Empan 2009/2
Empan
2009/2 (n° 74)
198 pages
Editeur
I.S.B.N. 9782749210537
DOI 10.3917/empa.074.0007
A propos de cette revue Site Web
Acheter en ligne

Ce numéro ou un abonnement.

Ajouter au panier Ajouter au panier - Empan
Empan 2009/2 (n° 74) 16 €

Versions papier et électronique : le numéro est expédié par poste.
Il est également accessible immédiatement en ligne.

Abonnement 4 numéros à partir du n°2013/1 50 €
Abonnement 4 numéros à partir du n°2012/4 50 €
Abonnement 4 numéros à partir du n°2012/3 50 €

Tous les numéros en ligne sont immédiatement accessibles.

ATTENTION : cette offre d'abonnement est exclusivement réservée
aux particuliers. Pour un abonnement institutionnel, veuillez
vous adresser à l'éditeur de la revue ou à votre agence d'abonnements.

Cairn.info respecte votre vie privée
Alertes e-mail

Recevez des alertes automatiques relatives à cet article.

S'inscrire Alertes e-mail - Empan

Être averti par courriel à chaque nouvelle parution :
d'un numéro de cette revue
d'une publication de Rémy Puyuelo
d'une citation de cet article

Votre adresse e-mail

Gérer vos alertes sur Cairn.info

Cairn.info respecte votre vie privée
Article suivant Page 7-9

Vous consultezÉditorial

AuteurRémy Puyuelo du même auteur



Je retrouve dans mes mails un texte d’un membre du comité de rédaction d’Empan qui réagissait à mon éditorial du numéro 70 sur « Les aides médico-psychologiques ».

2 *

3 « Le fait qu’il soit encadré par ces deux poèmes d’Aimé Césaire donne à ton éditorial une double force : celle du poète reconnu pour son talent et pour son combat politique ; celle du testament qui exprime une douloureuse inquiétude mais aussi la conviction qu’il faut continuer d’aboyer avec Mandela et tant d’autres !

4 Il reste que si le travail social est une “puissance” dans la société, il ne peut pas “tout”. Tu insistes à juste titre sur l’enjeu du soutien du politique à la “clinique” sociale des professionnels. Ne faudrait-il pas cependant élargir l’horizon et donner au social tout son contexte de citoyenneté ? Comment réadapter, soigner, éduquer dans ce lourd environnement de chômage de longue durée et de précarité, dans ce contexte de multiplication de petits boulots qui ne permettent pas toujours d’avoir un chez-soi décent, en cette période de dérégulation de la production alimentaire et de ses marchés ? Comment réadapter, soigner, éduquer quand l’air du temps est à la prise de risques et à leur gestion, avec l’écrasante responsabilité d’avoir à assumer tout ce qui vous arrive, quelle que soit votre conformité normative ? L’air du temps n’invite plus personne à poursuivre un idéal ou des valeurs : il met en demeure chacun, sans appui collectif, d’affronter ce qui lui est présenté comme la conséquence de ses actes passés, qu’il ait su prendre ou pas les “bons” risques par quelque embrouille que ce soit !

5 Oui, “la terre dérive”.

6 Notre défi : moderniser la solidarité à l’heure de la mondialisation en la sortant des “arrangements” gestionnaires dont l’horizon se réduit souvent à “faire des économies de seuil”. Et cette modernisation de la solidarité passe par la pensée et l’imagination, par la quête et la recherche guidées par une générosité qui, prenant appui sur le soupçon et la déconstruction, les dépasse afin de trouver les voies mobilisatrices du service de l’humain. Il n’y aura probablement pas de “grand homme” pour inventer demain : l’ère des prophètes est probablement close, même si on peut toujours rêver. Mais il se pourrait que ce soient des groupes, des équipes de professionnels chercheurs qui inventent le souffle de l’avenir.

7 “Aboyez.”

8 Pour le moment on voit bien toutes sortes d’objectivations critiques, mais point d’utopies mobilisatrices : serait-on en panne d’embrayage ? Mais que cache cette métaphore ?

