Enfances & Psy
érès

I.S.B.N.2-86586-850-8
160 pages

p. 100 à 107
doi: 10.3917/ep.014.0100

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Dossier

no14 2001/2

2001 Enfance et PSY Dossier

Excitation et toucher

Agnès Lauras-Petit Agnès Lauras-Petit est psychomotricienne. Docteur en psychologie, enseignante et formatrice à Paris-X et Paris-VII, elle anime des stages de formation au toucher thérapeutique dans le cadre de l’afpup (Association pour la formation postuniversitaire en psychomotricité, ufr Pitié-Salpêtrière).
L’auteur reprend la place du toucher dans le développement psychogénétique, en soulignant la diversité de ses fonctions sur l’excitation : provocateur et déstructurant lorsqu’il déborde les capacités intégratives du sujet, contenant et liant lorsqu’il en soutient l’activité psychique. Les thérapies corporelles qui en utilisent la médiation ne peuvent en ignorer les enjeux sans reproduire les effets de clivage qui alimentent certaines tendances individuelles inconscientes et idéologies sociales.Mots-clés : toucher, excitation, érotisation, tendresse, représentation mentale, thérapies corporelles.
Signe des temps, le toucher, plutôt absent du devant de la scène de notre culture occidentale, réapparaît actuellement sous des formes pour le moins contradictoires : suspendu dans nombre de nos échanges quotidiens au profit de l’image, du son et du contact virtuel de nos écrans et de nos téléphones mobiles (sauf pourtant dans l’intimité de leurs « vibreurs »), il réapparaît en force sur le marché du bien-être et de la forme avec instruments et instructions de massage, et s’immisce dans les espaces de rencontre que la technique médicale a désertés, comme dans l’haptonomie autour de la naissance ou dans l’accompagnement des mourants.
Ces dernières années ont également permis de faire surgir du fin fond de notre refoulement collectif l’horreur des abus sexuels et de l’inceste, commis jusque-là sans véritable sanction sociale sur les enfants par des pédophiles au profil irréprochable.
Déplacé ou vanté, caché ou publiquement dénoncé, le toucher ne trouverait ainsi ses lettres de noblesse qu’en excluant la question de l’excitation, et ne devrait intéresser que des situations ou des périodes de la vie censées se passer de libido.
 
