2004
EMPAN
Le dossier / Lieu/Non-lieux de soins
Le service intersectoriel d’accueil psychiatrique (siap)
Hélène Pélissier
[*]
Après le sinistre d’azf, le Service intersectoriel d’accueil psychiatrique (siap) a dû déménager trois fois avant d’être installé au rez-de-chaussée du pavillon Laporte, situé derrière les urgences du chu Purpan à Toulouse.
Ma journée au siap commence vers 6 h 30 : je gare ma voiture sur le grand parking du centre commercial, je traverse la rue pour me rendre dans les sous-sols où se trouve un vestiaire insalubre, aux murs pleins de moisissures. Certains de mes collègues refusent de se changer dans un tel endroit.
À 6 h 45, je monte l’escalier qui mène à la porte du siap, les transmissions se passent autour d’un café, on parle rapidement des huit patients présents dans le service depuis au moins trois, six, voire huit jours ou plus… ; ils occupent les huit chambres (6 chambres + 2 chambres d’isolement).
L’infirmière de liaison (idl, anciennement appelée infirmière d’accueil et d’orientation psychiatrique, iaop) nous parle des patients qu’elle a vus aux différents étages des urgences 2000. Il s’agit d’un grand bâtiment carré comprenant au rez-de-chaussée : un hall d’accueil avec une salle d’attente, le service des soins externes avec huit box où se font les consultations psychiatriques, et un service d’urgence traumatique ; au premier étage : deux services, l’accueil médico-chirurgical et l’unité d’hospitalisation de courte durée ; au deuxième étage : la surveillance continue. Dans tous les services, tous les jours de nombreux patients, relevant de soins psychiatriques, consentants ou non, sont hospitalisés dans un lieu ne traitant que les problèmes somatiques et s’en défendant.
À 7 h 30, le téléphone sonne, l’infirmière de l’accueil médico-chirurgical demande un psychiatre : « “Nos” patients lui posent quelques problèmes », dit-elle, elle devra attendre la visite médicale qui a lieu vers 9 heures.
À 8 heures, appel téléphonique des soins externes : « Deux patients à “nous” occupent les box, il y a urgence ! », clame l’infirmière d’accueil et d’orientation du chu.
C’est un lieu où tout se traite dans l’urgence, un rythme inadapté pour la psychiatrie, on nous renvoie que les box sont « bloqués » par des consultations qui prennent trop de temps et que les lieux sont « encombrés » par des patients trop « gênants ».
À 9 h 30, les agents de la sécurité du chu interviennent dans le hall pour contenir une patiente qui se dévêt, ils sont régulièrement appelés pour fixer sur les brancards des urgences les patients alcoolisés, suicidaires, confus, agités, susceptibles de fuguer, menaçants, présentant un risque pour les patients relevant des soins somatiques.
À 10 heures, alors que l’interne et le praticien hospitalier de psychiatrie poursuivent dans les différents étages leurs visites, les brancards apportés par les pompiers se bousculent les uns derrière les autres dans le couloir de l’accueil médico-chirurgical, il faut libérer des chambres, sans consulter nos médecins, certains patients psychiatriques devront quitter leurs chambres pour s’installer dans la salle d’attente.
Ce matin encore, 80 % du temps sera consacré à la recherche des places. Valse incessante : on a fait le tour des cliniques, le tour de l’hôpital Larrey, le tour des hôpitaux périphériques, tout cela pour un résultat bien maigre !
12 heures, l’infirmière d’accueil et d’orientation psychiatrique et l’interne font le point sur la situation aux urgences : deux patients ont fugué des soins externes ; on tente une sortie simple pour un patient qui n’en est pas à sa première tentative de suicide, il repartira avec les coordonnées du cmp en poche ; un autre reste contre sa volonté à l’unité d’hospitalisation de courte durée ; enfin, une patiente suivie à l’hôpital Marchant va partir à l’unité d’hospitalisation de courte durée de la clinique « B » reprendre le traitement qu’elle a arrêté pour être orientée à la clinique « M » où, je l’espère, elle ne s’agitera pas, au risque de revenir rapidement aux urgences avec une mesure de placement, elle devra alors attendre une place au siap qui l’adressera dès que possible à l’hôpital Larrey !
13 heures, je retourne dans mon service, le siap, où la tension monte. Monsieur X ne veut plus la contrainte d’une cigarette par heure, ne supporte plus les 30° et la promiscuité, demande à sortir ou juste à pouvoir ouvrir la fenêtre de sa chambre. Nous lui proposons de prendre un traitement sédatif et de fermer sa chambre à clé momentanément.
14 heures, autour du repas, nous faisons le point sur les nombreux et incessants départs des collègues : mutations pour les uns, mise en disponibilité pour les autres, tout est bon pourvu que l’on quitte ce lieu de perdition !
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Hélène Pélissier, infirmière diplômée d’État,
siap, Centre hospitalier Purpan, 31000 Toulouse.