Enfances & Psy
érès

I.S.B.N.2-86586-850-8
160 pages

p. 57 à 64
doi: 10.3917/ep.014.0057

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Dossier

no14 2001/2

2001 Enfance et PSY Dossier

De l’excitation ordinaire en crèche collective

Entretien avec Sophie Bourdel Jacqueline Olmeta Fabienne Coulon Monique Soleilhavoup Les responsables de deux crèches collectives ont accepté de réfléchir, à partir de leur pratique quotidienne, sur la notion d’excitation chez le jeune enfant : Sophie Bourdel est directrice, Jacqueline Olmeta, adjointe et Fabienne Coulon, éducatrice de jeunes enfants à la crèche municipale Lafontaine à Antony (92). Monique Soleilhavoup a été directrice de la crèche municipale Les Coccinelles à Châtenay-Malabry (92) de 1985 à fin 2000. Elles répondent aux questions d’Isabelle Patouillot, assistante sociale.
Des professionnelles de crèche réfléchissent sur la notion d’enfant excité à partir de leur pratique quotidienne. Elles tentent de définir les phénomènes d’excitation et d’excitabilité chez les bébés et chez les enfants en âge de parler. Elles montrent le caractère le plus souvent ordinaire de ces phénomènes et elles décrivent les formes du travail qu’elles ont mises en place entre elles et avec les parents pour accueillir et comprendre l’enfant dans sa globalité.Mots-clés : crèche, développement de l’enfant, observation du nourrisson, agitation motrice, langage.
En tant que professionnelles de crèche, quelle définition pouvez-vous donner de l’enfant excité ? Quelles différences ou quelles similitudes avez-vous observées avec l’enfant agité, instable, irritable ou l’enfant agressif ?
Les Coccinelles : L’enfant excité a du mal à se poser, court partout, sollicite tout le monde. À l’excitation peuvent s’ajouter les cris, le manque de concentration, le manque d’attention. Le plus souvent, c’est passager : une journée ou bien un moment de la journée. Dans ce cas, nous pouvons en parler avec la famille, le soir : il y a certainement quelque chose qui s’est passé avec nous ou avec l’enfant et nous essayons de comprendre la cause de cette excitation. Mais il arrive qu’à l’agitation motrice s’ajoutent des troubles du sommeil. Pour nous, c’est un signal d’alarme. Lorsque ça se passe mal à la sieste et que les parents nous disent que chez eux aussi c’est difficile, il faut faire quelque chose, le trouble n’est pas seulement ponctuel.
Lafontaine : L’enfant excité n’est généralement pas celui qui va mordre, être irritable, agressif. En revanche, c’est celui qui cherche des limites. Cet enfant, par exemple, assis à une table en train de jouer avec des gommettes. Au départ, il n’est pas agité, mais il me semble plutôt hyperactif : il ne va pas coller deux ou trois gommettes, il va en coller dix, il va en coller partout, il va y en avoir plein la feuille. Ses gestes sont brusques.
Ainsi, certains enfants s’énervent tout seuls, s’agitent, deviennent brusques avec les autres sans être forcément agressifs. D’autres se penchent du haut d’une structure de jeu moteur, ils se penchent, se penchent… Là, il ne s’agit pas d’agitation, plutôt d’une recherche de leurs limites physiques, et aussi des limites de l’adulte sous les yeux duquel se déroule la scène.
Agité, excité, les deux qualificatifs vous semblent proches ?
Lafontaine : Un enfant qui est excité passe d’une activité à l’autre sans se poser, il s’assoit deux minutes, il repart ailleurs. L’excitation peut se transformer en agitation et en comportement violent : il va jeter une chaise par terre, par exemple.
Mais nous remarquons aussi une sorte d’instabilité chez certains enfants : une manière de marcher, tout le temps en déséquilibre. Ils ne savent pas rester deux minutes en place, ils marchent sur la pointe des pieds et bousculent les autres. Finalement, ils prennent une certaine place. Dans tous les cas, il s’agit d’un message dirigé vers l’adulte, une façon de mobiliser son attention. De plus en plus d’enfants sont à la recherche de limites. Les parents n’osent pas dire « non » à leurs enfants : « Je le vois tellement peu, je n’ose pas lui dire non. » Mais, les limites, ça se donne même quand on ne le voit qu’une heure !
