2000
Enfance et PSY
Dossier
En salle d’attente de pmi, un moment pour la prevention
Laure Roca
François Lespinasse
Laure Roca et François Lespinasse
sont psychologues.
Les auteurs, psychologues de l’enfance, décrivent un travail de
prévention et de dépistage basé sur la présence de « psys » dans la salle
d’attente d’une consultation de pmi,
auprès des parents et des bébés. Ils présentent les différents temps de ce
travail : instauration d’une relation de confiance, dépistage, mise en commun
et réflexion avec les autres intervenants, travail d’accompagnement, prise en
charge précoce.Mots-clés :
pmi, bébés, mères, prévention, dépistage, accueil, attention
bienveillante.
«
Familles à risques, carencées, vulnérables. Familles à problèmes multiples,
déracinées, exclues. Familles difficiles à joindre
»…
La liste des qualificatifs qui « pointent » le problème d’un
grand nombre de familles fréquentant la pmi pourrait être encore allongée. Pourtant,
quel que soit le nom qu’on leur donne, l’accent est toujours mis d’entrée de
jeu sur les difficultés qu’elles rencontrent. Une grande partie de ces familles
évolue de crise en crise et, souvent, plusieurs équipes essaient de les prendre
en charge soit simultanément, soit successivement. Cela ne se fait pas sans
mal, puisque l’une des difficultés majeures de ces personnes est de ne pouvoir
s’inscrire dans la durée et dans un suivi stable. Or, le morcellement des
prises en charge proposées ne fait qu’amplifier leur problème de dispersion. En
effet, les situations sont souvent traitées par à-coups et dans l’urgence. Si
cela peut se faire en partie pour leur versant matériel, il en va tout
autrement pour ce qui est de la santé physique et psychique, en particulier
celle des enfants. Le maintien de la santé et la prévention des troubles
nécessitent en effet une certaine inscription dans le temps. Le démarrage d’un
processus de soin est empêché parce que ces familles n’expriment que peu, voire
pas du tout de demandes. Ce n’est souvent qu’en catastrophe, au moment d’une
crise (ruptures, violences, gros problèmes somatiques), qu’une certaine aide
est recherchée, mais cela se fait en général en dehors des structures de soins
classiques (centre médico-psychologique ou consultations dans le privé, par
exemple) et, de toute façon, avec une certaine méfiance par rapport aux
différentes structures.
Dans l’espace de la salle d’attente, un temps, une
présence
C’est de ce constat – qui reste à approfondir – qu’est né le
projet d’une présence spécialisée en salle d’attente de
pmi. Nos objectifs sont multiples
:
- dépister le plus précocement possible les troubles
psychiques, « en faisant la part de ce qui n’est que variation par rapport à la
normale, par conséquent labile et transitoire, de ce qui prend l’aspect de
troubles susceptibles de s’organiser
[*] » ;
- prévenir l’installation des dysfonctionnements et enrayer
ainsi l’évolution vers une pathologie plus lourde – le temps perdu l’est aussi
pour le développement de l’enfant ;
- être attentifs, enfin, au problème des mauvais traitements
et des abus sexuels. Pour ce faire, nous avons essayé de mettre en place une
manière nouvelle et différente de prendre contact avec ces familles et leurs
enfants et de leur proposer une aide socio-médico-psychologique précoce. Il
s’agit de nous mettre à disposition de ces familles que l’on ne peut atteindre
que dans le lieu et le temps de la salle d’attente des consultations médicales
de pmi.
Notre travail en salle d’attente de consultation de
pmi a commencé il y a une dizaine
d’années. Le démarrage de cette expérience a été le résultat d’une double
interrogation. D’une part, le médecin pmi, les puéricultrices ainsi que l’équipe des
assistantes sociales d’un centre médico-social de Bordeaux souhaitaient trouver
une réponse aux problèmes relationnels que l’on observait entre les mères et
leurs enfants pendant l’attente de la consultation. D’autre part, l’équipe du
secteur de psychiatrie infantile souhaitait, dans le cadre de sa mission de
prévention, rencontrer des enfants en difficulté dans leur plus jeune âge,
avant que des symptômes socialement repérables par leur famille ou par l’école
ne les conduisent, trop tardivement, vers les consultations spécialisées. De
plus, l’équipe avait remarqué que certains parents avaient beaucoup de mal,
souvent pour des raisons culturelles, à se rendre dans leurs consultations
spécialisées, alors qu’ils venaient plus facilement à la consultation de
pmi du quartier. Il est donc apparu à
tous que l’on pouvait tenter l’expérience d’une présence d’intervenants de
l’équipe de psychiatrie infantile dans la salle d’attente de la consultation de
pmi, à partir des bases suivantes
:
- nous nous présentons à chaque nouveau parent et nous leur
expliquons que nous sommes à leur disposition s’ils souhaitent aborder quelque
problème autre que médical concernant leur enfant ;
- dans la salle d’attente, nous jouons avec les enfants, nous
les observons, et nous parlons avec les parents ;
- nous n’entrons jamais dans le bureau du médecin, et très
rarement dans celui de la puéricultrice, pour indiquer à tous que notre
spécificité se situe dans un champ différent du champ pédiatrique
;
- nous limitons notre présence à deux heures, et nous avons
une réunion de régulation incluant le médecin, la puéricultrice et l’assistante
sociale qui a participé ce jour-là à la consultation. Un cahier permet de
garder mémoire de nos observations. Au fil des années, se sont adjointes aux
intervenants du service de psychiatrie de l’enfant une psychologue et une
psychomotricienne du service de la pmi.
