Enfances & Psy
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I.S.B.N.2-86586-849-4
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p. 129 à 136
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Post-scriptum au dossier psychothérapies

no13 2001/1

2000 Enfance et PSY Post-scriptum au dossier psychothérapies

La rêverie, thérapeute de la psyché  [*]

Antonino Ferro Antonino Ferro est psychiatre, psychanalyste, didacticien, président du Centre milanais de psychanalyse. Il a ouvert l’année dernière le premier cours de spécialisation en psychanalyse d’enfants et d’adolescents organisé par la Société psychanalytique italienne.
L’auteur réfléchit sur le processus de développement du psychisme en rapport avec l’environnement et la réponse relationnelle dans lesquels il se développe ; il présente ses considérations théoriques personnelles sur la culture de la rêverie et de l’évacuation psychique en cure psychanalytique. Les considérations de l’auteur reprennent les théories proposées dans les écrits de Bion ; elles analysent les phénomènes de représentation de l’identification projective – du petit enfant à l’adulte, du patient à l’analyste – et sa possible inversion pathologique.Mots-clés : rêverie, identification projective, Bion, évacuation, processus de symbolisation.
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Lorenzo est un enfant qui, à 8 ans passés, ne mange que de la nourriture liquide ou moulinée, aucun aliment solide. Il est très inhibé à l’école et n’a pas d’amis. Il a une autre particularité : il demande continuellement à sa mère « pourquoi » sur chaque chose. La mère de Lorenzo a vécu deux deuils très rapprochés : elle a perdu son mari quand son fils avait un an, puis son propre père quand il avait deux ans. Depuis lors, elle vit dans une situation de dépression intense, même si elle a continué à travailler comme employée pour des raisons économiques.
À sa première séance Lorenzo fait un dessin qui, dit-il, représente une maison isolée, très triste, sombre et déserte, « peut-être sans portes », ajoute-t-il. Il reste assis, immobile, bloqué, donnant l’impression d’avoir comme le frein à main tiré. Quand il avise la boîte à jouets, il semble se réanimer, demande s’il peut vraiment utiliser les personnages et commence soudainement un jeu déchaîné où les protagonistes se battent les uns contre les autres avec beaucoup de violence. Le plus féroce est un personnage qu’il appelle « le chien qui dévore tout ». Après mon intervention – « Mais ce chien doit avoir une faim terrible ! » – Lorenzo prend deux personnages et leur fait mimer un mélange de lutte et d’accouplement, en précisant que la femme « ne doit pas ôter son soutien-gorge ». C’est alors qu’il fait le dessin ci-dessus.
Y apparaissent un dinosaure, un oiseau préhistorique, une fusée et, dans la partie inférieure, un petit homme dans une petite barque. Le drame de Lorenzo m’apparaît tout à coup clairement : une mère déprimée est comme une maison triste et sombre, dans laquelle on n’a plus la possibilité d’entrer, de trouver la porte. Naturellement, nous pourrions analyser selon des points de vue variés les divers personnages qui se battent, mais par-dessus tout, c’est la représentation du choc entre les différents besoins proto-émotionnels de l’enfant qui nous arrêtera. Les identifications projectives de ces besoins se heurtent à une psyché fermée, dont la disponibilité n’est qu’apparente, comme si les portes étaient dessinées en trompe-l’œil ; c’est ainsi qu’agit la dépression. On peut dire que, si les identifications projectives ne trouvent pas un espace pour être accueillies et transformées, elles se heurtent à une rêverie négative et font demi-tour après avoir grossi – elles restent à l’état d’émotions brutes : le dinosaure, la fusée. Il suffit de trouver une psyché qui comprenne, même à un niveau minimal, que la faim de la relation est mimée par cette lutte accouplement et qui l’accueille ; en même temps, cette relation doit être « protégée » car sinon l’autre pourrait être déchiqueté.
Dans le dessin, le petit homme qui conduit la barque représente le début d’une fonction de contenance et de transformation. En effet, quand on trouve une psyché ouverte, on peut commencer à raconter son histoire personnelle traumatique, et le « chien qui déchiquette tout » peut trouver sa place. Face à un tel chien, l’anorexie et l’inhibition représentent des défenses inévitables car il n’y a pas d’autres possibilités de gérer ce monstre. Les « pourquoi » continuels sont à l’évidence une tentative de rendre accessible, d’ouvrir, la psyché de la mère. L’histoire psychanalytique avec Lorenzo va se poursuivre par des combats entre tribus d’Indiens, pleines de tueries et de férocités de toutes sortes, jusqu’à l’arrivée d’un « ambassadeur » qui commencera à donner les règles du jeu qui se transformera progressivement en un violent championnat de rugby.
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Création de la psyché
 
