2004
EMPAN
Le dossier : Travail et handicap - L'accès au travail des personnes handicapées
L’emploi au cœur de la nouvelle politique du handicap
Patrick Gohet
[*]
Face à l’évolution générale de notre société, la politique du handicap doit être rénovée. Il s’agit de prendre en compte les aspirations nouvelles des personnes handicapées, des familles et des professionnels. Aujourd’hui, les personnes handicapées souhaitent être considérées, non pas en fonction de leur déficience, mais tout simplement comme des personnes à part entière. À ce titre, elles aspirent à un projet personnalisé et à une politique, qui soit faite non plus d’aides mais de droits.
La politique du handicap doit répondre aux besoins et aux attentes de nos concitoyens handicapés, que leur déficience soit mentale, motrice, sensorielle, psychique…, qu’ils soient polyhandicapés ou atteints d’incapacité grandissante du fait de pathologies invalidantes.
La politique du handicap doit concerner tous les aspects de la vie : le diagnostic, l’annonce, l’aide précoce, la scolarisation, la formation, le logement, l’accompagnement, l’accès aux loisirs, aux vacances, au sport et à la culture, la vie citoyenne, l’avancée en âge… Bien évidemment, l’emploi et l’exercice d’une activité professionnelle constituent une dimension majeure de cette politique.
Il nous faut moderniser notre héritage. Il n’est pas négligeable, mais il est dominé par l’aspect protection de la personne et le recours privilégié aux solutions institutionnelles. Sans jeter tout cela par-dessus bord, il convient d’y ajouter les apports européens que sont la non-discrimination et, dans toute la mesure du possible, la liberté du choix de mode de vie. À défaut, nous devons rechercher la compréhension et le consentement de celles et de ceux qui, parce qu’handicapés mental ou psychique, rencontrent des difficultés pour conduire leur propre vie. C’est là toute la noblesse de l’accompagnement.
Dans notre société, chacun doit pouvoir découvrir ses talents et les développer, chacun doit pouvoir prendre sa place dans la vie de la cité. Participer à l’activité économique constitue un moyen majeur d’intégration. Il en est ainsi pour les personnes handicapées.
L’exercice d’une activité professionnelle doit se faire, dans toute la mesure du possible, au sein du monde ordinaire du travail, qu’il s’agisse des secteurs privé ou public. L’insertion professionnelle dans tous les secteurs d’activité est à encourager, tout comme l’accès aux dispositifs de formation de droit commun. C’est pourquoi le projet de loi en cours de préparation institue un fonds commun aux trois fonctions publiques et améliore les outils de sensibilisation de l’entreprise ordinaire.
La société doit prendre conscience que le handicap est d’abord un atout plutôt qu’une charge. Il est créateur d’emplois pour l’accueil et l’accompagnement, il est incitatif à la découverte scientifique, en particulier sur le plan de la santé, ainsi qu’à l’évolution technologique. Il est créateur de liens. Les femmes et les hommes concernés, pourvu que leur environnement soit adapté, en particulier les lieux et les outils de travail, sont parfaitement en mesure de contribuer à la production et à la consommation.
Pour autant, le dispositif est naturellement conçu pour tenir compte de la diversité des handicaps quant à leur nature et à leur gravité. C’est ainsi que certaines personnes handicapées ne peuvent exercer une activité de type professionnel qu’à la condition de bénéficier d’un accompagnement spécialisé. Les secteurs protégé et adapté sont là pour répondre à cette nécessité.
En toute hypothèse, l’exercice d’un emploi ordinaire ou d’une activité de type professionnel font partie du projet de vie. C’est autour de la notion de réponse personnalisée que s’organise aujourd’hui la politique du handicap. Le monde ordinaire et le secteur spécialisé intègrent nécessairement cette nouvelle dimension. Cette nouvelle approche oblige les professionnels au service des personnes handicapées et de leurs familles à une révision de leurs conceptions et de leurs pratiques.
Accompagner et non se substituer, expliquer plutôt qu’imposer, rechercher le consentement plutôt que faire à la place, associer la personne handicapée aux décisions qui la concernent, réexaminer régulièrement avec elle le contenu de son projet de vie, l’aider à comprendre les droits et les devoirs liés à la vie en société pour qu’elle puisse y participer…, telles sont les orientations qui, sans être tout à fait nouvelles, doivent être amplifiées et approfondies. C’est dire si, dans une société dominée par la performance et la norme, les métiers de l’accompagnement sont difficiles et méconnus. Il est urgent de les valoriser, en particulier en instruisant le corps social de la fonction majeure qui est la leur en matière de création de liens.
Dans un monde incertain et chargé d’inquiétudes, la question du handicap peut remplir une fonction majeure. En effet, le handicap exacerbe les difficultés de tous, tout comme il peut suggérer les réponses nécessaires à chacun. Bref, répondre aux besoins et aux attentes des personnes handicapées, c’est souvent, sinon toujours, améliorer la vie de l’ensemble des membres du corps social.
[*]
Patrick Gohet, délégué interministériel aux personnes handicapées, 8, avenue de Ségur, 75350 Paris 07 SP.