Enfance
P.U.F.

I.S.B.N.2130526780
104 pages

p. 381 à 407
doi: en cours

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Volume 54 2002/4

2002 Enfance

Identifier l’écrit : Influence des connaissances infra-lexicales

Geneviève Marouby-Terriou Guy Denhière  [1]
Quatre expériences ont été réalisées dans le but de déterminer la place qu’occupent les connaissances infra-lexicales dans le processus d’identification de la langue écrite, et, en particulier, le rôle de la forme de la structure syllabique, des segments consonne et voyelle et de l’écart de sonorité interphonémique. Les apprentis lecteurs appartiennent à trois niveaux d’acquisition (CE1, CE2, CM2). La tâche expérimentale consiste en un jugement de similitude entre deux non-mots écrits isolés.
La première expérience met en évidence l’existence d’un processus de traitement phonologique de type syllabique, la pertinence psychologique d’une hiérarchie syllabique ainsi que la place privilégiée de la première syllabe dans le processus d’identification du langage écrit et la différence de traitement engendré par la consonne et la voyelle. La deuxième expérience fait ressortir la place particulière de la consonne d’attaque de la première syllabe ainsi que le rôle de l’écart de sonorité entre les phonèmes. Les résultats comparés des expériences trois et quatre montrent d’une part, que la structure syllabique CV/CVC permet un traitement plus aisé de ses segments que la structure syllabique CVC/CV et d’autre part, que l’amplitude de l’écart de sonorité interphonémique dans une syllabe donnée influe sur la perception de ses éléments constitutifs et sur leur identification. Ce processus de traitement s’observe tout au long de l’acquisition de la lecture en CE1, CE2 et CM2, mais peut être perturbé lors de périodes qui correspondent probablement à des acquisitions nouvelles et à une réorganisation des connaissances.Mots-clés : Développement, Langage écrit, Structure syllabique, Écart de sonorité.
Identification of written language : Influence of infra-lexical knowledge
Four experiments were achieved with the goal of determining the role of infra-lexical knowledge in the process of identification of written language, particularly the influence of syllabic structure, of vowel and consonant segments and of inter-phonemic sonority spread. The readers belong to three levels in the learning process (CE1, CE2, CM2). The experimental task consists of the discrimination of similarities between two isolated written non-words.
The first experiment brings evidence of the existence of a syllabic type of phonological process, and the psychological relevance of a syllabic hierarchy as well as the privileged role of the first syllable in the process of identification of written language and the difference of processing generated by a vowel and a consonant. The second experiment emphasizes the determining influence of the onset consonant in the first syllable and the role of sonority spread between phonemes. The compared results of experiments three and four show on the one hand that the CV/CVC syllabic structure allows an easier process of its segments than the CVC/CV syllabic structure, on the other hand that the importance of the inter-phonemic sonority spread in a given syllable has an influence on the perception of its constituent elements and their identification. This process goes on all along the reading skill acquisition in CE1, CE2, and CM2, but it may be disturbed during lapses of time corresponding probably to periods of new acquisitions or a reorganization of acquired knowledge.Keywords : Development, Written Language, Syllabic Structure, Sonority spread.
 
INTRODUCTION
 
 
Le rôle de la médiation phonologique dans le déroulement du processus de traitement de l’information écrite a été mis en évidence par de nombreux travaux, à la fois dès les premiers stades d’acquisition du langage écrit et chez le lecteur expert (pour une revue voir Content, 1990, 1993 et Sprenger-Charolles, 1997). Les travaux de Perfetti et Zhang (1991), Ferrand, Segui et Grainger (1996) montrent que les codes phonologiques sont très rapidement élaborés et que ce processus d’encodage phonologique est de nature automatique et irrépressible. Or, cette intervention de la médiation phonologique nécessite une connaissance du langage parlé et, en particulier, l’émergence de la conscience segmentale du langage oral. Dans le même temps, les recherches de Segui, Frauenfelder et Mehler (1981) ont montré que la syllabe est une unité de base du traitement de la parole, et Treiman (1989, 1992) et Goswani (1991), en particulier, ont mis en évidence son rôle de vecteur privilégié de la médiation phonologique.
Il apparaît donc nécessaire, d’une part, d’étudier l’organisation de la structure syllabique, et, d’autre part, d’analyser l’importance relative des éléments constitutifs de la syllabe afin de mettre en lumière les indices perceptifs particulièrement pertinents qui pourront être pris en compte lors de l’identification du langage écrit. Deux des principes postulés dans le cadre de la phonologie autosegmentale nous intéressent particulièrement, car ils permettent de comprendre les règles qui régissent le regroupement des phonèmes dans des unités plus grandes, les syllabes : il s’agit du principe du contour obligatoire et du principe de sonorité syllabique. Le principe du contour obligatoire a été introduit par Leben (1973) et propose que les formes lexicales comprennent à la fois une suite segmentale et une structure syllabique étant entendu qu’à tout moment, les suites segmentales sont syllabifiées. Le deuxième principe organisateur, le principe de sonorité syllabique, est basé sur l’aperture articulatoire des phonèmes et sur les règles de co-occurrence des phonèmes dans la syllabe. Il veut qu’il existe un ordre croissant et décroissant entre les segments voisins de la chaîne parlée.
Selon Goldsmith (1990), l’étude de la syllabe peut être abordée selon deux approches : la théorie des constituants basée sur l’organisation des segments constitutifs de la syllabe et la théorie de la sonorité basée sur la distribution de l’énergie ou de la sonorité. Ces deux théories apparaissent comme complémentaires. Selon la théorie des constituants, il existe deux niveaux hiérarchiques d’organisation de la syllabe, le niveau supérieur, constitué par le nœud syllabique formé d’une suite syntagmatique d’une attaque et d’une rime, et le niveau inférieur, constitué par le nœud rime, lui-même formé d’un noyau et d’une coda. « L’attaque peut comporter une ou plusieurs consonnes selon les langues ; la rime comprend toujours un noyau comportant au moins une voyelle et peut comprendre une coda comportant une ou plusieurs consonnes. En français, attaque, noyau et coda peuvent brancher » (Encrevé, 1988, p. 31). Selon la théorie de la sonorité, la syllabe peut être analysée comme une suite de phonèmes organisés dans un cadre linéaire et croissant d’aperture articulatoire jusqu’à un sommet à partir duquel peut suivre un ordre linéaire et décroissant de phonèmes. Pour qu’il y ait une bonne formation syllabique, Selkirk (1982) pose, dans une théorie relationnelle de la syllabe, le principe selon lequel, dans une syllabe, il y a un segment qui constitue le « peak » de sonorité qui est précédé et/ou suivi d’une séquence progressivement décroissante en valeur de sonorité. Les expériences de Fowler, Treiman & Gross (1993) corroborent l’existence de cette hiérarchie interne à la syllabe. Selkirk (1984) propose une échelle de sonorité numérique pour les phonèmes allant de 0,5 à 10, afin de définir la syllabe et les suites possibles dans les langues ; les éléments adjacents d’une suite syllabique doivent avoir une mesure d’éloignement minimal au-dessous de laquelle il y aura interdiction de cooccurrence entre ces éléments. Pour la langue anglaise, elle considère qu’une différence de 3 constitue la différence de sonorité minimale entre deux positions adjacentes dans la syllabe ; en deçà de cette différence, il se crée des lieux d’instabilité perceptive. Cet écart doit être paramétré dans chaque langue. En français, le tableau des fréquences de la suite consonne/voyelle (Wiolland, 1991) nous permet de constater que l’écart de 3 sur l’échelle de sonorité est respecté.
Hooper (1976) associe à cette échelle de sonorité, une échelle de force pour les consonnes qui est construite sur le principe que plus une consonne est basse dans l’échelle de sonorité, plus elle sera haute dans l’échelle de force. Elle est basée sur la tension articulatoire ou sur l’indice de résistance articulatoire. Les deux formes de segments sont, nous le voyons dans cette échelle, dotées de deux représentations, articulatoire et perceptive, mais la représentation perceptive des voyelles domine leur représentation articulatoire, et, inversement, l’articulation des consonnes domine leur perception (voir le tableau 1).

