2001
Enfance et PSY
Dossier
Les thérapies comportementales et cognitives
Luis Vera
Luis Vera, docteur en
psychologie clinique, est psychothérapeute au Service de psychopathologie de
l’enfant et l’adolescent du Professeur Mouren-Simeoni, Hôpital Robert Debré,
Paris.
En thérapie comportementale et cognitive, l’attribution du
caractère pathologique de l’excitation
chez l’enfant dépendra de l’étude fine des conséquences du comportement excité.
L’enfant déprimé, l’enfant phobique présentent des processus excitatifs qui ne
sont pas forcément pathologiques. Dans cet article, l’aspect bénéfique ou
néfaste de l’excitation est discuté. Pour l’excitation pathologique, quelques
techniques thérapeutiques sont décrites.Mots-clés :
comportement, cognition, excitation, thérapies
comportementales et cognitives.
En France, depuis plus d’une vingtaine d’années, les thérapies
comportementales et cognitives sont couramment appliquées chez l’enfant
présentant des troubles comportementaux, dépression ou anxiété. Bien que les
troubles mentionnés précédemment ne soient pas les seules indications de ces
thérapies, leur traitement réunit un ensemble d’hypothèses de travail
illustrant assez bien la manière de concevoir les différents problèmes
psychologiques et psychopathologiques. C’est pourquoi nous allons nous référer
à ces troubles pour illustrer le modèle de référence à propos de l’excitation
chez l’enfant.
Les principales caractéristiques de cette approche sont les
suivantes :
- l’évaluation clinique avant thérapie recherche les causes
actuelles du comportement-problème. Cette démarche considère donc que la
persistance d’un comportement est sous l’emprise des facteurs actuels actifs,
appris au cours des expériences de l’enfant ;
- l’apprentissage est considéré comme l’un des facteurs
responsables du développement des comportements inadaptés
;
- l’identification des stimuli stressants ou anxiogènes et la
prise de conscience qui s’en suit ne suffisent pas pour provoquer un changement
;
- l’adoption des actions liées à cette prise de conscience a
des effets thérapeutiques. Par exemple, l’agressivité liée au rejet qu’elle
suscite chez l’autre conduit au développement d’un sentiment de dévalorisation.
La prise de conscience du malaise relationnel est suivie d’un encouragement à
se comporter différemment et à apprendre, dans cet exemple précis, à adopter
des comportements de communication relationnels souples, non agressifs. Le
développement des compétences sociales étayées sur le désir relationnel devient
l’objectif thérapeutique principal ;
- cette approche est très structurée, limitée dans le temps
et a ses indications bien précises.
Les théories de l’apprentissage et l’excitation
Selon cette approche (influence de Pavlov), le système nerveux
central est régi par deux processus : un processus d’excitation et un processus
d’inhibition. Les réactions de l’organisme résultent de la force de ces deux
processus : par exemple, dans le type fort, c’est le processus d’excitation qui
domine ; dans le type équilibré, ces deux processus ont une force identique,
etc. La conception du système nerveux comme étant à la base de types différents
de personnalités (type excité ou fort, type inhibé, type équilibré…) a
largement influencé les modalités thérapeutiques développées ultérieurement.
L’état émotionnel du sujet est susceptible d’être modifié par des agents
pharmacologiques (d’où leurs nombreuses applications), mais il peut également
s’agir d’un état psychologique induit par des facteurs physiologiques. Cet état
émotionnel peut engendrer des conduites excitées ou inhibées prenant parfois un
caractère inadapté. De nombreuses techniques thérapeutiques vont modifier
l’état émotionnel afin d’influencer le comportement. Il s’agit donc d’une
action thérapeutique fondée sur la modification physiologique : la
désensibilisation systématique est une stratégie qui utilise la relaxation
comme moyen privilégié de renforcement des capacités de réflexion,
d’imagination, d’anticipation précédant une conduite (Vera et Mirabel-Sarron,
2000).
Comment peut-on expliquer le développement d’un comportement
psychopathologique par les lois d’apprentissage ?
