2006
EMPAN
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Ouvrages et revues
Le management des compétences en action sociale et médico-sociale, Bechler, P. 2005. Paris, Dunod, 45 €
Faut-il des « managers » pour le social ? L’approche compétence, les démarches qualité, etc., ne sont-elles pas des tentatives pour normaliser un secteur toujours un peu à part, en le conformant davantage aux principes d’une économie et d’une société libérales ?
Refuser de prendre parti sur de tels sujets étant impossible, les auteurs abordent de front les enjeux relatifs à la gestion des compétences dans les organisations sociales pour tenter de construire, parfois non sans humour, et avec l’aide de situations et d’exemples suffisamment représentatifs et significatifs, une sociologie politique de ce champ :
- les démarches et les méthodes proposées considèrent les organisations d’action sociale comme le nouveau centre de gravité de l’intervention sociale en France ;
- les processus de management participatifs sont présentés comme un facteur-clé de réussite de projets, au service d’usagers regardés comme des acteurs responsables de leur avenir.
Ce livre fait le point sur les nouveaux dispositifs et les nouvelles approches, de la validation des acquis aux organisations apprenantes, pour repenser le fonctionnement des organisations, et pour que l’on cesse d’opposer leur fonction politique et l’enjeu économique qu’elles représentent.
Accompagner les personnes au stade précoce de leur maladie, Les Cahiers de la fondation Médéric Alzheimer, n° 1, mai 2005, Paris, Éd. fondation Médéric Alzheimer, 2005, 15 €
Ce premier numéro des Cahiers de la fondation Médéric Alzheimer a pour thème le diagnostic précoce de la maladie d’Alzheimer et l’accompagnement que cette annonce implique.
Le malade doit rester l’élément incontournable vers lequel convergent toutes nos actions et par lequel s’élabore l’ensemble de nos projets.
Dans cette présentation qui regroupe les travaux d’auteurs originaires de divers espaces de la planète (Amérique, Australie, Europe…), de nationalité et de culture différentes, on retrouve l’impossibilité de parler de l’environnement du patient sans se référer, en permanence, à ce dernier comme sujet existant, à sa personnalité et à l’état de ses relations sociales. Cette évidence correspond au constat fait au cours des cinq années d’existence de la fondation Médéric Alzheimer. Créée pour concevoir une aide efficace apportée aux aidants, cette institution a très vite été confrontée à l’obligation de prendre en compte le sujet souffrant, partie indissociable de cette dyade qu’il forme avec celui qui lui apporte un soutien constant. L’aidant est toujours un proche, époux, fille ou fils, voire un voisin. Avec cette personne, il a eu une histoire commune qui, jusque-là, servait de trame à leurs échanges. À la suite des effets de la maladie, de la diminution des capacités mnésiques, des modifications des capacités de communication verbale, la personne malade va se présenter sous des traits différents ; l’aidant ne le reconnaît plus et réagit comme il le ferait devant l’existence d’une dysmorphie acquise. Pour lui, la personne n’existe plus. Nous partageons tous ensemble la conviction que le pari de l’humanité de la personne malade, quel que soit le stade de sa maladie, constitue le cœur de tout dispositif d’aide aux personnes, mais également d’aide aux aidants.
Les jeunes non qualifiés, Lefresne, F. (sous la direction de). Problèmes politiques et sociaux, n° 915, août 2005, Paris, Éd. La Documentation française, 2005, 9 €
En dépit d’une progression sensible de la proportion de diplômés, le système éducatif français est loin d’avoir fait disparaître l’échec scolaire, conduisant chaque année près de 60 000 jeunes à quitter l’école sans atteindre la classe de seconde ou l’année terminale débouchant sur un cap ou un bep, autrement dit après l’enseignement primaire, le collège ou quelques mois de formation professionnelle.
Mais, si cette proportion de jeunes non qualifiés a fortement chuté depuis 1965 (de 35 % à 7 % en 2002), les conséquences de ce phénomène sont pourtant loin d’être équivalentes entre les deux périodes : quitter l’école sans qualification laisse aujourd’hui, bien davantage qu’il y a quarante ans, les jeunes singulièrement démunis pour entrer dans la vie active. Après plusieurs décennies de chômage de masse, leurs parcours d’emploi et leurs conditions de vie se sont sensiblement fragilisés, accentuant les risques de précarité, voire d’exclusion sociale. Dans la concurrence pour l’emploi, les plus diplômés tirent davantage leur épingle du jeu, tandis que les non-qualifiés sont toujours relégués en dernière position de la file d’attente, c’est-à-dire bien souvent en situation d’exclusion du marché du travail. Lorsqu’ils accèdent à ce dernier, c’est plus fréquemment encore que pour les jeunes diplômés sur des statuts précaires.
