2005
EMPAN
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Notes de lecture
Fous alliés, Aoustin, B. Toulouse, Association Bon Pied Bon Œil
Une vision révolutionnaire et poétique sur la sortie du handicap psychique
Voici un livre édité par l’association Bon Pied Bon Œil qui révolutionne une question de société : la question du handicap psychique, si à la mode dans les milieux politiques de la santé.
Quand je dis que c’est une révolution, c’est que le plus souvent on parle de cette problématique à la place des personnes concernées. Comme si le handicap psychique supposait une absence de pensée ou d’être-au-monde… Or, dans Fous alliés, ces sujets ont la parole, à travers les personnages qu’ils ont inspirés à l’auteur.
La souffrance ou la maladie est avant tout un acte vital pour un sujet, il ne faut pas l’oublier. C’est pourquoi le problème de la sortie de la maladie et de la réhabilitation est un problème d’abord intime et individuel. Par réhabilitation, nous dit-on au chapitre 15, on entend bien souvent la simple réinsertion (logement, travail…). Mais dans Fous alliés, la réhabilitation du sujet est le dépassement d’une honte intime, honte d’avoir un jour perdu la tête, et c’est cela qu’il faut que la personne traverse.
Dès lors, pour sortir de cet enlisement du symptôme et de la honte qui est dans son sillage, la personne a tout un cheminement à expérimenter, fait d’inventivité et d’allers-retours vers la société. Cheminement qui veut dire aussi renoncement à la jouissance du symptôme, et libération…
Chapitre 23, on nous parle même d’« étoile jaune »… oui, se réhabiliter, pour chaque sujet, c’est décoller cette étoile jaune qu’il s’est collée, cette étoile qui veut dire « fou à lier ».
Les personnages de ce livre nous parlent de cela, de ce qu’ils veulent être, de leur désir de conquérir leur citoyenneté, avec cette liberté que la société leur a concédée, depuis la venue des neuroleptiques et l’ouverture des asiles.
Il nous faut aller, avec ce livre, à rebrousse-poil des peurs qui existent de part et d’autre… accepter ce risque d’une découverte d’un vivre-ensemble. Il y a encore des mots comme « psychiatrie, schizophrénie, psychose » qui sont des mots tabous. Fous alliés nous dit que la société se doit d’être plus juste avec ces mots dérangeants, parce que, derrière eux, vivent des personnes qui ont leur mot à dire et leur vie à prendre en main, avec nous. Pour construire…
L’auteur, Bernard Aoustin, s’est donc effacé pour transcrire, pour écrire leurs paroles – les paroles de ceux que l’on nomme les « usagers » de la psychiatrie.
Dans le sous-titre, je vous parlais aussi de poésie. En effet, B. Aoustin a choisi, en les rencontrant, de transmettre leurs paroles, leurs vécus en les sublimant par son écriture. Ainsi, Fous alliés est composé de nombreux et courts chapitres, chapitres chocs, chapitres émouvants et souvent humoristiques, qui peuvent être lus comme des poèmes. Partout où il y a de la révolte intime, celle-là même qui gît au plus profond de chacun de nous si on l’écoute, la poésie et le social pointent alors leur nez. Rappelons-nous cette phrase d’Albert Camus, cité par Julia Kristeva, dans L’avenir d’une révolte : « Je me révolte : donc nous sommes. »
Bernard Aoustin a introduit ses textes poétiques dans une préface que je cite ici :
« Ils sont étonnants. Parfois étranges. Souvent déroutants.
Cette déroute, justement, c’est leur parcours.
La maladie leur a fait prendre des chemins tortueux, abrupts, difficiles… et si la maladie est leur histoire, leur retour dans la société dite “normale” fait partie de la nôtre.
Au cours des siècles, on les a enfermés. Ignorés. Mal traités. Traités de fous. Et même de fous à lier… À lier, aliéné… on a vite fait de tout mélanger !
Et pourtant, les fous ont tout perdu, sauf la raison (Jacques Lacan).
Aujourd’hui ils sont libres. Hors de l’asile. Mais cette liberté, c’est à chacun de se l’approprier.