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TABLEAU 1. — Échelle de sonorité et de consonanticité, d’après Klein (1993)

Ce cadre théorique permet de dériver des échelles de canonicité syllabique dont on peut évaluer la pertinence psychologique. Il en découle que la structure syllabique qui correspond le mieux au critère de bonne formation phonologique, c’est-à-dire qui porte en elle, entre ses segments, un contraste maximal (Alvarenga, 1993) est plus rapidement perçue qu’une structure moins canonique. Il en est de même pour les éléments intrasyllabiques, qui seront d’autant plus accessibles qu’ils seront plus fortement contrastés.
En ce qui concerne l’identification des mots écrits, les modèles actuels d’apprentissage de la lecture, Ehri (1989), Harris et Coltheart (1986), Morton (1989), Bastien et Bastien-Toniazzo (1997) suggèrent que le lecteur débutant passe par une série d’étapes, chacune marquée par l’adoption de stratégies de traitement différentes. Le modèle de Frith (1985), dominant aujourd’hui, décrit une évolution en trois stades, le stade logographique, le stade alphabétique et le stade orthographique.
Mais, d’une part, l’apparente linéarité de ces modèles semble contredite par les conclusions de la morphogenèse de l’écrit, qui insiste plutôt sur la coexistence de principes graphiques. L’acquisition serait alors un phénomène de cogestion de procédures, les principes relevant plutôt de dominantes. D’autre part, il est important de connaître précisément la nature des éléments pris en compte par le système de traitement de l’information lors de la lecture. C’est pourquoi nous nous attachons plus particulièrement à comprendre en quoi les éléments intrasyllabiques attaque et rime (Goswani et Bryant, 1990 ; Seymour et Evans, 1994) peuvent être considérés comme des éléments intéressants d’analyse de l’accès à l’identification des mots écrits, et nous proposons une extension de cette analyse en terme d’examen de la structure syllabique comme lieu d’opposition de forces de sonorité et consonanticité, mettant ainsi en évidence le rôle de l’écart de sonorité interphonémique comme indice perceptif saillant à la base de l’identification.
Une première expérimentation (Marouby-Terriou et Denhière, 1994) avait permis de faire ressortir le rôle de la structure syllabique et de l’écart de sonorité dans l’identification de mots et de non-mots écrits. Les quatre expérimentations que nous présentons ont pour but de préciser ces résultats en mesurant l’effet de la forme de la structure syllabique, de la première syllabe comme vecteur privilégié de l’information, de la différence de traitement des segments syllabiques voyelle et consonne, ainsi que du rôle que joue l’écart de sonorité interphonémique comme facteur de déséquilibre et donc de repérage par le système sensoriel. Seuls des non-mots sont utilisés ici, dans le but d’éviter les interférences entre les niveau lexical et infra-lexical.
 
HYPOTHÈSES GÉNÉRALES
 
 
Nous nous proposons de tester, en premier lieu, l’hypothèse portant sur la structure des items écrits, à savoir que : plus ceux-ci sont constitués par des syllabes conformes aux principes généraux de la phonologie – pour la structure et l’écart de sonorité – plus ils sont identifiés rapidement et avec le moins d’erreurs. Les temps de réponse et le pourcentage d’erreurs doivent donc augmenter de la structure la plus simple à la structure la plus complexe et de l’écart de sonorité le plus grand à l’écart de sonorité le moins perceptible.
Dans ce cadre, les segments consonne et voyelle, porteurs d’informations différentes, n’auront pas la même valeur d’identification. Nous supposons que la voyelle, facilement identifiée par sa valeur de sonorité, sera source de moins d’attention que la consonne à support articulatoire. Les modifications portant sur les consonnes seront donc mieux détectées que celles portant sur les voyelles. Nous obtiendrons des temps de réponse plus courts et des pourcentages d’erreurs moins élevés lorsqu’il y aura modification de consonnes que lorsqu’il y aura modification de voyelles.
Nous supposons que, comme pour le langage oral, la première syllabe d’un item occupe une place privilégiée dans le traitement de l’information écrite ; par conséquent, les temps de réponse ainsi que les pourcentages d’erreurs seront moins élevés lorsque les modifications porteront sur la première syllabe que sur la seconde.
Enfin, l’apprentissage du langage écrit qui s’accompagne normalement d’une indépendance grandissante à l’égard des facteurs pris en compte précédemment doit se traduire par des écarts moindres de résultats au niveau le plus élevé d’acquisition.
 