Conditionnement classique ou
conditionnement pavlovien : il explique le développement de
certaines phobies, de l’angoisse. Un stimulus neutre, tout d’abord sans effet,
ne devient conditionnel (anxiogène par association) que lorsqu’il a été associé
à un stimulus inconditionnel (anxiogène à la base). Ensuite, l’extinction survient normalement si la réaction
conditionnelle s’est manifestée un certain nombre de fois sans avoir été
renforcée, c’est-à-dire sans que le stimulus inconditionnel ait été de nouveau
présenté. En ce qui concerne l’excitation, par exemple l’enfant qui redoute de
faire son travail scolaire pourra associer ses sensations de crainte à l’heure
d’arrivée de sa mère : il se défendra des sensations désagréables en adoptant
des comportements « très actifs », incompatibles avec le travail
intellectuel.
Conditionnement
opérant : il s’agit de définir les conduites dans un cadre général
d’interaction du sujet avec son environnement. Les conséquences des actions
expliquent le développement et la persistance des conduites inadaptées
(obsessions, boulimies, agressivité, mauvaise estime de soi…). Dans cette
notion d’apprentissage opérant, le comportement excité serait considéré comme
une conduite renforcée par les conséquences perçues par l’enfant : il fait le
pitre dans la classe pour masquer son sentiment de mauvaise estime de
soi.
Apprentissage social :
le sujet apprend à se comporter en observant les attitudes d’autrui. Des
comportements de peur sociale, de timidité pathologique, d’inadaptation
scolaire, d’excitation sont expliqués également par ce type
d’apprentissage.
Apprentissage cognitif
: les activités cognitives peuvent être à la base d’une mauvaise estime de soi,
de certains affects dépressifs. L’étude du traitement de l’information
renseigne sur les processus de pensée conscients et inconscients qui filtrent
et organisent la perception des événements. Ainsi, la perception est analysée à
travers le type d’attribution de causalité (par exemple, style dépressif
d’attribution…), les distorsions cognitives (par exemple, focalisation sur un
détail…), les erreurs cognitives d’interprétation de la réalité (par exemple,
tendance exacerbée à réagir aux contraintes interprétées comme
injustes…).
L’évaluation de l’excitation
Le thérapeute s’intéresse à la description fine des composantes
comportementales et cognitives de l’excitation. Dans ce dessein, il va utiliser
différentes techniques d’entretien.
L’entretien clinique, sémiologique a un style circonstancié et
narratif, où les parents et l’enfant seront les principaux interlocuteurs afin
de préciser toutes les conditions dans lesquelles le comportement se manifeste.
On précisera également tous les antécédents : séparations précoces, maladies
chroniques, ambiance familiale, pathologie parentale…
L’entretien informatif, c’est l’un des moments-clés de la
thérapie. Il consiste à informer les parents sur les bases théoriques des
thérapies comportementales et cognitives, et à éveiller leur motivation à
s’engager dans un processus thérapeutique qui, très souvent, va les solliciter
en tant que cothérapeutes. Il faut également informer l’enfant sur la manière
de travailler en thérapie : par exemple les dessins, les jeux ne sont qu’un
élément secondaire dans la recherche des solutions à son problème ; le but
principal est l’étude des conditions favorisant un comportement adapté aux
situations de vie.
L’entretien d’évaluation (Mirabel-Sarron et Vera, 1995) :
l’évaluation symptomatique utilise différents questionnaires :
- échelle de peurs de Vera (ecap) ;
- échelle d’anxiété de Spielberger ;
- échelle d’estime de soi de Coopersmith
;
- échelle d’obsessions et de compulsions de Leyton
;
- échelle de dépression de Kovacs ;
- questionnaire d’hyperactivité de Conners (version destinée
aux parents, version destinée aux enseignants) ;
- questionnaire d’observation comportementale destiné aux
enseignants.
L’excitation et la pathologie
L’excitation excessive et handicapante observée chez certains
enfants est considérée par les comportementalistes comme un ensemble des
conduites largement influencées par des facteurs environnementaux : si l’enfant
est excité fréquemment, c’est parce son environnement n’offre pas les
conditions nécessaires à l’inhibition de cette excitation
pathologique.
Mais, avant de se prononcer sur le caractère négatif ou positif
de l’excitation, il faut tout d’abord préciser où, quand, avec quelle
fréquence, avec quelle intensité, en présence de qui, se déclenchent les
conduites excitées : « Je suis obligé de me contrôler en permanence, sinon je
sortirais de la salle de classe, je me mettrais debout pour aller faire
n’importe quoi… »
On précisera également les conséquences du comportement de
l’enfant sur les proches et l’environnement social : les bénéfices ou les
résultats néfastes obtenus. Cela dégage le « profil comportemental » de
l’enfant et les attitudes positives et négatives des parents.