Quand ils viennent chercher leur enfant, les parents ne savent s’ils doivent intervenir ou si c’est aux auxiliaires de le faire. Alors, certains enfants en profitent. Ils mettent tout par terre, enlèvent leurs chaussures, leurs vêtements, se roulent par terre. Je pense que c’est aux parents d’intervenir, mais c’est toujours un peu délicat. On finit par dire : « Ce n’est pas parce que maman est là que tu dois faire ça, tu ne le fais pas dans la journée. » Mais alors, on parle à la place des parents… Et souvent, ceux-ci disent : « Ne fais pas ça, sinon Fabienne ne va pas être contente. » C’est la maman qui devrait se fâcher et ne pas être contente, pas Fabienne.
Repérez-vous l’excitation dans une tranche d’âge spécifique ?
Les Coccinelles : À partir du moment où les enfants ont acquis la parole, le problème est différent. Nous, nous pouvons formuler les choses et eux, ils peuvent répondre. Ensemble, nous trouvons plus vite la cause de l’excitation.
En revanche, chez un bébé, c’est plus compliqué. Quand on veut le changer, c’est un vrai ver de terre. Quand il est dans les bras, au bout de deux minutes, il veut autre chose. Quand on lui propose à manger, il repousse la tétine, c’est autre chose qu’il veut. On a le sentiment qu’il ne sait plus ce qu’il attend. Il peut refuser successivement trois aliments… Ce bébé-là pleure beaucoup, a du mal à s’endormir et, plus tard, chez les moyens et chez les grands, il fait des cauchemars, se réveille, est incapable de rester sur son lit, se lève. Heureusement, c’est un comportement peu fréquent.
Lafontaine : Les enfants qui sont agités et/ou excités dans la section des bébés seraient plutôt les hypertoniques, qui dorment peu. Certains même se mettent en arc de cercle, se jettent en arrière dès qu’on les prend ou que quelque chose les contrarie. Ces bébés, qui dorment dix minutes le matin, une demi-heure l’après-midi, on les retrouve agités chez les moyens, et même agressifs. Ils n’arrivent pas à respecter les limites qu’on leur donne.
Ce sont parfois ceux dont les parents sont toujours pressés – « Vite, on est en retard, on a autre chose à faire » –, qui ne prennent pas le temps de les prendre dans leurs bras, de les embrasser, de leur dire bonjour. À peine arrivés, ils sautent sur l’enfant, même si celui-ci a le dos tourné : « Coucou, je suis là ! »
Quant aux « moyens », tant qu’ils n’ont pas acquis la parole, ils essaient de se manifester comme ils peuvent, et c’est souvent en tapant ou en mordant ou en criant.
Ça, c’est le développement normal. Mais quand cela persiste chez les grands, alors qu’ils ont acquis le langage, qu’ils savent dire : « Je ne suis pas d’accord, je ne suis pas content, laisse-moi tranquille, pousse-toi, donne-moi ça », on se pose des questions. On a régulièrement des enfants agressifs. Des enfants agités, on en a quelques-uns : ils sont demandeurs d’activités, mais ils papillonnent, ils n’arrivent pas à se concentrer. Et nous nous inquiétons pour le moment où ils vont entrer à l’école.
Y a-t-il des moments dans la journée où l’excitation est plus grande ?
Les Coccinelles : Quand ils sont tous ensemble. Dans le grand groupe, l’enfant est moins canalisé que dans le petit (4-5 enfants), où l’adulte peut avoir une relation plus individualisée, plus personnalisée avec eux. On peut aussi observer l’excitation au moment de l’endormissement et même pendant le sommeil. Les temps de transition, comme le passage du relais entre l’équipe de journée et l’équipe du soir, sont aussi propices à l’excitation.
Les enfants sont comme nous, les adultes : le lundi, on a du mal à se mettre au travail ; le vendredi, eux aussi sont fatigués et la gestion des groupes est plus difficile.
Lafontaine : Juste avant le repas, l’excitation du groupe peut s’amplifier : les enfants sont fatigués, ils ont faim. Il s’agit alors pour nous de gérer l’organisation matérielle du repas tout en restant présents et disponibles afin d’éviter que le groupe se sente seul, livré à lui-même et que les enfants commencent à s’exciter, à pleurer, à s’agresser.
