Empan 2009/1
Empan
2009/1 (n° 73)
192 pages
Editeur
I.S.B.N. 9782749210520
DOI 10.3917/empa.073.0171
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Vous consultezUn opticien nommé Empan

AuteurMarie-José Colet du même auteur

432 avenue de Fonneuve, 82000 Montaubanmjcolet@wanadoo.fr

J’aime la revue Empan et depuis maintenant quinze ans, je lis, j’épluche, je mémorise, j’engrange chacun de ses numéros. Ancienne ou nouvelle formule, Empan, c’est la récréation de ma boîte aux lettres, c’est le partage d’une éthique qui me fait tenir debout parce que je résiste avec d’autres, parce que, avec eux, mes amis d’Empan, mes amis d’érès, je construis de la résistance, j’invente les lendemains d’un monde que je peux transmettre à mon petit-fils.

2 Empan écrit ma lignée sociale, dans laquelle je me reconnais. Ceux qui écrivent là, fidèles depuis des années, dessinent un arbre généalogique éthique aux branches rendues solides par un travail rigoureux et exigeant. Un travail construit et qui construit dans le fil des saisons et des générations.

3 Cet automne donc, un beau numéro, le n° 71 : Travailleurs sociaux, des cultures métisses.

4 D’abord ce cadeau, ce cadre, cet avis émis par le Conseil en travail social (csts) pour asseoir notre résistance. S’asseoir sur le trottoir pacifiquement, et dire voilà notre référence. Dénoncer des actes inadmissibles, rappeler la loi, les principes déontologiques, les droits fondamentaux, faire des propositions, élargir la réflexion.

5 Et pour ce, lire avec sérieux et gravité ce n° 71.

6 D’abord étudier le sommaire, comme une carte des chemins que nous allons suivre.

7 Les trois routes : les parcours de vie de ces travailleurs sociaux aux cultures métisses, leur construction identitaire à partir de leur parcours et enfin, après l’énoncé du parcours et de la construction identitaire, vient le temps du partage avec les autres. L’enchaînement logique de ce numéro illustre à la perfection le cheminement du désir de tous, de chacun.

8 C’est ce chacun et ce tous qui m’a si profondément émue. À partir de chacun, nous, les métissés, nous nous retrouvons tous, à partir de tous, moi la métissée, je me suis retrouvée, souvent les larmes aux yeux.

9 J’ai retrouvé ma mère, juive égyptienne, venue en France à 7 ans, mon père adoptif russe, venu en France à 20 ans, je me suis retrouvée banlieusarde de la ceinture rouge, puis auvergnate, puis montalbanaise. Je me suis retrouvée juive errante en France. J’ai retrouvé aussi ma meilleure amie, maintenant disparue, exilée de son Angleterre qu’elle aimait tant. Je nous ai tous retrouvés dans ce numéro qui nous raconte dans le fil des articles quand notre langue maternelle fait chair, quand nos souvenirs d’enfance font mémoire, quand nos séparations engendrent la perte et une culture de la perte, quand les paysages et les grands-mères sont l’écume de nos vies, quand notre seule issue est alors la citoyenneté clamée, citoyenne du monde, de ce monde qui tourne de nos efforts à tous, métis ou non, pour en garder la rotation, même si longtemps nous avons cru que la planète s’arrêtait au bout de notre rue. Je me suis retrouvée, avec cette empathie-là, pour l’autre quand il est exilé de lui-même par la souffrance de l’exclusion.

10 J’ai retrouvé passionnément mon expérience professionnelle de psychologue, de formatrice, j’ai retrouvé mes objectifs d’ateliers de lectures, toujours créant du convivial et de la parole à partir des livres, j’ai retrouvé ma veste réversible, qui est la mienne depuis la naissance, que parfois je porte côté froidure et solitude, et que parfois je porte côté chaleur et partage.

11 J’ai retrouvé tout cela et j’ai pensé à Marcel Proust qui décrit ses livres comme des verres grossissants pour que le lecteur se reconnaisse dans sa Recherche. C’est cette si belle métaphore proustienne de l’opticien de Combray que j’ai vécue une fois de plus dans ma lecture de ce numéro 71. J’ai porté les lunettes de Paule Sanchou, de Manuel Sanz-Oliveros et de tous les auteurs qui les ont accompagnés dans leur travail. J’ai cheminé avec eux, et qu’ils me pardonnent, je ne sais même plus leurs pays tant nous sommes tous citoyens du monde, je ne sais même plus leurs souvenirs tant je sais les miens, je ne sais plus leur exil tant je sais le mien.

12 Mais je sais leur partage, leur travail, leur chemin, leur profession de travailleur social.

13 Je sais leurs engagements, je sais leurs difficultés, je sais leurs larmes quand ils échouent, je sais leurs joies quand ils triomphent. Je sais leur parcours et leur construction, je sais leurs interrogations, leurs tâtonnements, leurs certitudes, je sais leur éthique, je sais le temps du partage avec les autres car tout cela est mien.

14 Sincèrement, Empan est excellent opticien !

 

Résumé

Un courrier qui émane d’une lectrice et contributrice fidèle à la revue Empan, en réaction au numéro 71, Travailleurs sociaux, des cultures métisses.

Mots-clés

lecture, métissage, rencontre, éthique



POUR CITER CET ARTICLE

Marie José Colet « Un opticien nommé Empan », Empan 1/2009 (n° 73), p. 171-172.
URL :
www.cairn.info/revue-empan-2009-1-page-171.htm.
DOI : 10.3917/empa.073.0171.