MÉTHODE
 
 
Procédure générale des expériences
Nous utilisons une tâche de jugement de similitude entre deux non-mots dans les quatre expériences. La présentation est contrôlée par ordinateur. Le sujet voit apparaître au centre de l’écran un point de fixation pendant 1 000 ms, suivi, après 250 ms, de l’item source de comparaison (que nous appellerons amorce, par commodité) pendant 300 ms (expérience 1) ou 450 ms (expériences 2, 3, 4), suivi immédiatement d’un masque formé de 4 astérisques (****) pendant 300 ms (expérience 1) ou 100 ms (expériences 2, 3, 4), pour éviter les effets de rémanence, suivi immédiatement de l’item à comparer (que nous appellerons cible), jusqu’à l’obtention de la réponse. Le temps de réaction est enregistré à partir de l’apparition de l’item cible sur l’écran et jusqu’au moment où le sujet donne sa réponse en appuyant sur une touche « oui » ou « non ». Les erreurs de détection sont également enregistrées.
L’expérimentation débute par une phase d’entraînement avec une liste de 32 items conçue selon le schéma des listes expérimentales. Si les erreurs sont trop nombreuses ou les temps de réponse trop longs, le sujet est invité à recommencer l’entraînement.
Consigne
La consigne apparaît sur l’écran au début de l’expérimentation. Afin de s’assurer de la bonne compréhension de la consigne, l’expérimentateur la lit à haute voix en même temps que le sujet la lit sur l’écran et lui demande s’il l’a bien comprise. S’il existe un doute, la consigne est redonnée oralement. Il s’agit de répondre « oui » si tous les graphèmes de la cible sont identiques à ceux de l’amorce, même s’ils sont présentés dans un ordre différent, et de répondre « non » si un des graphèmes de la cible est différent de celui de l’amorce.
Expérience 1
Participants
96 enfants ont participé à la première expérimentation, 32 enfants de cours élémentaire 1re année âgés de 7,5 à 8,5 ans, 32 enfants de cours élémentaire 2e année âgés de 8,5, à 9,5 ans, et 32 enfants de cours moyen 2e année âgés de 10,5 à 11,5 ans [2]. L’expérience a eu lieu aux mois de mai et de juin. Tous les enfants sont de langue maternelle française et ont une vision normale. La moitié des enfants est de sexe féminin et l’autre moitié de sexe masculin, et leur milieu socio-économique est moyen.
Hypothèses et prédictions
Hypothèse 1 : Effet de la structure syllabique
Nous émettons l’hypothèse que l’identification des items écrits s’effectue via un traitement phonologique d’ordre syllabique. S’il en est ainsi, nous devrons constater une différence en temps de réponse et en fréquence d’occurrence des erreurs lors de l’identification de regroupements réalisés sous des formes syllabiques différentes ; a contrario, si les enfants opèrent uniquement sur les graphèmes en les comparant un à un, les réponses ne varieront pas d’une forme de suite de lettres à une autre. D’autre part, si la structure syllabique canonique CVCV facilite l’identification des segments qui la composent, alors, le temps de décision et le nombre d’erreurs commis sera plus faible pour cette structure que pour des structures moins canoniques, telles que VCCV ou CVVC.
Hypothèse 2 : Effet de la position relative des syllabes
Reprenant les résultats de Segui (1984) concernant le rôle déterminant de la première syllabe dans l’identification du langage oral, nous postulons qu’il en est de même pour l’identification du langage écrit. Pour les items qui comportent une inversion intrasyllabique de graphèmes, soit sur la première syllabe, soit sur la seconde syllabe, et pour lesquelles la réponse « oui » est attendue, nous prédisons que l’inversion sur la première syllabe entraînera un taux de réponses correctes plus faible car l’inversion perturbera davantage la perception de la similitude de cette syllabe que celui de la seconde. Par contre, le temps de décision sera plus court pour la première syllabe que pour la seconde syllabe, car le sujet traitera plus rapidement les informations portées par la première syllabe.
Pour les réponses « non », la substitution de graphème sera mieux perçue en première syllabe qu’en seconde syllabe. Nous attendons donc un taux de réponses correctes plus élevé en première syllabe qu’en seconde syllabe et, de la même manière, un temps de réponse plus court en première syllabe qu’en seconde syllabe.
Hypothèse 3 : Effet de la variation de position et de la substitution de consonne ou de voyelle
En raison du rôle de noyau qu’occupe la voyelle dans la syllabe, les perturbations introduites sur les consonnes ou sur les voyelles produisent des effets différents. La voyelle portant une valeur de sonorité est prise comme point d’appui de l’identification, mais c’est le repérage de la consonne qui lui est associée qui permet, via l’écart de sonorité, l’identification syllabique. Nous prédisons que :
  • pour les réponses « oui », les changements de position des consonnes, frontières syllabiques, demandent plus d’attention que les changements de voyelles mais ils sont automatiquement recherchés. Ils demanderont un temps de traitement plus long mais entraîneront moins d’erreurs ;
  • pour les réponses « non », les substitutions de consonnes seront plus aisément perçues que les substitutions de voyelles. En conséquence, la substitution de consonnes suscitera des temps de réponse plus courts et des taux de réponses correctes plus élevés.
Matériel
Le matériel a été constitué à partir 16 pseudo-mots bisyllabiques cibles associés, dans 3 listes différentes, à 16 types de pseudo-mots bisyllabiques utilisés comme sources de comparaison (amorces). Les 3 listes d’amorces associées aux pseudo-mots cibles sont constituées, pour la première, d’amorces dont les graphèmes sont identiques aux graphèmes des items cibles ; pour la deuxième, d’amorces dont une voyelle diffère de celles des items cibles et, pour la dernière, d’amorces dont une consonne diffère de celles des items cibles.
Les facteurs contrôlés sont au nombre de trois :
  • 8 consonnes et 4 voyelles ont été sélectionnées : 4 consonnes occlusives : p, t, b, d, et 4 consonnes nasales et liquides m, n, l, r, ainsi que 4 voyelles : a, o, i, u ;
  • il n’y a pas de répétition d’un même phonème dans la première et la deuxième syllabe ;
  • enfin, le nombre de présentations de chaque consonne et de chaque voyelle ainsi que le nombre de fois où une consonne est associée à une voyelle sont identiques.
16 types d’amorces ont été élaborés afin de tester les hypothèses formulées. Toutes les cibles sont de structure canonique CVCV, par exemple : puro. La moitié des amorces associées à ces cibles est constituée de 8 bisyllabes qui respectent la structure syllabique canonique de forme CVCV. L’autre moitié est constituée de 8 bisyllabes qui ne respectent pas la structure syllabique canonique par inversion des voyelles et des consonnes sur la première ou sur la deuxième syllabe, ce qui donne les structures VCCV et CVVC, par exemple : upro et puor).
Chacun de ces 2 groupes de 8 items amorces est composé de deux sous-groupes formés, de manière identique, de 4 items obtenus par déplacement ou non des voyelles et/ou des consonnes d’une syllabe sur l’autre correspondant aux 4 modalités suivantes : non-inversion, inversion de voyelles, inversion de consonnes et inversion de voyelles + consonnes
Nous obtenons ainsi les configurations syllabiques suivantes :
  • pour les 8 amorces avec structure syllabique respectée (SSR), nous avons 4 réalisations :
C1V1C2V2 ; C1V2C2V1 ; C2V1C1V2 ; C2V2C1V1
exemples : puro, poru, rupo et ropu ;
  • pour les amorces identiques, nous reproduisons deux fois le même matériel ;
  • pour les amorces différentes, nous obtenons huit configurations différentes par la substitution de graphèmes ;
  • pour les 8 amorces ne respectant pas la structure syllabique (SSNR), nous avons 8 réalisations :
V1C1C2V2, V2C1C2V1, V1C2C1V2, V2C2C1V1,
exemples : upro, opru, urpo et orpu
C1V1V2C2, C1V2V1C2, C2V1V2C1, C2V2V1C1
exemples : puor, pour, ruop et roup.
Cela donne un matériel composé de la manière indiquée plus haut ; la combinaison de tous ces facteurs donnant (256 * 3) = 768 pseudo-mots bisyllabiques amorces.
Afin que chaque sujet ne voie pas la même cible de façon répétée, nous avons élaboré, à partir des trois listes de base, 16 listes conçues ainsi : chaque liste est composée de 2 blocs comportant chacun 16 couples amorce-cible correspondant aux réponses « oui », et 16 couples amorce-cible correspondant aux réponses « non », soit 32 couples amorce-cible par bloc et 64 par liste.
 
