2000
Enfance et PSY
Dossier
La maladie d’Amélie ou l’épreuve du temps
Antoine Leblanc
Antoine Leblanc est
pédiatre.
Pour un bébé, un enfant, un adolescent, les soins sont souvent
difficiles à supporter, surtout quand ils se multiplient sur une longue période
ponctuée d’attentes et d’incertitudes pour les parents.
Amélie est une superbe petite fille que ses parents ont
attendue pendant plusieurs années. À l’âge de 6 semaines, elle devient fébrile
et pleure de façon inhabituelle pendant la nuit. Sa mère la conduit dès le
matin aux urgences de l’hôpital. Il lui faut déjà à l’arrivée patienter pour
que sa fille soit inscrite et pour que le médecin soit disponible. L’enfant est
geignarde, peu réactive, mais le pédiatre ne trouve pas en l’examinant
l’origine de la fièvre. Deux heures plus tard, les résultats des prélèvements
révèlent qu’il s’agit d’une pyélonéphrite, c’est-à-dire une infection des voies
urinaires nécessitant à cet âge des perfusions d’antibiotiques et une
hospitalisation de plusieurs jours. Amélie est donc gardée avec sa mère qui
reste à ses côtés en permanence. La disparition de la fièvre demandera 48
heures et Amélie pourra retourner chez elle au bout de quatre jours.
Mais pourquoi cette infection ? s’interroge la mère. Le
pédiatre explique qu’il est nécessaire de rechercher une malformation des voies
urinaires et d’effectuer des examens radiologiques. Cette mère attend les
résultats en craignant la découverte d’une malformation. L’échographie ne
montrera qu’une petite dilatation des voies urinaires, mais l’examen
radiologique de la vessie, réalisé trois semaines plus tard, révélera un reflux
anormal des urines vers les reins. Il est possible que ce reflux s’améliore
avec le temps et même disparaisse, sinon il faudra qu’Amélie soit opérée. Alors
commence une nouvelle attente. Le traitement antibiotique préventif rappelle
chaque jour à cette mère le risque d’une nouvelle infection. À l’âge de un an,
un nouvel examen radiologique montre la persistance du reflux. L’avis du
chirurgien est d’attendre encore avant de décider une opération, le reflux
pouvant encore disparaître. Malheureusement, l’épreuve du temps n’est pas
concluante. Amélie est encore hospitalisée à l’âge de 14 mois, puis à l’âge de
2 ans pour de nouvelles infections. Le reflux persistant sur un nouvel examen
radiologique, l’intervention chirurgicale est finalement décidée. L’attente
paraît encore plus longue pour les parents : consultation avec le chirurgien,
puis avec l’anesthésiste, bloc opératoire, réveil de l’anesthésie sont encore
autant d’étapes à franchir pour qu’ils soient rassurés.
Il aura donc fallu deux ans pour que cette petite malformation
soit enfin guérie. Au fil des consultations et des hospitalisations, Amélie
supportait de plus en plus mal les prélèvements, les examens. La vue d’une
blouse déclenchait immédiatement des crises de pleurs et d’agitation, bien
difficile à accepter pour les parents. Que d’inquiétudes et d’impatiences pour
ces parents qui avaient rêvé d’une petite fille sans problème et qui auraient
voulu lui éviter toute souffrance ! Les relations de confiance établies avec
les médecins leur ont permis de s’adapter au mieux aux incertitudes de la
maladie et à son temps incompressible. Mais qui sait ce qu’Amélie gardera plus
tard de son histoire ?
Antoine Leblanc est
pédiatre, ch Sud francilien à Evry
(Essonne).