La disposition de la salle d’attente est particulièrement
adaptée à ce travail. Une imposante table à langer vient faire « frontière »
entre l’espace des enfants – avec un grand tapis de jeu et de nombreux jouets –
et celui des parents, avec un demi-cercle de fauteuils bas – ceux du fond
revenant vers la table à langer et formant un recoin où des mères peuvent
s’isoler pour donner le sein ou rester à l’écart. Entre ces deux espaces, les
enfants peuvent jouer tous les avatars de la séparation, de l’invocation à la
provocation, de l’accrochage fusionnel à la prise de risque, vacillante, sous
le regard de leur mère et sous le nôtre, avec la parole de leur mère et,
éventuellement, avec la nôtre. L’originalité de ce dispositif repose sur le
fait que l’amorce habituelle du processus thérapeutique est en quelque sorte
inversée : les gens ne viennent pas à nous mais nous allons à eux. C’est une
approche qui s’inscrit dans la continuité et qui tente de prendre en compte les
difficultés dans leur ensemble, au plus près de la vie quotidienne des
familles. Cela demande au psychologue formation, motivation et souplesse. Il
devra dans cette situation sortir de ses schèmes habituels de travail : il
n’est plus dans un bureau mais dans une salle d’attente ; il n’a plus un seul
patient mais plusieurs à la fois ; il n’attend pas l’expression d’une demande
mais va au-devant de celle-ci ; la population concernée n’est pas du type de
celle qu’il voit habituellement, etc.
À partir de la première rencontre d’une maman nouvellement
arrivée en salle d’attente et en difficulté avec son enfant, nous allons tenter
d’organiser pour elle, puis avec elle, les différents moments de nos
rencontres. Nous cherchons à emboîter ces moments successifs dans le temps de
la prise en charge et dans l’espace de la pluridisciplinarité, comme, nous
l’espérons, les parents aideront l’enfant à emboîter ses différents moments
dans le temps pensé de sa vie. Ces emboîtements reposent en grande partie sur
la régularité de l’environnement et sur le facteur temps. Nous faisons en effet
nôtre l’hypothèse que la répétition et la rythmicité des expériences
participent à l’organisation des échanges entre la mère et son enfant. Au fil
du temps, le rituel instauré acquiert ainsi un sens, sens partagé par la mère
et l’enfant. Cela leur permettra alors à tous deux de prévoir et donc
d’anticiper, s’inscrivant ainsi dans un déroulement temporel qui donne un sens
aux expériences.
Cinq temps dans notre travail
D’abord, l’apprivoisement nécessaire à une inscription dans le
temps
Il s’agit d’instaurer une relation de confiance. Celle-ci
repose en partie sur les constantes de lieu, de temps, de personnes et
d’expériences décrites plus haut : nous sommes présents et attentifs, dans une
fonction d’accueil de l’expression des mères, pères et enfants, qu’elle soit
verbale ou non verbale (gestualité, mimiques, postures, jeux). Nous nous
présentons aux familles et notre présence est en général bien acceptée. Nous ne
donnons pas de conseils, nous n’offrons pas non plus un savoir, éducatif ou
psychologique ; nous sommes là en position d’écoute, de savoir suspendu. Notre
fonction est d’empathie, c’est-à-dire un mode de perception particulier de
l’état psychologique de la personne avec qui nous communiquons. C’est un
travail d’attention plus que d’interprétation. Au lieu d’une demande articulée,
nous sommes confrontés souvent à une difficulté à établir des liens, voire à un
refus de prise en charge que soit celle-ci. Nous avons donc à assumer
nous-mêmes une partie de l’activité de liaison. Dans le concret tout d’abord,
en leur donnant des repères stables, et « de manière psychique » ensuite, en
mettant à la disposition des mères, pères et enfants la capacité de notre
pensée à faire des liens, notamment en ce qui concerne leur histoire dans ce
lieu. Cela suffit parfois à produire un effet d’intégration sur l’état mental
de ces parents. Une fois cette relation de confiance établie, les parents
peuvent revenir à la pmi avec moins
de crainte et de méfiance. L’immédiateté sensori-motrice du premier temps s’est
enroulée autour de notre permanence ; l’apprivoisement cède la place à la
relation.