RÉSULTATS
 
 
Les analyses de variance portent d’une part sur les temps de réponse correcte et d’autre part sur les erreurs commises. Elles ont été faites séparément sur les couples amorces-cibles pour lesquels une réponse « oui » est attendue, et sur les couples amorces-cibles pour lesquels une réponse « non » est attendue, les réponses « oui » correspondant à la perception de la similitude et les réponses « non » à la détection de la différence.
Les temps de réponse correcte ainsi que les erreurs ont été soumis à deux analyses de variance, la première avec le facteur Sujets et la seconde avec le facteur Items comme source de variation aléatoire.
Réponses Oui
Dans l’analyse par sujets, le plan suivant a été utilisé : S32 <G3> * R2 * S2 * P2 * V4 dans lequel les lettres S, G, R, S, P, V, renvoient respectivement aux facteurs Sujets (source de variation aléatoire), Groupe (G1 = CM2, G2 = CE2, G3 = CE1), Répétition (reprise des mêmes items), Structure (structure syllabique respectée ou non respectée), Position (inversion intrasyllabique syllabe 1 ou syllabe 2) et Variation (non-variation, variations intersyllabiques des voyelles, des consonnes et des voyelles + consonnes).
La formule du plan d’analyse par items est le suivant : I16 < S2 * P2 * V4 > * G3 * R2, dans laquelle la lettre I renvoie à Items et les autres lettres aux mêmes facteurs que dans l’analyse précédente.
Temps d’identification correcte
Le facteur Groupe est significatif (Fs(2,93) = 15,22, p < .0001), et (Fi(2,20) = 334,57, p < .0001). Le temps de réponse moyen est notablement plus court pour les enfants de CM2 (852 ms) que pour ceux de CE1 (1 190 ms), et encore davantage que pour les élèves de CE2 (1 329 ms).
L’interaction Structure syllabique * groupe est significative : Fs(2,93) = 5,64, p < .004) et (Fi(2,20) = 4,30, p < .02). Les élèves de CM2 et de CE1 détectent plus rapidement la similitude lorsque les items-amorces respectent la structure syllabique canonique CV que lorsqu’ils ne la respectent pas : 845 vs 859 ms et 1 181 vs 1 199 ms, respectivement, alors que c’est l’inverse pour les élèves de CE2 : 1 369 vs 1 289 ms.
Erreurs
Le facteur Position est significatif dans l’analyse par sujets (F(1,93) = 4,66, p < .03), le taux de réponses correctes est moindre lorsque c’est la première syllabe qui est lieu de changement : 67 vs 70 %. Ce résultat est conforme à notre prédiction.
Le facteur Variation est également significatif dans l’analyse par sujets (F(3, 279) = 6,68, p < .0002). La variation de consonne et la variation de voyelle, c’est-à-dire le changement de position, entraînent un même pourcentage d’erreurs : 35 % et 34 % respectivement, alors que la variation simultanée de voyelle et de consonne en provoque 30 % et la non-variation 25 %. Les contrastes orthogonaux réalisés indiquent une supériorité significative de la non-variation sur les trois autres modalités : F(1,93) = 15,93, p < .0001, et une supériorité de la variation de voyelle sur les variations de consonne seule et de voyelle plus consonne : V2 vs V3, V4 : F(1,93) = 3,82, p < .05. Le contraste variation de Consonne seule versus variation voyelle plus consonne n’est pas significatif, ce qui confirme le fait que la consonne joue un rôle différent de celui de la voyelle.
L’interaction Groupe et Variation est significative dans l’analyse par sujets (F(2,279) = 2,21, p < .04) et marginalement significative dans l’analyse par items (F(6,20) =2,41, p < .06). Les enfants de CM2 et de CE1 font moins d’erreurs lorsqu’il n’y a pas de variation ou lorsqu’il y a variation de voyelle, que lorsqu’il y a variation de consonne ou de consonne et de voyelle. Il n’apparaît pas de différence notable entre les différents types de variation au niveau CE2. Cependant, dans les cas de non-variation et de variation de voyelle, nous retrouvons un ordre de réponses correctes qui décroît du CM2 au CE2 et au CE1 :
non-variation :
78,74 et 72 % ;
variation de voyelle :
70,70 et 68 %.
Ce sont les variations de consonne au CE1 qui engendrent les plus grandes difficultés de repérage de la similitude (56 %).
Réponses Non
Les réponses Non ont été soumises à deux analyses de variance : la première, avec le facteur sujets comme source de variation aléatoire selon le plan : S32 <G3> * B2 * N2 * P2 * V4 dans laquelle les lettres B et S renvoient respectivement aux facteurs Substitution (de Consonne ou de voyelle) et Structure (structure syllabique respectée ou non respectée) ; la seconde, avec le facteur items comme source de variation aléatoire : I32 <B2 * B2 * P2 * V4> * G3, dans laquelle la lettre I renvoie à Items et les autres lettres aux mêmes facteurs que dans l’analyse précédente.
Temps de détection correcte de la différence
Le facteur Groupe est significatif (Fs(2,93) = 21,62, p < .0001) et (Fi(2,50) = 17,86, p < .0001). Les temps moyens de détection sont respectivement égaux à 951, 1 376 et 1 301 ms pour les enfants de CM2, CE2 et CE1.
Le facteur Variation intersyllabique est également significatif (Fs(3,279) = 2,75, p < .04) et (Fi(3,25) = 3,01, p < .04). Les temps de décision diminuent des non-variations jusqu’aux variations de voyelle et de consonne (non variation = 1 230 ms, variation de voyelle = 1 221 ms, variation de consonne = 1 194 ms, variation de voyelle et de consonne = 1 192 ms). Le temps moyen de traitement des non-variations et des variations de voyelle est sensiblement équivalent ; les variations de consonne et les variations de voyelle et de consonne forment un autre groupe.
Erreurs
Le facteur Groupe est significatif dans l’analyse par items (Fi(2,50) = 5,29, p < .008), le plus grand nombre d’erreurs se produisant au CE1 : 59 %, contre 38 % au CE2 et 28 % au CM2.
Le pourcentage d’erreurs est moins important lorsqu’il y a substitution de graphèmes dans la première syllabe que dans la seconde : 48 vs 54 % (Fs(1,93) = 7,84, p < .006), et (Fi(1,25) = 3,98, p < .05) ; la substitution de consonne provoque moins d’erreurs que la substitution de voyelle : 49 vs 53 % (Fs(1,93) = 6,032, p < .01).
Le facteur Variation est significatif (Fs(3,279) = 5,06, p < .002) et (Fi(3,25) = 3,82, p < .02). Le pourcentage d’erreurs le plus élevé concerne les non-variations (67 %), et le moins élevé les variations de voyelle et de consonne (17 %). Les variations de voyelle ou de consonne produisent le même pourcentage d’erreurs (41 %).
L’interaction Substitution et Position est significative dans l’analyse par sujets (Fs(1,93) = 7,98, p < .005). Lorsqu’il y a substitution de consonne sur la première syllabe, le pourcentage d’erreurs, égal à 43 %, est inférieur à celui obtenu lorsqu’il y a substitution de voyelle (52 %). Le pourcentage d’erreurs est moins important lorsque la substitution de consonne est effectuée sur la première syllabe (43 %) que lorsqu’elle est effectuée sur la seconde syllabe (54 %). Le pourcentage d’erreurs est équivalent (54 %) lorsqu’il y a substitution de voyelle, qu’elle porte sur la première ou sur la seconde syllabe. La substitution de consonne ou de voyelle sur la deuxième syllabe donne un pourcentage d’erreurs équivalent (54 %).
 
