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Empan

2005/4 (no 60)

  • Pages : 186
  • ISBN : 2-7492-0438-0
  • DOI : 10.3917/empa.060.0051
  • Éditeur : ERES


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Le caractère de précarité peut s’appliquer aux situations monoparentales à plusieurs titres, d’abord parce que la montée de celles-ci constitue sans doute l’expression la plus visible d’un processus de fragilisation de la conjugalité qui a pour effet direct (à travers l’importance croissante prise par les divorces et les séparations) la remise en cause fréquente de l’éducation biparentale des enfants. La fin de la conjugalité signifie pour beaucoup non seulement la distension des relations d’un parent à l’enfant, conduisant souvent à l’affaiblissement du lien parental, mais aussi la déstabilisation psychologique des sujets, ainsi qu’un appauvrissement brutal du nouveau noyau familial ainsi formé, et des difficultés plus ou moins marquées dans son intégration sociale. La situation monoparentale s’instaure de fait très souvent dans la précarisation relationnelle, psychologique, économique et sociale qui s’exprime dans le caractère déficient et instable de la situation vécue.

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Cependant, dans la plupart des situations, cette précarité va progressivement disparaître [1]  Claude Martin, L’après-divorce. Lien familial et vulnérabilité,... [1] avec la conjonction d’un ensemble d’éléments de stabilisation dans la nouvelle situation : pacification des rapports à l’ex-conjoint et achèvement du travail de deuil de la relation conjugale [2]  Jean Lemaire, Le couple : sa vie, sa mort, Paris, Payot,... [2] , amélioration de la situation économique (que ce soit par l’investissement professionnel du parent « gardien », le transfert de ressources effectué par l’autre parent, l’obtention d’allocations spécifiques), reconstitution d’un réseau relationnel et de sociabilité, investissement du quartier et de la société civile… La précarité monoparentale n’a alors été qu’une phase, un passage plus ou moins obligé résultant de la crise du fonctionnement familial antérieur.

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Mais une proportion de plus en plus importante de situations ne semble pas devoir sortir d’une précarité qui semble beaucoup plus fondamentale, soit parce qu’elle était déjà présente avant ce qui a occasionné l’entrée dans cette situation (décès du conjoint, abandon, rupture…), soit parce que cet événement a véritablement précipité la famille dans une précarité multidimensionnelle, dont l’issue demeure incertaine.

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Bien que cette précarité puisse toucher de façon dramatique certains pères, comme j’ai pu le constater lors de ma première enquête auprès des parents séparés [3]  Gérard Neyrand, L’enfant face à la séparation des parents.... [3] , elle va concerner avant tout des mères, d’abord parce que – comme chacun sait – elles sont beaucoup plus nombreuses en situation monoparentale, ensuite parce qu’elles sont globalement en moins bonne position financière, enfin parce que toutes ne sont pas préparées à devoir assumer ce qui, pour elles et le milieu qui les entoure, participe toujours du rôle paternel : pourvoir aux besoins de la famille, réguler les rapports à l’espace public, faire preuve d’une autorité limitative et structurante. Dans un contexte de précarisation économique déstabilisant l’insertion sociale des familles, elles prennent de plein fouet les remous et turbulences qu’occasionnent les mutations en cours dans la sphère privée et la réorganisation de l’ordre familial. Mutations qui mettent en chantier la redéfinition des places de chacun dans la famille, et participent notamment à une contestation de la place traditionnelle du père [4]  Gérard Neyrand, L’enfant, la mère et la question du... [4] , susceptible de mettre en crise les positionnements familiaux qui se révèlent les plus contradictoires. D’où la fréquence parmi les situations de grande précarité monoparentale de femmes ayant connu des violences conjugales, des mariages forcés, des dérives pathologiques, des séparations conflictuelles ou des fuites du domicile conjugal.

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La recherche-action réalisée avec la clinicienne Patricia Rossi sur Marseille, à l’invitation de la Délégation régionale aux droits des femmes [5]  Gérard Neyrand et Patricia Rossi, Monoparentalité précaire... [5] , nous a donné l’occasion aussi bien d’apprécier l’étendue de cette précarité que d’analyser sa signification et le positionnement de l’action sociale à son égard. Nombre de mères se retrouvent ainsi dans une situation où la précarité matérielle s’alimente à la crise relationnelle qu’elles subissent et au processus de désinsertion sociale qui l’accompagne. C’est sans doute la présence de l’enfant qui constitue le principal frein contre le processus de désaffiliation qui les guette [6]  Robert Castel, « De l’indigence à l’exclusion, la désaffiliation »,... [6] , et qui conduit parfois certains de leurs ex-compagnons jusqu’à l’errance sans domicile fixe.