Excitation et toucher dans le développement de l’enfant
 
 
Et pourtant, seul de nos cinq sens qui soit forcément réflexif, le toucher ne peut concerner l’un de ses protagonistes sans concerner l’autre. L’excitation proscrite ne le serait-elle pas d’autant plus qu’elle pourrait autant déborder celui qui touche que celui qui est touché ? Qu’il y ait éventuel décalage entre ce que l’un et l’autre trouvent et recherchent dans l’intimité de leurs contacts souligne d’ailleurs que le toucher n’est pas univoque. Ainsi serait-on parfois confronté à ce que S. Ferenczi (1932-1933) avait désigné comme « confusion des langues », entre « langage de la passion » de l’adulte et « langage de la tendresse » de l’enfant, qui dénierait l’écart produit par l’immaturité psychoaffective et sexuelle de ce dernier.
Notre société semble cependant recouvrir d’un certain leurre sa vision d’un toucher dont on pourrait ainsi distinguer l’aspect primitif et « vierge », qui reproduirait l’eden des soins maternels, d’un deuxième aspect qui contiendrait le sexuel et ne devrait donc s’exercer qu’entre partenaires « avertis ». Penser qu’un toucher pourrait exister dans la pleine innocence dédouanerait ainsi ses partenaires de la libido qui les anime, déculpabilisant les uns de leur séduction incestueuse et rendant aux autres le statut d’enfant angélique que Freud (1951, 1962) dénonça le premier.
Pourtant, quoi de plus honorable et même structurant que la fameuse « p’tite bête qui monte, qui monte, qui monte… » et produit chez le bébé, comme chez le parent, la délicieuse élation partagée du « guili, guili », présage du bon établissement de l’auto-érotisme chez l’enfant ? Elle est séduction de l’adulte maternant certes, mais dans le cadre symbolisant d’une comptine transmise par les générations précédentes, et dont les rythmes et paroles contiennent et structurent l’agitation des sens.
Il en va bien autrement de ces « papouillages » et « tripotages » incessants, qui viennent agacer ou bouleverser le petit, et provoquent en lui cet afflux d’excitation endogène auquel il ne peut se soustraire et qu’il ne peut alors élaborer d’aucune représentation mentale. Freud (1981), qui avait d’abord voulu distinguer courant sensuel et courant tendre dans la pulsion sexuelle, parla ensuite d’une désexualisation qui serait seconde et se produirait par inhibition de la pulsion quant à son but, et qui présiderait par exemple dans les soins maternels. Cette notion reprise récemment par H. Parat (1999) souligne que l’apport et la transmission narcissiques vitaux de ces soins se fondent sur un soubassement érotique, dont la mère est consciente mais qu’elle renonce à satisfaire avec son bébé.
Ce qui déborde l’enfant dans le toucher n’est donc pas l’excitation en tant que telle, mais le vide psychique dont elle peut s’accompagner. La mainmise de l’autre, si l’adulte en fait pour lui-même un impensable, y est alors appropriation qui bafoue le corps dans son inscription relationnelle et dénie à l’enfant son statut de personne qui vit, qui sent et qui pense. La peau ne pourra servir de support et de préfiguration à la construction de l’identité que lorsqu’elle aura été respectée dans sa limite et confirmée dans ses fonctions structurantes [fonctions de maintenance, de contenance et d’inscription que nous ne pouvons développer ici, mais dont le lecteur trouvera la théorisation autour du concept de Moi-peau créé dans le champ de la psychanalyse par D. Anzieu (1985)].
Cela souligne qu’un toucher insistant, permanent ou effractant interdit à l’enfant de se percevoir capable à son tour de réguler son excitation, puis de la mettre au service de son évolution. « Saisir » le monde, c’est d’abord l’explorer, le manipuler, le tâter ; toucher les parties de son propre corps, toucher le visage et le corps de l’autre, puis caresser, taper, frotter les objets afin d’en expérimenter la forme, la nature, la consistance et la résistance sont autant d’actes qui soutiennent la soif de découvertes et de rencontres. Le jeune enfant y prend un plaisir évident et nécessaire, comme il le fera plus tard en jouant avec ces matières qui deviendront siennes, comme la nourriture, puis ses fèces avant qu’il en soit détourné par l’interdit parental.
Cette limitation qui le frustre l’oblige à quitter ses positions archaïques pour mieux s’établir dans le monde de la pensée et du langage vers lequel le pousse l’adulte. L’interdit du toucher ne jouera pas alors comme seule castration – pour reprendre les termes de F. Dolto (1984) – mais bien comme promotion et inscription dans un espace symbolique qui se détache progressivement de l’espace corporel. Dès lors, l’enfant se dégage du contact proche, prédateur ou débordant qu’il imposait à son environnement : la médiation par le regard, par la parole puis par la pensée viendra progressivement prendre le relais. Les jeux de poursuite, de bagarre ou de « papa et maman », comme les jeux de « docteur », seront encore l’occasion d’attouchements plus ou moins érotisés, qui finiront par se sublimer en période de latence dans l’apprentissage de sports collectifs. Ceux-ci (poursuite à « chat », judo, danse, foot, etc.) ritualisent les contacts et les autorisent dans certaines limites (embrassades sur le terrain, empoignades sur le tatami) et, le plus souvent, dans la seule compagnie du même sexe. Les longues heures passées côte à côte à jouer sur les « game-boy » et autres « consoles » ou à essayer coiffures, maquillages et vêtements permettent encore de se toucher tout en garantissant la distance.
Quant à la masturbation, que notre époque tolère comme une activité naturelle, voire nécessaire au développement psychosexuel, elle n’interrogera que lorsqu’elle s’exerce dans la compulsion et dans l’angoisse. Souvent absente ou déplacée à la latence (combien de jeunes à cet âge s’adonnent en toute innocence à des activités comme l’équitation, le vélo ou la manipulation fébrile de leurs manettes de jeux ?), elle réapparaît dans un tout autre contexte à l’adolescence, du fait des remaniements pubertaires. Le toucher solitaire s’accompagne alors de fantasmes destinés à contrôler et introjecter la scène primitive (mystère de la vie sexuelle des parents), comme à conjurer l’angoisse de castration. Lorsque le Moi se renforce et peut s’affirmer dans sa génitalité, la masturbation sera plutôt entourée de fantaisies érotiques autour d’un partenaire imaginaire qui prépare l’accès à une sexualité accomplie. Les jeunes s’essayent d’abord au déroulement d’activités individuelles au sein du groupe (sports de glisse et de surf, comme voyages d’« internaute »), qui les protègent plus sûrement de l’excitation qu’un rapproché direct qu’ils ne s’autoriseront qu’ultérieurement et par étapes (les « rave-party » sont ainsi l’occasion d’un déferlement des sensations qui ne peut encore se produire qu’à l’abri de la foule et des stupéfiants).
Progressivement, s’intégreront les fantasmes pervers de l’enfance pour se placer sous la suprématie de la génitalité et du plaisir hétérosexuel partagé. Le toucher s’en trouvera modulé et saura se faire érotique ou social, selon les circonstances.
Lorsque cette évolution structurante n’a pu se dérouler, l’excitation semble à la fois recherchée et rejetée parce qu’elle effracte et menace l’identité tout en témoignant de sa vitalité.
Les thérapeutes qui utilisent le toucher pour médiation doivent d’autant plus réfléchir à leur action autour de l’équilibre dynamique entre pulsions et défenses propres à chaque âge comme à chaque problématique. Ces thérapies ne sauraient d’ailleurs être proposées en dehors d’un cadre qui en contienne les effets : références à l’institution qui s’en porte garante, à la formation professionnelle et personnelle du thérapeute qui l’assigne à une place définie et aux repères théoriques qui le soutiennent. Les proposer innocemment serait se fonder sur un déni qui en suspendrait les effets thérapeutiques, comme nous l’avons développé dans des travaux antérieurs (Lauras-Petit, 1989, 1996).
 