DISCUSSION
 
 
Les résultats de cette expérience sont conformes à nos prédictions. Nous trouvons confirmée l’hypothèse d’un traitement de type syllabique dans le cas des réponses « oui » pour lesquelles la comparaison d’items de forme syllabique canonique CV/CV entraîne un temps de réponse plus court que la comparaison d’items de forme canonique non respectée, ce pour le groupe d’élèves CE1 et CM2. Les élèves de CE2 donnent des résultats inverses. Une explication pourrait être que les enfants de CE2 sont à une période charnière d’apprentissage au cours de laquelle ils se détachent du processus purement phonologique syllabique pour accéder à un déchiffrage alphabétique devant des mots inconnus, en l’occurrence des pseudo-mots. Nous notons également un pourcentage de réponses correctes supérieur pour les items de structure syllabique CV/CV comparés aux items de structure syllabique différente VC/CV ou CV/VC. La structure syllabique de type le plus canonique CV/CV facilite la comparaison entre items.
Les résultats viennent conforter l’hypothèse de la place privilégiée de la première syllabe dans l’identification du langage écrit. Pour les réponses oui, les enfants font plus d’erreurs lorsque la première syllabe est le lieu de l’inversion intrasyllabique, car la comparaison est alors davantage perturbée que lorsque c’est la seconde syllabe qui est lieu de changement. Pour les réponses non, c’est lorsque la substitution porte sur la première syllabe qu’elle est le plus rapidement repérée et donne le pourcentage de réponses correctes le plus élevé. Ces résultats nous permettent de penser que le système de traitement alloue une place privilégiée à l’analyse des éléments constitutifs de la première syllabe. Cela peut-être mis en relation avec le traitement oral du langage qui, de par sa présentation séquentielle syllabique, induit pour la compréhension une génération de possibilités sémantiques dès la première syllabe ; ce processus est déjà, sans doute, structuré, ou en voie de structuration chez l’enfant apprenant à lire. L’interaction position/substitution permet de faire ressortir une grande différence de traitement entre la consonne de la première syllabe, de loin la mieux détectée, et celle de la deuxième syllabe ; la substitution de voyelle donne des résultats qui vont dans le même sens. Enfin, nous constatons que la substitution est mieux détectée lorsque l’analyse porte sur des substitutions de consonne que sur des substitutions de voyelle. Ce résultat corrobore l’hypothèse d’une attention différenciée portée à la consonne et à la voyelle.
L’ensemble de ces résultats nous conduisent à vouloir préciser le rôle de la consonne, attaque de première syllabe, par rapport à son rôle en seconde syllabe, ainsi que le poids du facteur écart de sonorité dans le processus d’identification, cela dans la structure canonique CVCV, afin de mieux contrôler les différents facteurs.
Expériences 2, 3, 4
Participants
Nous avons fait le choix de deux niveaux, CE1 et CM2, pour ces expériences, en raison des résultats de l’expérience précédente. En effet, les résultats des enfants de cours élémentaire 2 suggèrent l’existence d’une phase mixte de traitement et nous désirions, dans un premier temps, essayer de faire ressortir des étapes dans la prise en compte des éléments syllabiques.
24 enfants de cours élémentaire 1 (entre 7,5 et 8,5 ans) et 24 enfants de cours moyen 2 (entre 10,5 et 11,5 ans) ont participé aux expériences. L’ordre d’administration des expériences était le suivant : expérience 2, suivie pour la moitié des sujets de l’expérience 3 puis de l’expérience 4 et, pour la seconde moitié des sujets, expérience 2 suivie de l’expérience 4 puis de l’expérience 3.
Expérience 2
Des expériences ont montré, dans différentes langues comme l’espagnol, le catalan (Sebastian-Galles et al., 1992), l’anglais (Treiman, 1989) ou le portugais (Alvarenga, 1993), que la syllabe accentuée est plus facilement repérée dans l’identification des mots, or en français, la syllabe accentuée est toujours la dernière syllabe des mots. Ce fait vient-il à l’encontre des résultats de l’expérience précédente qui montrent que la première syllabe occupe une place privilégiée dans l’identification d’items écrits et des résultats obtenus au niveau du langage oral ?
Nous nous demandons si la consonne qui est apparue dans l’expérience précédente comme un facteur important dans la prise d’indices informatifs est un élément dont le poids dans le système d’information varie en fonction de sa place, en attaque de début de pseudo-mot, première syllabe, ou en attaque de seconde syllabe. Les résultats des expériences de Bastien-Toniazzo (1995) montrent que les premières lettres d’un pseudo-mot écrit ont une importance particulière dans l’identification de celui-ci et rejoignent les résultats des expérimentations sur la langue orale (Segui, 1989 a, b).
Nous nous posons également la question d’un facteur qui viendrait modifier le processus d’identification en donnant une prégnance à certains types de syllabes, et, nous appuyant sur la théorie de Selkirk (1984) et de Klein (1993) qui font de l’écart de sonorité un élément central de la perception de la structure syllabique, nous le considérons comme suffisamment important pour remplir ce rôle.
Cette expérience a donc pour but de déterminer, d’une part, le rôle de la consonne en position d’attaque de la première syllabe et en position d’attaque de la deuxième syllabe et, d’autre part, le rôle qu’est susceptible de jouer le degré d’écart de sonorité entre les phonèmes dans la perception d’un ensemble de graphèmes.
Hypothèses et prédictions
Hypothèse 1
Nous formulons l’hypothèse que la position d’attaque de la consonne en première syllabe est déterminante pour la suite du processus de traitement de l’information, et ce, en dépit du fait que c’est la deuxième syllabe qui est accentuée en langue française. La régularité de cette accentuation ne lui permet pas de devenir un facteur pertinent de traitement rapide et efficace de l’information. Il est en quelque sorte neutralisé. Nous prédisons donc que le changement de consonne en attaque de la seconde syllabe sera moins bien perçu que le changement en première syllabe.
Hypothèse 2
Lorsque le degré d’écart de sonorité entre la consonne d’attaque et la voyelle suivante dans la première syllabe est faible (moins de 3 sur l’échelle de sonorité de Selkirk, 1984), le repérage est moins facile et le lecteur a tendance à attendre la consonne d’attaque de la deuxième syllabe. En effet, si le système de traitement de l’information écrite fonctionne à partir du traitement d’un indice d’écart de sonorité important, il aura tendance à le rechercher jusqu’en seconde syllabe s’il ne le trouve pas en première syllabe. Le temps de réponse sera augmenté lorsque l’écart de sonorité sera minimum en première syllabe et le nombre d’erreurs sera plus important.
Hypothèse 3
Nous formulons l’hypothèse que des enfants de niveaux d’apprentissage différents, CM2 et CE1 dans cette expérience, utilisent un processus d’identification basé sur une prise en compte des mêmes indices, mais leur attribuent une importance différente en fonction de leur degré d’apprentissage. Nous prédisons que la vitesse d’identification des items sera plus grande pour les CM2 que pour les CE1, et les pourcentages d’erreurs feront apparaître une différence dans le processus de traitement de l’information.
Matériel
Nous avons repris la liste des items cibles de structure syllabique CV/CV de l’expérience précédente. Le rôle de la sonorité à l’intérieur des syllabes était contrôlé par l’utilisation de deux listes d’items cibles : une première liste de 16 items dont la syllabe 1 comportait un écart de sonorité maximum, > à 3 sur l’échelle de sonorité et la syllabe 2, un écart de sonorité faible, < 3 sur l’échelle de sonorité, et une seconde liste de 16 items obtenue en inversant les syllabes de la liste 1. On avait donc 16 items cibles construits avec une consonne d’attaque de la première syllabe, occlusive, et une consonne d’attaque de seconde syllabe nasale ou liquide (ex. : pani), et 16 items cibles construits avec une consonne d’attaque de la première syllabe nasale ou liquide suivie d’une consonne d’attaque de seconde syllabe occlusive (ex. : nipa). Le tableau 2 reproduit le matériel utilisé.

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TABLEAU 2. — Règles de composition du matériel à partir d’un exemple de cible : « puro »

Réponses Non
La différenciation des amorces et des cibles était obtenue par substitution d’une consonne de même valeur de sonorité et, dans les deux listes d’amorces, la substitution de consonne s’effectuait pour moitié sur la syllabe S1, et pour moitié sur la syllabe S2.
Réponses Oui
Les amorces correspondant aux réponses « oui » étaient identiques aux items cibles. Afin d’équilibrer la présentation des items impliquant une réponse « oui » et des items impliquant une réponse « non », nous présentions deux fois les amorces identiques.
 
RÉSULTATS
 
 
Réponses Oui
Temps de réponse
Le facteur Groupe est significatif (Fs(1,46) = 7,90, p < .007) et (Fi(1,14) = 222,10, p < .0001). Le temps moyen de réponse est notablement plus court pour les enfants de CM2 (891 ms) comparé à ceux de CE1 (1 214 ms), la différence étant égale à 323 ms.
Erreurs
L’interaction Groupe et Répétition est significative dans l’analyse par sujets (F(1,46) = 3,76, p < .05). Alors que pour la première présentation, les enfants de CE1 et de CM2 ne se différencient pas au niveau du pourcentage d’erreurs (23 %), les enfants de CE1 font davantage d’erreurs lors de la deuxième présentation (27 %), tandis que les enfants de CM2 améliorent leur pourcentage de réussite (20 %). Ces résultats semblent faire ressortir la plus grande aisance de traitement des enfants les plus âgés et la fatigabilité des enfants de CE1.
Réponses Non
Temps de réponse
Le temps moyen de réponse (Fs(1,46) = 13,98, p < .0005) (Fi(1,29) = 420,44, p < .0001) des CM2 est égal à 1 107 ms, et celui des CE1 à 1 580 ms, soit près d’une demie seconde d’écart.
L’interaction Substitution et Groupe est significative dans l’analyse par sujets (F(1,46) = 3,89, p < .05) et dans l’analyse par items (F(1,29) = 21,80, p < .01). Nous constatons que la différence entre CM2 et CE1 est plus grande pour la substitution de la consonne C1 que pour la consonne C2 ; et que les enfants de CM2 mettent moins de temps à prendre leur décision lorsque la substitution se trouve sur la première syllabe que lorsqu’elle se trouve sur la seconde alors que c’est l’inverse pour les enfants plus jeunes de CE1.
L’interaction Sonorité et Groupe est significative dans l’analyse par items (F(1,29) = 4,47, p < .04). Les deux groupes se comportent à l’inverse l’un de l’autre. Les CM2 répondent à l’attente formulée dans l’hypothèse ; l’écart de sonorité le plus grand sur la première syllabe induit les temps de décision les plus courts : 1 078 ms vs 1 136 ms ; les CE1 : 1 600 ms vs 1 560 ms ne sont pas aidés par ce facteur.
Erreurs
Le facteur Groupe est significatif dans l’analyse par items (F(1,29) = 24,50, p < .0001), les enfants de CE1 commettant un plus grand nombre d’erreurs que ceux de CM2 : 55 vs 45 %.
Le facteur Substitution est significatif (Fs(1,46) = 5,95, p < .01) et (Fi(1,29) = 7,03, p < .01). Le nombre d’erreurs augmente lorsque la substitution de consonne intervient dans la seconde syllabe : 50 vs 39 %. Cela est en accord avec notre hypothèse d’une prédominance perceptive de la première syllabe.
Le facteur Sonorité est significatif (Fs(1,46) = 14,62, p < .0004) (Fi(1,29) = 88,91, p < .0001). Le pourcentage d’erreurs est moindre lorsque l’écart de sonorité est maximum sur la deuxième syllabe : 31 vs 57 %. Nous constatons que ce facteur modifie la prégnance perceptive de la première syllabe et aide à l’identification de la seconde syllabe.
L’interaction Groupe et Sonorité est significative dans l’analyse par items, F(1,29 = 7,75, p < .009), et conforte le résultat précédent. Le pourcentage d’erreurs entre l’écart minimum sur la première ou la deuxième syllabe est plus grand pour les CM2 que pour les CE1. On peut supposer que lorsque l’écart de sonorité est maximum, > 3, sur la seconde syllabe, il est un point fort de fixation de l’attention et que, en rendant plus saillante la seconde syllabe, il permet de prendre des indices jusqu’à la fin du pseudo-mot.
 
