2004
EMPAN
Lectures récentes
Ouvrages et revues
Le jeune
sdf, Socioanalyse de la
précarité, Giraud Michel,
Paris, L’Harmattan, 2004, 349 p., 29 €.
Être sans abri lors de l’entrée dans la vie adulte est une
expérience en voie de développement dans les sociétés dites « post-modernes ».
L’autonomie résidentielle est mise en cause par le chômage endémique et le
morcellement d’une prime activité professionnelle incertaine et faiblement
rémunérée. Les solidarités familiales constituent l’ultime recours. Lorsque
celles-ci sont compromises, la perspective de la rue devient obsédante. La
hausse des loyers, une pénurie de logements d’un niveau jamais atteint depuis
l’après-guerre, conduisent des jeunes Français depuis plusieurs générations à
mendier un abri à des foyers d’hébergement d’urgence : leur situation
résidentielle s’apparente à celle des immigrés de fraîche date.
Si être sans domicile compromet l’ancrage social de l’individu
et met en cause son équilibre psychique, les diverses formes de réactions aux
conditions de dépossession d’espace habitable constituent des modes spécifiques
de réalisation de soi. Ce livre a pour objectif l’investigation de cette ultime
et hypothétique ressource. Il s’attache à dégager les éléments fondamentaux de
sa genèse, c’est-à-dire le travail à partir duquel elle s’accumule.
Fondée sur l’analyse de récits biographiques, cette approche
permet de dégager le développement initial du mal-être résultant d’une prime
incertitude à l’espace et de saisir sur le vif les efforts de la personne en
train de se construire dans l’adversité. L’analyse a pour objectif de repérer,
dans la trame des narrations de jeunes adultes, différentes formes du produit
de l’expérimentation de l’inégalité, de la sujétion et de la misère.
Comment
aider l’enfant autiste, Approche psychothérapeutique et éducative,
Amy Marie-Dominique, Paris, Dunod,
2004, 203 p., 23,75 €.
Les enfants autistes ont besoin, pour être aidés au mieux,
qu’on les approche dans leur totalité. Dépasser les querelles d’école, faire le
point sur l’état des connaissances, exposer les moyens thérapeutiques
disponibles, tels sont les principaux objectifs de ce livre.
Ces enfants ont besoin d’être entendus et reconnus
psychiquement pour être éduqués et compris dans leurs failles cognitives
extrêmes. Ces failles doivent être travaillées pour que l’approche psychique
prenne sens : pratiques éducatives et pratiques psychothérapiques peuvent et
doivent donc être menées en commun dans une alliance thérapeutique
constante.
Ce livre présente d’abord ces différentes approches et explique
clairement comment il est possible de les articuler. Il redéfinit les
principaux termes fréquemment utilisés dans les pathologies autistiques
(communication, attention, mémoire, langage, pensée, etc.). Il explique enfin
avec de nombreux cas cliniques comment mettre en place le soin et la
collaboration avec les parents.
L’auteur relate notamment un parcours complet de psychothérapie
avec François. Ce parcours, commencé dans le désert autistique, accompagnera
cet enfant, aujourd’hui adolescent, dans son éveil à la relation, à la parole,
aux apprentissages.
Solitude et
isolement des personnes âgées, L’environnement solidaire,
Pitaud Philippe (sous la direction
de), Toulouse, érès, 2004, 272 p., 23 €.
Plus de 15 000 morts en moins d’un mois, au cours de l’été 2003
constitue une vraie hécatombe en temps de paix. Mais si en fin de compte nous
étions en guerre ? Oui en guerre face à la destruction progressive et régulière
du lien social (comme des valeurs qui le sous-tendent) dont on sait que sa
disparition engendre isolement et solitude et produit de l’exclusion sous
toutes les formes.
Au-delà de la polémique politicienne qui a envahi l’espace
public, le problème posé par l’hécatombe en question relève d’abord, à mon
sens, d’une approche sociale, voire sociétale. La vraie question est en fait
celle du thème de cet ouvrage, c’est la question du lien social au travers des
solidarités, de la solitude et de l’isolement. C’est sur ce problème que se
sont penchées, de manière prémonitoire, des équipes des universités de Bretagne
occidentale, de Paris XII, de Toulouse, des professionnels ainsi que des
équipes des universités de Barcelone, de Milan et de Lisbonne sous ma
coordination ; cela nous offrant l’opportunité d’échanger et de débattre sur ce
sujet important tant au plan humain que social.