Toucher pour répondre à l’excitation
 
 
Afin d’illustrer ces propos, je décrirai les différentes phases de la prise en charge en relaxation d’un jeune garçon que j’ai suivi dans le cadre de la consultation d’un service de pédopsychiatrie.
Jean était âgé de 8 ans lorsqu’il fut reçu par le psychiatre de la consultation. C’est sa mère qui l’accompagnait, venant chercher conseil pour une « agitation incessante », qui n’était plus supportée à l’école depuis longtemps et qu’elle semblait mal tolérer depuis peu. Jean ne pouvait rester en place, bougeait dans tous les sens, dispersait toutes ses affaires et celles des autres, n’arrivait plus à s’endormir. En classe, il ne pouvait rester assis pour écouter la maîtresse, encore moins poser son attention sur une tâche continue et perturbait le fonctionnement du groupe, qu’il menaçait de ses angoisses.
Venue chercher une simple réponse médicamenteuse à l’excitation de son fils, la mère révéla au psychiatre l’imminence de la brusque séparation qu’elle envisageait d’imposer à son mari, pour régler l’intensité de leur conflit conjugal et rejoindre un autre homme en province, en emmenant Jean avec elle. Ni le père, qui d’ailleurs ne savait rien de la présente consultation, ni Jean n’étaient au courant de ces projets.
Le premier travail du consultant fut donc d’amener la mère à lever le secret, puis de rencontrer le père. Soulagé d’un premier niveau d’inquiétudes, Jean n’en restait pas moins dispersé et les tests psychologiques vinrent confirmer l’hypothèse d’angoisses archaïques chez un enfant intelligent, conduisant au diagnostic de prépsychose. La nature de ces troubles nécessitant des soins appropriés amena donc à préparer une admission en hôpital de jour, dans la région où la mère s’apprêtait à partir après avoir pu régler les conditions de son divorce. Jean fut alors prévenu de ces perspectives par ses parents et assuré de la possibilité de revoir son père. Le psychiatre, cherchant le moyen de contenir Jean afin de l’aider à faire face à cette période de transition difficile, me demanda de le recevoir dans le cadre du groupe de relaxation hebdomadaire que j’avais constitué dans le service.
Dans ce groupe, quatre garçons et filles de 8 à 13 ans poursuivaient chacun à son rythme une relaxation, selon la technique proposée par J. Berges et M. Bounes (1974). Jean vint progressivement trouver sa place et apaiser la charge fantasmatique qui débordait dans ses agirs, grâce aux fonctions contenantes du toucher. Soulignons combien la particularité du cadre de ce groupe – qui inscrit chaque enfant dans une relation individuelle avec le thérapeute et déroule la relaxation à son rythme propre – a joué ici un premier rôle essentiel. Dans une relation duelle, Jean n’aurait pu se risquer à la passivité et à la détente, et nous aurions été débordés l’un comme l’autre par l’excitation qui le protégeait de la régression.
Premiers contacts : de la dispersion aux premières traces
En fait de détente, les premières séances ne furent que courses éperdues entre le dedans et le dehors de la salle. Impressionné par la pénombre, par les chuchotements et l’immobilité des autres enfants étendus sur leur matelas comme par la perspective d’être touché à son tour, Jean ne pouvait rester dans la pièce et parcourait bruyamment le couloir qui le séparait de sa mère, restée dans la salle d’attente. Encore lui fallait-il se munir du sac à mains qu’elle lui laissait le droit de prendre et de fouiller, comme témoin de leur proximité sans limites. Jean resta ainsi sur le seuil plusieurs fois, avant de pouvoir se risquer à entrer en coup de vent, faire le tour de la pièce en vitesse et repartir à toutes jambes. Rassuré sans doute de n’avoir pas été retenu de force dans ce lieu qu’il pénétrait comme un intrus, Jean commença par y répandre les affaires de sa mère, premières traces qu’il se permettait de laisser et que je ramassais puis rassemblais dans mes bras en un tout que je lui rendais avant qu’il ne s’en aille. Voyant que je ne touchais pas plus avant à l’intimité de sa mère et que je ne lui interdisais pas l’agitation qui exprimait son angoisse, Jean supporta d’entrer sans le sac, puis de rester un peu plus dans la pièce. Il accepta ensuite d’être momentanément contenu dans mes bras lorsque la trajectoire de sa course venait me frôler. De lui-même, ensuite, Jean vint se coller contre mon dos, lorsque, accroupie et ne le regardant pas, je m’occupais d’un autre enfant. Jean pouvait ainsi s’essayer à la détente et se laisser porter par un contact étendu dont il ne risquait pas de rester captif. Mais il pouvait aussi participer aux dialogues toniques et verbaux qui ne pourraient pas le « toucher » directement, puisqu’ils ne lui étaient pas destinés.
Nouveaux repères : de la contention à la contenance