DISCUSSION
 
 
Les résultats sont en accord avec les hypothèses formulées. Les enfants ont un taux de réussite plus important lorsque la substitution de consonne intervient sur la première syllabe que lorsqu’elle intervient sur la seconde. Cependant, les enfants divergent quant à la rapidité de réponse ; cela pourrait être dû au fait que les enfants de CM2 traitent de manière privilégiée la première syllabe, alors que les enfants de niveau CE1 portent également leur attention sur la seconde et donc la dernière syllabe, accentuée en français.
Les enfants de CE1 et de CM2 font moins d’erreurs lorsque l’écart de sonorité maximum se situe sur la seconde syllabe. Les items porteurs en seconde syllabe de l’écart de sonorité maximum induisent des temps de réponse plus courts pour les enfants de CE. C’est l’inverse pour les CM2. Nous analysons ce résultat comme la réalisation de deux processus différents de traitement. Nous suggérons que, pour les enfants de CE1, l’accentuation de la dernière syllabe dans la langue orale française donne du poids aux informations que porte la seconde syllabe dans notre expérimentation. Nous interprétons ce fait en terme d’évolution dans l’apprentissage ; les plus jeunes apprenants suivent les règles de l’accentuation phonologique, la dernière syllabe en français, alors que les apprentis plus âgés, ayant déjà intégré la régularité de leur langue et la non-pertinence ou la non-prégnance de l’élément phonologique accent dans celle-ci, lui accordent moins d’attention. Le facteur écart de sonorité joue un rôle important, en modifiant les rapports intersyllabiques et en renforçant le facteur accent, au moins au début de l’apprentissage, pour donner du poids à la dernière syllabe.
Partant de l’hypothèse que plus une structure est canonique, plus elle est disponible et accessible, nous voulons vérifier dans l’expérience 3 que la forme de la structure syllabique influe sur l’effet de la consonne d’attaque dans le processus de traitement de l’information écrite. Les expériences précédentes ayant montré que le facteur écart de sonorité, en influençant la représentation syllabique, jouait un rôle dans la discriminabilité des éléments syllabiques, nous devons également mieux en évaluer l’effet en comparant entre elles deux expériences dont la seule différence porte sur ce facteur (expériences 3 et 4).
Expériences 3 et 4 Hypothèses et prédictions
Hypothèse 1. La structure syllabique : CV/CVC vs CVC/CV
En référence aux résultats des expériences précédentes qui indiquent d’une part, que la structure syllabique CV permet un accès plus rapide et plus sûr à l’information (expérience 1), et d’autre part que la première syllabe occupe une place privilégiée dans la prise d’indices (expérience 2), nous émettons l’hypothèse que la structure syllabique CV/CVC est plus facilement traitée – temps de traitement plus court et taux de réussite plus élevé – que la structure CVC/CV.
Hypothèse 2. Substitution consonne
Nous pensons cependant que le facteur structure syllabique ne peut remettre en question la prégnance de la première syllabe et que, quelle que soit la forme de la structure syllabique, c’est en première syllabe qu’une substitution est le mieux détectée. La substitution d’une consonne en première syllabe induira un temps de traitement plus court et un taux de réussite plus important que lorsqu’elle interviendra en seconde syllabe.
Hypothèse 3. Effet de l’âge
En fonction des résultats de l’expérience précédente qui montrent que les enfants de CM2 se comportent différemment des enfants de CE1 dans l’identification d’items écrits, nous formulons l’hypothèse que les enfants de CE1 traiteront plus facilement la forme de structure la plus canonique, soit CV quelle que soit sa position, et que les CM2 privilégieront la première syllabe, quelle que soit la forme de la structure.
 