L’enracinement contradictoire de la tendance à la monoparentalisation

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On se retrouve ainsi devant une tendance à la monoparentalisation précaire, qui est susceptible de concerner tous les milieux mais va toucher d’abord les milieux les plus populaires, plus attachés au modèle traditionnel, au fonctionnement fusionnel et au clivage des identités de sexe [7]  Olivier Schwartz, Le monde privé des ouvriers. Hommes... [7] , et pour lesquels la précarité économique va exacerber la contradiction de leur fonctionnement familial avec le référentiel social dominant [8]  Chantal Zaouche-Gaudron, « Note de lecture. Monoparentalité... [8] , celui, porté par les couches moyennes, de la « démocratie familiale [9]  Michel Fize, La démocratie familiale. Évolution des... [9]  ». La fragilisation de la position paternelle y trouve un double ancrage : la remise en cause du statut patriarcal ancestral (qui rentre en contradiction avec la socialisation de genre et les habitus intériorisés) et la précarisation de l’emploi, qui sape la base de la position d’autorité du père. Les résistances à la nécessaire réorganisation du fonctionnement familial peuvent être multiples mais tiennent avant tout au poids de la socialisation antérieure. Elles peuvent exprimer aussi bien des connivences dans le statu quo que des conflits d’intérêts divergents. Ce qui a eu pour conséquence de multiplier les turbulences dans ces milieux, avec des séparations d’autant plus conflictuelles que les relations antérieures étaient plus fusionnelles. L’une des conséquences logiques de telles séparations, qui exacerbent les différences de positionnement selon le sexe du parent, réside dans l’affirmation de la prépondérance maternelle dans le rapport à l’enfant, notamment en lui reconnaissant systématiquement une prévalence dans l’attribution de la garde. Le père peut s’en retrouver d’autant plus facilement évincé qu’il participe lui aussi du système de représentations qui a organisé la dichotomie antérieure, et dont la situation monoparentale qui se met en place, d’une certaine façon, découle. La précarité dont pâtissent beaucoup de mères impliquées dans ce processus de report sur un seul parent de la charge éducative quotidienne découle de la façon dont historiquement notre système social a développé un ordre familial caractérisé par une monoparentalisation relationnelle précoce à l’enfant, c’est-à-dire l’attribution à la seule mère de famille du rôle de soin et d’éducation à l’égard du jeune enfant. Ce qui, en positionnant la mère comme spécialiste de la quotidienneté de l’enfant et le père comme responsable des ressources de la famille, induit dans beaucoup de cas et la garde maternelle et sa précarité économique et relationnelle.

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En conséquence, si une telle situation de garde unique par la mère s’est aussi facilement et aussi massivement répandue, c’est bien parce que, dans le schéma traditionnel, la monoparentalisation est un processus qui s’origine dès la naissance de l’enfant, et pas seulement lorsque les parents se séparent. Le père y apparaît d’emblée dans une position seconde, voire inexistante, pour tout ce qui concerne le soin et l’éducation de l’enfant. Dans cette optique, la monoparentalité qui s’ensuit après la séparation est la conséquence du processus de socialisation différentielle des sexes qui a précédé, et de la différence de présence de chaque parent dans cette dimension spécifique de la parentalité que constituent le soin et l’éducation de l’enfant. Dans ce que l’on a pris coutume d’appeler la parentalité [10]  Gérard Neyrand, « Mutations sociales et renversement... [10] , cette dimension de la présence à l’enfant, articulée aux processus de la parentalisation [11]  Leticia Solis-Ponton (dir.), La parentalité : un défi... [11] , apparaît comme la plus différenciée selon les sexes, au contraire de la filiation.

