Enfances & Psy
érès

I.S.B.N.2-86586-849-4
1 pages

p. 149 à 154
doi: en cours

Veille sur la revue
Vous consultez

Lectures croisées

no13 2001/1

 
Je rêve un enfant, Monique Bydlowski, Éditions Odile Jacob, 2000
 
 
Monique Bydlowski nous embarque dans son voyage professionnel de psychanalyste en maternité pour partager son expérience originale et créative avec les femmes enceintes, les parturientes accouchant, puis les femmes devenues jeunes mères. Chercheur délicat aux oreilles attentionnées, elle recueille leurs récits, leurs narrations émotionnellement intenses, leurs rêveries parfois crues et déchirantes qui constituent le haut de l’iceberg de ce travail tumultueux et en grande partie silencieux de la gestation et de la création d’un bébé.
Elle compare ce travail à celui de l’artisan : « L’un des derniers artisanats qui relie encore l’humain moderne aux formes ancestrales du travail est le travail de gestation. En résonance avec la nature, cette élaboration silencieuse se déroule dans les profondeurs. Ce travail est vaguement perceptible par des sensations venues de l’intérieur et il est difficilement communicable. » Comme rêver et ensuite (se) raconter un rêve, « rêver un enfant » représente une expérience créatrice qui relie la réalité intérieure de la femme enceinte à celle des autres femmes, « … qui s’incarnent dans la réalité actuelle et représentent les références au passé ». Entre les deux espaces : la peau qui contient, la peau qui soutient la représentation. Monique Bydlowski commente : « […] ce que la femme grosse entoure de ses bras, c’est un ventre, non un enfant. » Elle souligne ce que cette expérience de rêverie créatrice demande de temps, temps spécifique d’attente. L’objet de celle-ci n’est en effet rien moins que simple : « Nous pouvions nous attendre à ce que l’enfant espéré soit le thème dominant de la pensée de la femme enceinte et le sujet le plus fréquemment abordé au cours d’entretiens cliniques avec elle. Il est remarquable de constater qu’il se produit exactement l’inverse. La plupart du temps, la jeune femme qui a l’occasion de s’exprimer librement se montre nostalgique et centrée sur l’enfant qu’elle a été autrefois. Les représentations de l’enfant à venir, les fantasmes le concernant tiennent une place restreinte, parfois nulle, dans ses propos spontanés. L’enfant imaginaire est soigneusement maintenu au secret. »
En écho à ce silence sur l’enfant attendu, l’auteur avance ce commentaire : « D’une façon générale, la mise au secret et au silence d’un secteur de l’activité mentale est le signe de son érotisation. Ainsi, l’avare cache sa cassette… Ici, le secret concerne l’enfant encore intérieur, et le silence qui l’entoure témoigne de l’érotisation dont il est l’objet. » Le jeu interne est donc subtil : regards aux autres femmes, plus ou moins teintés d’envie, narcissisme déployé ou ramené sur soi, désintérêt externe et repli sur la vie intérieure, érotisation. Dans Je rêve un enfant, Monique Bydlowski nous conduit à distinguer entre désir d’enfant, projet d’enfant, désir de grossesse et besoin d’enfant. À ce propos, quand elle affirme clairement que l’enfant n’est pas le traitement de la stérilité, elle devrait être entendue par ceux qui font profession de « donner » des enfants : « […] le traitement de la stérilité est d’abord le traitement de la souffrance psychique qui lui est liée, et l’enfant, par filiation naturelle ou par filiation adoptive, ne devrait venir qu’après. Considéré comme le médicament de la souffrance dépressive maternelle, l’enfant à venir aurait d’abord le tragique destin d’être le thérapeute de sa mère. » Elle nous amène également à affronter le tragique des morts néonatales et l’inconcevable des dépressions postnatales. Elle nous fait aussi comprendre que les possibilités techniques et les mutations culturelles récentes font que toutes les femmes sont au bord d’une situation impossible : affronter leur désir d’enfant qui, comme tout désir, n’est jamais pur, toujours teinté d’ambivalence.
Pour ce voyage dans des parages bien éloignés de ce que l’on peut entendre venant des divans, le travail d’écoute de Monique Bydlowski reste profondément ancré dans la théorie psychanalytique. Elle introduit une notion précieuse : « Au cours de cette période, des réminiscences anciennes et des fantasmes habituellement oubliés affluent en force à la mémoire, sans être barrés par la censure. […] La grossesse est donc ce moment privilégié de transparence psychique [*] au cours duquel une alliance thérapeutique peut s’opérer avec le narcissisme maternel. Cette alliance favorisera le dévoilement de fantasmes et de souvenirs ordinairement refoulés qui pourraient peser sur l’enfant qui grandit. Partagés avec le thérapeute, tel souvenir chargé d’affect, tel fantasme invasif perdront leur charge émotionnelle. L’impression ancienne se dissoudra au fil des entretiens, favorisant une plus grande disponibilité de la mère à l’égard de son nouveau-né. » Prendre en compte la direction narcissique de cet investissement, accepter l’ambivalence, rendre à la femme l’écho de sa voix personnelle alors que tout l’environnement familial, médical ou social considère que le seul objet intéressant est le bébé sont les ouvertures que peut proposer le psychanalyste. Pour celles qui sont le plus intensément absorbées par cet investissement narcissique, entièrement captées par l’intense bataille qui se livre dans leur psyché, un travail de psychiatrie de liaison au sein de la maternité – s’étayant d’ailleurs sur les capacités contenantes de cette institution – permettra une rencontre psychanalytique qui assure essentiellement une fonction contenante à ces réminiscences inconscientes qui font effraction dans le psychisme de la future mère. Contenir, comprendre, savoir ne pas interpréter, telles sont les tâches auxquelles Monique Bydlowski affecte l’interlocuteur d’un transfert, souvent très vif, d’où importance du travail sur le contre-transfert.
La psyché maternelle est un théâtre où se jouent l’opposition mais aussi la liaison entre les forces de vie et d’obscures forces inconscientes. Le psychanalyste étaye, remblaie, et aussi se tait. Monique Bydlowski donne des prolongements cliniques, métaphoriques et poétiques à la technique inspirée de Winnicott, qui peut d’ailleurs être éclairée de l’importance du temps de la grossesse qui cadre ces entretiens. Au passage, Monique Bydlowski approfondit la question de la continuité entre le psychisme de la mère et celui de l’enfant auquel elle va donner naissance, et celle de la transmission à l’enfant d’une partie des contenus psychiques maternels et des modalités de celle-ci. Illustrations à l’appui, elle nous trace quelques pistes pour une histoire et une ethnographie des manœuvres de désexualisation qui entourent la naissance. Elle montre comment le refoulement de la naissance comme passage par les voies génitales ferme ce travail de gestation psychique. En clinique, le coût psychique de ce refoulement se mesure en général dans les phénomènes d’idéalisation : « Mon bébé, mon ange. »
Monique Bydlowski, par son écriture poétique et ses observations cliniques, jette donc un pont entre le registre de l’intime des constructions les plus profondément narcissiques et des jouissances les plus cachées et celui de la constellation maternelle – au sens de Daniel Stern –, qui entourera le couple mère-bébé et donnera cadre à leurs interactions.
À quoi pensent-elles donc ? Monique Bydlowski nous répond en quelques images et commente : « D’un regard pathétique, regard oblique dirigé vers l’intérieur d’elle-même, la Madone contemple le nouveau-né sans défense et confiant qu’elle fut autrefois. Tenant sur ses genoux l’enfant réel, elle reste captivée par celui dont elle a attendu la renaissance. »
Et le père, dans cette construction du maternel sur le féminin ? Parfois il peint, comme Jean Fouquet et Giovanni Bellini dont toute l’œuvre est comme une méditation sur ce thème. Monique Bydlowski nous doit maintenant un livre sur les rêves paternels.
Annick Le Nestour et Laurent Renard, psychiatres
 