Dans Fous alliés, ces personnages existent. Eux, d’autres, vous les avez rencontrés, ou vous les croiserez un jour sur votre chemin. Ils viennent d’un ailleurs qu’ils n’ont pas – ou plus – envie de retrouver. Ils nous bousculent. Ils nous en foutent plein la gueule, à nous avec nos certitudes d’êtres normaux, comme ils disent. Car ce sont des individus pas comme les autres : eux ils croient en la société et la resocialisation. Ils ne veulent pas reproduire nos mêmes erreurs. Ils veulent seulement être là, avec nous. Sans savoir – mais qui sait ? – qu’ils nous enrichissent de leur autre monde. Et c’est ça qui est fou ! »
Ces « fous alliés », qui ont la parole dans ce livre, sont alliés par ce désir de revenir parmi nous, comme B. Aoustin nous l’annonce. Chacune de leurs révoltes intimes, tout cet art de décoller leur étoile jaune, les font avancer ensemble, pas à pas, vers la resocialisation, et, de surcroît, vers leur dignité. Ils sont en quête de ce vivre ensemble.
Bon, je n’en dirai pas plus… si ce n’est que Fous alliés se lit facilement. Un peu comme on lit des haïkus. En effet, on y assiste à une écriture de la simplicité (qui n’est bien sûr qu’apparente, comme dans la poésie…). Et puis, le lecteur y rencontre aussi l’humour, cet humour dû aux décalages, aux malentendus qui résident et résistent entre le style de la société et le style de ceux qui reviennent de loin et qui ne cessent de vouloir une resocialisation.
Fous alliés est donc un petit livre par l’épaisseur (88 pages). Mais, à la manière d’un recueil de poèmes, il nous invite à laisser parler cette pensée irréductible et singulière, qui est en chaque être humain et à l’origine du social. Voilà donc un précieux livre, qui peut intéresser les professionnels de la santé, comme le grand public pour sa dé-stigmatisation de la maladie et du handicap. Bref, c’est un livre incontournable pour qui aime la vie !
Nathalie Marty
Pour commander Fous alliés
Prix : 15 euros + frais d’envoi 5 euros
Association Bon Pied Bon Œil
32, allée Jules Guesde 31000 Toulouse
Syndromes psychosociaux : la psychanalyse et les pathologies sociales, Di Chiara, G. Toulouse, érès, 2004, 160 p.
En s’intéressant au sort de ses patients en dehors de son cabinet dans le contexte social qu’il partage avec eux, l’auteur tente de repérer, décrire et définir les situations sociales susceptibles de remplir des fonctions défensives pathologiques, situations qu’il nomme « syndromes psychosociaux ».
Les « syndromes psychosociaux » correspondent à des comportements collectifs, ils répondent à des angoisses profondes partagées par la collectivité, dont les origines réelles sont inconscientes. Un caractère spécifique les différencie des mécanismes pervers : leurs protagonistes en tirent du plaisir, et pourtant ils provoquent des dommages aux autres et à eux-mêmes. Enfin, leur mise en œuvre et la transmission de leurs modèles s’opèrent essentiellement à travers les systèmes éducatifs de groupe.
L’auteur soutient que la psychanalyse et les institutions psychanalytiques doivent montrer le chemin d’une révision critique des modes de vie collectifs, et surtout ne pas œuvrer dans le sens de la normalisation des pathologies. Le prétendu pessimisme freudien a souvent été utilisé pour endormir l’esprit critique qui avait été insufflé à la psychanalyse par Freud lui-même. Dans la suite de Freud, d’Otto Kernberg, Di Chiara reprend à son compte « l’application pragmatique des connaissances psychanalytiques aux problèmes sociaux, dans un but de prévention des comportements destructeurs » (Kernberg, 1994). Il s’appuie en cela sur la théorie et la pratique de l’analyse de groupe, qui permettent de révéler les connexions entre les psychismes subjectifs et le corps social.
Le psychanalyste acquiert une responsabilité culturelle par la prise en considération actuelle des compétences sociales de l’homme.
L’auteur pense que l’engagement des psychanalystes dans l’institutionnel qui fonde une culture a comme conséquence l’ouverture du champ social à la recherche scientifique.
C’est bien la compétence réparatrice et interprétative du psychisme qu’il évoque. Laissons la parole à l’auteur : « S’il continue à être vrai que les sujets singuliers doivent faire leurs comptes avec leur propre organisation personnelle interne, il est tout aussi évident que celle-ci se structure d’abord, et s’articule ensuite, dans des contextes sociaux de dimensions variées et variables. Les découvertes d’abord, la théorie et la pratique ensuite de l’analyse du petit groupe se sont adjointes à l’analyse irremplaçable des sujets singuliers, en dotant la psychanalyse d’un instrument particulièrement efficient pour développer le projet d’une investigation qui justement comprenne et révèle les connexions entre les psychismes subjectifs et le corps social. »
L’auteur exorcise une psychanalyse qui serait tentée de devenir une vision du monde ; il garde solidement sur la table de travail la psychanalyse individuelle comme pratique essentielle pour affronter la conflictualité profonde, et propose l’extension à une pratique psychanalytique groupale, dont les dispositifs du cadre permettraient de mettre en évidence les noyaux qui structureront les défenses du type syndrome psychosocial.