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Au regard des acteurs parentaux, il y a donc à la fois symétrie et asymétrie de la parentalité dans le modèle traditionnel occidental. L’aspect de la parentalité qui recoupe la parenté s’exprime dans la double filiation et se symétrise de plus en plus, alors que l’aspect spécifique de la parentalité, qui s’exprime d’abord dans la présence auprès de l’enfant, reste asymétrique. Les difficultés à la mise en place d’une coparentalité après la séparation tiennent au maintien de cette discordance dans beaucoup de familles entre les deux niveaux de la filiation et de la prise en charge/éducation. La monoparentalisation ne signifie donc pas la négation de l’autre parent dans sa double dimension biologique (géniteur) et sociale (filiation), mais seulement dans sa dimension éducative et relationnelle [12]  D’où l’ambiguïté extrême du terme famille monoparentale,... [12] . À la séparation, le recentrage sur un seul parent (la mère en l’occurrence) de la charge éducative quotidienne, en induisant une situation monoparentale, pousse à l’extrême la logique traditionnelle de dichotomisation des places parentales.

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Certains pères se trouvent désinstitués de leur place traditionnelle, alors qu’ils restent délégitimés pour occuper une place plus relationnelle et éducative. Ne pouvant investir une telle place, ils s’éloignent de l’enfant, d’autant plus s’ils ne peuvent (ou ne veulent) assumer leur rôle de pourvoyeur, alors que mère et enfant se retrouvent confrontés à une précarité, dans ces circonstances, pleinement multidimensionnelle : économique, sociale, affective et relationnelle.

Les multiples visages de la précarité

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Beaucoup de mères en situation monoparentale connaissaient déjà la précarité avant la séparation d’avec leur conjoint, mais celle-ci va les y enfoncer un peu plus ; d’autres y sont véritablement confrontées à la séparation avec une grande violence. Si elle prend très souvent la forme d’une aggravation des difficultés économiques de survie, palliée au moins partiellement par les allocations, elle s’établit sur la base d’une précarisation relationnelle. Dans un tel contexte, se séparer ne peut être pour elles le fruit d’une décision commune mûrement réfléchie, établie sur le constat d’un désamour accepté qui permet par la suite l’exercice de la coparentalité. La séparation est bien plutôt le résultat d’un lent processus de dégradation aboutissant à une situation insupportable, où l’impact de troubles psychiques de l’un comme de l’autre conjoint peut fréquemment se lire au travers des récits de vie et ce qu’ils évoquent de comportements addictifs ou violents, ou d’attachements irrépressibles auxquels seul un ultime réflexe de survie permet d’échapper.

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Par-delà l’évidence de déterminations générales aussi lourdes que les traditions matrimoniales d’origine ou les conditions de vie et de socialisation précoce, les propos des mères ont aussi mis en relief l’importance de l’histoire familiale spécifique transversale à cet encadrement social des parcours. Ainsi, beaucoup de ces mères invoquent-elles une histoire familiale perturbée, qui va venir faire éclater l’équilibre conjugal, fragilisé par la précarité des conditions de vie et les injonctions contradictoires d’une société en mutation.

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Les perturbations ayant à voir avec le passé familial sont multiples : beaucoup indiquent la souffrance due à l’absence, généralement celle du père, et l’empreinte que celle-ci laisse sur les filles devenues femmes et qui rejouent quelque chose d’une relation manquée à leur père, et à travers lui aux hommes. Certaines de ces perturbations participent d’un rapport difficile à leur propre mère, d’autres des difficultés à assumer la venue d’un enfant qui vient perturber l’équilibre conjugal, d’autres de conflits liés à l’implication des familles dans un choix conjugal qui s’avère non satisfaisant : toutes ont cependant pour conséquence de laisser la femme désemparée à la séparation, ce d’autant plus qu’elle est bien souvent très violente. Cette violence est même une violence récurrente pour un certain nombre d’entre elles, qui reconnaissent avoir été des femmes battues. Là aussi, quelque chose se rejoue qui positionne plus ou moins inconsciemment certaines femmes en victimes, les installe dans une position qui évoque le masochisme. Cela se traduit par le « choix » d’un homme potentiellement violent, puis par l’acceptation d’une violence qui perdure. Souvent d’ailleurs chez ces mères, on retrouve la double détermination familiale : père violent envers leur propre mère, et père absent, absent de la relation à l’enfant ou qui disparaît du paysage familial. C’est un autre type de violence que l’on peut rencontrer dans les situations d’interculturalité, où sont vécus par les individus des conflits culturels parfois très forts, par exemple à la suite d’un mariage forcé. Toujours est-il qu’alors la fuite face à ces violences débouche sur une grande précarité.

