2001
Enfance et PSY
Dossier
Enfant instable, enfant agité, enfant excité
Robert Voyazopoulos
Robert Voyazopoulos est
psychologue à l’Éducation nationale, chargé d’enseignement à l’université
Paris-V.
L’enfant agité, instable, excité, hyperactif... suscite depuis
quelques années des interrogations et des débats passionnels entre les diverses
disciplines qui s’intéressent à cette question de santé publique et
d’éducation. Dans cet article, est proposée une revue rapide du sujet, depuis
l’approche diagnostique, discutable selon les références aux classifications,
jusqu’aux approches théorico-cliniques de la neuropsychologie à la
psychanalyse.Mots-clés :
agitation, enfance, hyperactivité, instabilité, psychopathologie, troubles
de l’attention.
Hyperactivité, agitation, excitation, instabilité, troubles de
l’attention… Motifs de consultation du pédiatre parmi les plus fréquents, mais
surtout de consultation du psychologue ou du pédopsychiatre, ce sont des
symptômes manifestes mal supportés par l’entourage de l’enfant, du fait de
leurs conséquences sur la vie familiale, l’adaptation scolaire et les
apprentissages, et des désordres qu’ils entraînent dans la vie de tous les
jours.
Si ces troubles sont très fréquents, ils sont aussi parmi les
plus discutés. D’ailleurs, la part de subjectivité dans leur reconnaissance est
particulièrement importante. En effet, ces manifestations ou symptômes forment
une entité pathologique problématique qui ne fait pas l’objet d’un consensus
minimal chez les spécialistes de la santé mentale. En pratique, les symptômes
réunis sous ce terme sont de nature très différente. Il s’agit surtout
d’enfants montrant une hyperactivité motrice, une agitation inefficace, une
activité décousue et désordonnée. Ces enfants, que l’entourage qualifie
volontiers d’« excités », souffrent aussi d’une grande fragilité émotionnelle,
d’impulsivité, d’une incapacité à différer un plaisir, d’une apparente
indifférence aux sollicitations ou aux consignes. Le défaut de contrôle des
activités menées ainsi que le manque d’inhibition dans de nombreuses
circonstances de la vie quotidienne sont à l’origine de situations
conflictuelles qui font « craquer » les adultes concernés.
L’inattention, encore
nommée distraction ou distractibilité, défaut de concentration, manque
d’attention, est souvent variable et inconstante.
Sur le plan clinique, les enfants sujets aux troubles de
l’attention ont une faible capacité à se concentrer, font de nombreuses erreurs
d’étourderie, ne peuvent se fixer sur une tâche ou organiser leur activité. Ils
semblent ne pas écouter ce qu’on leur dit, ne respectent pas les consignes,
perdent ou détériorent leurs objets personnels. Enfin, ils interrompent souvent
l’activité, le jeu ou le travail en cours pour prêter attention à des
événements secondaires, sans protection par rapport au moindre
distracteur.
Dans l’hyperactivité,
l’activité motrice est exagérée pour l’âge, avec un comportement permanent de «
bougeotte ». Ils courent sans arrêt, ont de la difficulté à rester assis,
grimpent ou explorent l’espace sans retenue. Remuants et agités à l’école comme
à la maison, ils tiennent difficilement en place, font tomber maladroitement
les objets. Leurs mouvements paraissent désorganisés, ils agitent leurs mains,
leurs bras ou leurs jambes, même à table ou en regardant la télévision, avec
une participation corporelle le plus souvent globale.
L’impulsivité se
traduit sur le plan comportemental et cognitif. L’enfant paraît incapable de
contrôler les comportements verbaux ou physiques inadaptés. L’excitation
physique générale les rend inaptes à différer les actes, à attendre leur tour,
à prendre la parole au moment qui convient. La quête immédiate du plaisir, les
impulsions soudainement agies, imprévisibles pour leur entourage, les rendent
souvent victimes d’accidents corporels à l’extérieur comme au domicile. Sur le
plan cognitif, l’impulsivité fait référence à la difficulté d’évaluer
l’ensemble des réponses possibles dans les résolutions de problèmes nécessitant
l’analyse simultanée de plusieurs solutions, et à l’incapacité d’inhiber les
réponses spontanées fréquemment erronées. Les démarches intellectuelles
nécessitant un traitement séquentiel et temporel sont altérées, la mémoire à
court terme étant particulièrement fragilisée.