Psychomotricité : entre théorie et pratique, Sous la direction de Catherine Potel, Édition In Press, 2000
 
 
La psychomotricité est une discipline de plus en plus reconnue, de plus en plus présente au sein des équipes pluridisciplinaires qui s’occupent d’enfants. En même temps, elle garde encore pour beaucoup des aspects mystérieux, qui ne sont pas toujours dissipés par la diversité des approches, des pratiques, et parfois même certains débats d’écoles. Tout ouvrage, toute rencontre, toute présentation clinique qui peut venir faire connaître mieux cette discipline est bienvenu. C’est le cas de cet ouvrage.
Ce livre est loin, bien entendu – et ce n’est pas sa prétention –, de rendre compte de l’ensemble des pratiques et de toute la richesse de cette profession. Mais « réunir l’expressivité du corps et l’esprit, le mental, la psyché » est une tâche bien complexe et qui justifie sans doute des approches diversifiées, à petits pas, au fil de l’expérience et de la recherche.
Dans cet ouvrage, les soins aux enfants et aux adolescents occupent une place importante. Il s’agit de témoignages d’une pratique, d’une créativité individuelle, au service de la vie psychique et de son inscription dans le corps. L’expression « soin psychomoteur » revient fréquemment et l’on sait d’emblée à qui l’on a affaire : il s’agit bien de thérapeutes, qui essaient de définir et de décrire leurs champs d’intervention, les liens avec les autres disciplines, les autres modalités d’action thérapeutique, les autres aspects de la vie des enfants.
À la fin de cet ouvrage, on a l’impression que les psychomotriciens peuvent trouver leur place partout dans les lieux où l’on soigne les enfants : en réanimation, en crèche, en pmi, en cmp, en hôpital de jour, etc. La dimension évaluative a été volontairement laissée de côté. Tout ce qui concerne la rééducation psychomotrice au sens littéral du terme est également peu abordé. Comme le souligne Jean-José Baranes dans sa préface, les auteurs qui s’expriment ici sont plutôt de ceux qui voyagent en permanence avec l’enfant entre corps et psyché, dans une véritable position de médiateur ou de passeur.
Cet ouvrage s’adresse aux étudiants en psychomotricité, mais aussi à tous les professionnels ou futurs professionnels de tous horizons qui ont envie de mieux connaître une discipline finalement assez récente et d’intégrer dans leurs réflexions l’inventivité, la créativité et les références théoriques, des praticiens qui s’expriment ici avec simplicité et authenticité.
Jean-Philippe Raynaud
 