 
C’est le moment de développer quelques réflexions. La psyché humaine a besoin de la relation avec l’Autre pour se développer. Bion décrit de façon admirable l’embrasement initial de la psyché humaine, véritable big-bang de la pensée dans la rencontre entre la projection d’angoisses primitives (qu’il nomme les éléments bêta) et une psyché capable de les accueillir et de les transformer par la Rêverie. Outre le « produit fini » – les angoisses rendues bonifiées (dans la terminologie de Bion, les éléments bêta sont transformés en éléments alpha) – la rêverie « transmet », c’est essentiel, « la méthode pour accomplir de telles transformations », la fonction alpha elle-même (Bion, 1965, 1979, 2000). Dans cette conceptualisation, l’Inconscient apparaît donc consécutif à la relation avec l’Autre-disponible.
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Une petite fille en analyse m’a fait un dessin qui, au-delà de sa signification relationnelle à ce moment précis, me semble une extraordinaire représentation du modèle de la formation de l’Inconscient, tel que je le comprends aujourd’hui. Il y a le ciel, représenté par un ensemble de fils tordus, noués qui forment de petits tourbillons polychromes, et la mer, constituée de lignes colorées qui semblent tissées selon un ordre et constituent une espèce de trame. Le tout donne une forte impression de mouvement, accentuée par la présence, au centre du dessin, d’une barque dans laquelle il y a trois personnes et qui semble comme une navette tisser, en passant d’un côté à l’autre de la feuille, les turbulences de la partie supérieure dans les fils de la trame de la partie inférieure. Quand la barque passe d’un côté à l’autre, le dessous semble d’élargir, mais il faut davantage tisser le dessus. En d’autres termes, ce qui compte semble être la capacité de tisser des occupants de la petite barque… Sans point d’arrivée autre que l’expansion de ce qui est susceptible d’être tissé, du tissu obtenu et de la capacité de tisser. Il s’agit bien, en abandonnant maintenant la métaphore, d’un élargissement de la pensée et de la capacité de penser qui illustre et prolonge l’affirmation bien connue de Bion selon laquelle la psychanalyse fonctionne comme une sonde qui élargit le champ qu’elle explore. D’après Bion, en conséquence, plus nous pénétrons dans l’Inconscient, plus le travail qui nous attend s’accroît. Ce dessin d’une petite fille illustre pour moi comment la fonction alpha introjectée (et donc fruit de la relation) permet une transformation permanente des turbulences proto-émotionnelles en pensées et en émotions pensables.
Pour la psychanalyse, le point qui mérite réflexion est celui des qualités que doit posséder la psyché de l’Autre-disponible : ses capacités d’accueillir, de laisser séjourner, de métaboliser, puis de restituer le produit de son élaboration psychique, et surtout sa capacité à « transmettre la méthode ». Cela est rendu possible d’une part par l’insaturation de la restitution [**], d’autre part par l’autorisation donnée par l’Autre de « venir en apprentissage » auprès de sa psyché. La première opération consiste à former un pictogramme visuel, œuvre absolument créatrice, originale et artistique (l’élément alpha), la seconde à mettre en récit la séquence des éléments alpha. Les fonctions suivantes de ce processus seront représentées par l’introjection de la tolérance à la frustration, de la capacité de deuil, de l’acceptation du temps et de la limite. Tout cela se passe à travers le psychique, activé dans la relation à la mère et au père ; je pense en effet que la rêverie est autant paternelle que maternelle (Ferro, 1997).
« La capacité de reverie de la mère est l’organe qui reçoit la moisson de sensations de soi acquises par le petit enfant.
Une conscience rudimentaire ne saurait accomplir les tâches que nous avons coutume d’associer à la conscience […]
Un développement normal s’ensuit si la relation entre le petit enfant et le sein permet au petit enfant de projeter le sentiment qu’il est en train de mourir, par exemple, dans la mère et de le réintrojecter après que son séjour dans le sein l’aura rendu plus tolérable à sa psyché. Si la projection n’est pas acceptée par la mère, le petit enfant a l’impression que son sentiment de mourir est dépouillé de toute la signification qu’il peut avoir. Il réintrojecte alors, non pas une peur de mourir devenue tolérable mais une terreur sans nom. ».
Bion, W.R. 1983. « Une théorie de l’activité de pensée », dans Réflexion faite, puf, 1983
 