Qui sont ces non-qualifiés ? Quel est leur environnement familial et social ? Comment expliquer les parcours de ces jeunes qui accumulent les désillusions et les échecs, de l’école à la mission locale ou aux stages en entreprise ? Quel bilan peut-on tirer des politiques publiques d’insertion et de formation, et comment la configuration du système éducatif et du marché de l’emploi se présente-t-elle dans les autres pays, notamment européens ? C’est à ces questions que ce dossier tente de répondre afin d’éclairer les enjeux d’une situation qui obère l’avenir de nombreux jeunes et menace leur intégration dans la société.
Économie sociale. La solidarité au défi de l’efficacité, Jeantet, T., Paris, Éd. La Documentation Française, 2005, 14 €
L’économie sociale est un secteur important en France. Coopératives, mutuelles, associations, fondations : plus de la moitié de la population française est membre d’au moins un de ces groupements. Ils emploient quelque 1 800 000 personnes et réalisent près de 12 % du produit national brut.
Puisant ses racines dans une histoire multiséculaire, l’économie sociale affirme comme valeurs la suprématie de l’homme sur le profit, la solidarité et la démocratie dans son fonctionnement.
Comment concilier ces valeurs traditionnelles avec sa présence dans une économie de marché mondialisée ? Comment faire vivre la démocratie dans des organismes parfois vastes ? Quel avenir pour un secteur soumis à une demande croissante, notamment, d’une part, des plus démunis et, d’autre part, de salariés/consommateurs se voulant acteurs ? Tels sont quelques-uns des défis actuels auxquels l’économie sociale est confrontée. Quelques pistes sont explorées par l’auteur.
Organiser la résistance sociale. Transformer les fragilités, Poche, F. 2005. Lyon, Éd. Chronique sociale, 10,50 €
À une époque où chacun se voit sommé de réussir et d’être performant, peut-être n’a-t-on jamais autant parlé de mal-être et de souffrance sociale. Naguère, les individus se regroupaient sans doute plus spontanément de façon collective pour combattre « l’oppression » ou « l’exploitation » ; ils inscrivaient leur souffrance dans une communauté humaine. Aujourd’hui, beaucoup de nos contemporains consultent, individuellement, le corps médical ou des psychologues. Les plus fragilisés par les logiques économiques actuelles et la pression sociale éprouvent un surcroît de tension. Ils ne trouvent plus d’espaces de reconnaissance et souffrent de voir sur l’écran de télévision l’argent s’étaler, les richesses déborder, alors que leur quotidien devient de plus en plus précaire.
Une culture du ressentiment se développe. Elle fragilise nos démocraties. Comment permettre, alors, à chacun de trouver sa place ? Comment retrouver le sens du mot « société » ? De quelle manière agir face à l’inquiétante montée des inégalités sociales ? Qu’est-ce qui peut nous faire passer d’une solitude habitée par la crainte d’autrui à la solidarité active et non violente ? Comment résister à la tentation « sécuritaire » tout en se sentant en « sécurité » ? En électronique, la résistance est un conducteur dans lequel toute l’énergie électrique est transformée en chaleur. Transposée dans le domaine social, la résistance doit être comprise, dans ce livre, comme l’énergie sociale qui se manifeste, en puissance ou en acte, sous la forme d’une solidarité joyeuse et d’une espérance vécue. Face à la froideur des logiques d’exclusion et des courses au profit, la résistance met en mouvement des forces, parfois insoupçonnées, en stimulant la production de chaleur humaine. Il convient alors, plus que jamais, de l’organiser.
Au possible nous sommes tenus. La nouvelle équation sociale. 15 résolutions pour combattre la pauvreté des enfants. Rapport, Commission familles, vulnérabilité, pauvreté. 2005. Paris, Éd. La Documentation Française, 10 €
Un million d’enfants, dans notre pays, vivent dans la pauvreté. Comment pouvons-nous nous organiser et nous mobiliser pour combattre cette terrible situation ? Quels soutiens apporter aux familles ? Comment agir pour donner à tous les enfants les mêmes possibilités d’avenir ?
Certainement pas par les voies traditionnelles, répond la commission « Familles, vulnérabilité, pauvreté » mise en place par Philippe Douste-Blazy, ministre des Solidarités, de la Santé et de la Famille. Quand les repères de la pauvreté sont brouillés, il faut une nouvelle équation sociale pour conjuguer solidarité et dignité. La commission, présidée par Martin Hirsch, président d’Emmaüs France, propose quinze résolutions originales pour combattre la pauvreté des enfants : combiner le revenu du travail et les revenus de la solidarité, créer un service public de l’accueil des jeunes enfants, établir une nouvelle relation des familles avec les services sociaux, appréhender la pauvreté sans frontière. Voilà quelques-unes de ces résolutions, qui concernent aussi la politique nutritionnelle, la lutte contre le surendettement, l’éducation, l’organisation des pouvoirs publics, le logement.
