Empan
érès

I.S.B.N.9782749207346
150 pages

p. 7 à 9
doi: en cours

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n° 65 2007/1

2007 EMPAN

Éditorial

Rémy Puyuelo
Bonjour… Des nouvelles de notre revue et, comme à l’accoutumée, un inventaire décousu qui se veut rendre compte de l’actualité du social.
Du retard dans nos livraisons 2006… « Enfants et Écoles d’aujourd’hui » et « Droits des usagers et citoyenneté » ont inauguré en fait la nouvelle année 2007. Beaucoup d’encombrements de lecture en perspective.
Nous vous avions proposé en 2004 un numéro « Trajets de femmes au risque du social » (n° 53). Il nous a paru important de poursuivre notre réflexion. Le thème de ce numéro « Des femmes et des hommes : un enjeu pour le social ? » nous permet d’aller plus loin et de développer la question du genre au plus près du social.
Les médias se font l’écho de ces questions régulièrement… « Liberté, féminité, parité » titre Le Monde du 11 décembre 2006. Où en est-on de la loi sur la parité hommes/femmes votée en 2000… Une candidate à la présidence de la République réactive notre propos !
En écho à notre numéro sur l’École, je vous conseille de lire L’Encyclopédie des cancres, des rebelles, et autres génies de J.-P. Pouy, S. Bloch et A. Blanchard. Ils font état d’une poésie écrite, en 1838, par Paul Cézanne à la veille de l’horrible baccalauréat :
« Je frémis quand je vois toute la géographie,
l’histoire et le latin, le grec et la géométrie
conspirer contre moi : je les vois menaçants
tous ces examinateurs dont les regards perçants
jusqu’au fond de mon cœur portent un trouble profond.
Ma crainte, à chaque instant, terriblement redouble. »
La formation des maîtres fait la une ! Les iufm créés en 1996 par la gauche changent de statut. Ils vont rentrer dans le giron de l’université d’ici 2008. Trente-deux instituts qui regroupent quatre-vingt-deux mille étudiants. D’ici 2010, un enseignant sur cinq partira à la retraite et devra être remplacé. Dans ce projet, les stages seront plus longs et les futurs professeurs du secondaire seront incités à enseigner deux disciplines… (Le Monde du 16 janvier 2007).
« Malaise dans le travail social », tel est le dossier développé par les ash de septembre-octobre 2006. « Une profession en crise depuis dix ans » reprend Le Monde du 5 décembre 2006. La montée de l’exclusion, la crise du logement, les propositions sécuritaires gouvernementales qui se succèdent dans tous les domaines, mettent à mal l’identité des travailleurs sociaux et leur liberté d’expression et d’action. Ils sont 51 500 dans l’aide sociale, 177 100 dans l’éducation spécialisée, 60 000 dans l’animation et les assistantes maternelles, 308 000 selon les données de la dress (2002), hors aides à domicile et médiation. Les éducateurs spécialisés (99 000) et les assistants sociaux (40 400) sont les professionnels les plus représentés. Les travailleurs sociaux, témoins et gardiens de la démocratie, sont une force vive qui, en fait, n’arrive pas à s’exprimer collectivement dans les médias pour témoigner de ses pratiques.
Le régime des tutelles, qui représente plus de 700 000 mesures, est totalement encombré et sous-équipé en personnel. Mais plus que cela, il est difficile de distinguer les victimes de troubles mentaux des personnes en difficultés sociales. Les dérives sont nombreuses. Un projet de loi devrait tenter de mettre de l’ordre et entrer en vigueur en janvier 2009. Le régime des protections juridiques des majeurs souligne les questions autour de la dépendance dans une démographie qui évolue. Un quart des européens de l’Ouest aura plus de 60 ans en 2010… Vingt millions de personnes seront dépendantes ou en situation de perte d’autonomie nécessitant des soins de longue durée. Il est vital de créer un nouveau contrat social sur la fin de la vie, offrant des garanties et des services mieux ciblés en fonction des besoins réels, et permettant une meilleure maîtrise des coûts et des dépenses… Au fait, il est prédit 300 000 centenaires en France pour l’an 2050. Ils sont pour l’instant un peu plus de 17 000 !
Un lecteur de notre éditorial du numéro « Droits des usagers et citoyenneté » répond à mon questionnement : « Sur les “usagers”, je verse mon obole : ils me semblent liés aux services, en particulier aux services publics. Et dans la relation de service, l’usager est pris dans la tension entre le protocole de masse et la singularité du sur-mesure (cette tension ne recoupe pas celle du public et du privé). On peut deviner que les pressions managériales vont dans le sens de la protocolisation. Les droits des usagers peuvent alors se définir par des cadres formels minimums : on ouvre le parapluie, et peu importe que le service soit censé s’adresser à telle personne “unique au monde”, il risque plutôt de se situer seulement comme service à “la” personne en général. La normalisation des services peut être un piège pour usagers : où en est-on quant au droit à la vérité des malades ? Les équipes mobiles de soins palliatifs deviennent des services mobiles de médecine de la douleur… Mon propos manque de nuances : il ne prétend pas décrire une réalité, mais il indique des penchants qu’on peut ne pas apprécier. »
Nous pensons déjà à 2008.
Nous vous proposons de réfléchir, dès à présent, sur les cattp (centres d’aide thérapeutique à temps partiel), ces structures entre hôpital de jour et cmp, ainsi que sur les amp (aide médico-psychologique) qui sont confrontés au corps à corps au quotidien. Nous pensons aussi trouver un thème autour de la question de la « Dépendance » que nous avons évoquée plus haut. Enfin l’employabilité, les lois de 2005 et le droit au logement font partie des contenus des rencontres de notre Comité de Rédaction.
Avant que j’oublie : à lire absolument, La pauvreté en héritage – deux millions d’enfants pauvres en France de Martin Hirsch avec Sylvaine Villeneuve (Éd. Robert Laffont, 2007). Plus qu’un constat, ils proposent un certain nombre de solutions concrètes, quitte à chiffrer le coût de certaines d’entre elles. Ils interrogent la situation en Angleterre où grâce à une volonté politique forte, le nombre d’enfants pauvres a effectivement diminué de près de 25 %.
En terminant, je voudrais rendre hommage à J.-P. Vernant (1914-2007) qui nous a quitté récemment. Ce savant, philosophe devenu anthropologue et historien, pensait que c’est par l’art d’accorder entre eux les opposés, sinon les extrêmes, que se noue le lien social, que naît ce tissu uni et partagé dont l’éducation permet d’assurer la transmission. Dans la Traversée des frontières (Le Seuil, 2004), il écrivait à la fin de l’ouvrage : « Pour être soi, il faut se projeter vers ce qui est étranger, se prolonger dans et par lui. Demeurer enclos dans son identité, c’est se perdre et cesser d’être. On se connaît, on se construit par le contact, l’échange, le commerce avec l’autre. Entre les rêves du même et de l’autre, l’homme est un pont. » Ces phrases simples figurent sur une borne du pont de l’Europe qui relie Strasbourg à Kehl.
PS : Empan s’enrichit d’une collection où seront édités des ouvrages au plus près des sensibilités sociales prenant le risque de penser au-delà des corporatismes et des clivages dont nous souffrons. Ils se veulent pluri voire transdisciplinaires, véritables outils du soigneur social. Les deux premiers ouvrages viennent de paraître : l’un sur Les éducateurs techniques spécialisés, l’autre sur Les centres éducatifs renforcés.
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