2004
EMPAN
Le dossier / Les cadres sociaux du vieillissement
Menaces sur l’allocation personnalisée d’autonomie (APA)
Jacques Bouvet
[*]
Depuis le premier janvier 2002, une nouvelle prestation, l’allocation personnalisée d’autonomie
(apa), est versée aux personnes âgées
dépendantes. Sa mise en place constitue une véritable refonte du dispositif de
prise en charge des personnes âgées.
L’apa s’inscrit dans
l’évolution de la politique « vieillesse »
En fait, il n’existe pas une politique de la vieillesse, mais
des politiques de la vieillesse en fonction de la prise de conscience
collective des problèmes sociaux, de la nature des décideurs et de la prégnance
de l’économique sur le social.
L’État et les départements focalisent leur politique vieillesse
sur la prise en charge de la perte d’autonomie, intitulée dépendance des
personnes âgées, en raison de l’importance démographique et sociale de ce
problème et de la perte d’autonomie liée à l’âge.
La reconnaissance sociale du risque dépendance modifie la
politique de la vieillesse, la prise en charge de la dépendance devenant un
enjeu majeur de la société, mais refuse de prendre en compte le handicap des
personnes âgées comme un risque nouveau relevant de la Sécurité sociale, ainsi
que le réclamaient le cnrpa et les
associations.
Cette vision de la politique de la vieillesse donne lieu à
l’élaboration d’une politique réduite au financement et à l’organisation de sa
prise en charge, avec une gestion du risque confiée aux conseils
généraux.
Après l’échec de la « prestation spécifique dépendance », l’«
allocation personnalisée d’autonomie » a été instaurée par la loi 2001-647 du
20 juillet 2001, modifiée par la loi 2003-289 du 31 mars 2003.
Quatre décrets d’application ont été publiés en date du 20
novembre 2001, dont deux ont été modifiés par le décret 2003-278 du 28 mars
2003.
L’allocation personnalisée d’autonomie
L’apa est un droit
:
- universel (concerne les personnes âgées dépendantes de 60
ans et plus) ;
- égal (sur l’ensemble du territoire) ;
- personnalisé (modulé en fonction du degré d’autonomie)
;
- qui ne donne pas lieu à recours sur succession ;
- qui fait appel aux solidarités nationale et
départementale.
Les interrogations de la corerpa portent sur :
- l’évaluation gérontologique des besoins de la personne
;
- les modalités d’élaboration du plan d’aide ;
- les problèmes de la formation de la tierce personne et du
soutien à domicile ;
- la pérennisation du financement de l’apa.
Informées de l’émergence des besoins et des attentes des
personnes, nos instances avaient prévenu qu’il y aurait une montée en charge
rapide dès la première année. En fin d’année 2002, nous atteignons les huit
cent mille personnes annoncées.
Les dispositifs de prise en charge à domicile
Les aides à domicile
Les acteurs qui interviennent pour répondre aux besoins des
personnes âgées en perte d’autonomie sont plus ou moins nombreux, en fonction
de l’état de dépendance de la personne, mais aussi de leur existence
locale.
Il existe une longue série d’intervenants multiples, de
décideurs et de financeurs dans le cadre du soutien à domicile.
Remarques sur la prise en charge et l’apa
Dans cette problématique, la corerpa présente quelques remarques relatives à
la prise en charge et à l’apa
:
- souvent la personne âgée ignore, par manque
d’information, les différentes aides auxquelles elle peut recourir. En effet,
il faut être particulièrement informé pour s’y reconnaître dans cette diversité
d’acteurs dont les pôles d’intérêts, les modalités d’intervention et de
financement divergent ;
- le développement anarchique dans les prises en charge et
les financements engendre des logiques différentes au niveau des acteurs, ainsi
que des enjeux de pouvoirs et d’influences ;
- seul « un réseau coordonné d’acteurs de terrain » ou une
« structure de coordination autour de la personne » améliore l’efficacité et la
complémentarité de leur action et apporte une information ciblée efficace
;
- dans cette perspective, les centres locaux d’information
et de coordination gérontologique sont créés en vue de favoriser le maintien à
domicile, d’informer et de mettre en œuvre les actions pluri-disciplinaires
prenant en compte tous les aspects de la vie quotidienne des personnes
;
- parce qu’elles vivent des situations identiques d’une
manière différente, chaque personne âgée constitue un cas particulier en
fonction de sa capacité d’adaptation. En fait, le « soutien à domicile » ou «
l’entrée en structure collective », reposent souvent sur des facteurs
subjectifs (connaissances et désirs de la personne et des personnes ressources)
;
- il existe différents facteurs qui conditionnent la
réussite du soutien à domicile, mais dont l’absence ou l’inadaptation peuvent
entraîner une rupture du dispositif de soutien à domicile et un placement dans
l’urgence.
L’évaluation et le plan d’aide personnalisé
La mise en œuvre d’une réelle coordination autour de la
personne facilite son évaluation gérontologique et son suivi constant, ainsi
que la désignation d’un référent qui tienne compte du projet de vie de cette
personne.