De cet ouvrage, je dirais qu’il est avant tout un espace de
liberté, d’interrogation, d’interpellation, d’échanges, comme les universités
ont toujours su le permettre depuis leur apparition, il y a fort longtemps ;
une contribution au savoir, et par-là, à l’action pour un meilleur en devenir
des personnes âgées comme de leur entourage.
Philippe Pitaud
Institution
et changement, Processus psychique et organisation,
Rouchy Jean Claude,
Desroche Monique, Toulouse, érès,
2004, 124 p., 25 €.
Cet ouvrage a été conçu dans un rapport étroit entre le travail
clinique sur le terrain et l’élaboration de concepts utiles à l’analyse, en
dialogue avec différentes théories de la psychanalyse et des sciences humaines
portant sur l’institution et le changement.
L’approche que proposent les auteurs est centrée sur la
personne, sur ses constructions, sur les difficultés, les conflits, les
souffrances éprouvées dans le cadre professionnel. Traiter de l’évolution des
structures, de changements individuels et collectifs, concerne le vécu des
personnes dans des équipes, des services, des établissements dont elles font
partie, mais qui font aussi partie d’elles-mêmes.
Pour les auteurs, l’analyse d’institution est un travail
d’élaboration au sens psychanalytique du terme, qui demande du temps, un cadre
complexe et rigoureux, et concerne à la fois l’évolution des processus
psychiques au plan individuel et collectif, et des changements du système
d’organisation en rapport à de nouvelles valeurs instituantes. Les exemples
cliniques qu’ils développent ici permettent au lecteur d’en comprendre les
étapes et d’en mesurer les effets et les implications.
Dans les secteurs du soin et du travail social, cette analyse
des processus inconscients – actifs dans les rapports individu, groupe,
organisation, institution et valeurs sociales – conduit à envisager des
changements et la restauration d’un cadre de travail cohérent où circule à
nouveau la vie, où la qualité des soins et des prises en charge fait écho à la
satisfaction des équipes de réaliser enfin leurs aspirations
professionnelles.
L’action
sociale aujourd’hui, Ladsous Jacques, Toulouse, érès, 2004, 144 p.,
10 €.
On ne peut que constater, en ce début du
xxie siècle, les régressions sociales
auxquelles une mondialisation mal construite nous contraint. Cinquante ans
après son premier appel, l’abbé Pierre se trouve dans l’obligation de le
renouveler.
Mon petit livre sur l’action sociale aujourd’hui voudrait
réveiller la conscience des professionnels de l’action sociale, en les invitant
à travers la compréhension des éléments qui construisent cette action, à ne pas
se laisser réduire au silence et à l’impuissance, à revendiquer leur légitimité
à dire, auprès des usagers, ce qu’il y a lieu de faire, pour articuler les
moyens avec les déclarations d’intention. Notre nombre, notre qualification
fait de nous des acteurs lucides, capables d’influencer l’opinion publique et
les décideurs politiques pour une action que le contexte mondial rend plus que
jamais nécessaire.
Jacques Ladsous
Protection
de l’enfance et diversités européennes, Colloque, décembre 2002,
Dispositif expert régional pour adolescents en difficulté (derpad), Paris, Petite Capitale Éditions, 2003,
344 p., 20 €.
« Depuis le début de ce colloque, une dimension des problèmes
soulevés me semble relever de ce qu’on pourrait appeler la compétence juridique
du sujet. Hier, par exemple, j’ai eu l’impression, notamment dans
l’intervention de Mme Gersào,
qu’une utopie avait fonctionné au Portugal, dont le ressort était de faire
comme si on pouvait revenir avec le droit de l’enfant à une espèce d’enfance du
droit, c’est-à-dire à un droit en train de se faire, un droit en train de
naître, dans le conflit, dans la crise, dans l’aménagement, la négociation de
cette crise ».
