2006
EMPAN
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Jean Oury
Accompagner le projet des parents en éducation spécialisée : Dubreuil, B. 2006. Paris, Dunod, 21 €
Le travail avec les parents... Plutôt que d’impliquer les parents dans le projet individuel, ne s’agit-il pas de s’associer au projet des parents ? Singulier retournement de perspective ! Qui pourtant renvoie à ce qui devrait être au fondement de toute éducation spécialisée :
- une telle énonciation découle en effet du principe de l’autorité parentale : les parents ont socialement reçu la responsabilité d’éduquer leur enfant, inscription qui signe son appartenance à la communauté humaine ;
- de leur côté, les organes collectifs de socialisation (l’école, les équipements sociaux et de loisirs) y contribuent, soutenant les parents dans cette responsabilité, s’inscrivant dans une démarche de co-éducation.
L’éducation spécialisée exige une définition claire du rôle des uns et des autres en ce qu’elle répond aux besoins des jeunes qui connaissent des conditions spécifiques de développement. Elle doit s’inscrire dans le projet de vie des parents car l’existence de l’enfant tient d’abord au désir qu’ils en ont conçu. Elle ne sera source de sens pour celui-ci que dans cette projection fondatrice de son identité.
Sans renoncer à la liberté de ses paroles et de ses actes et sans se dérober au conflit parfois nécessaire, le professionnel accompagne les parents dans ce projet de vie pour qu’il devienne celui de l’enfant. C’est à cette démarche partagée qu’invite le présent ouvrage.
La Borde : le château des chercheurs de sens ? La vie quotidienne à la clinique psychiatrique de la Borde : Norgeu, A.-M. 2006. Toulouse, érès, 13 €
« La folie… moi aussi.
Bien fou qui se croirait tellement sage !
Face à ceux que la dé-raison affole, voici une grande leçon de modestie.
Cessez donc de n’entendre que la logique sur laquelle se construit le discours d’une société prétendument bien pensante, qui prône le refus, le rejet, pire le gommage du foisonnement des êtres.
Surprenez-vous à vous reconnaître parfois dans le plus fou des fous, acceptez que votre délire vaille bien celui des autres, que vos fantasmes, à peu de choses près…
Choisissez la rencontre qu’un peu d’humour et de gentillesse rendront chaleureuse et avec Aragon, proclamez haut et fort que “nous vivons sous le même règne”. »
L’ordinaire de la folie. Une infirmière engagée en psychiatrie : Ponet, B. 2006. Toulouse, érès, 9 €
Travailler en psychiatrie.
Faire entendre ces mots : travailler. C’est-à-dire construire, ou plutôt labourer, retourner le sol, ne pas s’arrêter. Travailler. Ou le contraire : parce que tout est déjà là, comme offert, il n’y a pas à chercher. Il suffit seulement d’avoir le regard éclairci.
Alors travailler en psychiatrie : ne pas avoir peur de retourner le sol de soi même pour garder le regard éclairci.
Travailler. Ne pas avoir peur de retrousser ses manches. Ne pas avoir peur de prendre le balai ou de faire la vaisselle. De se salir les mains. D’utiliser des outils.
Psychiatrie. Ce mot existe-t-il encore ? Quelle réalité recouvre t-il ? La psychose et la schizophrénie ont-elles été définitivement dissoutes dans le morcellement des symptômes du dsm iv ?
Travailler en psychiatrie. À première vue, l’échange est faussé, décalé, inégal, et on a plus souvent l’impression qu’il est à sens unique et que les patients vous vampirisent : « Je suis le lierre, c’est vous le tuteur » me dit Zohra. Ou « Vous êtes mon moteur ».
Travailler. En premier (mais ce premier-là demande beaucoup d’années, demande de dépasser toutes les considérations victimistes qui justifient les patients dans leur maladie et les y enferment), accepter de reconnaître ce décalage que fait sentir la dissociation. Ne pas le recouvrir des oripeaux sociaux de la « relation soignant-soigné ». Le découvrir plutôt, Dénuder le lien à l’extrême.
