Empan
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I.S.B.N.9782749207346
150 pages

p. 10 à 12
doi: en cours

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Le dossier : Des femmes et des hommes : un enjeu pour le social ?

n° 65 2007/1

2007 EMPAN Le dossier : Des femmes et des hommes : un enjeu pour le social ?

Introduction

Chantal Zaouche-Gaudron Mireille Gairaud Alain Jouve Membres du comité de rédaction.
La question du genre et des stéréotypes de genre dans le secteur social mérite sans aucun doute, en ce début de xxie siècle, d’être (re)posée dans notre société contemporaine qui prône des valeurs sexuées égalitaires. Qui sont, que font et où sont les femmes et les hommes ? Qu’en est-il des rapports sociaux de sexe et de leur évolution induite par les mutations sociétales de ces quatre dernières décennies ? Qu’en est-il de la répartition des femmes et des hommes, de leur place, de leur rôle, de leur champ de compétences au sein de notre société et, de façon plus singulière, dans le travail social ?
Comme pourraient le suggérer les photographies réalisées par Jérôme Carrié, artiste plasticien, pour ce numéro d’Empan, qui proposent deux images accolées, presque androgynes, mouvantes, changeantes, ondulantes, aux limites imprécises ou précisées par le flou qui les délimitent, la question du genre, des femmes et des hommes, peut troubler, peut se troubler, peut nous troubler. De la même manière que cet artiste crée des sérigraphies à partir de superposition de photographies, le genre se stratifie, lui aussi, au fil du temps, par superposition de normes, de représentations, de valeurs, de stéréotypes… qui se renouvellent sans cesse, se modifient ou se figent. La surface des images telles qu’elles nous sont proposées par des artistes contemporains, sources et produits des transformations sexuées et des mutations genrées, interroge plus en profondeur l’espace social, les rapports sociaux de sexe, leur pérennité, leur apparente stabilité voire leur apparente mouvance, interroge le masculin, le féminin, au quotidien, dans tous les domaines et espaces de vie.
Depuis le mouvement féministe des années 1970, les femmes ont su et pu conquérir plusieurs domaines d’activités dans l’espace familial et la sphère professionnelle ; les rôles et les places des femmes et des hommes dans le cadre de la famille et pour l’éducation des enfants se sont pour une large part transformés. Cette strate de changement n’a pas pour autant occulté le fait que les femmes subissent encore violences familiales et conjugales au sein de la famille, brimades et inégalités salariales dans le champ professionnel, ou encore difficultés à concilier vie familiale et vie professionnelle. Elle n’a pas non plus recouvert ou escamoté, si ce n’est partiellement, la domination masculine qui apparaît toujours en toile de fond.
Qui sont, que font et où sont les femmes ? Toujours dans le domaine de l’interpersonnel, du soin, dans le champ de la petite enfance ou dans d’autres secteurs d’activités dévolus aux hommes ? On aurait pu penser que le mouvement de 68, cette épaisse strate de changement, aurait gommé une certaine répartition hétéronormée des activités professionnelles, ou tout au moins estompé l’investissement féminin des professions relevant des relations interpersonnelles et/ou du maternel ; on aurait pu espérer que se construiraient des rapports sociaux de sexe plus flexibles, moins hiérarchisés, plus innovants. Or, la valence féminine reste encore dominante dans les champs de l’enseignement, du travail social et du médico-social (assistance sociale, infirmière…), de la petite enfance (assistante maternelle, puéricultrice, éducatrice de jeunes enfants…), voire les femmes en détiennent le monopole même si une évolution est bien sûr perceptible. Est-ce par choix, par choix forcé, par construction identitaire ? Si les femmes transcendent parfois le rôle traditionnel qui leur est dévolu dans le secteur professionnel, si elles assument des activités autrefois réservées aux hommes, telles être juge, gardienne de prison ou éducatrice spécialisée, l’évolution apparaît encore bien timide au regard des changements survenus…
Qui sont, que font et où sont les hommes ? Toujours dans les sphères politiques, dans les postes à responsabilités, dans les lieux de gestion économique… ou inversement, dans des professions traditionnellement destinées aux femmes telles que sage-femme, assistante sociale, professeure d’école maternelle (quand utilisera-t-on d’ailleurs d’autres vocables que ceux d’« école maternelle » ou de « Protection Maternelle et Infantile » ?). À l’instar du féminin, les images et représentations du masculin ont-elles suivi l’évolution induite par une mutation sociétale sans précédent ? Mais aussi, que reste-t-il de la reconnaissance et de la pérennité d’une fonction paternelle symbolique chez les professionnels hommes (trop souvent remise en cause par l’épineuse et délicate question des dérives pédophiles qui, régulièrement, défraient les chroniques) ?
Ce faisant, l’un de nos souhaits aurait été de pouvoir confronter davantage les points de vue croisés sur le genre et le travail social par des illustrations de femmes et d’hommes exerçant les mêmes activités professionnelles, qu’elles soient dites féminines pour les unes (assistant-e social-e par exemple) ou masculines pour les autres (éducateur-trice spécialisé-e par exemple). Bien que présentes, ces mises en tension n’ont pas pu s’exprimer pleinement. Ainsi, « Cherche hommes désespérément », ceux qui travaillent notamment dans des positions et des identités professionnelles à valence féminine. Une bien difficile mise en tension…
Notre ambition, pour ce numéro, aurait aussi été de soumettre à l’analyse la question centrale que nous posions : « Les femmes sont-elles, et les hommes sont-ils un enjeu pour le social » à des femmes et des hommes politiques. La problématique du genre s’est heurtée à un autre trouble, à un autre en-jeu… celui du bruit silencieux ou… peut-être celui des présidentielles… Prenons acte, nous n’avons sans doute pas frappé à la bonne porte… ni au bon moment !
Identités masculines et féminines sont bien interrogées au travers des pratiques professionnelles du secteur social, comme l’illustrent tout autant les exposés théoriques que les témoignages des professionnel-les. Les multiplicités des strates de normes, de rôles de genre, d’activités sexuées… et leurs intrications, qui composent le paysage de nos sociétés contemporaines, se confondent, s’assemblent, s’affrontent, se recouvrent de façon partielle ou totale, comme en attestent les contributions présentées dans ce numéro. Intimement liées, les strates de genre et celles qui constituent l’espace social se superposent, s’intercalent, se chevauchent, s’assemblent pour mieux se déprendre, se distancient pour mieux se confondre. Au fond, les questions que l’on pourrait se poser apparaissent toujours bien banales et ordinaires : assistons-nous à une répartition somme toute très stéréotypée du genre dans notre société contemporaine, dans le travail social, ou une évolution se dessine-t-elle vers moins de clivage, qui orienterait notre société vers plus d’humanité ? Qu’est-ce qui a changé ? Qu’est-ce qui se modifie ? Qu’est-ce qu’il reste à transformer ? Quelles sont les résistances aux changements et les participations actives à ces transformations ? À vous, lectrices et lecteurs, femmes et hommes, actrices et acteurs du terrain, de le découvrir, de l’accepter, de le réfuter, pour in fine continuer à en débattre dans les espaces publics et privés, dans les sphères professionnelles, personnelles, amicales, intimes…
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