Les personnalités issues du monde syndical, associatif, familial, politique et universitaire, qui ont travaillé ensemble tout au long du premier trimestre 2005, font ici partager leur conviction qu’il est possible de ne plus voir en France d’enfants vivant sous le seuil de pauvreté d’ici 2020. À condition de commencer tout de suite…
La présence de l’autre. Accompagner les personnes en situation de grande dépendance, Nuss, M. 2005. Paris, Dunod, 2005, 20 €
« À l’aube de la mise en œuvre d’une nouvelle protection sociale pour les personnes dites dépendantes, à un moment où tout le monde ne parle qu’enveloppe financière, éligibilité, prestations et droits, Marcel Nuss nous montre que tout cela ne servira à rien, si l’on n’en appelle pas à l’humain, au respect, au lien, à la reconnaissance. » Jean-Claude Cunin, Responsable du pôle revendication à l’Association française contre les myopathies (afm).
L’auteur vit depuis cinquante ans dans une situation de totale dépendance physique. Il expose ici une conception originale et profonde de l’accompagnement des personnes en situation de dépendance – fruit d’années d’observation, de réflexions et de concertations, au cours desquelles il fut tout à la fois acteur, spectateur et cobaye.
La technicité a longtemps primé sur l’humanité. La tendance en ce domaine s’inverse nettement depuis la reconnaissance officielle du droit à l’autonomie des personnes lourdement dépendantes du 11 mars 2002, et depuis la loi du 11 février 2005, dite loi pour l’égalité des droits et des chances, la participation et la citoyenneté des personnes handicapées. Cependant, dans les institutions particulièrement, la loi du silence, la peur et le chantage perdurent. La « prise en charge » des personnes se réalise souvent sur le mode d’un conditionnement proche du système carcéral, et « l’accompagnement » n’assure que le minimum vital. Un tel système continuera tant que les mentalités n’auront pas évolué.
Vivant à domicile et militant pour développer ce mode de vie, Marcel Nuss a conçu ce livre pour ceux et celles qui exercent le métier d’accompagnant. Mais c’est à chacun qu’il adresse cette leçon d’humanité, ce qu’il nomme « la présence de l’autre ».
Sales gosses ! Tribulations d’un éduc, Curvale, J. ; Delpiroux, D. 2005. jiho, Toulouse, éres, 20 €
Facile à lire, émouvant, drôle, étonnant, ce petit livre égrène des petits contes contemporains qui nous font réfléchir. Illustré par un dessin original, chaque récit décrit une situation, l’intervention de l’éducateur, le résultat.
Souvent, il y a des réussites, des « happy ends ». Parfois, ce sont des tragédies : une façon décalée de parler de maltraitance, d’inceste, de blessures d’enfance. L’éduc est là, c’est une présence, un cairn, une balise qui ne fuit pas la souffrance de l’enfant. Il la joue en touche. C’est un adulte qui fait barrage aux maux d’enfance. C’est pas « pour de rire », c’est « pour de vrai » qu’il est là. C’est ce grand frère qui relie le monde des enfants au monde des adultes. Il n’est pas Œdipe, ni Narcisse, mais plutôt Prométhée, comme dirait le psy. Le métier d’éduc n’est pas sans danger. Ce travailleur du social est engagé. Il palpe le lien social ; il est à son carrefour. Il prend des risques. En ce sens, il doit être reconnu et soutenu professionnellement, politiquement, éthiquement…
De la rupture à la confiance. Une expérience en cer, Boufermache, A. ; Douard, T. 2005. Vigneux (91), Éd. Matrice, 24 €
La conjoncture sociale est difficile, et tout particulièrement pour les jeunes. Dans les dispositifs de prévention et d’encadrement de la délinquance et de la violence, les centres éducatifs renforcés – à ne pas confondre avec les centres éducatifs fermés – sont une pièce majeure, dans ce qu’ils peuvent soutenir coûte que coûte le pari de l’éducation.
Accueillir des jeunes en cer, c’est au plus près de la vie quotidienne les accompagner en confiance, mais avec la force de l’expérience.
Qui sont ces jeunes ? Nous les rencontrons à travers de multiples situations saisies sur le vif, dans le déroulement d’une session. Et l’on voit s’y construire cette relation d’accompagnement qui, dans la proximité du lien, reste très claire sur le cadre, l’adulte en faisant foi. Ni gardien ni animateur, l’éducateur retrouve sa vraie fonction : aider à vivre, en âge et en pensée.
Un livre qui fera date.