Ainsi commence le travail..
Questionner pour enseigner et pour apprendre : Maulini, O. 2005. Paris, esf, 2005, 23 €
L’école, dit-on parfois, est un des rares lieux où c’est celui qui connaît les réponses qui pose les questions ! Et effectivement, le questionnement semble s’imposer pour permettre tout à la fois de mieux connaître les élèves, de les « faire accoucher » de leurs savoirs et de vérifier leurs acquisitions… En classe, on pose des questions tout le temps… sans jamais se poser de questions !
Le travail d’Olivier Maulini vient d’abord nous déniaiser sur nos propres pratiques. Ce que nous faisons au quotidien n’est jamais aussi simple que nous le croyons. Les questions et les réponses renvoient des conceptions implicites et ont des effets dont on ne se douterait guère…
Avec une immense culture, tant littéraire que pédagogique, psychologique et sociologique, l’auteur explore « l’institution du questionnement scolaire ». Quelles questions poser pour donner sens aux savoirs scolaires sans tomber dans la manipulation ? D’où la question doit-elle venir ? Du maître, qui connaît la réponse – où de l’élève – qui ne sait ce qu’il doit demander, ni ce sur quoi il obtiendra des réponses ? Faut-il s’appuyer systématiquement sur les questions des élèves au risque de perdre de vue les objectifs d’apprentissage… ou exercer « l’art de poser les bonnes questions » au risque qu’elles se heurtent à l’indifférence des élèves ?
Au bout du chemin, Olivier Maulini pointe l’enjeu majeur, l’engagement des élèves dans leurs propres apprentissages, et note : « Il ne relève ni d’une psychologie des profondeurs, ni de manœuvres de séduction, mais d’une pensée et d’une pratique du questionnement ancrées dans les savoirs scolaires, le travail, la formation et l’identité professionnelle des enseignants. » Autant dire que nous touchons à ce qui est au cœur du métier d’enseigner. Et que nous l’appréhendons avec une grande rigueur, de multiples et passionnants exemples, une véritable intelligence du contexte et des enjeux. Avec un projet citoyen aussi : parce que discuter et questionner, ce n’est pas une petite affaire. Et que « cela se discute justement ».
La folie au naturel. Le premier colloque de Bonneval comme moment décisif de l’histoire de la psychiatrie : Chazaud, J. ; Bonnafé, L. 2006. Paris, L’Harmattan, 13 €
Il s’agit ici de remettre au jour la fondation occultée du premier colloque de Bonneval. Celui-ci posa, en 1942, la nécessité d’élaborer une histoire naturelle de la folie inséparable d’une conception forte de la liberté, en un temps où celle-ci était bafouée et où les malades internés vivaient une détresse amplifiée.
Autour d’Henri Ey, une poignée de soignants soutenaient publiquement l’exigence du retour à une prise en charge humaniste et à une théorie restaurant une vision globale des troubles psychiatriques qui rétablisse la prise en considération de la personne. Un mouvement théorique et critique était né qui engendra, à la Libération, une profonde réforme des institutions et un rebondissement de la clinique et des pratiques répondant à « l’appel de tous ceux qui attendaient que quelque chose se produise ».
L’impulsion donnée en 1942 se poursuivit pour culminer – après notamment les colloques sur Les rapports de la neurologie et de la psychiatrie, sur Le problème de la psychogenèse des névroses et des psychoses – dans le grand colloque œcuménique de 1960 sur l’inconscient où s’exprimèrent les diverses sensibilités de la psychiatrie vivante.