Pathologies et troubles associés
Ces perturbations sont associées très fréquemment avec des
difficultés scolaires et des troubles d’apprentissage (dont on peut penser
qu’elles les entraînent), ainsi qu’à des problèmes relationnels. Les enfants
instables connaissent pour la plupart un retard scolaire plus ou moins
important selon leur âge, conséquence de leur comportement d’inattention et de
non-respect des règles et des consignes scolaires. Les conflits en famille,
avec les autres enfants, avec les adultes de leur entourage sont nombreux,
entraînant une dégradation du climat relationnel et affectif familial et
social.
Des études épidémiologiques américaines (reprises et citées par
Desjardins et la plupart des auteurs donnés en bibliographie) ont mis en
évidence l’association fréquente avec d’autres manifestations
psychopathologiques. Il s’agit des comportements d’opposition, d’intolérance à
la frustration, de refus de participation aux activités collectives, familiales
ou scolaires. Les comportements agressifs et les transgressions témoignent
également de difficultés dans les conduites sociales. Les troubles anxieux et
les troubles dépressifs sont associés dans près de la moitié des cas.
Diagnostic différentiel et formes limites
Dans ces limites mal définies et éminemment subjectives, il est
quelquefois difficile de distinguer le trouble « hyperactivité » d’une
augmentation développementale de la motricité, nommée parfois turbulence et
assez habituelle chez l’enfant tout-venant. De plus, des comportements
d’agitation et d’inattention majeure peuvent être induits par d’autres troubles
du développement, et peuvent même constituer la manifestation gênante et
visible d’un trouble beaucoup plus global.
Le diagnostic différentiel vise donc habituellement à écarter
d’emblée toutes les graves pathologies du développement, des états-limites aux
psychoses. Un examen psychologique approfondi permet l’évaluation de l’ensemble
des voies de développement et des fonctions psychiques de l’enfant. La question
des troubles associés à la symptomatologie de base justifie leur recherche
soigneuse dans le domaine de l’examen clinique comme dans celui de l’évaluation
complémentaire.
La clinique de l’agitation ou de l’excitation chez l’enfant, de
l’hyperactivité et des troubles de l’attention est à la croisée des grandes
conceptions du développement humain et du fonctionnement cérébral, de la
neuropsychologie à la psychanalyse, de la psychologie cognitive à la
psychologie clinique, et renvoie aux positions individuelles théoriques et
philosophiques sur le normal et le pathologique. Ce sujet est donc un terrain
de prédilection pour les affrontements des disciplines et des conceptions ; une
approche plurielle pourrait cependant sinon les concilier, du moins en
autoriser la complémentarité.
L’agitation, l’instabilité, l’hyperkinésie… envisagées comme
syndrome posent la question de son homogénéité et de sa cohérence. La
définition large et somme toute imprécise, uniquement fondée sur des
appréciations et des observations comportementales, lui permet de connaître une
extension majeure dans les milieux pédo-psychiatriques et médico-psychologiques
de la plupart des pays anglo-saxons et européens, l’arrière-fond
scientifico-théorique de dysfonction cérébrale minime validant cette «
nébuleuse syndromique », ainsi que la désigne Marcelli (1996).
Pour le psychologue
d’enfant, cela commence souvent ainsi :
Le père d’Hugo, 6 ans : « C’est insupportable. Mon fils ne
tient pas en place. Il casse beaucoup de choses à la maison, il grimpe partout.
Il a même fait tomber le téléviseur la semaine dernière. À l’école, ce n’est
pas mieux, et il ne fait pas grand-chose, il a des problèmes pour apprendre. On
le punit, mais ça ne change rien. Je ne pense pas qu’il le fasse exprès.
