Empan 2007/4
Empan
2007/4 (n° 68)
166 pages
Editeur
I.S.B.N. 9782749208374
DOI 10.3917/empa.068.0156
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Œdipe sur la route, Henry Bauchau, Actes Sud, 1990

1

Le sensNous confrontantÀ ses miroirsÀ ses espacesÀ sa profusionLa ParoleNous entraîneVers nulle partVers partout(Andrée Chédid, Rythmes)

2 Je suis Œdipe, l’aède, la suppliante, l’aveugle. Je raconte ma vie non de femme, mais d’enfant malheureuse. La route me porte et me déploie, m’enroule et me dévoile. Je sais où je vais, mais trop souvent je trébuche et je tombe, alors Antigone, celle qui marche derrière moi, me relève, panse mes blessures, me guérit de ses caresses symboliques. Ensemble, nous sculptons l’immense vague de mon enfance bafouée et « les bruits de soie » du ciel quand il devient moi. Nul ne peut nous séparer. Nos paroles se nouent dans le temps des instants de silence. Les nôtres. Antigone, ma fille, mon enfant. Nous dansons dans la lourde musique de nos mots. Notre danse est sombre, habitée de couleurs, ces couleurs qu’un jour je laisserai.

3 J’ai assassiné l’Interdit et j’ai interdit la lumière à mes yeux, et je marche sur la route portant le poids de l’absence et de la mort. Mon destin est mutilé.

4 Je suis paria, rejetée, exclue. J’avance avec mon bâton, mon stylo, mon crayon. Antigone est là, me soutient, m’embrasse de ses yeux de voyante, appose ses mains sur mes blessures quand d’avoir trop soigné, je suis à mon tour malade. Je trouve alors la force de repartir sur la route, ma route.

5 De séance en séance, j’affronte le Labyrinthe, je raconte mes récits, je découvre des récifs, j’entends le tumulte de la mer, je marche seule sur la falaise si abrupte de ma vie, je me heurte au temps, celui des autres, j’écris ma solitude, je pleure mes chagrins, je dis mes persévérances, je m’égratigne, je saigne, je hurle, je balbutie. Jamais je ne parle. Toujours j’écris. Mais Antigone est là, elle veille, et sur la route, toutes deux nous continuons. La Vie. Ma vie. Avec Alcion, avec Diotmine et Narsès, avec Clios, avec tant d’êtres mythiques, ma vie intérieure, mon paysage intérieur se dessinent.

6 Je suis Œdipe, l’aède, la suppliante, l’aveugle. Je chemine sur ma route.

7 C’est ma nécessité, ma solitude, ma force. J’appartiens à mon clan, celui des « tout seuls ». J’avance avec « ma couronne d’écriture ». Un jour, Ismène, près d’Antigone, se glisse près de moi et « comme deux colombes, elles posent leur tête sur mes épaules ».

8 Colombes. Paix. Mais la guerre éclatera car Créon, Etéocle, Polynice ont perdu leur enfance. Alors Antigone et moi, nous résisterons, nous dirons non, car la paix est ma nécessité intérieure. Ma liberté, je l’acquiers dans la douceur des larmes mais non dans la violence des armes.

9 Je suis Œdipe, l’aède, la suppliante, l’aveugle. Psychanalyse. « La guérison de surcroît ». Je ne suis plus cette enfant blessée, laissée pour morte sur la plage de sa vie. Quand le ressac de la vague géante et de la falaise abrupte disait sa détresse d’enfant perdue. Avant la route m’emportait, maintenant la route me guide et je peux me placer sur les quatre points cardinaux et clamer :

10 « Nul ne peut séparer pour toujours l’homme de ses semblables. Je demande à tous de m’accueillir à nouveau comme une suppliante, une aveugle et une femme parmi les autres femmes. »

11 Je ne suis plus « la toute seule », je suis « la toutes ensemble ». Antigone n’est plus là, mais je sais nos silences, nos paroles, nos empreintes sur les pages de nos séances que j’ai lentement tournées d’année en année. Les plus belles années de ma vie.