Le drame de la psyché
 
 
Le grand problème de la « culture » est, j’en suis persuadé, relatif aux questions suivantes : quelle considération, quelle place, quel temps sont aujourd’hui reconnus à ces opérations mentales qui concernent le développement de la psyché à partir du « psychisme disponible de l’autre » (Guignard, 1996) ? Par rapport aux autres espèces dotées d’une série de comportements instinctuels, en grande partie préprogrammés, la nôtre vit un drame, celui d’avoir une psyché, psyché qui se développe à travers un long élevage. Si « le processus de développement de la psyché fait faillite », nous avons alors affaire à un ensemble de pathologies qui vont des hallucinations aux maladies psychosomatiques et aux comportements caractériels et criminels, qui représentent autant de voies d’évacuation et de décharge des angoisses primitives non élaborées. Je ne pense pas que la psyché gouverne les instincts et je ne pense pas que la spécificité de l’homme réside en une rationalité qui puisse gouverner le monde des pulsions ; je pense exactement le contraire : pour notre espèce, le problème est d’avoir une psyché. Et, de fait, c’est l’existence d’une psyché qui n’a pas pu se développer qui crée des conduites antisociales violentes. La violence n’est pas contenue dans l’instinct, c’est la psyché souffrante elle-même qui trouble le comportement harmonieux de la bête humaine : si l’homme n’avait pas de psyché, il serait un primate qui fonctionnerait bien. Le problème de l’homme réside dans sa psyché, dans le caractère rudimentaire de celle-ci et surtout dans le fait que la psyché, pour se développer de manière adéquate, a besoin de plusieurs années de soins. Une psyché qui ne fonctionne pas bien conduit à la violence, à la destructivité, seule façon d’évacuer les éléments bêta (Ferro, 1999, 2000). En revanche, une psyché qui fonctionne bien est une psyché qui crée continuellement des images (les éléments alpha), des proto-émotions et des protosensations qu’elle métabolise, et fait de tous les apports qu’elle reçoit des facteurs de créativité. Elle crée une pensée onirique et, à partir de celle-ci, des rêves et des pensées au sens habituel. Une psyché qui ne fonctionne pas selon de telles modalités « assomptives », transformatives et créatives inverse son fonctionnement.
 
Culture de vie, culture de mort
 
 
Les phénomènes culturels présentent plusieurs points d’impact. D’une part, une microculture relationnelle, micro-environnementale, qui correspond à la partie « petite barque-fonction alpha et fonction œdipienne de la psyché » du dessin et de quoi dépend le développement de la capacité de pensée de chaque « petit d’homme » dans son environnement. D’autre part une macroculture sociale, au sein de laquelle vivent, comme en osmose, les multiples microcultures relationnelles, et par rapport à laquelle nous ne pouvons pas nous prétendre indifférents. La question centrale est la suivante : dans quelle mesure la macro culture sociale accorde-t-elle une reconnaissance suffisante au psychique, à l’émotionnel, à la primauté de la relation pour le développement de la psyché ? Quel espace et quel temps laisse-t-elle pour que soit disponible la fonction de la Rêverie, du fantasme et du rêve ? Il existe toujours le risque d’une « désaffectivation », souvent au nom d’une scientificité prétendument objective. Ce risque, évident dans le social, me semble être un risque sérieux pour la psychanalyse qui devrait au contraire valoriser les spécificités de l’animal homme.
Bion, déjà, dans le chapitre seize de Aux sources de l’expérience, souligne que les techniques de connaissance utilisées par ceux qui possèdent une vision scientifique donnent leurs meilleurs résultats quand il s’agit d’objets inanimés. Les trois liens de base qui mettent en relation x qui veut connaître y qui attend lui-même d’être connu, xly, xhy et xky, « cessent d’exister au fur et à mesure que des appareils inanimés sont introduits pour remplacer l’élément animé » (Bion, 2000) [***]. Mais, il existe encore un point essentiel chez Bion (1965), le fait que les émotions dont la psyché de l’Autre est imprégnée sont fondamentales dans le développement de la psyché ; elles constituent le tissu conjonctif dans lequel les contenus psychiques sont enchâssés et, en conséquence, elles déterminent l’évolution vers K ou bien -K, vers ♀ ♂ ou – (♀ ♂).
 