»
L’enseignante d’Arthur, 7 ans : « Il m’épuise. Son instabilité
est terrible. Il n’est jamais sur sa chaise, toujours debout ou par terre. Il
ne suit pas le déroulement des leçons, ni celui des activités parce qu’il
bavarde, papillonne. Il a la « bougeotte » en permanence et il ne se fixe sur
rien. Il se bat assez souvent avec ses camarades, il n’a d’ailleurs pas
vraiment de petit copain. Dans ses affaires, c’est un désordre inouï, il ne
retrouve jamais rien. Il n’a pas de problème de compréhension et il apprendrait
bien si seulement il écoutait ! »
Le médecin pédiatre de Margaux, 7 ans : « Je vous adresse la
petite Margaux qui soucie beaucoup ses parents. Je la connais depuis sa
naissance et elle a de tout temps montré une excessive irritabilité du
caractère. Les troubles du sommeil et du comportement ont toujours été
présents, avec cependant une augmentation des manifestations ces derniers
temps. Une consultation, il y a deux ans, en service hospitalier spécialisé a
écarté le diagnostic éventuel d’une évolution psychopathologique de la
personnalité. Elle est actuellement très instable et agressive avec son
entourage et les autres enfants de l’école. Elle souhaite qu’on l’aide et elle
dit ne pas pouvoir se retenir d’être ainsi. Merci de nous apporter votre regard
et votre analyse. »
Désordre affectif ou affection neurologique ?
La relative similitude des symptômes d’hyperkinésie et
d’agitation observés de plus en plus fréquemment chez de nombreux enfants
consultants (on ne peut cependant écarter une grande part de subjectivité à ce
niveau) avec le syndrome de séquelles comportementales et psychologiques
d’enfants victimes de traumatismes crâniens ou atteints d’encéphalites
infectieuses a conduit, selon une certaine logique, à poser l’hypothèse d’une
lésion cérébrale minime chez les enfants inattentifs et instables.
L’hypothèse neuropsychologique d’un dysfonctionnement cérébral
minime, considéré comme constitutionnel, propose un modèle particulièrement
influent – et peut-être plus rassurant et plus séduisant auprès du grand public
et de certaines structures et équipes de soins –, parmi les modèles explicatifs
et étiologiques de l’instabilité et de l’inattention. Elle propose de lier
l’instabilité à une perturbation neurophysiologique primaire, une hypovigilance
cognitive, un niveau d’éveil cortical plus bas que la normale contre quoi le
sujet lutterait par une hyperactivité motrice. Les récentes découvertes en
imagerie médicale (irm et scanner)
montreraient certaines anomalies (bas débit sanguin et métabolisme glucidique
réduit dans les aires frontales) qui, cependant, ne sont pas retrouvées chez
tous les enfants instables.
Les études d’imagerie fonctionnelle et les essais
thérapeutiques ont mis en évidence, dans le syndrome hyperactivité avec déficit
de l’attention, un dysfonctionnement de la boucle striato-corticale et, plus
particulièrement, entre le striatum et la région préfrontale. Plus récemment,
il a été démontré l’implication du cervelet et des relations
cérébello-frontales. Cela rendrait compte d’une part des troubles de
l’attention, des déficits des fonctions exécutives, et des troubles moteurs
avec défaut du contrôle de la motricité fine.
Dernièrement, l’examen par un nouveau procédé d’irm (relaxométrie T2) d’enfants souffrant de
troubles déficitaires de l’attention/hyperactivité évoque des anomalies au
niveau du putamen, structure cérébrale impliquée dans la régulation du
comportement moteur.
La démarche et l’approche neuropsychologiques de l’agitation
sont très critiquées par les tenants d’une conception psychanalytique. Ceux-ci
soulignent notamment le risque de dérive chimiothérapique qui en résulte et la
réduction considérable de la prise en compte globale des problèmes.
Surtout, aucune compréhension psychodynamique n’étant alors
envisagée, l’enfant est considéré comme s’il n’était pas un être affectif et
social engagé dans des interactions qui jouent à notre avis un rôle essentiel.