Sages paroles d’enfants, Par Edwige Antier, Éditions France Inter, septembre 2000
 
 
Edwige Antier nous livre dans cet ouvrage des réflexions de jeunes enfants prises sur le vif, assorties à chaque fois d’un commentaire de quelques lignes. Ces réflexions sont réunies par chapitres, chacun ayant un rapport avec la vie quotidienne.
Dans un premier abord, ces réflexions paraissent charmantes, pleines de fraîcheur, souvent déroutantes pour des adultes. Elles nous permettent d’entrer dans le monde imaginaire des jeunes enfants et de découvrir de façon savoureuse les questions qu’ils se posent sur la vie. Les commentaires entre chaque réflexion expliquent la vision qu’ont les enfants du monde des adultes, mais souvent de façon rapide et simpliste. On aurait souhaité lire de temps à autre des explications plus approfondies sur le fonctionnement psychique des enfants. On reste ainsi souvent sur sa faim. Un livre certainement intéressant pour des parents, probablement beaucoup moins pour des professionnels de l’enfance.
Antoine Leblanc, pédiatre
L’enfant, dans sa spontanéité, sa naïveté et une certaine forme de sagesse non maîtrisée, est extrêmement séduisant, fascinant même pour les adultes. Cet ouvrage, Sages paroles d’enfants, part des mots, des phrases, des interrogations, des constats, lâchés çà et là par les enfants. Tous, professionnels ou non, en avons été les témoins émerveillés, attendris, et avons souri, parfois rêveurs, à l’écoute de ces vérités qui sortent de la bouche des enfants.
Dans ce livre, les paroles d’enfants sont classées par thème, de la sexualité au jeu vidéo. Avec beaucoup de savoir-faire et d’obstination, l’auteur essaie de décrypter systématiquement pour nous ces mots d’enfants, de leur donner du sens, de les relier aux théories des adultes et des savants. On est alors pris entre deux positions assez paradoxales. D’une part, on éprouve à la fois le plaisir tout simple de lire les mots de ces enfants, qui sans doute nous renvoient à la fraîcheur de notre propre enfance, et la satisfaction rassurante également de voir combien tout cela colle bien (au sens de coller, sans laisser d’espace entre) avec les théories de nos maîtres, qui chaque jour nous aident dans notre travail clinique. D’un autre côté, on est parfois mal à l’aise, car on a l’impression d’être un peu voyeur ou voleur et de se laisser aller à une analyse que ces enfants ne nous ont pas autorisée. On peut alors se demander si trop de sens ne tue pas le sens et si l’enfant sujet ne disparaît pas trop ici au profit de l’enfant objet.
Alors peut-être faut-il aborder cet ouvrage en toute simplicité, sans trop se poser de questions. Il ne s’adresse pas, bien évidemment, aux professionnels du soin, qui auront peut-être l’impression que leur travail est ici caricaturé ou au contraire simplifié à l’extrême. Quant aux parents ou futurs parents, espérons qu’ils garderont tout de même leur propre spontanéité et leur propre capacité de rêverie, pour s’évader avec les enfants hors des sentiers battus et des explications qui leur sont proposées « prêtes à l’emploi ».
Jean-Philippe Raynaud, psychiatre
 
Enfant, parents, familles d’accueil, Un dispositif de soins : l’accueil familial permanent, Sous la direction de Myriam David, Érès, 2000
 