Un changement de salle nous fit bénéficier d’un espace beaucoup moins vaste et plus sécurisant pour la relaxation. Jean put alors rester brièvement sur le matelas où je le faisais glisser doucement depuis mon dos sur lequel il se relâchait. Dès lors, Jean matérialisa le contenu de ses fantasmes en venant muni de petits monstres mous et gluants qu’il tirait de ses poches et jetait à la volée dans la pièce en arrivant. Cette collection d’« horreurs » provoquait dans le groupe frayeur et dégoût, bientôt transformés en excitation et hilarité générales : les enfants se jetaient les monstres d’un matelas à l’autre avec force gestes, grimaces et onomatopées. Ces jeux de plaisir et d’effroi que je laissai simplement se dérouler n’entravaient pas pour autant la relaxation individuelle de chacun : lorsque je m’approchai d’un enfant, celui-ci gardait le jouet en main ou le mettait dans sa poche, tandis que les autres, respectant l’espace d’échange duel, ne venaient plus le solliciter. Finalement, les « monstres » ne furent plus projetés en l’air et passèrent de main en main pour relier chacun à ses voisins. Ces échanges se développèrent avec des objets moins inquiétants qu’apportèrent les uns et les autres : billes, balles, images ou bonbons. Conforté sans doute dans l’idée que ses fantasmes pouvaient être tolérés, partagés et repris par le groupe, Jean put alors y apporter les aspects les plus dévitalisés et mortifères de lui-même, par l’intermédiaire d’un petit squelette en caoutchouc collant, qu’il jetait sur les murs pour en regarder la lente et inexorable chute. J’intervins en recueillant systématiquement ce squelette sur l’oreiller qui était posé pour Jean sur le matelas. Jean repartait alors s’étendre et reprenait ce jeu de lancer-rattraper au-dessus de sa tête, mais circonscrit dans l’espace qui lui était réservé. J’estimai alors qu’il était maintenant possible de le toucher, ce qu’il supporta effectivement. Je prenais toujours soin de le prévenir de mes intentions en le laissant anticiper le contact par une approche progressive, puis en l’accompagnant par la verbalisation et la dénomination des parties de son corps que je touchais. Je me gardai longtemps de lui proposer le temps de manipulation passive habituel au cadre de la relaxation, afin de ne pas lui faire subir par cette mainmise une passivité qu’il était encore loin de pouvoir tolérer. Mes gestes ne manquaient pas pour autant de la « poigne » nécessaire à lui renvoyer la solidité et la fermeté des limites de son corps. Jean vint alors avec des livres, dont il regardait les illustrations quand j’étais occupée avec un autre enfant : encyclopédie sur la vie des insectes, dont nous reprenions en quelques mots les caractéristiques (avec une carapace ou de fragiles ailes, avec de gros yeux ou avec des antennes, par exemple), ce qui lui servait de support d’expression de ses propres sensations, puis livre anatomique qu’il montrait aux autres. Enfin put-il apporter l’histoire d’un ourson dans sa famille.
Détente : du calme à la cohérence
Dans les séances suivantes, s’établit un nouvel espace de « transitionnalité » qu’il n’avait jusqu’alors expérimenté que par brefs fragments. Jean ferma les yeux pour la première fois et laissa son corps se détendre. Je pus alors empaumer vraiment ses bras et jambes, les soulever et les déplacer, lui imprimer des mouvements d’oscillations légères, soulever sa tête entre mes mains. J’axai mes interventions sur une détente et une perception globale du corps qui soient contenantes de ses angoisses archaïques. Je n’abordai pas la phase suivante de la relaxation qui, en introduisant la respiration, alternance rythmée et passage du dedans au dehors, aurait été trop intrusive et excitante pour Jean à ce stade-là. Jean put ressentir de vrais moments de calme et de cohérence dans son univers fragmenté. Il put accéder au contact, qu’il ne ressentait au départ que comme extrêmement débordant et dangereux. Sa relation à l’autre commençait à se négocier autour des frontières d’un corps, dont il avait testé la sécurité et les limites dans la réalité de ses éprouvés et non plus seulement par le biais de ses fantasmes morbides.
Mieux toléré à l’école parce qu’il s’y montrait moins dispersé, Jean put reprendre sa place dans sa classe jusqu’au moment de son départ en province. Accueilli là-bas dans un hôpital de jour, Jean put y être suivi pour l’ensemble de sa problématique.
Nous pensons que notre intervention thérapeutique lui aura proposé l’étayage nécessaire pour que sa fragile structure de personnalité résiste aux bouleversements familiaux et intrapsychiques auxquels il était alors soumis. L’indication de relaxation témoigne ici de ce que le toucher peut être nettement moins excitant que la parole dans certaines situations : une adresse en psychothérapie aurait pu dans ce contexte alimenter au contraire la fantasmatique de l’enfant, et le noyer dans la profusion de l’imaginaire sans corps qui le transperçait à l’époque.
Cela n’a été possible qu’en appui sur le travail d’élaboration de la problématique familiale conduite par le médecin consultant avec les parents de l’enfant. Sans ce cadre qui différenciait aussi les espaces, Jean n’aurait probablement pas pu se saisir de l’expérience personnelle qui lui était proposée.
Pour conclure, je voudrais souligner que le toucher n’a pas en tant que tel d’action univoque. Il peut tout aussi bien lever l’isolation par rapport à des ressentis affectifs profonds et s’opposer au démantèlement désintégrateur que produire l’abolition aliénante des limites. Lorsqu’il est imposé dans le déni des enjeux tendres comme érotiques qu’il contient, le toucher ne peut promouvoir l’espace de la séparation qui lui permet d’intégrer l’excitation à l’ensemble de l’activité psychique.
 