Faites-vous un lien entre trouble du sommeil et excitation ?
Les Coccinelles : Oui. Le trouble du sommeil peut être une conséquence de l’excitation, mais l’excitation aura plus de répercussion sur le sommeil que sur le repas ou d’autres moments de la vie de l’enfant.
Lafontaine : Effectivement, on a moins de problèmes d’alimentation depuis quelques années, mais plus de troubles du sommeil. Il y a beaucoup d’enfants qui se réveillent la nuit. Je ne m’étais jamais posé la question du lien avec les enfants excités.
Au moment de l’adaptation, avez-vous fait des observations qui sont communes aux enfants que vous identifiez ultérieurement comme excités ?
Les Coccinelles : Cela peut être l’angoisse de la séparation de la maman. Certains enfants réagissent en étant excités comme d’autres réagissent en étant déprimés, ou en retrait, ou bien en s’adaptant très bien mais en réagissant plus tard. Tout dépend de l’attitude de la maman, si elle a du mal à se séparer de son enfant. Dès que la maman a repris le rythme de son travail et que chacun est dans son cadre, en général, il n’y a plus de problème.
D’autre part, il arrive que les parents oublient de nous donner des informations qui sont très importantes pour notre compréhension de l’enfant et de ses besoins, même si elles semblent a priori banales. Lorsqu’un événement dramatique les bouleverse : une grand-mère est en train de mourir, ça les remue et ils se disent : « Il ne l’a jamais connue. Il est trop petit. » Ils ne lui en ont pas parlé, et à nous non plus. Le dialogue entre eux et nous est alors très important. Si la mère n’est pas capable d’en parler tellement elle est mal, nous faisons, avec son accord, la médiation et nous pouvons dire à l’enfant : « Tu es excité, on sait pourquoi, ta maman n’est pas bien, voilà ce qui se passe… »
L’excitation est-elle plus ou moins importante selon la présence ou l’absence de la référente de l’enfant ? L’adulte peut-il être aussi facteur d’excitation ?
Les Coccinelles : C’est sûr que quelqu’un qui n’est pas bien ne sera pas apte à endormir calmement un enfant et lui transmettra son mal-être. Alors, on a le droit de le dire, de se mettre entre parenthèses.
Cependant, les auxiliaires s’adaptent en permanence aux besoins des enfants. Si elles arrivent le matin en disant : « On va faire peinture » et que les gamins n’en ont pas du tout envie, qu’ils sont « moteurs » ce jour-là, elles s’adaptent. À l’inverse, si elles ont envie que ce soit tranquille, si elles ne souhaitent pas faire une « grosse activité » comme la piscine, la pâte à sel, les gâteaux, elles les séparent en petits groupes et choisissent des activités où elles seront plus contenantes, et ça se passe très bien puisque l’adulte a trouvé un compromis qui lui permet de maîtriser ses émotions ou son excitabilité passagères et d’en protéger l’enfant.
C’est envers sa référente que l’enfant va manifester le plus son excitation. Et même s’il pleure lorsqu’elle quitte son service, s’il fait des histoires, ça se passe ensuite beaucoup mieux avec la personne qui prend le relais.
Lafontaine : Les enfants n’ont pas la même attitude, c’est sûr, lorsque l’auxiliaire de référence est là et lorsqu’il est avec d’autres personnes, qu’il connaît d’ailleurs bien parce qu’ici, c’est le même groupe d’adultes qui suit les enfants sur trois ans. Mais certains auraient tendance à repousser un peu plus les limites quand c’est l’auxiliaire de référence, à faire des colères, des caprices, moins cependant qu’avec leur maman. Souvent, c’est peu de temps après l’adaptation : même s’ils voient bien que nous nous comportons à peu près toutes de la même façon, que nous avons un fil conducteur, ils vont réagir plus particulièrement avec leur référente et, progressivement, ils auront moins besoin d’une relation un peu exclusive et iront plus facilement vers les autres adultes.