Meurtres d’âmes
 
 
On peut rapprocher les dégâts qu’occasionne une Rêverie insuffisante avec le phénomène social, littéraire et cinématographique que représentent les tueurs en série, les serial killers. Une illustration en est donnée par trois romans de Thomas Harris (Harris, 1992, 2000), auteur du Silence des agneaux (dont a été tiré le film du même nom), dans lesquels des serial killers évacuent dans des agirs violents une souffrance intolérable. Dans son premier livre, Le Dragon rouge, l’histoire infantile du personnage principal, Francis Dolarhyde, a été tragique : il a été abandonné par sa mère et présente un défaut du visage tel qu’il n’ose pas se regarder dans une glace. La tentative de revenir chez sa mère et dans la nouvelle famille de celle-ci échouera complètement et, après la mort de sa grand-mère, il commencera ses massacres. Ceux-ci continueront jusqu’à sa rencontre avec une jeune fille aveugle qui n’est pas effrayée par l’aspect de son visage et entretient avec lui une relation affective d’acceptation complète. Cela provoque en lui une sorte de scission entre un aspect de lui-même, le « Dragon Rouge », qui veut coûte que coûte la vengeance, et un autre, qui veut sauver la jeune fille et la relation tendre qui s’est engagée entre eux. Le deuxième livre est également basé sur un serial killer, James Gumb, qui tue de grosses femmes. Il a, lui aussi, vécu une histoire d’abandons et de traumatismes et tue pour se fabriquer une robe en peau de femme, qui puisse lui servir de « nouvelle peau et d’identité ». Il tue ces jeunes femmes pour se construire – exactement comme un tailleur – une telle enveloppe. Dans les deux romans, figure un personnage, le docteur Hannibal Lecter, psychiatre, également serial killer, prisonnier sous très haute surveillance, enfermé dans une cage. Dans le deuxième roman, l’héroïne est l’agent Starling, qui pourchasse le tueur avec l’aide du docteur Lecter, lequel établit avec elle une relation quasi protectrice. Cette relation se développe dans le troisième roman où sont décrites les tentatives de l’agent Starling de rattraper le docteur Lecter après qu’il se soit enfui de prison.
Le troisième roman tire son titre, Hannibal, du prénom du docteur Lecter, qui devient le principal protagoniste. Au-delà de l’histoire policière et d’horreur, c’est maintenant surtout l’histoire infantile du docteur Lecter qui est racontée : il a perdu pendant son enfance une petite sœur très aimée, victime d’un acte de cannibalisme ! Elle a été dévorée par un groupe de bandits affamés qui, alors que leurs parents n’étaient pas là et ne pouvaient défendre les enfants, avaient fait irruption dans la ferme où ils vivaient et, comme il n’y avait rien à manger, avaient dévoré la petite fille et une petite biche. Tout se passe comme si le traumatisme subi devait être répété de façon active : devenu adulte, Hannibal Lecter devient à son tour cannibale ; comme s’il voulait inverser le cours du temps et faire revivre sa petite sœur, comme s’il voulait un temps non linéaire. L’agent Starling peut être en partie une remplaçante, un « dépôt » de sa petite sœur ; si jamais le temps pouvait s’inverser et la petite sœur revenir à la vie… La scène cannibalique se répète jusqu’à la situation terrible où un homme participe à la dévoration de son propre cerveau. Comme si lui-même se rongeait le cerveau de la culpabilité de ne pas avoir pu sauver sa sœur. Je me demande si l’on ne peut pas voir ici ce qu’il arrive quand il n’y a pas de « nourriture pour la psyché », pas de Rêverie : les parties tendres, affectueuses (la petite sœur, la capacité de…) sont détruites par les parties violentes qui finissent par cannibaliser la psyché elle-même, qui le fait ensuite expier aux autres. S’il y avait eu de la nourriture, de la Rêverie, la petite sœur aurait pu survivre, les affects et les émotions auraient pu avoir leur place et le docteur Lecter ne pas devenir la victime et le bourreau, tout à la fois carnivore dévoré par la culpabilité et ange vengeur.
Nous pouvons nous représenter les criminels de la première histoire comme des éléments bêta qui, n’ayant pas trouvé de Rêverie et de transformation de la part d’une fonction alpha, ont cannibalisé la psyché. Nous pouvons ainsi penser au serial killer du premier livre comme illustrant la nécessité d’évacuer les émotions liées au traumatisme dans des agirs aux contenus violents, eux-mêmes à la recherche d’un contenant qui reste inadéquat – les mauvais objets persécuteurs lui imposant de répéter la vengeance – jusqu’au moment où il arrive à rencontrer la jeune fille affectueuse. Se fait alors jour une scission entre une partie psychotique et une « partie capable de relation » ; ce qui n’est pas accueilli et transformé provoque de la folie et de la persécution. De même dans la tentative du personnage du deuxième livre de trouver une peau psychique, un contenant capable de « prendre en lui » (un ♀ capable de faire de la place à un ♂). Enfin la figure la plus inquiétante, le vrai « metteur en scène » de toutes ces histoires est le psychiatre fou, véritable surmoi archaïque qui arrive et dévore tout, mu par des sentiments de culpabilité intolérables qui vont jusqu’à le pousser à l’action désespérée, destructrice, autodestructrice. La séquence que représentent ces trois livres me paraît fournir un mythe admirablement moderne des soins primaires et de leurs conséquences : le tueur, la tentative d’automédication (la peau), la culpabilité persécutrice.
Nous ne sommes, bien sûr, pas des sociologues et ce qui nous intéresse, c’est de réfléchir sur ces « mini-meurtres » que représentent l’inversion du flux normal de l’identification projective – de l’enfant à l’adulte, du patient à l’analyste –, ainsi que les rêveries négatives. Ces phénomènes correspondent véritablement au meurtre des possibilités de développement de la psyché et de l’espèce et sont susceptibles d’être commis par des parents, non pas coupables mais souffrants, ou par des analystes, également non coupables mais « fanatiques ».
Wilfred Ruprecht Bion est né en Inde en 1897 [*].
Expédié à 8 ans en internat en Angleterre, il est mobilisé à 19 ans. Commandant de tank, il est frappé par les horreurs de la guerre de 1914. Enseignant, il entreprend ensuite des études de médecine ; puis exerce comme psychiatre à Londres, en particulier à la Tavistock Clinic – il est mobilisé à ce titre pendant la guerre de 1940 et publie Recherches sur les petits groupes.
À partir d’une analyse avec Melanie Klein et d’une formation psychanalytique kleinienne, Bion développe une pensée profondément originale ; il sera président de la Société britannique de psychanalyse.
En 1968, à plus de 70 ans, Bion fait un nouveau départ en Californie où il écrit le déconcertant Une mémoire du futur ; il assure conférences et séminaires de formation aux États-Unis, en Amérique latine, en France et en Italie sur l’invitation d’Antonino Ferro. Il meurt à Oxford en 1979.
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W. R. Bion, une théorie pour l’avenir, colloque organisé par l’Association française de psychiatrie, publié aux éditions Métaillié, 1991.
L.R.
Pour en savoir plus
Antonino Ferro est publié en français aux éditions Érès grâce à l’activité de « passeur » de François Sacco, psychanalyste d’origine italienne qui vit et travaille à Paris. François Sacco explicite cette pensée difficile et féconde dans ses postfaces à L’Enfant et le psychanalyste (1997) et à La Psychanalyse comme œuvre ouverte (2000). Ce dernier ouvrage, ouvert par une lumineuse préface de Florence Guignard, est complété par un glossaire des concepts élaborés par W.R. Bion et Antonino Ferro.
 