9 Une histoire : en 1999, l’ouragan Lothar a abattu des millions d’arbres en France. Pris dans l’imaginaire moderne de planification et de maîtrise, l’onf refuse tout sentiment d’impuissance et tout penchant au défaitisme face à cette désolation : plans d’ensemencement et projets de reboisement sont mis à l’étude dans une fièvre activiste. Quand ils ont pris une forme convenable sur le papier, les forestiers retournent sur le terrain… pour constater que la nature les a devancés : une régénération naturelle des forêts avait commencé à s’opérer et elle contrariait les programmes… À vrai dire elle avait inventé des configurations auxquelles nos savants ingénieurs n’avaient pas pensé. Personne n’a voulu prendre le risque de gommer cette renaissance : les forestiers ont dégagé les semis “naturels” et les ont accompagnés. Vous avez dit “accompagner” ? Cela va devenir une mode ! En tout cas, veillons sur le terreau du social : voici qu’y lèvent déjà d’étranges semis, mais peut-être faut-il passer chez l’ophtalmo pour y récupérer verres et lentilles qui nous permettent de les apercevoir… pour les “accompagner” ?

10 Un propos sonne d’étrange façon : “départs à la retraite de beaucoup d’entre nous”. Je sais bien que le stéréotype consiste à plaquer l’innovation, l’inventivité et la créativité du côté des jeunes générations. Il reste que j’ai en grande partie terminé mon “activité” sur une grande fatigue qui n’est pas porteuse de beaucoup d’utopie : l’heure est à l’art de la rame et comme je n’ai jamais eu le pied marin… Il faudra sans doute que je fasse retraite (sans la battre : on ne peut plus se le permettre, sauf à risquer le tribunal !).

11 Puise autant que tu le voudras dans ce courrier si tu le juges utile pour l’édito…

12 Amitiés. »

13 Marcel Drulhe

14 *

15 Chose faite car, en fait, mon édito est écrit ! Qu’ajouter de plus ?

16 Lire Édouard Glissant, Martiniquais qui soutint son aîné Aimé Césaire et qui entra à la fois en politique et en poésie dès 1946. Il se disait « solidaire et solitaire » et pensait que le poète doit être attentif au cri du monde mais aussi contribuer à changer les imaginaires. Il fait partie de cette longue liste d’engagés en écriture dont le numéro 41 de Terrain[1] [1] Éditions du Patrimoine, 2003. ...
suite
consacré à « Poésie et politique » se fait l’écho. Il y est fait état des « poésies chantées » des militants touaregs entre autres.

17

« Moi je suis frappé d’étonnementPar les gens incapables de s’unirContre eux se trouvent réunisLa soif, le vent, la sécheresse et le soleil. »

18 Ils fredonnent leurs espoirs à la face du ciel : « La révolution est un long fil, facile à tordre, difficile à tendre. »

19 En manque d’utopie, nous dit Marcel Drulhe… Peut-être !

20 Il y a des utopies de l’ordre et des utopies de la liberté. Les unes décrivent un idéal de l’être, les autres définissent un être idéal de l’État (utopies institutionnelles et totalisantes, voire totalitaires). La crainte de voir se réaliser les secondes fait trop souvent oublier la dynamique des premières. Toute utopie est vouée à l’échec ; plutôt qu’instrument d’action, l’utopie est un des moteurs de l’action. Relisons Thomas More, Robinson Crusoé de Daniel Defoe, Gulliver de Jonathan Swift, modèles indépassables de toutes les utopies, et ne nous réfugions pas, seulement, dans le cyberespace et ses vanités et tentations virtuelles.

21 Marcel, je pense que, en ces périodes difficiles, où la destructivité est à l’œuvre, nous avons besoin, certes, de « plans de relance de l’économie, d’augmenter notre pouvoir d’achat… », mais aussi d’un plan de relance de notre espoir en l’humain et en nos capacités de solidarité dont le passé peut témoigner.

22 Marcel Drulhe

23 Avec la participation de Rémy Puyuelo

 

Notes

[ 1] Éditions du Patrimoine, 2003.Retour

Article suivant Page 7-9

POUR CITER CET ARTICLE

Rémy Puyuelo « Éditorial », Empan 2/2009 (n° 74), p. 7-9.
URL :
www.cairn.info/revue-empan-2009-2-page-7.htm.
DOI : 10.3917/empa.074.0007.