Le temps de la prévention et de l’attention
C’est le moment pour nous de faire le point : y a-t-il un
dysfonctionnement dans la relation ? Si oui, quel est-il ? De quel degré ?
Quelle est la souffrance parentale ? Comment s’exprime-t-elle ? Quelle
répercussion sur l’enfant ? Comment l’enfant réagit-il à tout cela ? Quelles
stratégies met-il en place ? Quelles sont ses potentialités ? Il s’agit à
moment d’une sorte d’évaluation de la situation. Cette évaluation se fait
pendant le temps de salle d’attente mais aussi et surtout dans le temps de
régulation qui suit ce travail et auquel participent tous les intervenants
auprès de cette famille. Cette évaluation demande du temps – plusieurs
consultations et donc plusieurs semaines – et de la réflexion.
Troisième temps : construire la continuité
Ce temps nous paraît indispensable pour qu’un suivi de ces
familles puisse s’établir avec une certaine continuité. En effet, beaucoup de
familles en difficulté peinent à s’inscrire dans un temps durable. Elles
montrent même des capacités certaines à attaquer les liens et à les mettre à
l’épreuve ; elles répètent, de manière inconsciente, ce qu’elles ont vécu tout
au long de leur vie : ruptures multiples, placements, déménagements,
transplantations, etc. Il nous semble donc nécessaire, face à ces
problématiques, de faciliter l’intégration des approches respectives de tous
les intervenants (médecin, puéricultrice, assistante sociale, psychologue,
psychomotricien, etc.) pour que notre fonctionnement ne soit pas le reflet de
la désorganisation et de la conflictualité de ces familles. Un « temps de
régulation » permet cette intégration. Il permet d’affiner notre perception
grâce à la diversité des regards, de réfléchir ensemble sur la problématique
rencontrée, de prendre une certaine distance – parfois un peu trop raccourcie
ou au contraire distendue à cause de l’intensité des problèmes rencontrés – et
de ne pas tomber dans une attitude de jugement, de rejet ou de savoir, en
réaction à l’impact affectif de la rencontre. Ce temps nous permet d’élaborer,
c’est-à-dire de faire des liens là où tout semble éclaté, morcelé, dispersé, et
inscrit l’histoire de ces familles dans la continuité de notre mémoire et de
notre pensée. Cette élaboration va nous amener à faire des propositions sur les
prises en charge que nous pouvons offrir à ces familles. Ces propositions
seront fonction de la gravité des troubles bien sûr, mais aussi de la capacité
des familles à s’inscrire dans un suivi, ainsi que des possibilités (en
personnel et en locaux) de la pmi.
Cependant, quand ce travail nous semble impossible à mettre en route et qu’il
nous apparaît qu’il y a danger pour l’enfant, un signalement peut être
nécessaire. Il nous faudra toutefois évaluer les conditions favorables pour en
faire part aux parents et pour que ce signalement ait des suites positives pour
l’enfant, sans entraîner de rupture. Là encore, il s’agit d’une décision
intégrée, qui concerne donc toute l’équipe. Nous avons pu observer que, dans
plusieurs cas, des soins ont pu être entrepris suite au signalement et cela
avant même la décision du juge.
Puis, le temps de l’accompagnement
Identifier une problématique ne signifie pas arriver
forcément à mettre en place un suivi. Le chemin est parfois long entre le
moment de la décision et le début de la prise en charge. Commence alors le
temps de l’accompagnement. Cet accompagnement s’appuie sur la relation de
confiance qui est en train de s’établir. Le regard que nous portons sur la mère
et sur l’enfant y tient une place importante. Il est à la fois porteur – car la
mère soutenue par notre regard devient elle-même observatrice du jeu de son
enfant et trouve parfois seule des solutions à ses troubles – mais aussi
séparateur – dans la mesure où il fait tiers dans la relation fusionnelle de la
dyade mère-enfant. Il ouvre un espace où des paroles, des commentaires
adviennent. Paroles sur l’enfant adressées à un tiers, paroles qui constituent
un récit de ce que les mères vivent – bien ou mal – dans leur intimité avec
leur enfant, paroles qui disent une demande. C’est le début de la prise de
conscience de la problématique de l’enfant ; c’est aussi le début de la prise
en charge.