12 Je suis l’Œdipe, l’aède, la suppliante, l’aveugle. Maintenant, j’avance seule sur ma route, j’ai quitté Antigone. Il me reste à inventer ma persévérance, mes chants, mes danses, à sculpter mon horizon et ma vague. Quand le temps sera venu, je transmettrai à l’enfant qui passera « ma couronne d’écriture » pour qu’à son tour avec d’autres, « tous ensemble », ils disent non à la guerre fratricide entre Etéocle et Polynice, non à Créon, ces hommes qui ont tué leur enfance et qui n’ont rien compris à la vie et au monde comme il tourne.

13 Un jour, j’irai en Grèce trouver mon écriture et la limiter dans « cette maison du temps ». Je me laisserai éblouir par le soleil et le passé, et je me roulerai dans mon présent retrouvé, et je rirai et je rirai ! Heureuse.

14 J’ai passionnément aimé ce livre du monde intérieur, époustouflant de beauté, de mythes, de symboles, écrit par un homme à la fois psychanalyste et écrivain. Ce livre qui à tout instant m’a fait penser à ma psychanalyse. Moi l’exclue, la paria, la rejetée, l’aède, la suppliante, l’aveugle, j’ai marché sur cette route foulée il y a bien longtemps par Œdipe, et comme lui, j’ai marché avec mon bâton d’écriture, accompagnée d’Antigone, mon psychanalyste.

15 À tous, bonne lecture de ce livre splendide et, bien sûr, bonne route ! Ne craignez rien, depuis Freud tant d’Antigone sont là pour accompagner « les tout seuls » souffrant du temps de l’enfance… Nous tous…

16 Marie-José Colet

17 P.-S. : Je vais maintenant lire le deuxième tome écrit par le même auteur, Antigone, et je vous raconterai. C’est promis !

Antigone, Henry Bauchau, Paris, Actes Sud. Babel, 1997

18 Un cri parcourt le livre, celui d’Antigone, « la vraie, celle qui fait sentir le faux », assise au centre de la cité quand elle crie du lieu de son manque. Œdipe a retrouvé la vue et avance sur sa route qui n’est plus celle d’Antigone. Mais Antigone est restée la mendiante, celle qui sait demander et recevoir pour ne plus être seule à soigner les malades de la guerre instaurée par les deux jumeaux, ses frères, Etéocle le sombre, et Polynice le solaire, les deux moitiés de Jocaste. Ils s’aiment jusqu’à se haïr et en mourir. Elle, Antigone n’est qu’amour et paix. Elle ne veut pas haïr, ni Etéocle, ni Polynice. Elle, l’effrayée et l’intrépide danse. Elle danse dans un seul souffle sa liberté, son existence, elle danse pour tous ceux qu’elle aime et qu’elle n’aime pas, elle danse la nouvelle route d’Œdipe et celle de Thèbes qui pourrait être celle d’Etéocle et celle de Polynice, elle danse de toutes ses forces, de toute son âme farouche. « Seuls comptent son grand corps unanime et son immense matière mortelle. »

19 Elle sculpte aussi sur la demande d’Etéocle et dans les pleurs d’Ismène. Elle sculpte deux bas-reliefs de Jocaste prise dans les deux regards si différents de ses fils. Elle sculpte par amour et pour la paix. Avec ses deux sculptures, elle va d’Etéocle à Polynice et de Polynice à Etéocle, comme une messagère de la paix, non comme une colombe mais comme une amazone sur chacun des étalons de ses frères, Jour et Nuit. Elle va l’un vers l’autre muée par la présence de leur mère : Jocaste.