Les réponses sociales à la précarité monoparentale

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Malmenées, confrontées à la rupture de liens souvent ambivalents et à une nouvelle vie insécurisante, ces mères connaissent fréquemment des épisodes dépressifs, et une tendance à un repli sur soi qui peut amener à se refermer sur le rapport à l’enfant. Le risque majeur de désocialisation passe alors par l’enfermement sur la relation à l’enfant, sur la situation d’assistée, et la progressive coupure avec tout ce qui autrefois faisait lien, les collègues, les voisins puis les proches que l’on voit de moins en moins… et, bien sûr, le père de l’enfant lorsque celui-ci n’a pas disparu. Si beaucoup de mères refusent une telle dérive, il est clair qu’elle reste une tentation permanente pour celles qui « s’en sortent » le moins bien.

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Le premier et le plus important des pièges inhérents à cette situation est donc le repli sur soi et la relation à son ou ses enfant(s), mais ce repli participe d’une double dynamique : un mouvement de défense de nature psychologique face au traumatisme et ce qui pourrait le réactiver, qui va inciter la mère à plus ou moins se préserver de tout contact même s’il n’est pas menaçant, et une réaction à l’expérience des difficultés de la situation monoparentale précaire, qui peuvent contribuer au découragement de certaines. À côté de la dimension proprement psychologique, la dimension matérielle et institutionnelle ne va pas sans faire problème et fixer la mère dans une position de grande fragilité, compte tenu de la faiblesse des atouts dont elle dispose, pour réussir au mieux un processus d’intégration socioprofessionnelle.

De la sécurisation sociale à la subjectivation

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D’une certaine façon, la femme en situation monoparentale précarisée actualise une situation d’insécurisation sociale générale qui participe du double mouvement qui a profondément restructuré notre société depuis les années 1970 : celui des mœurs, qui s’exprime dans la réorganisation des règles de fonctionnement de la sphère privée, et celui de l’économie, qui trouve dans l’individualisation des positions professionnelles et la flexibilité de l’emploi les nouvelles normes du passage au marché néo-libéral. Comme le rappelle Robert Castel [13]  Robert Castel, L’insécurité sociale, Paris, Le Seuil,... [13] , l’insécurité sociale participe de transformations globales qui isolent et fragilisent les individus – surtout les moins bien dotés – et conduisent certaines situations sociales à la précarité.

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Cette sécurisation suppose de leur apporter les moyens d’une stabilité socioéconomique, condition pour pouvoir accéder pleinement à une indépendance constructive, pour pouvoir en d’autres termes participer à ce que serait une véritable démocratie. Il convient donc, pour « être protégé du point de vue social dans une société d’individus : que ces individus disposent de droit, des conditions sociales minimales de leur indépendance. La protection sociale est ainsi la condition de possibilité pour former […] une société de semblables : un type de formation sociale au sein de laquelle nul n’est exclu parce que chacun dispose des ressources et des droits nécessaires pour entretenir des relations d’interdépendance (et pas seulement de dépendance) avec tous. C’est une définition possible de la citoyenneté sociale. C’est aussi une formulation sociologique de ce qu’en termes politiques on nomme une démocratie [14]   Ibid., p. 90-91. [14] . »

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Sur la base d’une telle prise en compte de la façon dont le lien social et les relations interpersonnelles qui l’animent s’enracinent dans la sécurisation des conditions de vie, un travail de resubjectivation et de resocialisation des femmes en difficulté peut trouver toute son efficacité. Réassurée quant à sa position socioéconomique, la femme peut d’autant plus bénéficier d’une écoute adaptée que la mise en paroles de son vécu dans un espace approprié lui permet alors d’élaborer une nouvelle position subjective. Comme le rappelle Patricia Rossi : « À partir d’une écoute, elle sera en reconnaissance de sa propre altérité, qui vient lui révéler combien la dépendance à un rôle ou un statut est venue camoufler cet autre d’elle-même qui n’avait pu encore s’autoriser à être. Que par la parole elle puisse dire ses douleurs et ses craintes l’aidera à ne plus subir son sort, mais à trouver l’impulsion pour franchir l’obstacle de la monoparentalisation. Elle se projettera en tant que sujet dans une vie à venir. Entendre alors la souffrance de ses enfants, et la reconnaître, lui permettra de renouer une parole et de demander du soutien, plutôt que de subir des crises qui ne feraient que réactualiser d’autres crises plus anciennes. »