BIBLIOGRAPHIE
 
·  Bion, W. R. 1965. Transformations, Heinemann.
·  Bion, W. R. 1979. Éléments de psychanalyse, puf.
·  Bion, W. R. 2000. Aux sources de l’expérience, puf.
·  Ferro, A. 1997. L’Enfant et le psychanalyste. La question de la technique dans la psychanalyse d’enfants, Érès.
·  Ferro, A. 1999. La Psicoanalisi come letteratura e terapie, Cortina.
·  Ferro, A. 2000. La Psychanalyse comme œuvre ouverte, Érès.
·  Guignard, F. 1996. Au vif de l’infantile, Delachaux et Niestlé.
·  Harris, Th. 1992. Le Dragon rouge, Pocket.
·  Harris, Th. 2000. Le Silence des agneaux, Albin Michel.
·  Harris, Th. 2000. Hannibal, Albin Michel.
 
NOTES
 
[*] Traduit de l’italien par Sabina Lambertucci-Mann et Véronique Ménager.
[**] « L’insaturation » est cette qualité de la fonction alpha qui fait que son produit sera, à son tour utilisable, « bon », pour la rêverie du sujet (n.d. t.).
[***] Antonino Ferro va un peu plus loin dans son utilisation de la pensée de Bion qui, à un moment de sa théorisation, est amené à penser le lien sous plusieurs formes – amour, haine, connaissance – susceptibles de transformations les unes dans les autres (n.d. t.).
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