20 Elle crie contre la vie qui détruit, elle crie pour elle qui soigne, qui danse, qui sculpte. Elle crie la liberté des femmes de dire non à Créon quand il bafoue la loi symbolique. Car c’est bien de cela qu’il s’agit : c’est une femme qui s’oppose à Créon, tyran d’une cité « d’orgueil, d’argent et de lois ». C’est une femme qui hurle « bien plus loin qu’elle », au prix de sa vie, « Ce NON, c’est la plainte ou l’appel qui vient des ténèbres et des plus audacieuses lumières de l’histoire des femmes. Ce non frappe de face le beau visage et le mufle d’orgueil de Créon. Il ébranle la salle, déchire les habits de pierre des grands juges et disloque le troupeau des sages. »

21 Mais peu à peu le cri s’apaise et se contient. Le cri s’affirme puis se tait. Dire non et surtout ne pas discuter. Le non d’Antigone est sa liberté de femme, son existence humaine. Il est inconditionnel et c’est ce qui en fait son expression de combat jusqu’au bout. Jusqu’à la grotte où Créon la condamne à mourir.

22 La grotte. « À travers un espace ténébreux, s’avance une force immense, elle est comme un amour et transforme le cri de la terre et du grand animal intérieur qui jusqu’ici me subjuguait. Je commence à comprendre ce que je fais. Je mendie. Je mendie une fois de plus de toutes mes forces.

23 Je l’accepte, je suis totalement cette mendiante hurleuse, hurlante qui ne peut au-delà de toute honte, de toute fierté, rien faire d’autre que prier, supplier : « Pas de sang… Pas de sang à cause de moi ! »

24 Antigone ne veut pas que ses amis la défendent, ne veut pas que les soldats de Créon émus ralentissent la sentence, Antigone ne veut pas qu’Hémon qui l’aime se dresse contre Créon son père car un tel conflit livrerait Thèbes au chaos. Antigone veut la paix. Ce chapitre est magnifique à lire. D’une puissance d’écriture exceptionnelle.

25 Enfin arrive le dernier chapitre. Le chant de celle qui succèdera à Antigone. Antigone l’entend chanter. C’est de toute beauté. Antigone s’éteint dans sa grotte mais elle a gagné. La paix sur Thèbes et la nouvelle Antigone ne mourra pas. Elle s’aperçoit à temps de ses limites de femme et va vite embrasser ses enfants. « Mais… les enfants ! Les enfants, je leur ai promis que nous serons là pour les border… Vite Clios, il ne faut pas qu’ils pleurent. »

26 Ainsi s’achève ce livre splendide de refus de la guerre sur la plus grande nécessité humaine : il ne faut pas que les enfants pleurent.

27 Aucun de mes mots ne pourra vous dire combien j’ai aimé ces deux livres d’Henri Bauchau, psychanalyste et écrivain, Œdipe sur la route et Antigone. Il a su faire une interprétation passionnée de ces deux mythes qui n’en font qu’un, il a su tracer une métaphore possible de la psychanalyse quand elle dit le combat des femmes pour leur liberté et pour la paix, et surtout « pour que les enfants ne pleurent pas. »

28 Très bonne lecture !

29 Marie-José Colet

Envers et contre toi, Juan Arevalo-Pelaez, 2007

30 Édition personnelle.

31 Pour se procurer l’ouvrage, écrire à :

32 Jean-Claude Arevalo, Maison blanche, route de l’Aubrac, 48100 le Monastier

33 Courriel : jean-claude.arevalo@wanadoo.fr

34 site : http://perso.wanadoo.fr/jean-claude.arevalo/

35 Jean-Claude Arevalo vient de publier son sixième ouvrage, Envers et contre toi.

36 Les lecteurs d’Empan le connaissent déjà puisque nous avons publié plusieurs de ses nouvelles (voir son article dans ce même numéro, p. 144). Ce professionnel du social, qui écrit aussi à propos de sa pratique, nous livre régulièrement des romans ou des nouvelles, pièce de théâtre, portes ouvertes sur des personnages multiples, vivant dans des univers très différents : le Lot, le Sidobre, le Haut-Languedoc, l’Amérique latine ou les chemins de Saint-Jacques-de-Compostelle. Cette fois-ci, encore, ce sont des êtres de passion qu’il nous invite à rencontrer.

