Empan
érès

I.S.B.N.2-7492-0279-5
160 pages

p. 38 à 39
doi: en cours

Veille sur la revue
Veille sur l'auteur
Vous consultez

Le dossier / Le travail et la question du genre

no53 2004/1

2004 EMPAN Le dossier / Le travail et la question du genre

Un homme sage-femme

Guillaume Galy  [*]
Pourquoi sage-femme ?
Voilà la question qui m’est posée au moins deux fois par semaine depuis que je suis entré à l’école de sages-femmes de Toulouse en 1993. Et toujours, pour répondre, le même embarras…
Ce choix s’est imposé à moi, je ne me vois pas faire autre chose. Je ne me suis jamais vu faire autre chose.
Quel a été le déclic qui m’a fait comprendre qu’il fallait que je me lance dans ces études ? Je n’en ai aucune idée.
La deuxième question est toujours : « Pourquoi pas gynécologue ou obstétricien ? »
Là, la réponse est beaucoup plus aisée.
Je ne suis pas médecin, mon but est de prévenir les risques, d’éviter l’entrée dans la pathologie, d’expliquer, d’écouter, d’entourer, de rassurer… Je peux bien évidemment soigner ou surveiller, mais mon rôle principal est de ne pas en arriver là.
Prenez l’exemple d’une patiente présentant une menace d’accouchement prématuré. Dès que vous entrez chez elle, ou dès qu’on vous conduit à la chambre où elle demeure, alitée, vous ressentez sa peur.
Ce qui est le plus marquant, c’est de ressentir à quel point les mécanismes de défense des patientes vont en quelque sorte limiter, voire annihiler, les processus d’attachement à leur grossesse. Ces grossesses, ces fœtus, sont en quelque sorte mis en suspens, malgré le respect strict des consignes médicales, ce qui, j’en conviens, est assez paradoxal.
Beaucoup de ces patientes vont alors se « décorporaliser » progressivement, puisque consignées dans leur lit sans bouger.
Expliquer, rassurer, entourer… pour progressivement leur « rendre » leur corps, puis, dans une prise en charge globale, leur vie : reprendre leur repas à table avec leur conjoint et leurs enfants si elles en ont déjà, jouer avec ces enfants, les récupérer à l’école ou chez la nounou… Il ne faut pas nier la pathologie en obstétrique.
Elle existe non pas seulement parce qu’on la recherche mais aussi parce que le monde a évolué, que ce soit le monde du travail, l’accroissement des transports pour aller travailler, la rentabilité, les modes alimentaires, mais aussi et surtout la précarité.
Les sages-femmes doivent s’adapter mais ne pas céder à la course à la pathologie.
Là, se trouve sans doute la raison qui m’a fait choisir la voie du libéral : je me sens plus utile pour les femmes dans le cadre du libéral avant ou après leur accouchement lorsqu’elles sont de retour chez elles.
La préparation à l’accouchement représente pour moi une étape fondamentale de la grossesse et de l’accouchement proprement dit. Elle permet de poser ce qu’est le travail, l’accouchement, et de définir le plus précisément possible le projet d’accouchement de chaque patiente. Une fois ce dernier défini, il suffit de donner les « clés » à la patiente pour qu’elle puisse prendre sa place au sein de son propre accouchement.
Quelles sont ces clés ?
Simplement expliquer et décrire les sensations physiques, mais aussi les familiariser avec le jargon médical omniprésent ou le matériel médical face auquel elles vont être mises en présence.
Expliquer par exemple ce qu’est une péridurale, comment on la pose et quelles sont les sensations que l’on doit conserver lors de l’accouchement, permet à la femme d’entamer un dialogue avec l’équipe de soin qui va la suivre durant son travail pour gérer au mieux son degré d’anesthésie, et ainsi de ressentir le passage de l’enfant sans douleur lors de la naissance.
Je pense qu’il faut aussi démythifier le langage médical : que signifie avoir un col ouvert ? Où se situe le bébé quand on dit qu’il est « bas » ?
Concernant le champ de la rééducation périnéale, il s’est élargi, en plus du post-partum, aux femmes d’âge plus mûr.
Là aussi, la prévention a toute sa place.
Finalement, qu’est-ce qui m’attire le plus dans tout cela ?
Certainement le rôle éducatif de la sage-femme, question d’atavisme familial sans doute puisque ma famille travaille essentiellement dans le monde de l’éducation depuis trois générations.
En ce qui concerne ma place d’homme dans la profession, je ne rencontre aucun problème avec mes collègues.
Il n’y a jamais de problème avec mes patientes puisqu’elles viennent de leur propre chef à mon cabinet, ou sur le conseil de leur médecin traitant ou de leur obstétricien.
Paradoxalement, lors des premières consultations, elles ont souvent tendance à me considérer comme un médecin et viennent à moi en recherchant des réponses médicales (certainement la vision paternaliste du médecin…).
Il est toujours amusant d’entendre au téléphone un : « Allo, Dr Galy ? » Ce n’est qu’après plusieurs rendez-vous que « Guillaume Galy, sage-femme » fait son apparition.
En ce qui concerne la masculinisation de la profession, je pense que la « guerre des sexes » n’aura pas lieu, même si quelques escarmouches isolées ont eu lieu dans le passé, et auxquelles, je l’avoue, j’ai été très peu confronté depuis que j’exerce, que ce soit en structure ou en libéral.
Je pense que les hommes seront les bienvenus dans cette profession tant qu’ils garderont leur place de sage-femme et ne chercheront pas à changer la nature de cette profession.
Je n’éprouve pas de problème particulier à pratiquer mon art même s’il est à dominance féminine.
Le seul regard qui m’intéresse est celui de mes patientes. Il est toujours amusé et surpris lors du premier contact, il me respecte en tant que sage-femme après une ou deux séances.
 
NOTES
 
[*] Guillaume Galy, 4 bis, place de l’Église, 31600 Lherm.
© Cairn 2007 Vie privée | Conditions d’utilisation | Conditions générales de vente
À propos | Éditeurs | Bibliothèques | Aide à la navigation | Plan du site | Raccourcis
[*]
Guillaume Galy, 4 bis, place de l’Église, 31600 Lherm. Suite de la note...