(Thierry Perlés)
« Je vais me faire l’avocat du diable : je crois que nous
sommes tous d’accord sur l’idée que la prison ne sert à rien sur le plan
éducatif – je n’ai pas entendu qui que ce soit dire qu’elle serait une solution
globale à la délinquance des mineurs […] Et la question qui est posée aux
travailleurs sociaux, aux éducateurs, est celle-ci : que pouvez-vous faire pour
des publics de mineurs délinquants vis-à-vis desquels vous avez une
responsabilité lorsqu’ils sont dans des lieux de détention ? ».
(Manuel Palacio)
Ces deux extraits des débats montrent que le pari initial de ce
colloque a été tenu : une confrontation peut être gage de richesse et de
progrès, pour peu que l’on se laisse interroger toujours, surprendre souvent,
choquer parfois, dans ce domaine de la prise en charge des adolescents en
difficulté, où il serait bien hasardeux de se croire à l’abri, barricadés dans
nos certitudes. Des actes, mais aussi un ouvrage de référence sur la protection
de l’enfance. Il apporte, sur l’ensemble des questions soulevées – droits de
l’enfant et responsabilité pénale, stratégies d’intervention face aux abus
sexuels intrafamiliaux, mineurs, migrations et interculturalités, éducation et
contraintes –, des informations précises et des réflexions en provenance de
l’Europe des Lumières, et donc des arguments pour la critique.
L’invention
de soi, Une théorie de l’identité, Kaufman Jean-Claude, Paris, Armand Colin, 2004,
350 p., 20,50 €.
Comment parvenons-nous à inventer notre vie, à rompre avec les
pesanteurs sociales ?
Être sujet de son existence est en réalité un travail complexe
et fatiguant. Jean-Claude Kaufman nous ouvre les portes de cette petite
fabrique de soi. Où l’on trouve beaucoup de rêves, d’images et d’émotions. Où
l’on trouve aussi beaucoup de désarroi, d’implosions individuelles et
d’explosions collectives. Car donner sens à sa vie est un art difficile dans
notre société, qui a perdu ses repères justement parce que chacun peut et doit
désormais donner lui-même sens à sa vie.
Délivré des cadres traditionnels, l’individu moderne tombe en
panne quand il ne croit plus à sa propre histoire : cette analyse originale
ouvre sur la question de l’identité. Omni-présente, tant dans les sciences
humaines que dans le débat social, l’identité n’est pourtant jamais clairement
définie. L’auteur dresse un tableau critique de l’histoire de ce concept, et
propose une théorie ancrée dans le quotidien et l’actualité la plus
vive.
Une révolution est en marche, et comprendre où elle nous
entraîne est une urgence vitale. Pour le meilleur et pour le pire, nous sommes
entrés dans l’âge des identités.
Questions de
vie et de mort, Soins palliatifs et accompagnement des familles,
Plon Florence, Nîmes, Champ Social,
2004, 150 p., 18 €.
L’auteur situe sa réflexion dans le débat actuel sur la fin de
vie. Son propos consiste à situer l’accompagnement des familles en soins
palliatifs.
Comment accompagner l’ami(e) et pas seulement le malade ?
Médecine et psychanalyse se mettent en dialogue autour de questions
essentielles telles que le deuil, la maladie et l’écoute de la souffrance
physique et psychique : accompagner une famille, c’est d’abord lui offrir les
moyens d’accompagner la personne malade, c’est ensuite lui donner la
possibilité d’en faire le deuil. Accompagner une famille, c’est aussi
accompagner les soignants pour les amener à dépasser leurs propres
souffrances.
Cet ouvrage, soutenu par la clinique et la description de
nombreux cas, apporte au grand public, comme aux personnels de la santé, une
ouverture sur la réflexion inhérente à la maladie, à la vieillesse, et à la fin
de vie.
Acteurs dans
la ville, Acteur dans sa vie, Favoriser la participation,
Bopp-Limoge Christiane (sous la direction de), Lyon,
Chronique sociale, 2004, 342 p., 24 €.