Enfin, préparer l’avenir
Selon l’intensité des troubles constatés chez l’enfant,
plusieurs propositions pourront être faites aux mères et aux parents.
Fréquenter régulièrement la
salle d’attente. Cette « indication », en général bien acceptée par
les mères isolées, dépressives ou angoissées, peut suffire à améliorer la
communication dans la dyade mère-enfant. Ce cadre contient et encourage les
échanges entre la mère, le père et l’enfant ainsi que la communication entre
mères, qui se trouvent ainsi réinsérées dans un tissu social et favorisent un
début de socialisation de l’enfant. Une présence faite d’écoute, d’attention et
d’empathie établit un cadre contenant les protestations pulsionnelles de
l’enfant comme les angoisses envahissantes de la mère ou du père, et interrompt
ainsi l’escalade déstructurante à laquelle, sans cela, on assiste.
Offrir un temps de
pensée. Des prises en charge mères-bébés sont proposées dans le cas
de troubles plus importants, quand la souffrance ne peut être contenue et
élaborée dans l’espace de la salle d’attente, tout en n’étant pas assez grave
pour relever d’un traitement spécialisé. C’est un travail de soutien, où l’on
donne à la mère et au bébé un espace et un temps de pensée sécurisant qui leur
permet de nouer une relation et de mobiliser leurs potentialités propres, mises
jusque-là en veilleuse. Cette démarche permet de comprendre comment les choses
se sont agencées pour cette mère et ce bébé et comment ils se trouvent
mutuellement engagés dans une interaction où la symptomatologie du bébé occupe
le devant de la scène d’une façon souvent bruyante et dramatique.
L’intervention d’un tiers extérieur vient alors permettre à la mère une
certaine prise de distance par rapport à l’expression des troubles.
Nous recevoir dans la
famille. Ce travail s’adapte de façon momentanée ou suivie à des
situations où la mère trop carencée ne semble pas être capable d’élaborer
quelque chose concernant la relation à son enfant, et où la situation
d’entretien en face-à-face peut être vécue de manière persécutive. Il convient
aussi à des situations où la mère trop fatiguée (plusieurs enfants, grossesses
rapprochées) ou déprimée ne fréquente pas la pmi et reste enfermée chez elle. Le lieu de
parole est la maison ; l’espace ne nous appartenant pas, nous n’avons que la
maîtrise du temps, ni du moment, ni de la durée. Dans cet espace, mère et
enfant s’expriment librement : une verbalisation des troubles, des inquiétudes
qui leur sont liées, de ce à quoi ils se réfèrent dans l’histoire de l’enfant
et de ses parents, peut alors survenir. Le soignant à domicile n’est pas neutre
; il adopte une attitude plus active que lors de rencontres à la salle
d’attente de la pmi, en consultation
ou dans les groupes. L’important est ici, à travers la relation entre la dyade
mère-enfant et le soignant, de mobiliser le monde interne de la mère et de lui
permettre de trouver ou de retrouver sa capacité à être mère. L’important aussi
est d’éviter toute intervention disqualifiante à l’égard de la mère ou du père
; nous n’allons pas au domicile pour avoir une attitude éducative mais plutôt
pour donner aux parents un espace, un temps, un contenant dans lequel ils
pourront eux-mêmes faire des liens et s’ajuster aux besoins de leur
enfant.
Engager un travail régulier et
à long terme, par la fréquentation d’un ou de deux ateliers thérapeutiques
:
-
un groupe
mères-enfants. Les perturbations dans la relation de la mère à son
bébé – que le dépistage effectué dans la salle d’attente nous permet de mettre
précocement en évidence – sont marquées soit par une très faible quantité
d’interactions, soit par des moments d’interactions intenses, non adaptées aux
besoins de l’enfant et cédant soudain sans commentaires et sans lien. Devant
une telle imprévisibilité, le bébé devient incapable d’anticiper l’interaction
avec sa mère. Il aura tendance à fonctionner a
minima, inhibant les manifestations de son vécu affectif. C’est le
médecin de pmi qui pose l’indication
de participation à ce groupe accueillant mères et enfants. Le projet est de
recevoir à la fois l’enfant en souffrance psychique auquel sa mère ne peut ou
ne sait pas répondre, et sa mère en difficulté dans son rôle maternant. Il est
aussi de leur permettre de nouer ou de renouer une relation en ayant recours à
leurs propres ressources internes, et d’éviter ainsi une pathologisation de
cette relation.