37 « Je suis Rose et j’aime Luis. J’attends son œuvre, je la surveille, je la couve.Je suis Rose, j’ai quarante ans depuis toujours.Je suis Rose, il est dix heures du matin dans ce coin de l’usine.Je suis Rose, j’ouvre les volets. Il fait gris et j’espérais la lumière.Je guette la déchirure, j’attends, fébrile, la soif, l’alchimie créative des yeux fous de Luis.J’espère sa rage, sa colère débordante, sa peau, sa sueur, ses frissons sous les muscles avant la rupture.Luis et Rose. Lui et moi, seulement. »

38 Depuis son enfance, Rose aime Luis. Son univers se résume à lui. Luis, c’est un artiste, confronté aux doutes et aux douleurs de la création, et Rose est là pour lui permettre de créer son œuvre. Aucun doute pour elle : il atteindra la perfection et le succès, même si le chemin est difficile. Toute la vie de Rose n’a que ce seul but : porter Luis vers son apothéose. Peu lui importe que la vie de Luis ne soit pas aussi simple qu’elle le souhaiterait et qu’elle n’en comble pas tous les désirs.

39 Pourtant, elle aussi a des talents artistiques confirmés et reconnus, mais l’important, c’est que ceux de Luis soient reconnus.

40 Cet ouvrage nous fait partager six jours qui vont se relever décisifs dans la vie de Rose, à travers lesquels elle va nous faire connaître sa vie, leur histoire, sa passion.

41 La rencontre avec Rose m’a été un peu difficile, ce personnage de femme me semblant bien éloigné de moi. Mais, au fil des pages, je me suis laissé séduire par la force de son engagement, ses certitudes et cette volonté farouche de voir devenir réalité le Luis dont elle a rêvé.

42 Et comme toujours après un « bon » roman (selon mes attentes, bien sûr), je me suis retrouvée un peu triste et abandonnée en achevant le livre.

43 L’écriture de J.-C. Arevalo est précise, claire, riche dans ses descriptions des sentiments, de tous ces non-dits du quotidien, de ces aveux que l’on ne se fait qu’à soi-même… La force des passions est toujours ce qui mène le monde, dans le village isolé où vivent quelques artistes, tout comme dans ce quartier pauvre de la ville où la petite Rose a entamé son histoire d’amour.

44 Et puis, à travers ces personnages, un peu distants de notre quotidien, toujours entiers, vivant hors des sentiers battus, portés par une conviction profonde, qui fait leur force et leur isolement, l’auteur nous invite à une réflexion sur la création, les rapports entre la vie de l’artiste et son œuvre, mais aussi sur les rapports hommes/femmes, l’amour, la dépendance, la liberté.

45 Il nous invite à observer ce complexe entrecroisement des relations humaines, constitué des images, des espoirs, des attentes, des rêves que chacun projette sur l’autre, ignorant parfois, souvent…, les images, les espoirs, les attentes, les rêves dont il est lui-même l’objet.

46 « Luis marchait et Rose ne voyait pas passer le temps, les livres sont des aventures, des trous noirs. L’immensité, la galaxie ne lui offriraient pas plus d’intensité que cette vie, cette errance dans l’encre des pages. »« J’aime les livres. Luis et les livres, deux univers trop vastes pour moi. Je cours, le corps immobile entre Luis et les rêves des livres.On dit que les livres sont des mondes, c’est vrai, mais ils sont aussi des vérités cruelles…. »

47 Enfin, comment dire cette poésie, toujours présente dans l’écriture, à travers le quotidien, les êtres et leurs sentiments, leur violence, leur désespoir ?