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Ce nouvel ancrage dans l’espace social comme femme et citoyenne peut, à ce moment, s’articuler à la redéfinition d’une place pour l’ex-conjoint, qui n’en reste pas moins père. Il s’agit d’une des dimensions possibles du dépassement de la fixation mère-enfant, même si cette redéfinition reste hypothétique pour celles qui ont eu à souffrir des dérives pathologiques du mari (violence, addictions…). Un travail psychique s’avère nécessaire pour qu’au-delà du deuil de la conjugalité s’élabore ou se confirme la reconnaissance de la position paternelle. La mère se retrouve alors confrontée à un paradoxe structurant, celui de l’effacement dans la même personne d’un personnage, le mari, pour mieux en faire apparaître un autre, le père. Le travail psychologique auprès des mères accueillies consiste à ce niveau à réactiver la représentation du père, absent dans la réalité, dont il s’agit de rendre présente la position parentale, le sortir du déni ou de l’ignorance. Cela peut aller jusqu’à aider à la construction d’une figure paternelle adaptée à la configuration symbolique et sociojuridique d’une société qui a intégré des traditions culturelles différentes.

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Ce travail n’est pas sans retentissement ni implication à l’égard de la position de femme elle-même, car apprendre à mieux distinguer en la même personne l’amant du mari et du père, c’est aussi relativiser la fonction traditionnelle de ce dernier d’incarner le rapport au social. C’est permettre à la femme de l’investir elle-même et faire en sorte qu’elle puisse mieux gérer sa propre double image, de mère mais aussi de femme, en quelque sorte advenir à la diversité de sa féminité. Ce travail sur l’articulation conjugalité-parentalité et sur l’articulation parallèle maternité-féminité autorise aussi bien à passer du deuil du mari à la reconnaissance du père qu’à quitter l’emprise du maternel pour accéder à la reconnaissance d’une position subjective. Position qui permet de laisser la place à d’autres en relais, en acceptant de ne pas être tout pour l’enfant.

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Ainsi se redéfinit un lien social où la mère prendra sa place en tant que femme dans la pluralité du terme.


Bibliographie

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  • Neyrand, G. ; Rossi, P. 2004. Monoparentalité précaire et femme sujet, Toulouse, érès (2e édition).
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  • Solis-Ponton, L. (dir.) 2002. La parentalité : défi pour le troisième millénaire. Un hommage international à Serge Lebovici, Paris, puf.
  • Zaouche-Gaudron, C. (dir.) 2001. La problématique paternelle, Toulouse, érès.

Notes

[*]

Gérard Neyrand, 175 rue Fernand Canobio 13320 Bouc-Bel-Air

Tél. 04 42 22 99 80/06 20 12 94 00

Professeur de sociologie Université Paul Sabatier Toulouse 3. neyrand@ cict. fr Directeur du Centre interdisciplinaire méditerranéen d’études et recherches en sciences sociales

04 42 22 99 81

cimerss@ wanadoo. fr

[1]

Claude Martin, L’après-divorce. Lien familial et vulnérabilité, Rennes, pur, 1997.

[2]

Jean Lemaire, Le couple : sa vie, sa mort, Paris, Payot, 1979.

[3]

Gérard Neyrand, L’enfant face à la séparation des parents. Une solution, la résidence alternée, Paris, Syros, 1994, nouvelle édition remaniée, 2001 ; 3e éd., Paris, La Découverte, 2004.

[4]

Gérard Neyrand, L’enfant, la mère et la question du père. Un bilan critique de l’évolution des savoirs sur la petite enfance, Paris, puf, 2000 ; Chantal Zaouche-Gaudron (dir.), La problématique paternelle, Toulouse, érès, 2001.

[5]

Gérard Neyrand et Patricia Rossi, Monoparentalité précaire et femme sujet, Toulouse, érès, 2004.

