2007
Enfance
Avant-propos
Jacqueline Nadel
Dans notre monde technologique, où l’ordinateur et le robot remplacent très rapidement le baby-trott et la sucette, il est assez aisé de se représenter l’enfant comme un utilisateur et un consommateur de ces machines intelligentes. Il n’est pas aussi simple par contre de voir en quoi le bébé aide à concevoir le robot, ou en quoi l’ordinateur et le robot peuvent bénéficier à l’enfant atteint de troubles du développement.
Plus peut-être que tout autre domaine scientifique, les nouvelles technologies sollicitent les connaissances concernant le développement et lui offrent en retour des réponses inédites et de nouveaux moyens d’exploration. Il n’y a pas là de quoi s’étonner : les nouvelles technologies sont à bien des égards des sciences développementales. En effet, comment construire un robot autonome, c’est-à-dire qui va se développer tout seul, sans prendre en compte les descriptions des grandes étapes du développement ? Comment choisir les mécanismes élémentaires qui vont étayer ce développement sans l’inspiration de la biologie développementale ? Comment concevoir des jeux qui vont plaire aux enfants sans prendre en compte les besoins cognitifs qu’expriment leur curiosité et son évolution avec l’âge ? Comment développer des techniques interactives, même destinées aux adultes, sans se plier aux règles d’un apprentissage, c’est-à-dire d’un progrès, d’un développement ? A fortiori, les logiciels éducatifs ou les interfaces programmées à l’usage des enfants, handicapés ou non, doivent nécessairement se référer à leurs capacités, à leurs lacunes, à une trajectoire développementale. Alors dans un tel contexte, l’enfant sert de modèle biologique et cognitif, mais il est aussi bénéficiaire de ce qu’offrent ces techniques en termes de nouvelles formes de remédiation, et il est consommateur de jeux et d’interfaces interactives.
C’est à cette démonstration qu’est consacré ce numéro, coordonné par un roboticien, Arnaud Revel, et une développementaliste, Jacqueline Nadel, tous deux travaillant de longue date à asseoir l’idée de ces sciences dévelopementales interdisciplinaires. Dans ce but, le numéro rassemble des roboticiens, des modélisateurs, des informaticiens, des concepteurs et des spécialistes du développement normal et psychopathologique. Il intéressera les acteurs de ces différentes disciplines aussi bien que les éducateurs, les cliniciens de l’enfance et tous ceux qui ont compris le grand tournant que constituent les nouvelles technologies. Un grand tournant pour le pire et le meilleur sans doute : ici on a cherché à montrer que le meilleur existe. Et qu’il faut le cultiver.