48 Un seul conseil, allez les découvrir dans cet ouvrage et vous aurez envie de lire tous les autres. Mais comme Jean-Claude Arevalo édite lui-même ses ouvrages, le plus sûr est de lui écrire pour les lui commander.

49 Car c’est là un autre aspect de cet ouvrage. Depuis l’année 2000, Jean-Claude Arévalo écrit et publie ses livres tout seul. Les auteurs évoquent souvent leur isolement, l’ignorance dans lesquels ils sont à l’égard de leurs lecteurs. Mais privé du soutien d’un éditeur, d’un réseau de diffusion, l’auteur indépendant ressent encore plus fortement cette solitude.

50 C’est pourquoi j’ai souhaité profiter de cette note de lecture pour mieux vous faire connaître cet auteur particulier.

51 Jean-Claude, depuis quand l’écriture fait-elle partie de votre vie ?

52 Jeune, j’écrivais sans le savoir, dans les quartiers ouvriers, nous avions d’autres urgences alors je me préparais sans doute inconsciemment à l’écriture parce que les émotions, elles, je ne choisissais pas de les prendre dans la figure.

53 Ma vie est faite de ruptures, d’accidents, je crois qu’il me fallait comprendre vite, que cette rapidité dans l’anticipation était pour moi d’une importance vitale. Cette réalité m’a permis d’apprendre à lire les émotions, à m’immerger rapidement dans des états de pensée.

54 Je crois que l’écriture est en moi chaque seconde, elle se fabrique ailleurs dans un coin de ma tête, elle vient lorsqu’elle est prête.

55 Quelle fonction a-t-elle pour vous ?

56 Lorsque j’écris un nouveau roman, je vis en permanence avec mes personnages, je leur parle, ils me parlent. Alors, le soir, lorsque je les rejoins, je pars ailleurs, et cet « autre part » est immense, je deviens femme, enfant, violent, amoureux, je découvre l’Amérique latine, je reviens dans l’Espagne de mon enfance. L’écriture est un formidable véhicule, elle me promène, mais aussi elle témoigne, j’y cache des messages entre les lignes.

57 Parfois, si l’injustice est trop forte, alors l’écriture m’apaise, révèle des négatifs. J’ai écrit la pièce de théâtre, l’Absente, en quelques jours, les personnages avaient pris le pouvoir, je n’ai fait que les délivrer.

58 Quel lien – ou non – avec votre vie professionnelle ?

59 Je peux dire que beaucoup d’étudiants sont bloqués par l’écriture. Ils pensent tous que c’est une affaire sérieuse, ils ne s’autorisent pas vraiment à écrire. Nous avons tous à renoncer au pouvoir de la forme et à privilégier le fond, l’émotion ; il existe d’autres chemins que les apprentissages scolaires. La syntaxe vient en écrivant, ce qui compte, c’est de vivre, de recevoir et de transmettre.

60 On peut faire de bons rapports très professionnels, mais si on ne sait pas s’émouvoir, alors rien n’est possible, cela devient vite un jargon, un grimage malheureux des bouquins de psycho.

61 On nous bassine avec les écrits professionnels, mais l’écriture n’a pas, et heureusement, que la fonction de rendre compte, elle doit permettre à l’éducateur de révéler, de mettre en lumière ce qui est tapi dans les ombres.

62 Pourquoi ce choix ou cette contrainte de l’auto-édition ?

63 C’est avant tout un choix par défaut et aussi une sorte de résistance ; d’un côté j’ai peu utilisé la piste des éditeurs, même si aujourd’hui j’aimerais bien avoir cette aide ; de l’autre mon premier livre a été financé par une bonne centaine de personnes ayant lu le manuscrit et dont les ventes m’on permis de continuer à publier.