L’état d’esprit dans lequel sont menées des actions avec un
public incitent plus ou moins les personnes être actrices. La méthodologie
utilisée est un déterminant essentiel du résultat.
Les propositions de cet ouvrage, illustrées par des projets
réalisés ou en cours de réalisation dans la région mulhousienne, visent à
mobiliser le dynamisme du parent, de l’habitant, de l’élu, du professionnel,
pour le rendre acteur, ou lui permettre de développer davantage sa
participation, pour lui-même, voire dans son groupe social. Cette mobilisation
peut inciter en retour l’institution, l’association, la hiérarchie, le réseau
pluridisciplinaire, à se mobiliser, à s’investir dans le questionnement posé
par l’habitant, par l’électeur, par l’usager, par le salarié, par le patient.
Cependant, c’est une position pour le moins inconfortable pour le pouvoir en
place. « Faire avec autrui » et non « faire pour autrui » fait s’exposer à
l’inattendu, tant il permet l’expression de la singularité individuelle. La
première partie propose une structure et quelques pistes de réflexion pour
l’élaboration d’un projet :
- en premier lieu dans le domaine du travail social en
général ;
- puis plus spécifiquement autour du soutien à la parentalité
;
- ensuite avec l’objectif de rendre la personne actrice
;
- enfin en utilisant comme moyen le groupe de parole
d’adultes.
La deuxième partie est consacrée à présenter des dispositifs
institutionnels prévus pour soutenir des projets « personne actrice ».
La troisième partie présente des expériences et des fiches
techniques pour permettre de développer encore davantage la réflexion du
lecteur à partir de réalités de terrain.
Conçu comme un guide pratique pour alimenter une réflexion et
fournir des outils, ce livre s’adresse aux professionnels du travail social, de
la relation d’aide, aux élus associatifs et politiques, aux cadres dirigeants
et à toute personne militant pour une cohésion sociale moins
conflictuelle.
Enfants en
souffrance, élèves en échec, Imbert Francis, Paris,
esf, 2004, 288 p., 23 €.
Fruit de la vision croisée de Francis lmbert et des membres du
Groupe de recherche en pédagogie institutionnelle –
grpi – constitué de professeurs des
écoles et de professeurs de collèges mais aussi de rééducateurs et de
psychologues scolaires, ce livre s’attache à confronter leurs pratiques en
s’appuyant sur des récits ou des « monographies ».
De ces récits concernant ce qui se passe en classe ainsi que la
relation avec les enfants, les collègues et les parents, émergent des pistes de
travail et de réflexion.
C’est en faisant un travail de retour, de questionnement sur
les événements et les pratiques, sur les moments où tout paraît bloqué ou au
contraire où les choses s’ouvrent, qu’un savoir théorique parvient à
s’élaborer.
Le repérage des difficultés rencontrées et la recherche
collective de réponses ouvrent autant de voies qui permettent de conjurer
échecs, fatalités, souffrances des enfants comme des enseignants.
« Francis Imbert, ici, ne fait pas que répondre aux urgences
devant lesquelles tant d’enseignants sont désarmés, il nous donne des raisons
d’espérer. Dans l’École et dans l’avenir. »
Philippe Meirieu
Faire
l’école, faire la classe, Meirieu Philippe, Paris,
esf, 2004, 200 p., 23 €.
Peut-être exista-t-il un temps où les enfants, en entrant en
classe, se transformaient miraculeusement en élèves et « faisaient école »
spontanément ?
De toute évidence, ce temps n’est plus : les enseignants
constatent aujourd’hui, au quotidien, qu’il ne suffit pas qu’il soit inscrit «
école » sur le fronton d’un bâtiment
pour qu’il y ait « de l’École » dans l’école. Les comportements qui ont cours
ici peuvent être du registre familial ou clanique ; on peut interpeller le
professeur comme le membre d’une bande rivale ou exiger de la maîtresse qu’elle
remplace votre mère. On peut aussi se croire sur un plateau de télévision et
considérer que la règle du jeu est bien d’éliminer « le maillon faible »
!
Il est inutile, pourtant, de traiter ces questions sur le
registre de la plainte ou de céder à la nostalgie : l’École d’hier est morte…
Vive l’École d’aujourd’hui !