C’est un livre qui mérite une lecture approfondie, et le lecteur français pourra trouver la mise en forme de questions qui visent une pratique élargie de la psychanalyse à un monde en mouvement, à la recherche de nouveaux liens humains, dont la base psychique inconsciente ne peut être ignorée.
François Sacco
Psychanalyste, spp
Panorama de la lutte contre l’exclusion sociale. Concepts et stratégies, Estivill, J. Genève, Bureau international du travail / step, 2005, 138 p.
À nouveau l’exclusion sociale ? Cet ouvrage tâche de faire le point autour de ce concept en mettant en garde contre son usage abusif puisqu’il a été qualifié de fourre-tout, de passe-partout ou encore de chewing-gum parce qu’il s’étire et est déformé à volonté par l’utilisateur. On est allé jusqu’à dire qu’à force de banalisation, il était saturé de sens, de non-sens et de contresens. Mais il ne doit pas pourtant être totalement dénué d’intérêt puisque, pratiquement inusité il y a vingt ans, il est aujourd’hui sur toutes les lèvres : du plus haut placé des fonctionnaires internationaux au plus modeste exécutant d’un projet local en Europe, dans la forêt amazonienne, dans la plus lointaine île du Pacifique ou au fin fond du désert africain.
L’exclusion sociale a existé dans le passé. Actuellement, elle touche des millions de personnes qui vivent et travaillent dans des conditions extrêmement difficiles et, si rien n’est fait pour la combattre, elle se perpétuera dans le futur. L’humanité tout entière est concernée. Elle ne peut ni ne doit fermer les yeux devant ce fléau qui s’agrandit et s’approfondit. C’est pourquoi il est important de mieux connaître l’exclusion sociale.
Dans le premier chapitre de cette publication, on montre comment elle est apparue et en quoi elle traduit la nouvelle situation engendrée par les profondes mutations socio-économiques des années 1970. Le terme, né en France, influera très vite les politiques et les programmes qui voient le jour dans l’Union européenne pour s’étendre ensuite à d’autres continents. Son adoption progressive ouvre des débats stimulants, comme c’est le cas au Brésil et en Amérique latine. De plus en plus, l’exclusion sociale est conçue comme un processus où des ruptures successives des liens sociaux, économiques, politiques et culturels éloignent progressivement, en les « infériorisant », des personnes, groupes, communautés et territoires des centres de pouvoir, des ressources et des valeurs dominantes. Mais cette extension ne doit pas faire oublier d’autres concepts tels que ceux de marginalisation, de pauvreté, de précarité et de vulnérabilité, qui peuvent aussi éclairer la réalité. Il faut donc voir les rapports que ces concepts ont avec celui de l’exclusion, comment ils naissent, par qui ils sont utilisés et quelles conséquences ils ont pour les stratégies que l’on développe.
En tant que phénomène social, l’exclusion est plus visible que jamais mais la difficulté de déterminer ses causes profondes la rend opaque. Ainsi, plutôt que de la décrire – ce qui très souvent amène à la gérer –, il est plus utile de l’analyser comme un phénomène qui se situe au cœur de l’organisation structurelle des sociétés contemporaines et de leur fonctionnement.
Le deuxième chapitre porte sur les caractéristiques de l’exclusion, les traits communs et les différences de ses manifestations selon qu’elles sont envisagées au niveau de l’individu, du groupe, de la société dans son ensemble ou du territoire. L’auteur insiste, dans une partie de ce chapitre, sur les aspects symboliques et culturels de l’exclusion qui ont tendance à renforcer les aspects matériels du processus. Par ailleurs, il souligne la difficulté de mesurer et d’étudier ce phénomène, et de proposer des pistes méthodologiques à la fois quantitatives et qualitatives qui permettent de l’approfondir.
Le troisième chapitre met en évidence la multiplicité des stratégies adoptées par tous les acteurs concernés. Certains adoptent une perspective de reproduction, d’autres des perspectives palliatives, quelques-uns des perspectives émancipatrices. Toutes ont un impact et il est proposé une typologie illustrant leur hétérogénéité dans le temps et dans l’espace. Il s’agit de porter un regard critique sur plusieurs théories comme celle de l’inévitabilité – ou de la négation – de l’exclusion, celle de sa disparition grâce au développement économique et celles qui postulent une sorte de dichotomie entre le niveau local et le niveau national, voire même le transnational, entre le domaine social et le domaine économique, etc.