Le profil comportemental doit refléter exactement les
conditions précédant un comportement excité, sa fréquence, son intensité et ses
conséquences. Par exemple, Pierre, âgé de 9 ans, décrit ses difficultés
d’endormissement : « Tous les soirs, je tente de m’endormir, mais je ne peux
pas m’empêcher de penser aux jeux vidéo et j’aimerais trop me lever pour aller
essayer une nouvelle stratégie que, parfois, je trouve en essayant de
m’endormir… » Il s’agit d’un processus d’excitation cognitive.
L’entretien est associé à l’entraînement à l’observation
comportementale (fréquence, durée, intensité, modalités…). Cette méthode de
recueil des données est appliquée aussi bien par le thérapeute que par ceux qui
sont présents dans le quotidien de l’enfant (parents, instituteurs, personnel
soignant…). On aura de cette manière des éléments sur l’excitation comportementale.
Enfin, définition et construction de la « ligne de base ».
Celle-ci doit refléter les fluctuations du comportement inadapté pendant
plusieurs semaines, avant de commencer un traitement spécifique.
Le caractère pathologique de l’excitation dépend donc d’un
processus de décision sur les conséquences négatives que celle-ci a sur le
bien-être de l’enfant.
La dépression
Chez un enfant déprimé, dans la vie quotidienne, l’excitation
constitue probablement la source la plus fréquente de stress et d’anxiété
familiale. Déjà, en absence de dépression, la famille tolère mal l’absence
d’organisation comportementale de l’un de ses membres : il faut respecter un
certain ordre dans les actions. Souvent, la famille s’habitue à l’état
d’apathie, de refus du plaisir de l’enfant déprimé. Elle peut donc résister à
un changement, pourtant souhaité.
Marc, 12 ans, est traité pour épisode dépressif majeur. Les
affects dépressifs étant manifestement en rémission après deux mois
d’hospitalisation en psychiatrie, Marc est encouragé par le thérapeute
comportementaliste à s’engager dans des activités agréables, il est censé «
s’activer » après deux ans d’apathie dépressive. Il nous décrit la situation
suivante : « J’allais faire un tour de trottinette samedi après-midi et, au
moment de sortir de la maison, ma mère s’est interposée et m’a empêché de
quitter l’appartement. J’avais du travail scolaire à faire – disait ma mère,
alors que j’ai 14 de moyenne. J’ai tenté de la repousser et mon père est venu
me retenir et m’a demandé d’aller dans ma chambre. J’ai refusé d’y aller et
j’ai tenté de sortir quand même, mon frère aîné a commencé à me taper… Je suis
allé pleurer dans ma chambre… j’entendais mon père crier à ma mère et à mon
frère : C’est votre faute… pourquoi vous l’empêchez de sortir alors que,
pendant deux ans, nous avons été malheureux car il ne voulait rien faire ? »
D’après les parents, la raison qui les avait poussés à empêcher Marc de sortir
était son état d’agitation, d’excitation : « C’est certainement de la mauvaise
excitation, car il n’était pas comme ça avant la dépression. Il aimait rester à
la maison… » Cette notion de « mauvaise excitation » pose de nombreux problèmes
cliniques concernant le diagnostic : excitation hypomaniaque précédant un
épisode dépressif bipolaire ? agitation désorganisée dans un contexte des
troubles du contrôle des impulsions ? euphorie normale et désir de se faire
plaisir dans un contexte « après dépression » ?
Si on reste fidèle aux critères sur l’excitation pathologique
(handicap dans le fonctionnement habituel), Marc ne présente pas un tableau
d’excitation permanent, il peut se concentrer et faire son travail scolaire
correctement. Marc est donc soutenu en psychothérapie dans ses engagements à
des activités jugées par lui comme agréables et antidépressives.