Les multiples spécificités de l’enfant, à la fois du fait de sa maturation, de
sa dépendance à l’environnement, mais aussi du fait de son psychisme en voie de
structuration, semblent ignorées, de même que tout abord affectif et
relationnel donnant à ces conduites un sens autre que celui d’un simple
déficit.
La conception psychiatrique et neurocognitiviste entraîne une
vision particulière du symptôme. En traitant les données psychopathologiques à
l’image des données d’un autre domaine de la médecine, elle met en avant les
symptômes, négligeant ainsi la notion d’organisation mentale et la dimension
subjective du sujet. La démarche neurocognitive et neuropsychologique « semble
n’envisager la caractérisation d’une constellation syndromique que dans la
perspective, d’ailleurs le plus souvent implicite, d’une étiologie organique »,
soulignent même sévèrement certains psychanalystes (Flavigny, 1988).
L’aspect formel du signe-symptôme (ici : l’agitation, les
troubles de l’attention, l’hyperactivité) est alors privilégié, aux dépens
d’une inscription dynamique du trouble dans l’économie psychologique générale
de l’enfant. Le cheminement psychanalytique permet au contraire d’approfondir
les aspects fondamentaux tels que l’ontogenèse, l’étiologie, la dimension
affective, la psychopathologie.
Mais les psychanalystes se sont, dans l’ensemble, peu
intéressés au problème de l’instabilité motrice de l’enfant en tant que telle,
hormis dans un cadre nosologique précis comme celui des psychoses ou des
prépsychoses, des dysharmonies évolutives, etc. ; cela s’explique par le fait
que les enfants instables sont en général peu sensibles au travail
psychothérapeutique. La discontinuité de leur pensée, leur agitation constante,
leur manque d’intérêt pour les échanges verbaux et les modes d’expression comme
le dessin ne sont pas propices à leur prise en charge thérapeutique dans un
cadre psychanalytique habituel.
Il faut également savoir que les fondements théoriques
psychanalytiques sont différents des fondements théoriques des auteurs des
classifications internationales des troubles mentaux, et la difficulté réside
dans la cohérence clinique et psychopathologique des modèles : l’instabilité
est-elle un symptôme correspondant à des fonctionnements psychiques divers, une
manifestation psychosomatique à un excès de tension interne ou existe-t-il une
structure psychique spécifique des enfants instables ? La conception
psychodynamique, en intégrant le symptôme instabilité dans l’économie globale
de la personnalité de l’enfant et les caractéristiques du mode d’interaction
parent-enfant, ouvre d’autres perspectives de compréhension et quelques
hypothèses intéressantes.
Ainsi R. Diatkine et P. Denis (1985) ont-ils proposé de
considérer l’instabilité comme défense maniaque contre la dépression. Si
certains enfants instables ou inattentifs (bien que l’inattention ne soit pas
mentionnée comme telle par les auteurs) présentent des épisodes ou des
manifestations dépressives, il s’agit de détachements provisoires de l’objet.
On pourrait plutôt parler d’une difficulté ou d’une instabilité des
investissements liés à l’hyperactivité elle-même, d’autant que la plupart de
ces enfants ne présentent pas de troubles de l’identité ni d’autres formes
d’altération à la réalité. La question de la perte d’objet et de son vécu ne
paraît pas cliniquement manifeste derrière ce qui serait une défense maniaque.
M. Berger (1999) suggère alors qu’il pourrait s’agir d’une difficulté ancienne
à entrer en relation avec les premiers objets et propose d’autres références,
comme le registre de l’archaïque où
l’enfant, pris dans une relation paradoxale et complexe avec ses parents, ne
parvient plus à distinguer ce qui est mauvais ou bon pour lui, ni ce qui
provient de son psychisme ou de l’extérieur.
Dans une approche sensiblement différente, J. Bergès (1996)
propose de comprendre l’hyperactivité comme symptôme d’une défaillance au
niveau des enveloppes corporelles : l’instabilité psychomotrice apparaîtrait
comme une « suture » de ce qui vient à manquer au corps. Cela renvoie bien sûr
à la qualité des soins corporels donnés par la mère ou son substitut, au «
corps à corps » dans sa dimension non incestuelle. Mais les enfants instables
échappent tant au regard de la mère que certains en apparaissent désinvestis.