 
Après la publication des Enjeux de la parentalité (sous la direction de Didier Houzel), les éditions Érès nous proposent la réflexion d’un groupe de recherche – présidé par Myriam David – dont les travaux ont été pilotés par le ministère de l’Emploi et de la Solidarité.
Cet ouvrage, conçu comme un outil de travail, concis et riche à la fois, s’adresse à un large public de professionnels et se veut plus particulièrement destiné aux élus territoriaux, aux responsables de service, aux magistrats et juges pour enfants. Il offre un nouvel éclairage sur l’accueil familial : celui des connaissances récentes sur les troubles de la parentalité. Quelle que soit la nature du problème dominant qui a conduit au placement familial (demandé par les parents eux-mêmes ou par un service de Protection de l’enfance), les auteurs ont constaté, dans la pratique et l’expérience de la parentalité (cf. Houzel), de graves dysfonctionnements. En effet, les perturbations des liens précoces père/mère/enfant sont le plus souvent à l’origine de ces troubles, quel que soit l’âge où survient la séparation.
Ce qui est spécifique et qui doit alerter, c’est l’alternance de mouvements d’intolérance à l’égard du bébé, prenant des formes diverses et des mouvements de captation de celui-ci s’exprimant souvent par un besoin de proximité physique excessive et des surstimulations.
Les auteurs précisent : « Aucun compromis ne paraît possible entre ces positions de rejet/captation. Une telle mère n’abandonne jamais complètement son enfant, elle ne peut pas le confier, elle redoute de s’en séparer, mais ne peut pas non plus s’en occuper ». Dans cette perspective, l’un des objectifs principaux de la proposition d’accueil familial consiste à « aider l’enfant et ses parents à découvrir qu’il est possible d’établir une distance sans se perdre et que chacun peut s’en trouver mieux ».
Les auteurs s’attachent à souligner la difficulté et la complexité de l’orientation d’un enfant vers un accueil familial et sa préparation. Parmi les démarches préalables, notons la concertation entre services et intervenants, qui doit conduire à la mise en place d’une observation de l’enfant assortie d’une écoute des parents et des soignants éventuels de l’enfant ; puis, au cours de ce processus d’évaluation, la préparation de l’enfant et de ses parents par le « travailleur social qui paraît le mieux placé pour le faire ».
Un paragraphe est consacré plus loin à la délicate fonction de famille d’accueil – son inestimable valeur : « On ne peut que souhaiter que l’accueil familial soit structuré dans le cadre d’un service qui dispose, en plus des familles d’accueil, d’une équipe psycho-socio-éducative assurant cette action d’ensemble en collaboration avec les familles d’accueil et avec les autres services concernés (pmi, pédopsychiatres.) en mettant en œuvre des pratiques spécifiques. »
Dans ce cadre, la vitalité des liens entre l’enfant et ses parents « doit être entretenue qu’il y ait ou non rencontres entre l’enfant et ses parents ». Un chapitre consacré à l’accompagnement de l’enfant nous rappelle que celui-ci « a besoin du soutien d’un travailleur social, toujours le même ». « Le véritable soin qu’il assure est celui du lien que, grâce à sa présence, l’enfant peut établir entre ce qu’il quitte et ce qu’il découvre puis retrouve au cours des allers et retours répétés de l’un à l’autre. »
Le soutien des parents s’effectue essentiellement autour ou à propos des rencontres. Le chapitre sur ce sujet est bref et mériterait l’approfondissement d’un aspect : la difficulté de cette tâche lorsqu’elle est portée dans bien des cas par un travailleur social qui, en général, est aussi celui qui rencontre la famille d’accueil et accompagne l’enfant. Être attentif également à tous ces protagonistes même soutenus par un travail de supervision en équipe semble relever du tour de force et risque de mettre le travailleur social en grand danger d’adopter une position de toute-puissance.
Lorsque, à l’issue de l’évaluation, l’accueil familial ne semble pas l’orientation indiquée, les auteurs préconisent des mesures d’assistance, de soins ou de traitements spécifiques d’accueil de jour ou à temps partiel, « effectives et rapidement mises en œuvre ». Quel travailleur social ne le souhaiterait pas ! Mais combien d’aemo mises en place plusieurs mois après une évaluation ? Combien de délai d’attente dans un grand nombre de consultations médico-psychologiques ? Combien de place en crèche disponibles dans ces cas-là ?
À la fin de l’ouvrage, les auteurs proposent un modèle de fonctionnement et d’organisation d’un service d’accueil familial tenant compte des réflexions abordées.
Pour conclure, soulignons l’intérêt et la richesse de la bibliographie proposée.
Isabelle Patouillot, assistante sociale
 
NOTES
 
[*] Monique Bydlowski, « Les rêves des femmes enceintes », enfances & psy, n° 10, « La nuit ».
© Cairn 2007 Vie privée | Conditions d’utilisation | Conditions générales de vente
À propos | Éditeurs | Bibliothèques | Aide à la navigation | Plan du site | Raccourcis
[*]
Monique Bydlowski, « Les rêves des femmes enceintes », ...
[suite] Suite de la note...