2003
Enfance
Avant-propos
Jacqueline Nadel
On a cru longtemps qu’il n’y avait pas de pensée sans langage. Le raccourci qui assimile ce que les autres expriment à ce qu’ils conçoivent a pris fin il y a peu. On sait maintenant qu’une faible part de nos activités intellectuelles nécessite le langage. Grâce notamment aux progrès réalisés dans la connaissance de l’activité cérébrale, et à l’étude du raisonnement chez les autres primates.
S’il existe une pensée sans langage, existe-t-il un langage sans pensée ou plus exactement comment se passent les cas où le langage est mieux développé que les autres activités nécessitant la pensée ? Cette question peut être abordée en étudiant les dysharmonies de développement présentes dans le syndrome de Williams. Une partie de ce numéro thématique est dévolu à cette analyse qui fournit des données précieuses sur les rapports entre le développement du langage et des autres domaines cognitifs.
L’étude de lésions cérébrales et de leur impact sur le développement du langage selon l’âge d’atteinte constitue l’autre apport de ce numéro. Il s’agit alors de mieux comprendre que les conditions nécessaires au développement linguistique changent avec le développement du cerveau.
Ce beau numéro thématique, coordonné par deux spécialistes du langage, l’une américaine, Judy Reilly, de l’Université de San Diego et l’autre française, Josie Bernicot, de l’Université de Poitiers, apporte un éclairage particulièrement original et informatif sur les rapports entre langage et développement cognitif. De nombreuses personnalités internationales du domaine y ont apporté leur concours. Par les réélaborations qu’il suggère dans le domaine de la recherche fondamentale, comme dans celui des prises en charge, il est incontournable non seulement pour les étudiants, enseignants et chercheurs dans le secteur du développement cognitif, mais aussi pour les orthophonistes, psychologues, neuropsychologues, psychopathologues de l’enfant et pédiatres.