Profitons-en pour nous recentrer sur les principes susceptibles
de fonder une École pour demain ! Ne regardons pas indéfiniment en arrière,
mais travaillons à « faire de l’École » maintenant.
Une École permettant à toutes et à tous d’accéder aux savoirs
grâce auxquels ils feront durer le monde et de le rendront plus
habitable.
Une École centrée sur le « comprendre » et où l’erreur soit une
occasion de progresser. Une École qui unisse les hommes et les libère de toutes
les formes d’emprise.
Et c’est parce que nous aurons la volonté d’« instituer de
l’École » que nous saurons, alors, comment « faire la classe ».
Nous pourrons y voir plus clair dans les grands dilemmes qui
sont, aujourd’hui, au cœur de multiples débats :
- centrer l’École sur l’élève ou sur les savoirs ?
- développer une « pédagogie du projet » ou donner la
primauté à la formalisation encyclopédique ?
- organiser des classes homogènes ou faire de l’hétérogénéité
un principe ?
Voilà quelques questions, parmi bien d’autres, qui sont
examinées systématiquement ici, avec le souci de ne pas caricaturer et d’être
suffisamment concret pour donner des repères pour agir.
Véritable manuel de pédagogie pour l’école d’aujourd’hui, ce
livre permettra à ses lecteurs, tout à la fois, de comprendre les enjeux
fondamentaux de l’institution scolaire, d’entrer dans les tensions et les
contradictions qui structurent l’entreprise éducative et de décider lucidement
de ce qu’ils doivent faire au quotidien dans les situations les plus
imprévues.
Construit en brefs chapitres qui peuvent être lus séparément,
comportant une multitude d’exercices et d’outils à utiliser en formation ou
dans la classe, il permet à Philippe Meirieu de livrer une synthèse qui sera
utile aussi bien au professeur débutant qu’à l’expert chevronné, aux
formateurs, qu’aux cadres éducatifs et aux chercheurs.
Pratiques
éducatives et système juridique en Europe et au Québec (xixe-xxe siècle), Revue
Le temps de l’histoire, Vaucresson,
cnfe-pjj, n° 5, 2003, 282 p., 18,29
€.
Ce numéro du Temps de
l’histoire entend prolonger les recherches historiques sur la
protection judiciaire de l’enfance et sur le traitement correctionnel des
mineurs comportant une dimension internationale et comparatiste. Il s’agit à la
fois de réfléchir aux fortes similitudes visibles dans les pays occidentaux à
différentes époques, aux coïncidences et aux décalages chronologiques qui ont
pu exister dans la construction et dans le fonctionnement des établissements de
correction ou dans l’adoption de règles judiciaires spécifiques aux enfants, de
prendre en compte la circulation internationale des idées dans ce domaine par
les congrès, les livres, les voyages, etc., tout en ne négligeant pas les
spécificités nationales.
Ainsi, plusieurs articles présentent les systèmes
correctionnels nationaux, avec leurs traits les plus caractéristiques. Alors
que la France apparaît enfermée dans une logique pénale et pénitentiaire,
réfractaire à toute innovation, la Suisse et les Pays-Bas semblent plus ouverts
à la pensée et aux méthodes pédagogiques. D’autres s’attachent au
fonctionnement d’institutions particulières.
Après avoir été obnubilés par la question des établissements,
les acteurs de la justice des mineurs s’intéressent, à la fin du
xixe siècle, aux aspects judiciaire et
juridique ; cette évolution est la marque d’un nouveau regard sur les jeunes
délinquants. Dans les années 1900-1920, avec une remarquable convergence, de
nombreux pays occidentaux adaptent le modèle du juge des enfants paternel. Deux
articles éclairent ce mouvement.
Enfin la justice des mineurs et le secteur de l’enfance
abandonnée, orpheline ou malheureuse, au-delà des logiques institutionnelles et
juridiques qui séparent ces différentes catégories, partagent de nombreuses
problématiques qu’il convenait de relever.