-
un atelier
thérapeutique. Ces ateliers prolongent le travail fait en salle
d’attente ; ils occupent une place un peu à part par la présence de soignants
du secteur de psychiatrie de l’enfant concerné. Leur but est de permettre des
observations diagnostiques plus fines et d’agir de façon préventive sur
certains dysfonctionnements. Ce travail dans les locaux de la
pmi est original et efficace à
plusieurs niveaux : tout d’abord, il peut, commencer très tôt, avec des enfants
de 2 ans ; ensuite, il favorise un certain engagement des parents – reçus
simultanément à leurs enfants dans un autre espace – et la mise en route de
leur part d’un questionnement plus personnel ; enfin et surtout, il peut être
proposé à des gens qui n’auraient pas accès à ce type de prise en charge dans
un autre contexte. La présence aux ateliers des intervenants de la salle
d’attente favorise très largement cette participation des familles qui se
sentent accompagnées et soutenues dans leur démarche.
Un des buts du travail de prévention est de favoriser, le plus
précocement possible, l’accès aux soins. Quand les dysfonctionnements
rencontrés sont trop graves pour pouvoir être pris en charge en ambulatoire et
nécessitent un suivi plus lourd, notre rôle sera d’accompagner, depuis notre
première rencontre en salle d’attente, les parents dans la prise de conscience
des troubles de leur enfant et de leur permettre ainsi d’accéder plus
rapidement à un soin. Cet accompagnement a toute son importance car il permet,
par une prise en charge plus précoce du trouble, d’augmenter les chances
d’évolution favorable pour l’enfant.
Quelle que soit la prise en charge proposée, elle sera mieux
acceptée quand elle sera intégrée dans un espace de confiance, fait lui-même de
l’emboîtement de plusieurs espaces-temps : médical, social, « psychique ». Cet
emboîtement permet aux familles de se sentir en sécurité, de venir
régulièrement et d’entrer dans un processus de changement. L’emboîtement des
espaces s’appuie sur le temps, c’est-à-dire sur l’emboîtement de plusieurs
moments dans la relation entre les parents, le bébé et nous. La famille fera
l’expérience de notre permanence. Puis, ce sera la parole – la nôtre comme
celle des parents et de l’enfant – qui va lier ces emboîtements de différentes
expériences et hisser le groupe familial dans la cohérence de son temps propre
: temps du trangénérationnel (souvent évoqué dans les entretiens), temps des
histoires personnelles, temps de la filiation, temps qui passe où l’enfant
devient grand et où l’adulte devient vieux…
Que dire, pour conclure, de ce travail d’accueil, d’attention,
de lien et de prise en charge en salle d’attente de
pmi, sinon qu’il nous semble être à
même de répondre aux besoins d’une population qui croît en nombre et qui n’est
pas facilement accessible par les modes habituels de prise en charge ? Il
s’inscrit donc bien dans la mission de dépistage et de prévention précoce de la
protection maternelle et infantile. Cependant, il ne peut être effectué que par
un personnel spécialisé, formé à la dimension de l’inconscient et aux
dysfonctionnements dans les relations précoces mères-enfants. C’est la
nécessité – et la fécondité – d’un travail en réseau qui intègre le
temps.
Laure Roca est docteur en
psychologie. Elle est psychologue clinicienne dans le service de
pmi du conseil général de la
Gironde.
François Lespinasse est
psychologue clinicien dans le service de psychiatrie de l’enfant et de
l’adolescent I 04 (docteur Pierre Lafforgue) au Centre hospitalier Charles
Perrens à Bordeaux.
·
Ciccone, A. ;
Lhopital, M. 1992.
Naissance à la vie psychique, Paris,
Dunod.
·
Debray, R. 1987.
Bébés/Mères en révolte, Paris, Paidos
le Centurion.
·
Collectif 1992. «
L’observation du bébé », Journal de la psychanalyse de l’enfant, Paris,
Bayard.
·
Marcelli, D. 1986.
Position autistique et naissance de la
psyché, Paris, puf.
·
Mazet, P. ;
Stoleru, S. 1988.
Psychopathologie du nourrisson et du jeune
enfant, Paris, Masson.
·
Stoleru, S. ;
Morales-Huet, M. 1989. Psychothérapies mère-nourrisson, dans les familles à
problèmes multiples, Paris, puf, coll. « Le fil rouge
».
[*]
Circulaire ministérielle n° 70 du 11 décembre 1992 relative aux
orientations de la politique de santé mentale en faveur des enfants et
adolescents.