Les difficultés de concentration, le ralentissement de la
pensée et l’indécision sont fréquents. L’enfant peut se plaindre de troubles de
la mémoire et apparaître facilement distrait. C’est pourquoi on note
quelquefois une baisse des résultats scolaires. Les difficultés de
concentration et le comportement agité associé chez l’enfant sont fréquents. Le
manque de concentration chez l’enfant à risque dépressif ou déprimé survient
d’une manière soudaine alors qu’auparavant, il ne présentait pas de difficulté
de concentration. « C’est comme si ma tête était un ballon qui roule sans
pouvoir s’arrêter », dit Pierre-Yves. « Quand je dois choisir entre faire du
français et faire de l’histoire, je peux rester des heures à ouvrir un cahier,
à le fermer, à ouvrir l’autre, à faire des galipettes… J’ai la tête lourde… Je
me sens énervé, je réponds après plusieurs minutes à des questions que mes
parents me posent, je dois me forcer à réfléchir », poursuit-il.
Dans le traitement de la dépression chez l’enfant (Vera,
2001), le comportement dépressif de l’enfant est abordé par le biais de la
technique thérapeutique « Programme d’activités ». Le principe consiste à
augmenter les événements agréables et à diminuer les événements considérés
comme désagréables par l’enfant. Plusieurs cliniciens ont constaté que la
planification d’activités (d’une manière modérée) renforce des sentiments
positifs qui diminuent la tristesse. Cette planification d’activités agréables
nous paraît annuler l’idée qu’il faille attendre d’être de bonne humeur pour
faire quelque chose. D’ailleurs, elle est confirmée souvent dans le quotidien :
« Je n’avais pas envie d’y aller, mais on s’est bien amusé. Je ne regrette pas
d’avoir accepté l’invitation. » Enfin, le programme d’activités évite le
processus de décision, qui est souvent tourmenté et rempli de doutes chez
l’enfant à risque dépressif ou déjà déprimé.
Claire : De l’excitation pour ne
plus être timide
Claire, âgée de 11 ans, fille unique, est hospitalisée pour
une durée de quelques semaines dans un service de psychopathologie pour
observation et traitement éventuel. Elle inquiète ses parents, car depuis trois
mois elle est triste, a des difficultés à s’endormir. Le lundi matin, elle a
des difficultés pour se lever, s’inquiète à propos des récitations. Parfois,
elle pleure le soir sans raison, parfois, elle se lève cent fois sous n’importe
quel prétexte, ou bien elle est prise d’une frénésie de rangement et paraît
tellement excitée qu’il nous est impossible de nous faire obéir pour qu’elle se
couche. »
Claire est réservée, mais ne semble pas mal à l’aise, elle
est désireuse de bien faire, de ne pas décevoir. Elle accepte sans difficultés
la proposition d’hospitalisation. Elle s’adapte rapidement, participe aux
activités avec les éducateurs et infirmiers. Elle a un visage souriant et peut
discuter avec les autres enfants, mais ne prend jamais d’initiatives. L’anxiété
sociale est exprimée de façon nette dans les auto-questionnaires de phobie, «
j’ai peur de ne pas avoir d’amis » ; « j’ai peur d’avoir l’air ridicule » ; «
j’ai peur de rencontrer un camarade dans la rue »… Elle « craque », pleure et
se plaint de ne pas avoir d’amis, d’être isolée à l’école, de ne pas savoir
quoi dire si on s’adresse à elle : « au début de l’année, plusieurs filles sont
venues me parler… Mais le lendemain je n’osais pas aller à leur rencontre… »
Elle a honte d’être toute seule, se sent observée, mais arrive à se dire que le
problème vient d’elle…
Notre proposition de thérapie de groupe d’affirmation de soi
la terrifie, mais elle accepte de participer en tant qu’observatrice à une
séance. En groupe de 6 enfants de son âge, elle n’est visiblement pas à son
aise, ne regarde personne, mais écoute attentivement ce qui est dit dans le
groupe. On fait un jeu de rôle sur « comment se faire des amis quand on va dans
un club de sports ou de loisirs », elle observe les enfants qui jouent la
situation, semble intéressée. À la fin de la séance, elle accepte de participer
régulièrement aux séances de groupe. Nous faisons une liste des situations «
cibles » (comment demander quelque chose, comment « essuyer un refus »…). Son
évolution est favorable… Elle veut « exister », se faire « remarquer »
positivement. Quelques semaines après son hospitalisation, elle poursuit la
psychothérapie d’affirmation de soi à raison d’une fois par semaine.