Propositions
pour le développement de la vie sociale des personnes âgées, Rapport
de mission : Hervy Bernard, Rennes,
École nationale de la santé publique, 2003, 159 p., 22 €.
Le rapport de la mission « Vie sociale des personnes âgées »,
confiée à Bernard Hervy par le secrétariat d’État aux personnes âgées, procède
d’abord à un état des lieux national : recensement des études disponibles,
enquête par questionnaire auprès des dix mille établissements et services en
charge des personnes âgées, entretiens de groupe avec près de cinq cents
acteurs du terrain. Ce panorama inédit de la situation actuelle constitue l’un
des principaux apports de cette mission.
Bernard Hervy décrit ensuite avec une grande précision les
évolutions en cours, souligne les difficultés et les impasses, met en relief
les réussites et les innovations.
Il pose les enjeux et les fondements d’une politique
d’animation et de vie sociale en direction des personnes âgées, traduite en
trente-trois propositions détaillées, réalistes, touchant notamment
l’amélioration des pratiques, le renforcement des moyens et la qualification
des intervenants.
« Cette mission « Vie sociale des personnes âgées » fait
œuvre fondatrice : à partir d’une information complète et précise, elle
esquisse l’architecture d’une politique d’animation digne de ce nom et propose
à cette fin un certain nombre de réformes opportunes ».
(extrait de la préface d’Hubert Falco, secrétaire d’État aux
personnes âgées)
Le travail
social, Ravon Bertrand
(sous la direction de), Problèmes politiques et
sociaux, n° 890, Paris, La Documentation française, juillet 2003,
118 p., 9 €.
Consacrée officiellement au début des années 1970, l’expression
« travail social » désigne un univers foisonnant, où se côtoient une multitude
d’acteurs (assistants de service social, animateurs socioculturels, éducateurs
spécialisés, aides médico-psychologiques…), aux pratiques et aux cultures
spécifiques.
Le lecteur trouvera dans ce numéro spécial les outils d’analyse
indispensables pour mieux cerner ce monde complexe et parfois déroutant. Il
découvrira les étapes par lesquelles le travail social s’est structuré autour
de filières professionnelles et d’un système de qualifications collectives. Il
prendra connaissance des dernières mutations du travail social, intervenues
tant dans ses missions que dans sa conception de la relation d’aide. Enfin, il
comprendra comment les lois de décentralisation de 1983 et les politiques
territorialisées, en modifiant le cadre d’intervention du travail social et en
faisant émerger des acteurs et des logiques extérieurs au secteur, ont
déstabilisé les travailleurs sociaux et provoqué chez eux un malaise
certain.
Sommaire :
L’institution du travail social ; Trois secteurs fondateurs ; La création de
l’appellation “travail social” ; La
reconfiguration du cadre d’action du travail social ; Un contexte
social dégradé ; La territorialisation des politiques sociales ; Une nouvelle
priorité du travail social
Les transformations de la relation d’aide.
Un travail social en quête d’une
nouvelle définition : Les limites de la territorialisation :
L’irruption problématique de logiques managériales ; Du travail social à
l’intervention sociale ?
Propos
actuels sur l’éducation, Ardoino Jacques, Paris, L’Harmattan, 2004, 169
p., 15,50 €.
Les récents débats sur l’éducation et les conditions
institutionnelles, psychosociales et pédagogiques de sa réalisation ne peuvent
occulter les questions posées il y a quarante ans, lors de la première édition
de cet ouvrage.
Entre une gestion technocratique à base de programmes uniformes
et de structures pesantes, et la complexité de la réalisation d’une éducation
tout au long de la vie, Jacques Ardoino pose les jalons d’une approche
multiréférentielle du fait éducatif. Cette contribution à l’éducation des
adultes, premier volet d’une trilogie de propos actuels sur l’éducation, marque
les repères d’une compréhension d’un phénomène éducatif complexe dont Jacques
Ardoino piste les traces étymologiques, épistémologiques et
herméneutiques.
Les propositions et les réflexions stimulantes de l’auteur, un
des fondateurs des sciences de l’éducation en France, devraient être un point
important dans les réflexions à venir sur la place de l’école et de l’éducation
en général dans la société contemporaine.