L’évaluation doit s’effectuer au domicile ou dans le lieu de
vie de la personne âgée par une équipe pluridisciplinaire médico-sociale. Elle
porte sur l’état de santé physique, psychique et psychologique de la personne,
mais aussi sur son habitat, son environnement, sa situation sociale et
financière, la présence ou l’absence de l’aidant naturel, etc.
Il s’agit de l’évaluation gérontologique de la personne,
prévue par la loi du 20 juillet 2001. Elle doit permettre d’élaborer les
modalités du plan d’aide personnalisé.
Pour nous, avec la participation de la personne, il s’agit de
rechercher le meilleur soutien à domicile et de mieux coordonner l’efficacité
des divers intervenants dans une démarche de projet individualisé de qualité de
vie, dans l’accompagnement et dans les soins, respectant la citoyenneté, la
dignité de la personne et ses choix de vie.
Les décisions prises en matière du financement du plan d’aide
montrent une grande hétérogénéité des aides, qui peuvent aller du simple au
triple pour le même gir. Cela
provient notamment de la participation de la personne en fonction de ses
revenus.
La professionnalisation des intervenants
Par ailleurs, la modulation de l’apa suivant l’expérience et le niveau de
qualification de la tierce personne pose des interrogations sur le terrain, ne
serait-ce qu’à l’égard de la pénurie d’aides à domicile formées.
On compte environ dix mille salariés dans le secteur des
services à domicile en Midi-Pyrénées. Seulement 15 % des personnes employées
sont titulaires du cafad (remplacé
par le diplôme d’État d’auxiliaire de vie sociale), et 5 % titulaires d’autres
diplômes.
La corerpa avait
dénoncé, il y a quatre ans (« Quels acteurs ? avec quelles formations ? »), les
problèmes d’effectifs et de la formation des professionnels intervenant auprès
des personnes âgées (médecins généralistes, infirmiers, aides-soignants,
directeurs, aides à domicile).
Le schéma régional des formations sociales a mis en évidence
les particularités de la région Midi-Pyrénées au niveau des emplois sociaux,
des formations et de l’appareil de formation. Il engage les acteurs dans une
démarche spécifique de professionnalisation des interventions auprès des
personnes âgées.
L’étude actuelle de la drass se propose d’expertiser les besoins à
couvrir au niveau départemental et de prévoir les flux d’entrée en
formation.
La construction de référentiels par diplôme devrait faciliter
la validation des acquis d’expérience.
Le soutien des aidants à domicile
Concernant la prise en charge de la démence sénile à
domicile, il est indispensable de développer des solutions de soutien aux
aidants à domicile.
En effet, l’essentiel de l’aide à domicile repose sur
l’entourage familial qui assume une lourde charge, rarement reconnue et peu
valorisée. Ces aidants informels sont majoritairement des femmes qui expriment
une grande souffrance psychologique et subissent une charge de travail
importante.
La pérennisation du financement de l’apa
Le remplacement de la prestation spécifique dépendance par
l’allocation personnalisée d’autonomie permet une avancée significative en
faveur des personnes âgées en perte d’autonomie, à condition d’y mettre les
moyens financiers suffisants.
L’Allemagne, la Hollande et les pays scandinaves, ont tranché
en accordant une aide substantielle à leurs anciens en perte d’autonomie. Avec
des modalités différentes, la France les rejoint dans cette voie grâce à
l’apa, loi votée à l’unanimité par le
Parlement.
Le gouvernement a réformé le dispositif pour des raisons de
financement, sans appréhender, d’une manière concomitante, les incidences de la
prise en charge des personnes sur l’emploi, l’aménagement du territoire, la
cohésion sociale, la famille et les politiques induites.
Le décret du 28 mars abaisse sensiblement le seuil de revenus
à partir duquel les personnes âgées dépendantes participent au financement des
aides à leur soutien à domicile. Ainsi le seuil d’exonération diminue d’un
tiers (623 euros de revenus mensuels au lieu de 949 euros) au détriment des
retraités à faible revenu.
Si, sous la pression de Bercy, le Parlement restaurait le
recours sur succession, de nombreuses personnes âgées dépendantes refuseraient
alors de bénéficier de l’apa.
Cette démarche nous semble prématurée car la loi sur
l’apa prévoit de présenter un bilan
de son application devant le Parlement en juin 2003.
Aequo animo, nous demandons la mise en
place préalable d’un processus de concertation avec tous les partenaires
concernés. Certes, il appartient au gouvernement et au Parlement de confirmer
l’apa ou de la réduire à une peau de
chagrin, mais en tant que citoyens nous sommes tous concernés.
Le secteur « personnes âgées » est porteur de besoins à
satisfaire et d’emplois à créer, à condition de lui consacrer les moyens
permettant de vieillir dans de bonnes conditions et dans la dignité. Il s’agit
d’une question de société, mais aussi de solidarité et de fraternité !
·
Argoud, D. 1998.
Politique de la vieillesse et
décentralisation, Toulouse, érès.
·
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·
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·
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Rapport orsmip.
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Vieillir demain. 1980.
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[*]
Jacques Bouvet, vice-président de la
corerpa (Conférence régionale des
retraités et des personnes âgées) Midi-Pyrénées, 13 impasse de l’Orangerie,
31140 Fonbeauzard.