Empan
érès

I.S.B.N.2-7492-0280-9
176 pages

p. 7 à 8
doi: en cours

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no54 2004/2

2004 EMPAN

Éditorial

Rémy Puyuelo
« Poser la question “lieu-non-lieux”, c’est aussi parler de cet autre côté et du choix que nous avons fait d’en être les gardes-frontières tout autant que les passeurs, que nous soyons éducateur, infirmier, psychologue ou psychiatre… » C’est ainsi que se situe Blandine Ponet dans le trajet de ce numéro d’Empan qu’elle a accompagné. Espace et temps sont indissociables et se trouvent ici déclinés de la rue à la maison, du quartier à la ville et à la campagne, du passé au futur dans le présent… Difficile de se repérer dans les titres des articles qui convoquent, chacun à leur façon, des exclus, des inclus, des douleurs et des souffrances sociales et/ou psychiques.
De ces fugues écrites, à lire comme une composition musicale, surgissent ces questions qui nous poursuivent et dont l’articulation est toujours problématique : « Espaces de vie, espaces de soins. » Quelle créativité pouvons-nous mettre en œuvre pour que chaque corps ait son lieu et l’habite psychiquement ? Pour cela, à l’espace-temps doit s’associer l’histoire. Thomas More, en 1516, inventa l’utopie (non-lieu) : l’île sur laquelle s’est édifiée cette société est l’île « sans lieu », la « Nulle part ». Ce jeu rhétorique faisait pendant à cette époque à l’Éloge de la folie d’Erasme. L’utopie ne cesse depuis de travailler la pensée humaine en littérature, en politique, en architecture, en philosophie… En ce début du xxie siècle, l’utopie reste un motif puissamment révélateur des tendances de notre modernité. « Peut-être sommes-nous, à cet égard, dans une situation paradoxale : nous savons que, dans la réalité des faits, nous construisons l’avenir, en d’autres termes, que nous le voulions ou pas, nous savons que les choix qui se font aujourd’hui, choix proprement humains, auront des conséquences durables sur le monde que recevront les générations à venir. Alors, sauf à admettre que ces choix soient aveugles et que le destin du monde que nous fabriquons obéisse à des lois qui nous échappent définitivement, nous sommes contraints à l’utopie, un peu comme Sartre qui disait que nous sommes condamnés à être libres. On appellera utopie la distance qu’une société est capable de prendre avec elle-même, pour feindre ce qu’elle pourrait devenir » (Roland Schaer, « L’espace, le temps, l’histoire », Utopie… la quête de la société idéale en Occident, Éd. Bibliothèque nationale de France/Fayard, 2000, p. 16-19). Il y a des utopies de la liberté et des utopies de l’ordre. Les unes décrivent « un état idéal de l’être », les autres définissent « un être idéal de l’état » (utopies institutionnelles et totalisantes, voire totalitaires). La crainte de voir se réaliser les secondes fait trop souvent oublier la dynamique des premières. C’est sûrement dans cet esprit dynamique des premières que nous travaillons à Empan
Mes lectures m’ont fait découvrir le no 12-2004 de Reliance (la revue du collectif de recherches « Situations de handicap, éducation, société, crhes), dans laquelle Charles Gardou soutient et développe l’avant-projet de loi sur les handicapés (voir aussi C. Gardou et J. Kristeva dans Le Monde du 28 janvier 2004). Saluons de nouvelles revues : Direction(s), et son n° 7-2004, « Système d’information : les clés du succès », à l’intention des directeurs du secteur sanitaire et social, et ash Magazine, supplément aux Actualités sociales hebdomadaires, qui propose notamment dans son no 2 une enquête : « À la rencontre des travailleurs sociaux de demain. »
Avant de vous entraîner dans la lecture de ce numéro d’Empan, je vous propose un détour pour que vous puissiez vous mettre en condition de lectures à la manière d’un équilibriste, d’un funambule, qui bricole l’espace pour marcher, avancer.
Le peintre et sculpteur Jean Dubuffet s’est toujours passionné pour les manifestations picturales des graffitis : langage des rues, des lieux publics, mais aussi des œuvres des personnes enfermées dans les hôpitaux psychiatriques, et enfin des dessins d’enfants. De 1974 à 1984, il crée des lieux picturaux et des mouvements qui les traversent : parachiffres, lieux abrégés, théâtres de mémoire, psycho-sites, sites aléatoires, mires… Non-lieux !
« Dans leur liberté sauvage, dans leur perpétuelle destruction de ce que la connaissance à si grand frais ne cesse de construire, les non-lieux commencent là où la substance de l’esprit devient ce refus indéfini d’être quoi que ce soit de défini. Refus qui permet à Jean Dubuffet de conduire et de diriger les images qu’il sait faire miroiter en lieu et place d’une illusion de la réalité »
(C. Bouyeure, J. Dubuffet, Les lendemains de l’Hourloupe, catalogue édité par l’École nationale supérieure des Beaux-Arts, 1985).
Nous comptons vous retrouver dans nos prochaines parutions : « Travail et handicap », « La formation, pour quoi faire ? », puis « Résistances » en 2005.
À bientôt donc.
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