2005
EMPAN
Éditorial
Rémy Puyuelo
« Jadis, j’étais un enfant.
Il y a trois ans, l’enfant rêvait d’autres mondes.
Mais je ne suis plus un enfant, j’ai vu le rouge sang.
Maintenant je suis adulte, je connais la peur. »
Terezin
Notre dernier numéro d’Empan était consacré à la résistance. Cet extrait de poème fait partie des dessins et des poèmes des enfants du ghetto de Terezin (« Ici je n’ai pas vu de papillon », musée juif de Prague, 2004). Onze mille enfants y transitèrent. Dessiner, écrire étaient joie et remède. Ils peuplaient les cahiers de souvenirs, les journaux intimes et les journaux publics, véritable combinaison d’œuvres littéraires et plastiques, ils témoignent de la lutte pour la vie de l’âme.
On parle beaucoup de l’Europe ces derniers mois. Empan avait consacré en 1997 un numéro (n° 27) à « L’Europe sociale… une si longue marche ». On s’interrogeait : Espace social européen ou Europe sociale ? Mais aussi déjà sur la formation : le travail social et la formation dans la construction européenne (H. Coudy-Clavier).
En écho au numéro 55 « Travail et handicap », lisons l’essai de Philippe Askenazy sur la pénibilité du travail : Les désordres du travail, enquête sur le nouveau productivisme (éditions du Seuil, 2004). En moins de cent pages, il se contente de démontrer, chiffres à l’appui, qu’en France le travail continue de faire souffrir alors que, pourtant, des solutions existent.
Le décret n° 2005-11 du 6 janvier annonce la création et décrit les conditions d’agrément des Instituts thérapeutiques éducatifs et pédagogiques – le décret sera complété par une circulaire. Pour qu’un tel projet ne demeure pas lettre morte, les pouvoirs publics devront s’engager en termes de postes de travail et de formation, faciliter la coopération du sanitaire et du médico-social et revaloriser les pratiques institutionnelles d’orientation dynamique pour rendre à l’institution sa fonction thérapeutique. On doit rendre hommage à l’aire qui depuis de nombreuses années œuvre dans ce sens.
Le décret du 30 décembre 2004 précise les conditions d’organisation et de fonctionnement des lieux de vie et d’accueil désormais reconnus dans le Code de l’action sociale et des familles au même titre que les établissements ou les services sociaux sans être ni les uns ni les autres. Il concerne cinq cents lieux pour des enfants de l’ase, de la pjj ou handicapés moteurs ou mentaux placés par leurs parents – lire
ash magazine, n° 7, février 2005 (« Reconnaissance ou normalisation ? »).
5,5 millions de personnes sont concernées par le projet de loi « pour l’égalité des droits et des chances, la participation et la citoyenneté des personnes handicapées ». Comment sortir des bonnes intentions, comment replacer les handicapés dans le droit commun du travail, comment faciliter l’accessibilité ? Charles Gardou, dans son dernier ouvrage Fragments sur le handicap et la vulnérabilité (éditions érès, 2005, 260 pages), prône une révolution de la pensée et de l’action.
Enfin, demeurons vigilants ! Le rapport préliminaire portant sur « La prévention et la délinquance » (
ash
, n° 2392 du 28 janvier 2005 et
ash magazine mars-avril 2005), rédigé par des parlementaires et remis au ministre de l’Intérieur, est très préoccupant par l’effet de maltraitance qu’il induit sur tous les enfants de familles pauvres et précaires – l’idéologie sécuritaire développée dans un tel document concerne en fait les 3,6 millions de personnes vivant en deçà du seuil de pauvreté. Nous développerons la question de la Protection de l’enfance et de l’adolescence dans notre numéro de septembre 2005, « Les centres éducatifs renforcés, pulsation du social ».
À lire, le numéro 132, de novembre-décembre 2004, de Débat (éditions Gallimard), consacré à « l’enfant-problème ». De façon pluridisciplinaire il propose une mutation de l’idée de l’enfance et interroge : « Et si le premier problème de nos systèmes éducatifs était de savoir quel est l’enfant auquel ils s’adressent ? » Cette redéfinition de l’enfance amène à diviser ce qui avait été uni sous le nom de « protection de l’enfance ». Si, d’un côté, l’image de l’enfant victime se renforce, de l’autre une responsabilisation précoce ramène la figure du coupable là où elle semblait inadéquate… Un bonne nouvelle malgré tout : la Cour suprême des États-Unis abolit la peine de mort pour les mineurs.
Profitons du centenaire de Jules Verne pour lire Voyages au centre de la Terre-Mère. Jules Verne chez le psychanalyste, de Michel Sanchez-Cardenas (éditions Albin Michel, 2005, 200 pages), plein de verve et d’humour, et n’oublions pas le bicentenaire de la naissance de Hans Christian Andersen dont les contes continuent d’animer l’imaginaire des petits et des grands… Puisque nous en sommes au centenaire n’oublions pas notre Bécassine nationale !
Je vous laisse maintenant aborder « La psychiatrie : qu’en pense le social ? ». Quelques chiffres :
- 1 150 000 personnes ont consulté l’un des 830 secteurs de psychiatrie générale ;
- 12 500, le nombre de psychiatre en exercice public, privé, associatif ;
- 15 % la part de la population qui présente des troubles mentaux de gravité inégale.
Telle était la situation développée par Télérama (n° 2873, 2 février 2005) à la suite du double meurtre qui s’est produit au centre hospitalier de Pau dans la nuit du 17 au 18 décembre 2004.
« Il n’empêche que la psychiatrie, c’est toujours quelqu’un qui s’occupe de quelqu’un d’autre qui ne pourrait pas tenir au monde tout seul. C’est long, cela coûte cher, il n’y a pas de résultats garantis. Si la folie était mieux aimée… ».
(Daniel Conrod)
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