2003
EMPAN
Éditorial
Rémy Puyuelo
« Vive les vieux. Au-delà des retraites, une révolution… » Tel
était le titre prophétique du dossier du Monde de juin 2003 (no 30). La canicule de l’été a médiatisé
ensuite de façon dramatique l’existence et la situation de « nos vieux » dans
notre société.
Depuis, il n’y a pas de jour sans que la place des « seniors »
ne soit interrogée. L’explosion du nombre des 85 ans va révolutionner le
médico-social nous annonce-t-on. Conduite et âge… un certain regard.
Maltraitance des personnes âgées : la fin d’un tabou ? L’immobilier et le
papy-boom. Panoplie des réductions
pour les seniors. Le déplacement des tutelles et des curatelles. Doit-on
supprimer les allocations familiales et créer une allocation dépendance pour
les personnes âgées ? Sommes-nous suffisamment sensibilisés, informés, formés,
pour venir en aide aux personnes fragilisées en raison du vieillissement ou
d’un handicap ? interrogent Charles Gardou et Julia Kristeva. Un dossier du
Monde du 15 septembre 2003 s’intitule
« La France face à ses vieux ».
À la recherche du « vote vieux », les seniors ne sont-ils pas
en voie de devenir un puissant lobby comme aux États-Unis ? Santé, pouvoir
d’achat, loisirs : l’âge d’or des retraités. Ce grand âge oblige à repenser la
protection sociale. La retraite, une nouvelle épreuve pour les handicapés de
plus de 60 ans.
Les solidarités familiales sont vivantes en France, mais elles
ont, et auront, de plus en plus besoin des soutiens des services publics pour
continuer à exister. En fait, aidons les familles et arrêtons de les
culpabiliser.
Les grands-parents sont un repère dans les familles et d’autant
plus dans les familles complexes. Ils rassemblent un cinquième de la population
française. Ils étaient en 2000 plus de 12 millions. Ils ne sont pas forcément
assimilables aux « anciens » aujourd’hui. 70 % des adolescents affirment dans
un sondage pour les revues L’étudiant
et Notre temps (Sofres, 1987) que
leurs grands-parents tiennent une place importante dans leur vie.
Les grands-parents sont souvent présents dans la garde des
petits-enfants, les vacances, l’aide économique à leurs enfants, agents de
médiation auprès des enfants dans les couples séparés… Ils authentifient la
différence de générations et dialectisent celle-ci… En cette année du
bicentenaire de la naissance de Victor Hugo, comment ne pas évoquer
L’art d’être grand-père, publié en
1877 :
« Un grand-père échappé passant toutes les bornes
C’est moi. Triste, infini dans la paternité.
Je ne suis rien qu’un bon vieux sourire entêté.
Ces chers petits ! Je suis grand-père sans mesures.
»
(agp XV,
I)
Ce poème, cher à Michel Soulé, était déjà à l’œuvre dans son
livre collectif de 1979, Les grands-parents dans
la dynamique psychique de l’enfant (éditions
esf). À y regarder de près, on se
rend compte que L’art d’être
grand-père a été écrit dans une perspective politique immédiate,
celle de l’amnistie des Communards. On voit bien dans ce cas de figure du jeu
des âges, quelle richesse, quelle créativité sont issues de ce jeu des places
de chacun, qui dépasse l’univers familial pour devenir un véritable enjeu du
lien social.
Quittons les médias qui, souvent, dramatisent et dénoncent mais
en fait occultent la vérité et la réalité quotidienne du plus grand nombre.
Lisons ce numéro d’Empan qui se veut
une réflexion distanciée d’une problématique que nous avions déjà exposée, en
1993, dans notre no 12 «
Vieillir ensemble ? ».
Que 2004 vous apporte travail, santé et penser
ensemble.
Empan sera à vos côtés
autour de « Trajets de femmes au risque du social » (mars 2004), « Lieux -
non-lieux » (juin 2004), « Travail et handicap » (septembre 2004) et « La
formation, pour quoi faire ? » (décembre 2004).
Bonne lecture et à bientôt donc !