Exilé de soi, la domestication biomoléculaire à l’ère des mégaparcs humains
Serge Escots
Une bouteille de Klein symbolise parfaitement la circulation entre intérieur et extérieur qui caractérise la tension entre subjectivité individuelle et impératif sociétal. Foucault nous montra comment ce rapport intérieur et extérieur se jouait, à l’âge classique, dans le traitement des insensés. Depuis, la médicalisation du psychisme et du social a renouvelé cette topologie là où la neuropharmacologie a pris une place centrale. Cette évolution n’est possible qu’à partir de ce point aveugle que représente dans l’humanisme la question de la domestication de l’humain par lui-même. Le gouvernement pastoral raisonné par Platon trace d’inquiétantes perspectives lorsque, deux mille cinq cents ans plus tard, dans un contexte d’affaiblissement démocratique et d’échec de l’humanisme à contenir la barbarie, des convergences technologiques sont capables d’interventions transformationnelles à des niveaux biomoléculaires. L’exil viendra de l’intérieur.Mots-clés :
Foucault, bouteille de Klein, Sloterdijk, domestication, humanisme, anthropotechnies, gouvernement de soi et des autres, parc humain, neuropharmacologie, nanotechnologies, posthumanité, Subutex®.
• Foucault et la bouteille de Klein
• La domestication, un impensé de l’humanisme
• Le gouvernement humaniste ou comment prendre soin d’un troupeau de bipèdes
• Quelle humanité après l’humanité ?
• Demande d’anthropotechnies neuropharmacologiques : engouement des idéologues et limites épistémiques
• Exil de l’intérieur