Une autre question se pose : peut-on considérer l’inhibition psychomotrice
comme la symptomatologie inverse de l’instabilité ? Non, s’il s’agit d’une
perturbation initiale de l’acte, et pas de l’action, ce que paraissent penser
la majorité des psychanalystes.
L’instabilité comme distorsion du lien précoce mère-enfant est
également envisagée : une perturbation précoce de la relation objectale est
mise en évidence avec des mères qui n’auraient pas joué, auprès de ces enfants,
leur rôle habituel de « pare-excitations ». Les tendances dépressives et
régressives chez l’enfant seraient masquées par l’agitation, soulignent
certains auteurs qui insistent sur la distorsion précoce du lien mère-enfant,
déterminant dans l’apparition du syndrome (Malarrive et Bourgeois,
1976).
Quelques facteurs étiologiques
déterminants
Facteurs génétiques :
des études (sur les jumeaux, en particulier) révèlent, sans être
particulièrement radicales, quelques corrélations positives qui vont dans le
sens de l’hypothèse d’un facteur génétique. Mais, surtout, un taux plus élevé
de maladies mentales et de pathologies psychiatriques (dépression majeure,
troubles anxieux, toxicomanies, etc.) chez les parents des enfants instables
est observé de manière significative par rapport aux groupes contrôles. On
trouve 25 % des parents, essentiellement les pères puisque cette affection
touche très majoritairement les garçons, ayant manifesté et souffert eux-mêmes
d’hyperactivité dans leur enfance (troubles persistants pour
certains).
Facteurs socio-familiaux et
éducatifs : un certain nombre de facteurs psychosociaux favorisants
(mais qui valent de façon générale pour la pathologie mentale) ont été mis en
évidence, tels que désaccord familial important, niveau social inférieur,
famille nombreuse, troubles mentaux maternels et/ou paternels, placement
familial, etc.
Sources : anae
(1999), Desjardins (1992), Thomas et Willems (1997).
Plus convaincantes sont les hypothèses formulées par M. Berger
(1999), qui propose une classification de l’instabilité en fonction de
l’histoire familiale et relationnelle de l’enfant. Ainsi, les instabilités
liées à des interactions précoces très défectueuses seraient majoritaires, de
même que serait fréquente la dépression maternelle précoce. Les enfants soumis
au forçage éducatif, ou à une inadéquation du cadre éducatif, seraient
fortement représentés dans le groupe clinique étudié. Enfin, les mères
instables ou nerveuses, exprimant un maternage discontinu, dont les échanges
avec leurs enfants sont marqués par la nervosité et l’agitation, forment un
groupe significatif. Ces facteurs renvoient, bien entendu, à des références
théorico-cliniques du champ de la psychanalyse présentés plus haut.
L’hypothèse d’un fonctionnement
opératoire est également avancée par les psychosomaticiens :
l’instabilité serait l’expression psychosomatique d’enfants qui ont une pensée
opératoire avec peu d’affects apparents et une carence importante de leur
capacité de fantasmer. L’enfant sujet à un état de tension interne ne pourrait
l’exprimer qu’en s’agitant (décharge d’excitations non psychisées par le
corps). Dans le but de réduire l’excitation interne (majorée ou liée à un
traumatisme psychique, une carence affective, un défaut du système
pare-excitations, etc.), un mode particulier de fonctionnement – où prédomine
une répétition issue de la pulsion de mort – se substituerait à un état de
faillite des défenses psychiques habituelles. Mais il faut bien se garder de
réduire l’expression somatique à une symptomatologie « réactionnelle ».
L’enfant troublé dans son développement (expression psychosomatique) est
souvent sans autre voie régulatrice de décharge. L’appareil psychique, qui
contient et englobe l’appareil cognitif, est chargé de filtrer les excitations
en excès, de l’en préserver et ainsi de faciliter son fonctionnement.
On peut faire l’hypothèse qu’une difficulté dans la
transformation psychique des excitations serait à l’origine de
l’hyperactivité.