Quand ils vont partir pour l’école maternelle, vers la fin de l’année, cela devient plus difficile de les canaliser, ils sont plus agités. C’est un changement qui s’annonce, et pas seulement pour eux. Je pense que l’équipe se dit : « C’est super, on a fait trois ans. » Elles doivent être un peu inquiètes aussi de les voir partir, se dire : « L’année prochaine, on va se retrouver avec les petits, et on a tout oublié ! »
C’est tout le groupe qui est excité et ça vient aussi de l’équipe, de sa façon de préparer la séparation d’avec ce groupe d’enfants. Comme à l’occasion des grandes fêtes, à Noël ou pour la kermesse : on reçoit les parents, tout le monde est plus ou moins excité – c’est vraiment le mot ! – et, effectivement, on repasse ça aux enfants, mais ce sont des moments particuliers.
L’excitation, ça serait quelque chose qui peut éventuellement se communiquer, se propager à travers les personnes.
Quand un nouveau arrive dans le groupe, est-ce un facteur d’excitation ?
Les Coccinelles : Non. Il s’agit plutôt de tyrannie, le premier enfant adapté dans le groupe de cinq est souvent beaucoup plus tyrannique que le dernier. Celui-ci, il doit d’emblée partager avec les quatre qui sont là. Le premier est comme un aîné, mais il doit s’adapter en l’espace de deux mois. La référente ne parle pas de la même façon du premier et du dernier. Ici, il y a quatre groupes de cinq enfants. L’arrivée d’un nouveau provoque des réactions. Mais elles se manifestent plutôt en troubles du sommeil, ou au moment du repas, ou dans des réactions vis-à-vis de la référente (bouderies), en agressivité chez les moyens : pincer, mordre le dernier qui arrive. Mais ce n’est pas de l’excitation.
Est-ce que l’excitation de l’enfant peut enfermer le personnel dans un système relationnel ? Que se passe-t-il alors ? Quelles solutions mettez-vous en place face à l’excitation prolongée d’un enfant ?
Les Coccinelles : Il peut arriver, effectivement, que quoi qu’elles fassent, quoi qu’elles proposent, l’enfant soit une vraie pile électrique. Donc, maintenant, elles ont bien compris, elles passent le relais tout de suite, elles n’attendent pas que la situation empire, que les deux partenaires enfant/adulte soient excités, qu’il n’y ait plus aucune possibilité d’échange, elles passent le relais. L’amélioration est immédiate, sinon il s’agit d’un malaise général de l’enfant, accompagné d’autres symptômes.
On peut demander à l’éducatrice d’un autre service de « recadrer ». L’enfant ne la connaît pas, il connaît son nom, il la croise dans la crèche. Elle prend un peu le rôle du père en disant : « Écoute, ça suffit, elles ne te supportent plus dans le service, maintenant, tu vas venir avec nous, faire une activité, manger… » Un moyen qui ira de cette façon chez les grands, on lui fait comprendre que ce n’est pas non plus pour le dévaloriser, c’est pour qu’il aille mieux, et parfois ça le calme et ça permet à l’équipe de souffler.
Ce travail de relais, on l’a mis en place avec le psychologue. Nous avons la chance d’avoir ici trois éducatrices, une par service, donc elles peuvent se passer le relais. Je me rappelle un enfant qui était en difficulté (suivi par ailleurs sur le plan psychologique). On en avait parlé avec la maman et elle était d’accord : quand il envoyait balader son plateau parce qu’il n’était pas servi dans la minute, il allait dans un autre service sous la tutelle de l’éducatrice qui prenait la casquette de la personne qui cadre, qui ne laissait rien passer mais qui discutait avec lui.
Chez les bébés, quels outils avez-vous mis en place ?
Les Coccinelles : Notre objectif, c’est qu’on les sente bien. Être au milieu des bébés, assise, c’est travailler, c’est les observer, c’est les écouter, c’est voir qu’une semaine plus tôt, untel ne bougeait pas et qu’il commence à aller à reculons, qu’il roule, c’est porter l’attention sur les échanges qui se passent entre les plus âgés et les plus jeunes, toute la communication non verbale. Les auxiliaires peuvent vite se rendre compte qu’un enfant n’est pas comme les autres jours.
Pour échanger là-dessus, des réunions se mettent en place avec l’éducatrice, la directrice et le psychologue selon les besoins. On prend le temps qu’il faut pour parler.