Cette observation est typique d’une inhibition sociale
(timidité pathologique) associée à une excitation mentale anticipatoire
destinée à résoudre son problème, mais sans qu’il y ait efficacité des projets
qui restent inhibés. Il existe chez cette fillette un désir très fort d’être
reconnue, d’être acceptée, mais le doute sur ses aptitudes freine la prise
d’initiative. Les troubles de sommeil sont directement associés à deux facteurs
excitatifs : soit elle restait dans son lit et développait des plans pour
sortir de sa timidité, soit elle s’agitait en se levant pour éviter de penser à
sa situation. Les comportements d’évitement sont au premier plan et lorsque la
pression sociale augmente, les affects dépressifs viennent aggraver son état.
Elle se sent incapable de gérer la réalité et perd confiance en
elle-même.
Face à des stimuli anxiogènes, on peut observer deux types de
réaction comportementale : l’inhibition et l’excitation
comportementales.
La première concerne l’ensemble de réactions de passivité, de
réponses inappropriées montrant la résignation de l’enfant, le sentiment de
désemparement, le sentiment d’incapacité générale à composer avec le monde.
Cette inhibition comportementale engendre chez l’enfant un sentiment d’anxiété
et une attente de ne pas être confronté à ce qui est ressenti comme angoissant.
L’un des buts des thérapies comportementales et cognitives est de « désinhiber
» l’enfant, de provoquer une certaine excitation positive afin de développer le
sentiment qu’il est capable de produire des réactions appropriées. Ce travail
thérapeutique d’excitation et d’encouragement pour aller vers les stimuli
phobogènes débute au niveau émotionnel, en passant par l’imaginaire et en
renforçant les comportements d’approche adaptés. Il s’agit de la
désensibilisation systématique.
Tout d’abord, la relaxation permettra de développer chez
l’enfant des sensations agréables, des sensations qui vont s’opposer aux
réactions d’anxiété. En fait, la Désensibilisation systématique est une
technique d’exposition en imagination aux objets phobogènes ou aux situations
dans lesquelles l’autocontrôle fait défaut. La passivité est donc modifiée en
excitation positive, afin de faire face à la réalité et de préserver une bonne
estime de soi.
Le deuxième type de réaction face aux objets phobogènes
concerne l’ensemble de comportements actifs que l’enfant mettra en place pour
éviter la confrontation. La plupart seront très efficaces dans la planification
des séquences comportementales d’évitement. On observera une montée de tension
émotive. Une fois que l’émotion s’est emparée de lui, la perception de la
source d’angoisse change puisqu’il commence à réagir activement : le
comportement excité l’aide à éviter la situation anxiogène. Se lever dix fois
pour dire bonsoir à ses parents permet de vérifier qu’ils sont toujours là.
Aller chercher un verre d’eau toutes les cinq minutes permet d’éviter de faire
des mathématiques (les tables de multiplication n’ont pas été apprises !). De
cette manière, l’enfant apprend à utiliser l’excitation comme un moyen
d’évitement, de procastination. La solution de pratiquer l’évitement, de sorte
que le répertoire comportemental s’agence automatiquement, estompe le besoin et
le plaisir de penser. Ces comportements inadaptés ne requièrent que peu ou pas
d’attention et de concentration.
En guise de conclusion, nous pouvons dire que le comportement
excité de l’enfant est considéré comme inadapté seulement lorsqu’il présente un
handicap dans le fonctionnement quotidien de l’enfant. Les critères de handicap
sont clairement étudiés au moyen d’entretiens directifs. Les techniques
thérapeutiques visent soit l’inhibition de l’excitation, soit l’activation du
comportement et cela en fonction de la pathologie. Dans les dépressions, la
tendance sera l’activation comportementale en veillant à l’hypomanie. Dans les
phobies, l’excitation est considérée comme une défense qui empêche la
confrontation aux objets phobogènes.
·
Mirabel-Sarron, C. ;
Vera, L. 1995.
L’Entretien en thérapie comportementale et
cognitive, Paris, Dunod.
·
Vera, L. ;
Mirabel-Sarron, C. 2000.
Psychothérapies des phobies, Paris,
Dunod.
·
Vera, L. 2001.
Mon enfant est triste. Comprendre et aider
l’enfant déprimé, Paris, Odile Jacob.