisation d’un projet (aides à l’emploi : prime au tutorat-prime à l’intégration… appui d’une équipe spécifique). La personne suivie, dont le projet peut être un stage, un bilan de compétences, une formation professionnelle, bénéficie d’un véritable contrat. Devant la complexité des tâches de l’attaché d’intégration, l’agence à spécialisé ses employés par des formations spécifiques (ergonomie, législation sociale, langue des signes…) et organisé le travail en équipe ;
- « l’intégration des personnes handicapées », dispositif mis en place par la ville de Merida, a montré, outre l’organisation interne du service de soins et de prise en charge des personnes handicapées (notamment le foyer « Proserpina » pour handicapés mentaux qui offre thérapie, formation professionnelle, service de réajustement personnel et social), une expérience très positive de mise en binôme d’une personne mal voyante (l’accompagnant) et d’un autiste, dans une jardinerie « La encina » dépendant de ce dispositif ;
- un film, La vie en miettes, retraçant le parcours d’insertion d’une jeune femme autiste employée à la société atac et actuellement en contrat à durée indéterminée, a illustré une expérience réussie d‘accompagnement individualisé inspiré du « job-coatching » américain. Cet accompagnement est assuré par des professionnels formés à ce type de handicap et à l’intégration, dans le but de participer à la création et au développement de nouveaux services et de nouveaux métiers, sans passer par la création d’établissement. L’association « Passage » se consacre à l’intégration d’adolescents autistes en milieu scolaire ordinaire, notamment dans le cadre du programme européen « Éducautisme » et maintenant, avec « Equal », à l’insertion des jeunes adultes handicapés mentaux.
Dans une troisième phase, introduite et animée par Bernadette Rogé (professeur à l’université de Toulouse-Le Mirail, présidente du ccamp), le colloque a donné la parole aux experts afin d’approfondir quelques aspects liés à ces fonctions d’accompagnement (compétences, formation, procédures de mise en œuvre), ce à quoi elles répondent, les problèmes qu’elles permettent de résoudre. Il s’agissait ici de montrer ce qu’il est possible de faire aujourd’hui en matière d’accompagnement en milieu professionnel de certaines personnes handicapées.
Se sont succédés à la tribune Maria-Pilar Gattegno, psychologue (association Passage), Jean-Louis Adrien, professeur à l’université de Paris-V, Guy Nizet, président de l’Entente Wallonne des Entreprises de Travail Adapté (eweta, Belgique).
Le programme de l’accompagnement des personnes autistes a été développé. Une évaluation psycho-éducative de la personne aboutit à un programme d’intégration au travail et sert de référence à l’accompagnateur, chargé de la suivre toute la journée. L’accompagnateur (étudiant en psychologie ou psychologue) peut ainsi acquérir ou compléter une formation pratique et théorique en psycho-pathologie clinique du développement. Au sein de l’entreprise, il adapte les consignes données, décompose les tâches trop complexes, fait le lien entre personne intégrée et salariés, supervise l’intégration.
Ce programme est aussi le résultat du travail effectué à l’université de Paris-V par M. Adrien et son équipe, dont les travaux répondent à des objectifs actuels de santé publique et portent sur les personnes atteintes d’autisme (enfants et adultes), dont les handicaps principaux et invalidants concernent les dysfonctionnements de la communication et de la cognition, et la régulation de leurs activités d’apprentissage cognitif et social. Les recherches de cette équipe tendent à montrer une évolution psychologique et sociale des enfants et des adultes pris en charge à l’école, dans l’entreprise et à domicile, une amélioration des capacités de gestion autonome, un mieux être de la famille entière.
De son côté, l’eweta regroupe soixante et une entreprises adaptées et six mille salariés. La Wallonie a fait le choix d’opter pour l’intégration professionnelle des personnes handicapées en institution. Soixante millions d’euros sont consacrés à ce programme (soit 10 000 e par travailleur), alors que l’insertion en milieu ordinaire représente à peine 400 000 e. Économiquement, le retour d’investissement pour l’État belge est intéressant puisque ces salariés rapportent plus de soixante-cinq millions d’euros en tva, charges, impôts, etc. La législation en vigueur donne un statut aux employés de ces entreprises. Il s’agit de personnes bénéficiant d’une cellule d’accueil et de maintien, d’un suivi, d’un poste de travail adapté, d’une évolution salariale et ayant, pour 87 % d’entre elles, un contrat à durée indéterminée. Le personnel d’encadrement suit régulièrement quant à lui des formations psycho-sociales.