J’ai remarqué que ce n’est pas toujours la référente qui voit le problème. Elle le nie : « Je veux que tout soit bien dans mon groupe, donc je ne vois pas la difficulté exprimée par l’enfant. » Et c’est souvent une autre collègue ou l’éducatrice qui le pointe. Quelquefois, c’est même une collègue plus candide qui remarque : « Qu’est-ce qu’il est remuant, excitable, celui-là ! »
Nous avons régulièrement un atelier docteur avec la pédiatre : les enfants sont tous vus systématiquement sous forme de jeu, le groupe avec l’auxiliaire, si possible l’éducatrice et la directrice. Les parents, informés, ont pu transmettre leurs observations et leurs questions. On fait un examen systématique, somatique, staturo-pondéral et on fait le point d’où en est l’enfant, ce qu’il a acquis depuis la dernière fois. Du coup, l’auxiliaire peut aussi en parler à la pédiatre. Dès qu’elles sentent qu’il y a quelque chose qui ne va pas avec un enfant, on peut toujours déplacer une réunion pour que le psychologue puisse les écouter, il est là pour les aider au départ. Parfois, il suffit qu’elles en discutent pour que l’enfant aille mieux, on n’a même pas besoin d’en parler aux parents.
Lafontaine : Lorsqu’on parle en équipe des difficultés d’un enfant, souvent les auxiliaires ont déjà tenté d’en parler avec les parents, mais il arrive un moment où elles ne savent plus très bien comment faire ou bien elles s’inquiètent pour l’entrée à l’école. Il s’agit alors de prendre la décision de recevoir les parents. Je suis celle qui dit que ça ne se passe pas très bien, mais je suis là pour proposer une aide aux parents. Il y a des parents qui sont à l’écoute et nous disent : « Effectivement, à la maison c’est dur. » Ils ne le disent pas toujours tout de suite, d’ailleurs ; il y a ceux qui nient : « À la maison, ça se passe très bien, si vous avez un problème, vous n’avez qu’à le régler à la crèche ; c’est votre faute. »
Le problème, c’est que nous n’avons pas de psychologue à la crèche et c’est donc très difficile, justement avec ce genre de réponse parce qu’il faudrait pouvoir orienter les familles vers d’autres structures (comme les consultations médico-psychologiques). Lorsqu’une consultation psychologique se met en place à l’extérieur, que l’enfant paraît mieux à la crèche, on ne pose plus trop de questions.
Mais, lorsque les parents refusent toute démarche, nient même les difficultés, il arrive néanmoins qu’ils nous rappellent lorsque l’enfant est à l’école pour nous demander les coordonnées de la structure que nous leur proposions pour les aider parce la maîtresse a confirmé que ça n’allait pas. Je pense que pour des parents, il est difficile d’admettre qu’un enfant de moins de 3 ans a déjà des difficultés. Ils peuvent imaginer que les enfants auront des difficultés plus tard, à l’école ou adolescents, mais pas dans la petite enfance. Je crois que c’est très dur pour certains parents d’entendre ça. Ce n’est pas toujours facile de dire aux parents des choses qu’ils vivent comme un échec. C’est même très difficile.
Bien sûr, dans tous les cas, nous mettons en place une observation. Les équipes le font systématiquement. Le projet de la crèche prévoit des écrits sur l’évolution des enfants avec ou sans problème, deux fois par trimestre.
Les équipes proposent de tout petits groupes aux enfants agités. Les membres de l’équipe se passent également le relais. Nous proposons des activités adaptées aux troubles de l’enfant.
L’excitation du jeune enfant, c’est un phénomène nouveau ou c’est quelque chose que vous avez toujours observé dans votre travail en crèche ?
Les Coccinelles : Je pense que les équipes sont plus à l’écoute. On prend plus en compte la parentalité. Avant, la crèche était un lieu de garde, maintenant, c’est un lieu d’accueil. Il y a beaucoup plus de dialogue, d’échange, les parents peuvent participer à tout. La crèche, ce n’est plus « les enfants à la consigne ». Tout cela fait qu’on est plus à même de déceler un mal-être de l’enfant, quel que soit le symptôme, et d’en parler. Aussi, l’excitation des petits ne nous paraît pas un phénomène nouveau, mais nous la considérons et la traitons différemment.
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