Enfances & Psy
érès

I.S.B.N.2-86586-851-6
160 pages

p. 5 à 7
doi: en cours

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Dossier

no15 2001/3

2001 enfances & PSY Dossier

Jouer

Hélène Gane Hélène Gane est infirmière Élisa Guises Élisa Guises, puéricultrice Patrice Huerre Patrice Huerre, psychiatre
L’enfant naît et, très vite, il joue. Il joue avec le regard de sa mère, sa voix ou ses contacts corporels. Le jeu est pour lui un mode relationnel, un moyen de communication privilégié. Le plaisir qui en émane convainc l’adulte de l’importance du jeu dans ses échanges avec l’enfant. L’enfant grandit et s’implique toujours avec sérieux dans le jeu ; c’est que, sans trop vouloir se prendre au sérieux, jouer est à prendre au sérieux ! (P. Huerre).
Les premières psychanalystes d’enfants – Hermine von Hug-Hellmuth, puis Melanie Klein – emboîtant le pas de Freud et sa drôle de bobine avaient repéré l’importance du jeu et sa valeur de communication permettant d’accéder à l’inconscient. À leur suite, Donald W. Winnicott, en mettant l’accent sur l’importance du jeu dans le développement normal de l’enfant, sur sa place dans la vie psychique et sur son rôle thérapeutique, allait offrir une théorie du jeu qui influence encore aujourd’hui de nombreuses pratiques professionnelles : la notion d’aire transitionnelle n’a pas fini de faire des petits…, pas seulement chez les thérapeutes mais chez tous ceux que leur pratique conduit à s’occuper d’enfants et d’adolescent (R. Bailly).
En explorant comment le jeu se manifeste, comment il est pris en compte et utilisé dans les divers champs professionnels de l’enfance, ce dossier cherche – dans l’esprit d’enfances & psy, à élargir la réflexion, à aborder d’autres rivages que ceux du soin.
Car le jeu est un phénomène universel ! Même les animaux jouent, et les travaux des éthologues montrent qu’il sert à déverrouiller des comportements indispensables pour la survie et qu’il a une fonction de communication essentielle (P. Garrigues).
Chez le bébé, le jeu a son origine dans les relations sensorielles. D’abord auto-érotique, il se conjugue progressivement aux objets affectifs et matériels. La crèche (R. Demarthes) ou la Maison verte (A. Hamad) sont des lieux privilégiés pour observer et favoriser les capacités à jouer de l’enfant, seul ou en présence de l’adulte.
Puis l’enfant grandit, et le jeu devient un moyen de communication favorisé par l’adulte parce qu’il permet d’exprimer des choses difficiles lorsque l’enfant ne maîtrise pas encore le langage verbal (M. de Paula). Il condense les émotions les plus inexprimables et il les rend accessibles à l’adulte (M.-B. Lacroix).
L’entrée à l’école primaire est marquée par l’accès aux apprentissages fondamentaux. Mais l’école et les enseignants font-ils encore une place au jeu (F. Teillard) ? L’expérience menée dans la ludothèque d’une école élémentaire montre pourtant que le jeu peut éveiller aux apprentissages et donner confiance aux élèves (B. Chevet).
On peut jouer seul ou avec d’autres, avec des objets et aussi avec des mots : la maîtrise du jeu verbal par le préadolescent favorise la rencontre thérapeutique (P. Denis). Les jeux des plus grands déroutent parents et professionnels. Devant l’adolescent rivé à sa console et répétant durant des heures les mêmes procédures, il est permis de s’interroger sur la capacité de ces nouveaux objets à mettre le jeune en situation de joueur (J.-Y. Le Fourn).
Quoi qu’il en soit, le jeu est un moyen précieux pour débloquer certaines situations, pour redonner « du jeu » à la vie fantasmatique, pour établir un espace intermédiaire thérapeutique. Lorsque l’enfant ne peut pas jouer, le travail du thérapeute avant d’interpréter est de l’amener à pouvoir le faire, comme le soulignait Winnicott. Mais, surtout lorsque l’enfant est jeune, le jeu prend sa signification dans les échanges avec les parents, et ce qu’ils évoquent de leur histoire (Michel Soulé).
En prêtant à l’enfant sa capacité à jouer, le professionnel espère qu’il y trouvera le plaisir nécessaire à sa progression (A. Siéty et M. Desgens). Dans les pathologies de la communication comme l’autisme, jouer n’est pas possible, ou très difficile. Y faire accéder l’enfant devient un objectif thérapeutique (F. Cleyet-Marrel et R. Machabert), en établissant, bien entendu, une « règle du jeu » pour parer à l’excitation qu’il provoque (C. Anzieu-Premmereur).
Le rôle du thérapeute-joueur est donc complexe. Il se sert du jeu comme outil thérapeutique, et simultanément y participe en accompagnant l’enfant sans le laisser se perdre dans ses pulsions destructrices (H. Gane et F. Joly). Le professionnel choisit l’activité qui aide le mieux l’enfant à entrer dans le jeu ; cela peut être la musique (G. Fruchard) ou les jeux de société (F. Coutou-Coumes) ou tout autre médiation ou support.
Quand, avec leurs facéties, les « clowns-docteurs » invitent les enfants hospitalisés à jouer et à rire, ils leur redonnent un espace pour le plaisir et les émotions de l’enfance (C. Simonds).
Comment tous ces joueurs professionnels – ou ces professionnels joueurs – ont-ils développé leurs capacités à jouer ? Savoir jouer s’apprend-il ? Ce n’est pas certain et, pour y parvenir, sans doute convient-il de se référer davantage à son propre passé d’enfant joueur qu’à un cursus universitaire (E. Guises). Alors, plongez dans l’enfance et retrouvez le plaisir de jouer !
Nous publierons dans le prochain numéro d’enfances & psy, en post-scriptum à ce dossier, un entretien avec Rémy Puyuelo, réalisé par Jean-Philippe Raynaud et Véronique Gentil.
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