L’invention de la violence scolaire, Mabilon-Bonfils, B. 2005. Toulouse, érès, 23 €
L’école est un lieu politique : non seulement chaque société y socialise ses enfants et y construit une forme de citoyenneté, mais des jeux et des enjeux de pouvoir traversent l’institution. Les crises sporadiques qui agitent le système scolaire depuis une vingtaine d’années sont bien plus que la traduction d’un désenchantement de l’école ou d’un « malaise enseignant », lycéen ou étudiant. Elles sont à saisir comme symptôme d’une crise de citoyenneté collective, d’une véritable crise du politique dont la violence scolaire est la forme émergente.
Au fond, sous la polysémie des termes et des manifestations, c’est la définition même qui pose problème : ce qui est qualifié de violence scolaire par les médias, voire par les experts, infléchit la manière dont chacun d’entre nous la conçoit et se la représente. Est-il possible, face à la variété des actions individuelles et collectives, d’en donner une définition univoque ? Toute coercition est-elle violence ? Tout pouvoir est-il violence ? Les mécanismes d’adhésion intime à la norme sociale ne sont-ils pas des formes plus subtiles et plus efficaces de coercition ? Ou bien n’y a-t-il coercition que lorsqu’il y a force ? Seules les formes de coercition non légitimes sont-elles violentes ? Suffit-il qu’un acte soit qualifié de violent pour le devenir ? Y a-t-il des caractères discriminants ? Le sentiment d’insécurité grandissant est-il un bon indicateur de la montée de la violence scolaire ?
L’auteur nous invite ici à un débat citoyen sur la fonction de l’école dans une société confrontée à une implosion à la fois par le « haut » due à la mondialisation et par le « bas » liée à des résurgences plurielles de communautés. Cette rupture du pacte républicain n’est-elle pas à la source des violences scolaires ?
Des hommes sur le fil La construction de l’identité masculine en milieux précaires, Jamoulle, P. 2005. Paris, Éd. La Découverte, 20 €
Comment quitter l’adolescence, devenir un homme et s’affirmer en tant que tel dans les cités et autres zones dénigrées, touchées de plein fouet par la désindustrialisation et son cortège d’insécurités sociales et mentales ? Cette enquête de terrain, menée pendant trois ans dans des cités d’anciennes villes ouvrières, s’intéresse aux figures masculines dans des milieux où la précarité s’étend. Elle montre comment les prises de risque et les conduites « décalées » permettent aux jeunes gens de poser les bases de leur identité virile et de construire leur réputation sur un territoire. Mais aussi, plus avant dans leur vie d’hommes, de gagner leur vie dans les réseaux souterrains, de diversifier leurs relations et de répliquer à la honte de vivre dans des lieux stigmatisés. Ces prises de risque s’apparentent à des conduites d’honneur et de distinction, et sont souvent le fruit d’une conjonction d’éléments : fragilisation du rapport au travail, question du logement social, évolutions des relations familiales, culture des cités stigmatisées et tensions de genre exacerbées qu’elle produit… À travers les multiples portraits de jeunes gens et d’hommes vivant dans des cités sociales ou dans la rue, Pascale Jamoulle montre combien la précarisation accentue les souffrances psychiques, familiales et sociales, et exacerbe les tensions familiales. Certains pères, disqualifiés par femme et enfants, perdent pied ; d’autres trouvent des appuis dans différents réseaux sociaux ; d’autres encore engagent des trajectoires de soins et tentent de reprendre leurs engagements affectifs, d’assumer leur fonction paternelle.
Cet ouvrage offre un éclairage sensible sur ces hommes touchés par la précarité, qui intéressera en particulier toutes les personnes amenés à intervenir auprès d’eux.
Traité de travail social, Bilodeau, G. 2005. Rennes, Éd. École nationale de la santé publique, 27 €
L’ambition de ce Traité est d’offrir un panorama complet des connaissances disponibles sur le travail social comme profession et comme discipline : caractéristiques, concepts, méthodes et approches. L’auteur y propose un paradigme du travail social, destiné à mettre en relief la spécificité de l’acte professionnel des intervenants sociaux. Un dernier chapitre présente un précieux abrégé de l’histoire du travail social du Moyen Âge à nos jours, en Europe, en France et en Amérique du Nord.
Ses 900 références bibliographiques, son index thématique et son index des noms propres font de cet ouvrage un outil de travail indispensable au professionnel, au formateur et au chercheur.
« Ce livre est le fruit, mûrement élaboré, d’un parcours de formateur. Il constitue un apport considérable pour la profession et sa formation. En mettant en lumière la réalité internationale du service social, il nous dépayse et nous sort d’une vision exclusivement franco-française de l’intervention en travail social ».
(extrait de la préface de Cristina De Robertis)