BIBLIOGRAPHIE
 
·  Anzieu, D. 1985. Le Moi-Peau, Paris, Dunod.
·  Berges, J. ; Bounes, M. 1974. La Relaxation thérapeutique chez l’enfant, Paris, Masson.
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·  Ferenczi, S. 1932-1933. « Sprachverwirrung zwischen den Erwachsenen und dem Kind, Fr. » dans La Psychanalyse, Paris, puf, 1961, VI, 241-253. Passim.
·  Freud, S. 1951. Introduction à la psychanalyse, Paris, Payot, 1951.
·  Freud, S. 1962. Trois essais sur la théorie de la sexualité, Paris, Gallimard.
·  Freud, S. 1981. « Psychologie des foules et analyse du Moi », dans Essais de psychanalyse, Paris, Payot.
·  Lauras-Petit, A. 1996. « Du massage au message, abord corporel de certaines pathologies », dans Le Toucher dans la relation de soin, Actes du Colloque de l’addapp, Bordeaux, p. 35-51.
·  Lauras-Petit, A. 1989. La Relaxation : ses aménagements dans la cure des psychotiques, Intervention aux XIXe JA de psychomotricité, 27 janvier 1989, Paris.
·  Parat, H. 1999. L’Érotique maternelle, Paris, Dunod.
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