64 Aujourd’hui, je me heurte surtout au problème de la communication. Lorsque je sors un livre, je peux compter sur un réseau de fidèles qui peu à peu s’agrandit, mais c’est un processus très lent. Il existe dans ce système des rencontres formidables, des gens qui organisent des rencontres parce qu’ils vous ont lu, d’autres qui distribuent autour d’eux mes livres sans que jamais je n’ai rien demandé.

65 Quels contacts ou quelles représentations de vos lecteurs ?

66 Je connais beaucoup de mes lecteurs, certains me suivent depuis le premier livre, les lecteurs sont avant tout des lectrices, les hommes sont plus rares : certains professionnels comme des as qui se reconnaissent dans « L’enfant de la lune » et qui ont de l’humour. Des comités d’entreprise d’établissements médico-sociaux m’invitent pour des lectures ou pour la pièce de théâtre.

67 Ils sont curieux, se donnent du mal pour chercher, ne se suffisent pas de la « soupe » des étals de supermarché. Certains m’écrivent parfois, d’autres viennent me voir, je ne les connais pas tous, mais j’aime entendre raconter l’histoire par un lecteur, c’est une écriture qui recommence.

68 Merci à Empan pour son soutien et pour la diversité de ses écrits.

69 Jean-Claude Arevalo et Paule Sanchou

Une autre école : les penseurs, les acteurs, les passeurs, Le Monde de l’Éducation, n° 360, juillet-août 2007, 82 p.

70 Voici une synthèse remarquable sur les pédagogies dites « actives » ou « alternatives ».

71 « Ils ont rêvé d’une société sans école, créé des établissements différents, imaginé d’autres façons d’émanciper les enfants. Ils ont inventé une autre école, ouverte aux choses de la vie, sensible aux inégalités, aux fragilités, attentive aux rythmes de chacun, soucieuse de ne pas réserver le savoir à quelques-uns. »

72 Tel est le début de l’éditorial, mais ce qui n’est pas dit dans la suite ni dans les textes des articles et qui court constamment en filigrane, c’est que toutes les pédagogies alternatives considèrent l’élève comme une personne et font toujours référence à sa dignité d’être humain et au respect qui est dû à celle-ci. De ce fait, elles mettent l’enfant « au centre du système » comme la loi Jospin de 1989 (toujours en vigueur) demande de le faire.

73 Il y a là une révolution copernicienne par rapport à la pédagogie classique et à la pensée officielle actuelle – centrée sur les savoirs – qui met l’élève en position de passivité et en injonction d’apprendre. La seule préoccupation – en particulier au niveau de la formation – étant de trouver la meilleure didactique, c’est-à-dire la meilleure technique pour qu’il enregistre les savoirs.

74 En contradiction avec ce « pédagogiquement correct » – déshumanisant –, les pédagogies alternatives refusent de faire de l’élève un « objet d’enseignement » pour le rendre acteur, « sujet de ses apprentissages » ; c’est à cette dynamique que renvoient les appellations « méthodes actives », « pédagogie coopérative », « pédagogie institutionnelle » notamment.

75 Si ce numéro du Monde de l’Éducation est recensé dans la livraison d’Empan sur « Le travail social en quête de sens » c’est qu’il nous parle « d’une pédagogie en quête de sens », il nous dit qu’est possible « une école qui humanise » parce qu’elle prend au sérieux et respecte l’humanité de chaque enfant, l’aide à devenir un citoyen acteur de la vie sociale, un citoyen qui se sait et se veut responsable.

76 C’est dire combien il est urgent que tous les éducateurs (parents-enseignants) lisent ce numéro et que nous militions pour que, comme le souhaite la dernière phrase de l’éditorial du Monde de l’Éducation, cette « autre école » devienne notre école.

77 Pierre Teil

 

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POUR CITER CET ARTICLE

« Notes de lecture », Empan 4/2007 (n° 68), p. 156-161.
URL :
www.cairn.info/revue-empan-2007-4-page-156.htm.
DOI : 10.3917/empa.068.0156.