Comme le dira Lacan, rendant hommage à Ey au cours de l’une de ces grandes rencontres : « Celui qui se plaît à réunir des esprits formés par l’amour de l’homme, admirera aussi que chacun y rencontre sa cohérence avec soi-même… »
L’accueil en pratique institutionnelle. Immaturité, schizophrénies et bruissements du monde : Girard, M. 2006. Nîmes, éditions Champ social, 24 €
Cet ouvrage tente de rendre compte d’une pratique institutionnelle d’accueil et d’accompagnement des schizophrènes, élaborée au fil des vingt dernières années, et de l’articuler à une relecture de certaines propositions théoriques de Winnicott plutôt audacieuses et controversées – notamment l’hypothèse d’un « féminin non pulsionnel » – mais peut-être particulièrement fécondes pour penser les conditions de la naissance de l’intrapsychique. Sont ainsi proposés quelques fondements possibles de la fonction d’accueil, non pas au sens résidentiel, mais au sens de la construction mentale de l’hospitalité psychique, construction collective d’un environnement et d’un cadre thérapeutique partagé comme condition de la prise en compte de la réalité psychique singulière.
Échec scolaire : travailler avec les familles : Verba, D. 2006. Paris, Dunod, 20 €
L’ampleur du phénomène de l’échec scolaire dans notre pays trahit la réalité d’un processus éducatif fondamentalement en crise : c’est l’institution en tant que telle, et ceux qui la représentent, qui est remise en cause par les jeunes et leurs familles. Et, contrairement à ce que laisse entendre le discours dominant, les parents ne sont pas réellement démissionnaires. Mais, constamment incriminés, ils se braquent dans des positions dures ou des stratégies d’évitement.
Les professionnels des services sociaux, bien placés pour observer ces phénomènes, en constatent tous les jours les effets. Connaissant les familles et les enfants les plus fragiles, ils disposent d’un matériel empirique paradoxalement peu ou mal exploité. C’est cette connaissance de terrain que cet ouvrage rend accessible. Il se propose par l’enquête de montrer que l’appartenance à un même collège, ou à un même quartier ou encore à une même « culture », ne produit pas automatiquement des individus et des comportements identiques.
Éducateurs, intervenants sociaux et responsables politiques trouveront dans ce travail de quoi ajuster leurs pratiques et leurs discours aux véritables « sentiments » des familles et à leur façon souvent très astucieuse de composer avec l’institution.
Essais de pédagogie institutionnelle. L’école, un lieu de recours possible pour l’enfant et ses parents : Laffitte, R. 2005. Groupe vpi, Nîmes, éditions Champ social, 26 €
De la maternelle au cm2 et à la classe dite spécialisée, en passant par tous les âges et tous les degrés (cp, ce1, ce2, cm1), à travers douze monographies, les auteurs montrent en quoi et à quelles conditions l’école maternelle ou élémentaire peut devenir un lieu de recours possible pour les enfants et leurs parents :
- assurer les apprentissages fondamentaux sans en oublier en chemin : lire, écrire, compter, grandir. Mais tout aussi bien : grandir, compter, écrire, lire…
- d’une liste d’élèves, faire un groupe d’enfants : le vif, l’endormi, le dynamique, l’indifférent, l’assagi comme l’agité, chacun avec son histoire, inscrite dans une lignée générationnelle. Rencontrer ses parents qui ne se réduisent pas à des « parendélèves »…
- favoriser et utiliser la dynamique du groupe et le dynamisme de chacun. Découvrir quand il le faut que chaque-un est unique parce qu’il est « un par-mi d’autres »…
- l’école de la loi, l’école du désir, l’école de la singularité et de la communauté humaine : faire de la classe, un milieu éducatif…
Cela ne peut se faire sans un dispositif complexe d’institutions éducatives, hors d’un praxis qui désenclave la pédagogie de sa réduction mortifère à des méthodes d’apprentissage.
« Dans un milieu scolaire radicalement transformé par des techniques et des institutions, certains problèmes sont résolus en ce sens qu’ils ne se posent plus et de nombreux autres deviennent solubles, en ce sens qu’on les pose. »
Nous sommes des taupes, à la vision basse, aux oreilles assourdies… Préserver cette lueur salvatrice de la précarité, le respect des choses précaires : des gestes, des regards, des façons d’être, la marque des pas, le grincement d’une porte, des feuilles qui volent, la pluie, le soleil : l’inutile dans toute sa transcendance.
C’est à partir de ça qu’un monde peut se construire qui ne soit pas cimetière.