Enfin, sont traités des principes stratégiques sur lesquels appuyer la lutte contre l’exclusion, en présentant leurs forces et leurs faiblesses : le partenariat, l’approche territoriale, l’intégralité et la globalité des actions ou encore la participation semblent avoir passé l’épreuve du feu dans des expériences de nombreux pays. En guise de conclusion, le chemin parcouru est retracé et les défis et tâches à venir sont proposés.
Cet ouvrage se présente comme un essai conceptuel et stratégique sur l’exclusion sociale. Par conséquent, il n’intègre pas d’analyses statistiques et quantitatives sur l’état actuel du phénomène. D’autres livres remplissent cette fonction. Celui-ci peut être utile à des étudiants et professeurs qui veulent en savoir plus sur ces questions mais aussi à des agents de terrain qui sont confrontés à ces problématiques. Tout en ayant une portée théorique, il contient une multitude d’exemples concrets et renvoie à une vaste bibliographie, ce qui peut permettre au lecteur une meilleure connaissance du sujet.
L’auteur
Jordi Estivill est sociologue. Il a travaillé comme expert pour le bit (Bureau international du travail) à Genève et coordonne le programme step – Portugal (Stratégie et techniques contre l’exclusion sociale et la pauvreté). Il a été professeur à l’Université de Barcelone en Politiques sociales et directeur du ges (Groupe d’études sociales). Auteur et coordonnateur de plusieurs ouvrages, il a aussi participé à de nombreuses recherches sur l’exclusion et la pauvreté en Catalogne, dans l’État espagnol et en Europe.
Caterine Reginensi
Les formes élémentaires de la pauvreté, Paugam, S. Paris, puf collection « Le lien social », 2005.
Ce dernier ouvrage de S. Paugam, après La disqualification sociale et Le salarié de la précarité, vise la pauvreté à l’échelle européenne : la pauvreté au Danemark, en Italie, au Portugal, en Grande-Bretagne, en Allemagne… et en France est-elle du même ordre ? Pour tenter de répondre à cette question, il est d’abord nécessaire de préciser sous quel angle et avec quels instruments on va établir les constats et procéder aux comparaisons : chacun peut deviner que le niveau de vie et le système de protection sociale jouent un rôle déterminant, sans parler de l’hétérogénéité sociale, variable au sein même de chaque nation.
La première partie est consacrée à l’élucidation des angles possibles d’appréhension de la pauvreté (approche monétaire, approche subjective, approche par les conditions de vie). Mais Paugam explicite et reprend à son compte, après un détour par Tocqueville et par Marx, le point de vue de Simmel : « C’est l’assistance qu’une personne reçoit publiquement de la collectivité qui détermine son statut de pauvre. Être assisté est la marque identitaire de la conception du pauvre […]. Être assisté […] c’est recevoir tout des autres sans pouvoir s’inscrire, du moins dans le court terme, dans une relation de complémentarité et de réciprocité vis-à-vis d’eux. » La pauvreté est donc définie par la nature de la réaction sociétale à certaines conditions d’existence, par la nature et la force de la mobilisation de l’ensemble sociétal pour construire le lien social de telle sorte que tous les membres soient englobés et pour soutenir solidarité et cohésion sociales. Mais cette interaction serait incomplète si l’on ne prenait pas en compte la réaction des « pauvres » à cette « réaction sociétale », leur expérience de pauvreté. C’est donc cette interaction « réactionnelle » qui permet de déterminer le rapport social à la pauvreté.
Comment rendre intelligible ces variations ? Les expériences variables de la pauvreté, tout comme les représentations que l’on s’en fait, dépendent de trois facteurs : « le degré du développement économique et du marché de l’emploi, la forme et l’intensité des liens sociaux, et la nature du système de protection sociale et d’action sociale ». Chacune de ces macro-variables se décline en une diversité d’indicateurs permettant de spécifier avec le plus de rigueur possible les spécificités nationales. Après cette mise en place des cadres de l’analyse entrent en scène les « trois formes élémentaires de la pauvreté [qui] peuvent être distinguées : la pauvreté intégrée, la pauvreté marginale, et la pauvreté disqualifiante ». Chacune de ces formes est plus particulièrement dominante dans un type de société et elle apparaît à une certaine période de son histoire.