[6]

Robert Castel, « De l’indigence à l’exclusion, la désaffiliation », dans Jacques Donzelot (dir.), Face à l’exclusion. Le modèle français, Paris, Éditions Esprit, 1991.

[7]

Olivier Schwartz, Le monde privé des ouvriers. Hommes et femmes du Nord, Paris, puf, 1990.

[8]

Chantal Zaouche-Gaudron, « Note de lecture. Monoparentalité précaire et femme sujet », Empan, n° 58, 2005, p. 167-169.

[9]

Michel Fize, La démocratie familiale. Évolution des relations parents-adolescents, Paris, Les Presses de la Renaissance, 1990 ; Jacques Commaille, Claude Martin, Les enjeux politiques de la famille, Paris, Bayard, 1998 ; François de Singly, Libres ensemble. L’individualisme dans la vie commune, Paris, Nathan, 2000.

[10]

Gérard Neyrand, « Mutations sociales et renversement des perspectives sur la parentalité », dans La pluriparentalité, sous la direction de Didier Le Gall et Yamina Bettahar, Paris, puf, 2001. Voir aussi, dans le même ouvrage, Agnès Fine, « Pluriparentalité et système de filiation dans les sociétés occidentales ».

[11]

Leticia Solis-Ponton (dir.), La parentalité : un défi pour le troisième millénaire. Un hommage international à Serge Lebovici, Paris, puf, 2002 ; Martine Lamour, Marthe Barraco, Souffrances autour du berceau, Paris, Gaëtan Morin, 1998.

[12]

D’où l’ambiguïté extrême du terme famille monoparentale, car du point de vue de la parenté la famille reste bien évidemment biparentale, ce n’est que du point de vue de la résidence de l’enfant que le foyer – et non la famille – devient monoparental.

[13]

Robert Castel, L’insécurité sociale, Paris, Le Seuil, 2003.

[14]

Ibid., p. 90-91.

Résumé

Français

Si la séparation conjugale provoque souvent une précarisation des liens parentaux et de la situation du parent chez lequel l’enfant réside, généralement la mère, cette précarité s’efface progressivement dans la plupart des cas. Elle demeure cependant en ces temps d’affirmation de l’insécurité sociale, pour une proportion croissante de mères, qui sont amenées à s’installer dans une précarité à la fois économique, sociale, psychologique et relationnelle. Certaines, déstabilisées par la violence de la rupture, désemparées face à la situation difficile qu’elles doivent affronter, et en déficit d’intégration dans un environnement où elles se retrouvent isolées, demandent à bénéficier d’un soutien pluridimensionnel. Sur la base de la sécurisation des conditions de vie qu’apporte l’aide économique, un travail de resubjectivation et de resocialisation des femmes en difficulté peut trouver alors toute son efficacité, et permettre une régulation de la nouvelle situation, où chaque sujet et chaque place familiale s’en trouvent requalifiés.

Mots-clés

  • précarité
  • monoparentalité
  • séparation
  • démocratie
  • violence

English

If marital separation often causes a precarization of the parental bonds and of the residual situation of the child, generally in mother’s house, this precariousness is erased gradually in the majority of the cases. However, it remains as the assertion of the social insecurity, for an increasing proportion of mothers, who settle in the economic, social, psychological and relational precariousness. Some of them, destabilised by the violence of the rupture, disabled vis-à-vis this difficult situation that they must face, and in deficit of integration in an environment where they find themselves isolated, require to profit from a multidimensional support. Based on the security of the living conditions which the economic aid brings, a work of re-subjectivation and re-socialisation of the women in difficulty can find all its effectiveness, and allow a regulation of the new situation, where each subject and each family place become requalified.

Keywords

  • precariousness
  • monoparentality
  • separation
  • democracy
  • violence

Plan de l'article

  1. L’enracinement contradictoire de la tendance à la monoparentalisation
  2. Les multiples visages de la précarité
  3. Les réponses sociales à la précarité monoparentale
  4. De la sécurisation sociale à la subjectivation

Pour citer cet article

Neyrand Gérard, « Monoparentalité et précarité », Empan 4/ 2005 (no 60), p. 51-57
URL : www.cairn.info/revue-empan-2005-4-page-51.htm.
DOI : 10.3917/empa.060.0051


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