MÉTHODE
 
 
Matériel commun aux expériences 3 et 4
Nous avons repris une liste du matériel de l’expérience 1 et nous avons ajouté une consonne fricative, soit sourde (f, s), soit sonore (v, z), associée à la fois un même nombre de fois à la consonne initiale de la première syllabe et à la consonne initiale de la seconde syllabe. Le facteur écart de sonorité était contrôlé. Pour l’expérience 3, il était maximal sur la première syllabe et minimal sur la seconde syllabe et inverse pour l’expérience 4. Les cibles étaient constituées pour moitié d’items présentant une structure syllabique de type CV/CVC et pour moitié de type CVC/CV.
Deux types d’amorces étaient liées aux cibles :
  • des amorces identiques aux cibles, au nombre de 32, et pour lesquelles une réponse « oui » était attendue ;
  • des amorces différentes des cibles, au nombre de 64, et pour lesquelles la réponse « non » était attendue. Ces amorces ont été élaborées à partir des cibles en substituant une consonne de valeur de sonorité équivalente, soit à la consonne d’attaque de la première syllabe, soit à la consonne d’attaque de la seconde syllabe. À titre d’exemple, nous pouvions avoir les couples amorces-cibles suivants :
Expérience 3
Amorces : baniv, paliv ; Cible : paniv
Amorces : bavni, pavli ; Cible : pavni
Expérience 4
Amorces : nivba, livpa ; Cible : nivpa
Amorces : nibav, lipav ; Cible : nipav.
Résultats des expériences 3 et 4
Les analyses de variance portent d’une part sur les temps de réponses correctes et d’autre part sur les erreurs commises. Elles ont été faites séparément pour les couples amorces-cibles demandant une réponse « oui », et pour les couples amorces – cibles attendant une réponse « non ».
Réponses Oui pour les deux expériences
Temps de réponse
La structure syllabique de type CV/CVC suscite des réponses correctes plus rapidement que la structure de type CVC/CV : expérience 3 : 860 vs 890 (Fi(1,14) = 12,54, p < .003) ; expérience 4 : 938 vs 970 (Fi(1,14) = 4,47, p < .05).
Le temps de réponse moyen est significativement plus court pour les enfants de CM2 que pour ceux de CE1 : expérience 3 : 761 vs 988 ms (Fs(1,46) = 12,13, p < .001) et (Fi(1,14) = 246,99, p < .0001) ; expérience 4 : 809 vs 1 098 ms (Fs(1,46) = 8,24, p < .006) et (Fi(1,14) = 619,76, p < .0001).
Erreurs
Seul, dans l’expérience 3, le facteur Groupe est significatif dans l’analyse par items (F(1,14) = 4,48, p < .05), les enfants de CE1 ayant un taux d’erreurs inférieur à celui des enfants de CM2 : 19 vs 24 %. Ce fait appuie l’hypothèse d’une différence de prise d’indices par les enfants de différents niveaux d’apprentissage. Les enfants de CE1 comparent les graphèmes de deux syllabes et concluent de manière plus sûre à la similitude.
Réponses Non pour les deux expériences
Temps de réponse
Le temps de décision des CM2 est inférieur à celui des CE1 : expérience 3 : 892 vs 1 211 ms, d = 319 ms (Fs(1,46) = 19,24, p < .0001) et (Fi(1,29) = 797,90, p < .0001), et expérience 4 : 926 vs 1 201 ms, d = 275 ms, Fs(1,46) = 10,30, p < .002 et Fi(1,29) = 452,69, p < .0001.
Le facteur Position est significatif dans l’analyse par sujets : expérience 3 : (F(1,46) = 10,92, p < .001), et dans l’analyse par items : expérience 3 : (F(1,29) = 134,95, p < .0001) ; expérience 4 : (F(1,29) = 14,63, p < .0006). Les sujets décident plus rapidement lorsque la substitution de consonne intervient à l’attaque de la première syllabe que lorsqu’elle intervient à l’attaque de la deuxième syllabe 996 vs 1 107 ms pour l’expérience 3 et 1 042 vs 1 085 ms pour l’expérience 4. Ce résultat est compatible avec l’hypothèse d’un appui attentionnel fort sur la première syllabe lors de l’identification.
Le facteur Structure syllabique est significatif, dans l’expérience 4, dans l’analyse par sujet (F(1,46) = 4,17, p < .04) et dans l’analyse par items (F(1,29) = 30,92, p < .0001). La structure syllabique CV/CVC demande un temps de traitement plus long que la structure syllabique CVC/CV : 1 095 ms vs 1 032 ms, vraisemblablement parce que, dans cette expérience, le poids de la structure CV en seconde syllabe est renforcé par le fait de porter l’écart de sonorité maximum.
L’interaction Groupe et Structure syllabique, dans l’expérience 3, est significative dans l’analyse par sujets (F(1,46) = 8,78, p < .004) et dans l’analyse par items (F(1,29) = 51,11, p < .0001). Dans l’expérience 4, elle est marginalement significative dans l’analyse par sujets (F(1,46) = 3,67, p < .06) et significative dans l’analyse par items (F(1,29) = 20,65, p < .0001).
Le temps de réponse moyen des CM2 dans l’expérience 3, est plus important pour la structure CVC/CV que pour la structure CV/CVC et sensiblement le même dans l’expérience 4, c’est l’inverse pour les CE1 dans les deux expériences. La différence entre les temps de rejet des enfants deux groupes d’âge est plus importante pour la structure canonique CV/CVC que pour la structure CVC/CV : les différences sont égales à 400 et 239 (expérience 3) contre 334 et 216 (expérience 4). Les enfants de CM2 privilégient la première syllabe dont la prégnance perceptive est renforcée par la forme de la structure CV, alors que les CE1 opèrent un traitement sur les deux syllabes et, pour eux la position de la structure CV en deuxième syllabe renforce sa perceptibilité. La structure apparaît comme un élément de vitesse d’identification.
L’interaction Groupe et Position est significative, dans l’expérience 4, dans l’analyse par items (Fi(1,29) = 9,42, p < .004). La différence entre les enfants de CM2 et de CE1 est plus grande lorsque la substitution de phonème intervient sur la syllabe 1 que sur la syllabe 2. La faible différence existant pour les CE1 entre les positions syllabe 1 et syllabe 2 indique la prise en compte par ces enfants de l’écart de sonorité maximum sur cette syllabe alors que pour les CM2, la première syllabe reste le lieu privilégié de détection. Cela est en accord avec l’hypothèse que nous avons proposée.
Erreurs
Le facteur Groupe est significatif, dans l’expérience 3, Fs(1,46) = 6,97, p < .01) et (Fi(1,29) = 37,04, p < .0001). Les enfants de CM2 ont un taux d’erreurs plus faible que les enfants de CE1 : 42 vs 54 % ; ils repèrent plus fréquemment la substitution de consonne.
Les erreurs sont plus nombreuses lorsque la substitution se situe sur la seconde syllabe que sur la première : 64 vs 32 % pour l’expérience 3, Fs(1,46) = 107,58, p < .0001 et Fi(1,29) = 319,83, p < .0001 et 65 vs 41 % pour l’expérience 4, Fs(1,46) = 22,79, p < .0001 et Fi(1,29) = 76,48, p < .0001.
L’interaction Position et Groupe est significative dans l’analyse par item (F(1,29) = 6,34, p < .01). Alors que les enfants de CM2 font moins d’erreurs que les enfants de CE1 lorsqu’il y a substitution de consonne sur la première syllabe, nous constatons un résultat de sens inverse sur la seconde syllabe. Cela indique que la seconde syllabe portant un écart de sonorité maximum apporte plus d’information aux CE1 qu’aux CM2.
Comparaison des expériences 3 et 4
Il reste à vérifier le rôle de l’écart de sonorité en comparant les expériences 3 et 4. Nous avons réalisé des analyses de variance sur les résultats de ces expériences, ces dernières étant alors considérées comme un facteur à deux modalités. Elles sont du même type que celles décrites précédemment.
 
RÉSULTATS
 
 
Réponses Oui
Temps de réponse
Le facteur expérience est significatif dans l’analyse par items (F(1,14) = 62,21, p < .0001). Les temps de réponse sont plus courts dans l’expérience 3 que dans l’expérience 4 : 875 vs 954 ms. Cela est conforme à l’hypothèse posée, à savoir qu’un écart de sonorité important en première syllabe est une aide au traitement de l’information écrite.
L’interaction Groupe et expérience est significative dans l’analyse par item (F(1,14) = 8,97, p < .009). L’écart entre les temps de réponse aux expériences 3 et 4 est la moitié en CM2 de celui qu’il est en CE1 ; l’écart entre les temps de décision des deux groupes est plus grand pour l’expérience 4 que pour l’expérience 3, ce qui témoigne d’une difficulté plus grande pour les sujets à identifier les items de l’expérience 4 que ceux de l’expérience 3.
Erreurs
Le facteur expérience est significatif dans l’analyse par items (F(1,14) = 7,24, p < .01), le pourcentage d’erreurs de l’expérience 3 étant inférieur à celui de l’expérience 4 : 21 vs 26 %.
L’interaction Groupe et expérience est significative dans l’analyse par items (F(1,14) = 5,14, p < .03) et marginalement significative dans l’analyse par sujets (F(1,46) = 3,50, p < .06). Le pourcentage d’erreurs est constant, 24 %, pour les enfants de CM2, et il est plus important pour l’expérience 4, 28 %, que pour l’expérience 3, 19 %, pour les enfants de CE1. Il semble qu’un faible écart de sonorité, < 3, sur la première syllabe entraîne une précision moins grande de l’appréciation de la similitude par les enfants de CE1.
Réponses Non
Temps de réponse
L’interaction Groupe et expérience est significative dans l’analyse par items (F(1,29) = 5,93, p < .02). L’expérience 4 est plus exigeante en attention pour les CM2 : l’écart de temps de réponse entre expérience 3 et 4 est plus important pour eux (CM2 = 34 ms vs CE1 = 10 ms). L’écart entre les CM2 et les CE1 est le plus important dans l’expérience 3.
L’interaction Structure syllabique et expérience est significative dans l’analyse par items (F(1,29) = 9,01, p < .005). La différence entre les structures CV/CVC et CVC/CV est plus grande pour l’expérience 4 que pour l’expérience 3 (63 ms vs 17 ms) et la différence entre les expériences 4 et 3 est positive et importante pour CV/CVC alors qu’elle faible et négative pour CVC/CV. Ceci peut s’expliquer par le relief donné à la syllabe CV dans la structure CVC/CV de l’expérience 4.
Nous constatons, (Fi(1,29) = 20,48, p < .0001)), que la différence de temps de réponse entre la substitution sur la syllabe 1 et la substitution sur la syllabe 2 est plus grande dans l’expérience 3 que dans l’expérience 4 (111 ms vs 43 ms) ; et que la différence entre l’expérience 4 et l’expérience 3 est positive et importante (46 ms) lorsqu’il y a substitution de consonne sur la syllabe 1 alors qu’elle est négative et plus faible (22 ms) lorsqu’il y a substitution de consonne sur la syllabe 2, ce qui confirme le rôle de l’écart de sonorité.
Erreurs
Le facteur expérience est significatif dans l’analyse par items (F(1,29) = 8,62, p < .006), le taux d’erreurs à l’expérience 3 est inférieur à celui constaté dans l’expérience 4 : 48 vs 53 %.
L’interaction expérience et Groupe est significative dans l’analyse par sujets (F(1,46) = 4,87, p < .03) et dans l’analyse par items (F(1,29) = 30,61, p < .0001). Les enfants de CE1 font moins d’erreurs lors de l’expérience 4 que lors de l’expérience 3 (49 vs 54 %) alors que les CM2 ont un taux d’erreurs moindre dans l’expérience 3 comparée à l’expérience 4 (42 vs 54 %). Ce résultat correspond à ce que nous attendions. Dans l’expérience 3, les CM2 sont « privilégiés » par le fait que la première syllabe porte l’écart de sonorité maximum, alors que les CE1, qui semblent attribuer une importance similaire aux deux syllabes, sont moins « favorisés ».
L’interaction expérience et Position est significative dans l’analyse par item (F(1,29) = 6,49, p < .01). La différence entre la substitution de la consonne en attaque de la syllabe 1 et de la syllabe 2 est plus importante (32 % vs 26 %), dans l’expérience 3 que dans l’expérience 4. La différence entre les expériences 3 et 4 est plus importante lorsque la substitution de la consonne intervient en attaque de la syllabe 1 qu’en attaque de la syllabe 2.
La comparaison des expériences 3 et 4 permet de faire ressortir le fait que l’amplitude de l’écart de sonorité interphonémique sur une syllabe particulière d’items bisyllabiques modifie la perception de ces items et leur identification. Le facteur écart de sonorité renforce l’effet du facteur structure syllabique et module l’effet du facteur position.
 