La théorie et la clinique psychosomatiques considèrent
également que certains comportements, comme l’agitation motrice incessante,
auraient pour but de ramener le calme à travers la recherche répétitrice de
l’excitation. L’enfant dont la mère est instable ou « nerveuse » mettrait en
place un procédé autocalmant (pour certains jusqu’à l’épuisement, comme des
sportifs dénommés « galériens volontaires » peuvent le faire dans des
entraînements intensifs), lorsqu’il est confronté à l’échec de la fonction
maternelle à atténuer son angoisse, à percevoir son état de détresse et son
besoin d’être apaisé. Le registre perceptif et moteur jouerait alors chez
l’enfant un rôle de substitut à l’activité de liaison des représentations,
absente de l’appareil psychique. L’auto-érotisme compulsif serait calmant,
parce qu’il procurerait une décharge (mais pas une satisfaction).
Dessin de Laure, 9 ans.Ces « Deux tornades noires qui montent du désert » condensent
la turbulence interne et les angoisses dépressives révélées par la
psychothérapie de cette fillette de 10 ans considérée comme instable.
En référence à A. Green, on peut tenter de préciser la
différence entre pulsion et excitation. Différemment de la pulsion,
l’excitation n’a ni histoire, ni projet, ni mémoire, ni représentation : « Elle
part du corps et va au corps », sans élaboration psychique. En ce sens, la
décharge d’excitation, à travers les procédés autocalmants et auto-érotiques,
n’est pas une réduction des qualités d’excitabilité des éléments psychiques. Il
s’agirait, pour certains enfants instables, à travers des conduites motrices
extrêmes, de favoriser le désengagement psychique de la relation à la mère et
de tenter de se passer des représentations maternelles.
Les propositions précédentes renvoient malgré tout à la
question du débordement pulsionnel. L’agitation interne manifestée par l’enfant
instable et inattentif serait un échec de sa recherche d’un objet extérieur
apaisant. L’objet premier, la mère en l’occurrence, ferait plutôt fonction
d’objet excitant ou angoissant pour celui-ci, et l’agitation externe ferait
office de pare-excitation. L’observation clinique de l’instabilité infantile
témoigne bien de la quête de l’objet inaccessible, de celle des limites
physiques et corporelles. L’enveloppe d’excitation serait alors un substitut
bien coûteux à la non-constitution d’un Moi-peau.
Les éventuels états de tension interne, de surcharge
fantasmatique, l’échec des processus de pensée et de certains mécanismes de
défense peuvent marquer la défaillance de l’enfant à gérer les domaines de
l’imaginaire et de la réalité, ainsi que son rapport aux autres. L’agitation et
l’excitation témoigneraient alors d’une défense contre le débordement
pulsionnel.
Hyperactivité, agitation, troubles de l’attention : symptôme ou
syndrome ?
L’existence de ce trouble paraît ne faire aucun doute.
D’ailleurs, de la neuropsychologie à la psychanalyse, on s’accorde à
reconnaître l’existence d’éléments communs à cette « nébuleuse syndromique ».
Le débat bloque surtout sur les difficultés d’une vision intégrative et
multifactorielle du trouble.
La confrontation polémique qui sera inévitablement dépassée
laissera la place prochainement à une approche sereine et constructive, visant
à aboutir à une meilleure compréhension de l’agitation et de l’hyperactivité.
Le dialogue paraît aujourd’hui nécessaire, loin du terrorisme intellectuel de
l’une ou de l’autre des disciplines qui s’intéresse à cette question et
modélise dans l’isolement, et parfois à outrance, ses démarches et ses
méthodes. Une véritable intégration des perspectives reste à engager, et
l’hyperactivité pourrait bien être ce point de rencontre. Les enfants agités ou
« excités » et leurs familles seront alors les bénéficiaires des prises en
charge thérapeutiques nouvelles qui en seront issues.
·
anae. 1999. «
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L’Enfant avec hyperactivité et déficits associés.
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L’Enfant agité et distrait, Paris,
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·
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Enfance et psychopathologie
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·
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Troubles de l’attention, impulsivité et
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collection « Médecine et psychothérapie ».