La parole a ensuite été donnée aux grands témoins : usagers, parents d’usagers, professionnels du secteur médico-social, financeurs et décideurs. Des échanges de vue denses et enrichissants se sont instaurés avec la salle au cours de la table ronde animée par Alain Eyckermann, coordinateur du projet Equal « starh ». Sont intervenus : André Montane, conseiller général de l’Ariège, président de la Commission Solidarité, Guiseppe Busso, directeur du Consorzio Europeo per la Formazione de Turin, Éric Lacombe, directeur du centre de formation de l’essor à Mauvezin, Roland Salles, infirmier psychiatrique au centre hospitalier du Gers, Aldo Moretti du coreh de Gènes, Catherine Cousergue, médecin, vice-présidente du Groupement pour l’Insertion des Personnes Handi-capées Physiques en Midi-Pyrénées, Roberto Falzoi de la municipalité de Turin, Bernard Teisseire, président de l’adapei de l’Ariège. À cette occasion les idées suivantes ont émergé :
- la notion « d’inclusion » de la personne handicapée, qui fait son chemin et vise à assurer son maintien en milieu ordinaire en mettant un dispositif adapté à sa disposition. La personne handicapée est une personne ordinaire qui a des difficultés et doit pouvoir vivre en milieu ordinaire. L’institution vient à son secours lorsque ses difficultés s’aggravent et ne permettent plus ce maintien ;
- les difficultés rencontrées tout au long du parcours dans l’entreprise par la personne handicapée, mais aussi par les accompagnateurs. Les régressions dues aux phénomènes d’involution inévitables, les mutations de l’entreprise qui rendent le maintien sur le poste attribué difficile (par exemple, l’évolution technologique en informatique, ou téléphonie) et les cas où la personne veut quitter l’entreprise, nécessitent un personnel spécialisé, un tuteur, un médiateur. En Italie, ce type d’emploi n’est pas reconnu et ne procure que des rémunérations faibles. Ces fonctions sont exercées par des étudiants en psychologie, des éducateurs en début d’activité professionnelle en attente d’un poste dit « sérieux » ;
- l’impossibilité récurrente de nommer le travail et la fonction des personnels d’accompagnement, les dispositifs mis en place. Si l’institution a un coût chiffrable qu’en est-il de son adaptabilité à la prise en charge des nouveaux besoins ? Il y a des nouvelles formes d’interventions : comment les nommer ? comment vont-elles s’articuler ? Ce qui se dégage aujourd’hui, c’est qu’elles sont complémentaires et que toutes les possibilités devront être explorées, qu’il faut être inventif ;
- e vécu de l’infirmier psychiatrique qui exerce en « extra hospitalier » dans un centre médico-psychologique. Il s’occupe de personnes à domicile ou en milieu professionnel, les suit et assure les soins. Il s’intègre et se sent bien dans l’équipe pluridisciplinaire de suivi. Il a déjà vécu cette mutation lors de la fermeture de l’hôpital psychiatrique et a dû s’adapter au dénuement subi par les patients, mais seul et dans l’urgence ;
- a notion de flexibilité qui prend de plus en plus de force dans l’idée que l’on se fait aujourd’hui du travail. Cette flexibilité implique que la personne devra s’adapter au système. La formation du jeune handicapé est loin de le préparer à cette donne. Il faut en tenir compte dans les systèmes que l’on met en place ;
- a question de savoir si le travail est le seul moyen d’insertion sociale pour une personne handicapée. Quel genre de travail lui propose-t-on ? Offre-t-il un rôle social valorisant ? D’autres voies le permettent qui méritent d’être exploitées : s’investir par exemple dans le domaine de l’humanitaire, du culturel. Les Canadiens ont beaucoup réfléchi à ces possibilités. Beaucoup de personnes handicapées ont choisi, au bout d’un certain temps de professionnalisation, d’évoluer vers les activités bénévoles, une occupation valorisante, et leur vie a complètement changé ;
- ’enthousiasme des différents intervenants et du public présent, notamment celui démontré par le service des ressources humaines de Motorola qui devrait être mis en exergue, car peu courant dans le monde de l’entreprise ;
- a possibilité ou non d’étendre des expériences comme celle de l’intégration des jeunes autistes à tous ceux qui souffrent de ce handicap, possibilité qui dépendrait d’une prise en charge précoce déterminant leurs progrès.
La synthèse des travaux, présentée par André Montane, a fait ressortir que, dans toute l’Europe, quel que soit le type de handicap pris en charge, il y a convergence des professionnels dans l’évolution de son approche, du nouveau regard que l’on porte sur lui et des solutions recherchées pour le traiter. C’est à travers de tels travaux que l’on arrivera à créer une Europe sociale ; ils vont dans le sens de la déclaration de Madrid en 2001 où soixante pays étaient réunis pour tenter de définir la notion de citoyenneté de la personne handicapée. Il a beaucoup été question aussi au cours de ce colloque de la notion de pluridisciplinarité et de lien avec la personne handicapée et sa famille. Enfin, en qualité d’élu, André Montane a voulu rappeler que la décentralisation prévue va déléguer la question du traitement du handicap au niveau des départements. Un colloque comme celui-ci aura une incidence sur les prises de décisions au niveau des schémas départementaux.
En conclusion, Jean-Claude Martin, président de l’arseaa, a remercié et félicité l’ensemble des participants pour la qualité et la densité des travaux, la vigueur de leur militantisme en faveur d’une grande cause qui fédère beaucoup d’énergie et de professionnalisme. Il a rendu hommage à toutes celles et ceux qui travaillent dans les établissements, dans les associations, et tous ceux qui les accompagnent dans un secteur qui souffre et souffrira encore de ce que la société ne veut toujours pas voir les personnes handicapées. Il faut être présents, agir et rester vigilants pour lui rappeler qu’elle a des devoirs et faire en sorte qu’elle les accomplisse.
[*]
Compte-rendu des diverses interventions au colloque « Insérer, maintenir dans l’emploi, accompagner le vieillissement des personnes handicapées vieillissantes : nouveaux dispositifs, nouvelles fonctions », du 20 juin 2003, à Toulouse.
[*]
Nicole Crémazy-Baby, chargée de mission pour les relations internationales,
arseaa, 7, chemin de Colasson, 31081 Toulouse cedex.
[1]
arseaa (siège, institut Saint-Simon-
irfces, defi-cfas, résidences Bordeneuve et Las Canneles),
adapei de l’Ariège,
cibc 31, centre de formation de l’
essor,
ccamp, association Étincelle du Quercy.