CONCLUSION
 
 
L’objectif des expérimentations réalisées consistait à tester l’hypothèse d’un traitement phonologique d’ordre syllabique lors de l’identification d’items écrits : l’apprenti lecteur utilise sa connaissance de la structure phonologique de la langue pour accéder à l’identification de structures graphémiques.
Les résultats de la première expérience ainsi que ceux des expériences 3 et 4 viennent conforter ceux de Marouby-Terriou et Denhière (1994). Ils montrent la prééminence perceptive de la syllabe canonique CV sur les autres structures syllabiques. La forme syllabique CV assure un accès plus facile à l’identification des items Écrits. Ces résultats sont congruents avec les résultats de Treiman (1992) qui montrent l’importance de la forme syllabique sur le traitement de mots, ainsi qu’avec ceux rapportés par Sprenger-Charolles, Siegel (1997) et Ferrand et Segui (1998).
Nous avons également fait ressortir la position privilégiée de la première syllabe comme point fort de repère dans le traitement de l’information Écrite. Que ce soit pour le repérage de substitutions ou d’inversions de phonèmes dans la première expérience ou de substitutions seules dans les expérimentations suivantes, la première syllabe est toujours inductrice de temps de réponse plus courts et de taux de réponses correctes plus élevés. Fowler, Treiman et Gross (1993) ont montré que, dans la segmentation des mots, l’attaque de la première syllabe permet de déterminer le contour du mot. C’est donc un indice perceptif important. Par ailleurs, les études de Bastien et Bastien-Toniazzo (1994) et Bastien-Toniazzo (1995) portant sur l’acquisition du langage écrit montrent que, très rapidement, les enfants repèrent la présence de quelques lettres dans le mot, de préférence celles placées en position initiale et que, dès ce moment-là, le caractère saillant de la première syllabe est mis en place. Il vient alors se rajouter perceptivement au caractère auditif saillant que la première syllabe orale possède déjà.
Cependant, la quatrième expérience montre que le poids de cette syllabe est modulé en fonction de l’écart de sonorité qu’elle porte. L’hypothèse du rôle de l’écart de sonorité comme indice saillant pris en compte par le système de traitement se révèle pertinente. Dans la deuxième expérience, les substitutions réalisées sur les syllabes porteuses d’un écart de sonorité supérieur ou égal à 3 sur l’échelle de sonorité conduisent à une réponse plus rapide et plus souvent exacte que les syllabes portant un écart de sonorité inférieur à 3. Cela conforte le principe, posé par Selkirk (1984), d’un écart interphonémique supérieur à 3 nécessaire pour être repéré de façon fiable par le système perceptif. Le déplacement de l’écart de sonorité maximal sur la seconde syllabe des items dans l’expérience 4 par rapport à l’expérience 3 a pour conséquence une délimitation forte des frontières syllabiques et une plus grande perceptibilité de la seconde syllabe, en particulier pour les enfants de CM2. Cet écart de sonorité est déterminé par la valeur de sonorité et de force articulatoire de chaque segment voyelle et consonne. La première expérience a montré que le segment consonne et le segment voyelle ne sont pas traités de manière équivalente par le système perceptif. La substitution de consonne est plus facilement identifiée par le jeune lecteur que la substitution de voyelle. C’est cette différence, exprimée par Klein (1993) en termes de PILS de sonorité et de consonanticité antagonistes, qui est recherchée par le système de traitement de l’information afin de déterminer le contour syllabique. L’importance de la hiérarchie sonore à l’intérieur de la syllabe a, par ailleurs, été bien démontrée, en particulier par Treiman (op. cit.).
Enfin, nous avons observé, lors de la première expérience, un décalage important entre les enfants de CM2 et de CE1 en faveur des CM2, aussi bien en temps de réponse qu’en pourcentage de réussite ; cette différence atteste d’un apprentissage entre les deux niveaux. Dans les deux cas, un processus d’ordre phonologique intervient. Les résultats des enfants de CE2 qui correspondent tantôt à ceux de CE1, tantôt à ceux de CM2, ne permettent pas de tirer de conclusions nettes sur leur processus de traitement des items écrits. Nous émettons l’hypothèse qu’à ce stade d’acquisition, les connaissances d’ordre orthographique qui commencent à s’élaborer viennent perturber le mécanisme d’ordre phonologique, la médiation phonologique, qui était utilisée préférentiellement jusque-là. Devant des pseudo-mots, aucune stratégie privilégiée et efficace d’identification n’est intégrée par ces enfants. Les enfants de CM2, quant à eux, ont assimilé les différentes formes de stratégie et, en fonction de la situation, allouent des poids différents à une forme de traitement ou à une autre.
En nous référant aux différences de traitement des réponses « oui » et « non » par les enfants de CE1, qui privilégient la recherche de la similitude, et les enfants de CM2, qui recherchent la différence, nous suggérons qu’en début d’apprentissage, les enfants opèrent sur les similitudes et fonctionnent par analogie sur ces dernières comme l’ont montré en particulier Gombert (1997) et Goswani, Gombert et Fraca de Barreira (1998) ainsi que Bastien-Toniazzo, Blaye et Cayol (1997) pour le plan visuel. Les enfants repèrent très tôt, dans le langage oral, le segment voyelle, facilement perceptible, puis émerge la conscience phonologique du segment sur lequel s’effectue le calcul différentiel, à savoir la consonne. Par l’apprentissage de l’écrit, la connaissance explicite de la relation graphème-phonème peut s’élaborer.
Ce travail demande à être poursuivi par l’application des résultats des expérimentation à des situations concrètes, d’une part auprès de très jeunes apprentis lecteurs, de lecteurs experts, d’analphabètes et d’illettrés et, d’autre part, auprès de patients cérébro-lésés ou atteints de maladie dégénérative.
 
BIBLIOGRAPHIE
 
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NOTES
 
[1] Université d’Aix-Marseille I. Laboratoire de Psychologie cognitive, FRE 2071 au CNRS. Centre Saint-Charles, 3, place Victor-Hugo, 13000 Marseille Cedex. E-mail : mmarouby@ aol. com ;denhiere@ up. univ-mrs. fr.
[2] Nous remercions MM. les directeurs des écoles primaires G.-Pompidou de Maisons-Alfort, école de l’ouest de Vincennes et P. Timbaut de Drancy, qui ont permis la réalisation de cette étude, ainsi que les élèves de ces établissements pour leur coopération.
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