La seconde partie de l’ouvrage soumet cette typologie à l’épreuve empirique grâce à des études comparatives des pays de l’Europe des Douze, en fonction des données disponibles obtenues à travers diverses enquêtes spécifiques mais aussi, et cela vaut la peine d’être souligné, grâce au « Panel communautaire des ménages (echp) dont la première vague a été réalisée en 1994 dans tous les pays de l’Union européenne ». Le lecteur ne sera sans doute pas étonné de retrouver des figures de « la pauvreté intégrée » au Portugal ou dans le Mezzogiorno italien ou dans les pays de l’Est de l’Europe, tous pays ou régions où les solidarités familiales jouent un rôle protecteur essentiel. Au cours des décennies de prospérité économique de l’après-guerre, l’enthousiasme et la foi au Progrès ont conduit à penser que l’on pouvait vaincre la pauvreté. À ce moment-là, dans de nombreuses nations européennes, la pauvreté devient invisible : elle correspond au type idéal de « la pauvreté marginale », que les pays scandinaves réussissent encore aujourd’hui à canaliser : les « oubliés de la croissance » s’inscrivent dans une « pauvreté combattue » au risque d’une forte stigmatisation. La forte dégradation du marché de l’emploi, l’individualisation de la société qui fragilise les liens sociaux, en particulier familiaux, l’épuisement et la relative inadaptation de l’État social au cours des dernières décennies ont généré une « pauvreté disqualifiante » dans la plupart des pays de l’Europe originaire de l’après-guerre. Surgissent en leur sein de nouvelles formes de ghettos, de zones urbaines jugées « sensibles » et la formation d’une identité négative qui provoque des réactions de défense extrêmes et violentes.
Toujours expressives d’une inégalité sociale, ces « formes élémentaires de la pauvreté » indiquent une diversité historique qu’on ne saurait expliciter ici. Sont-elles exportables au-delà des sociétés contemporaines postindustrielles ? L’auteur propose déjà des hypothèses en ce sens. Il reste que le lecteur ne peut manquer de s’interroger sur la position simmelienne adoptée : la détermination de la pauvreté retenue n’exclut-elle pas une frange de population, celle qui refuse tout dispositif d’assistance, ne serait-ce que le recours à un centre d’hébergement aux moments les plus froids de l’hiver ? Peut-on tenir pour négligeable la distinction entre une « réaction sociétale » par assistance privée (de type caritatif et philanthropique) et une « réaction sociétale » qui procède à la construction d’une assistance publique par mobilisation de la solidarité de la nation toute entière au travers du débat démocratique ?
Marcel Drulhe
Revue Le Sociographe. Recherches en travail social
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Publiée par l’Institut régional du travail social (irts) du Languedoc-Roussillon, associé avec les irts de Basse-Normandie, de Nord-Pas-de-Calais et de paca et Corse.
Paraît trois fois par an (janvier, mai, septembre).
Le Sociographe se donne pour ambition de travailler les articulations entre réalités sociales, pratiques professionnelles et prescriptions politiques de ce que l’on nomme le « travail social »
Il publie des articles écrits par des enseignants, des chercheurs et des praticiens du social mais aussi des travaux d’étudiants (à partir des mémoires de fin de formation)
Numéro 17 (mai 2005), 128 p. : « S’habiller. Socialisation, médiation, corps ».
Signe, marque, mais peut-être aussi linguistique… le vêtement parle. Il n’est pas seulement une protection et un paraître, il est aussi un support à la relation sociale. En ce sens, il nous inscrit dans notre environnement. Du col blanc à l’exclu, qui habille le corps et qui habite les vêtements ? Dialogue des usages et des médiations du vêtement dans les pratiques éducatives.
Trois axes sont abordés dans ce numéro.
Le vêtement est tout d’abord un mode et un moyen de socialisation. Ce sont tout à la fois des pratiques et des représentations des travailleurs sociaux qui sont analysées à propos de l’exclusion, de l’impact des modes et des marques.
Il est également un support de médiation. L’élaboration de la relation entre le père et l’enfant peut se lire à travers l’habillement. L’analyse de la circulation du linge à l’hôpital se révèle comme un outil d’analyse d’un fonctionnement institutionnel.
Enfin, et bien sûr, c’est le corps qui est mis en évidence, en valeur, caché ou déformé par le vêtement. Seconde peau, évolutive à travers les âges de la vie, elle signe notre identité. Ainsi, l’expérience d’Habicap relate le dynamisme d’une entreprise qui s’est donné pour vocation d’habiller le corps handicapé.
Cette livraison du Sociographe nous invite à réfléchir sur l’importance et l’impact de ces gestes du quotidien : s’habiller.
Contact : irts / Le Sociographe
www. lesociographe. org