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Enfances & Psy

2001/4 (no16)

  • Pages : 160
  • ISBN : 2-86586-979-2
  • DOI : 10.3917/ep.016.0109
  • Éditeur : ERES


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L’École à l’hôpital a été créée en 1929 par Marie-Louise Imbert, professeur de philosophie. L’association a pour objectif l’organisation d’un enseignement auprès de jeunes malades de 5 à 26 ans qui ne peuvent bénéficier d’une scolarité assurée par l’Éducation nationale. Elle intervient exclusivement à la demande des équipes médicales hospitalières.

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L’École à l’hôpital a participé à la création et fait elle-même partie de la Fédération pour l’enseignement des malades à domicile et à l’hôpital (femdh) depuis novembre 1992 (fédération qui regroupe actuellement plus de quarante associations dans une trentaine de départements). Cette fédération et les associations affiliées ont reçu un agrément du ministère de l’Éducation nationale en novembre 1996.

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L’enseignement est gratuit, individuel, adapté à la demande, au niveau et aux besoins de chaque malade. Les cours sont assurés par des enseignants bénévoles qualifiés dans les centres hospitaliers de Paris, d’Île-de-France, au domicile des malades et en ambulatoire pour les jeunes en secteur psychiatrique. Sept cents enseignants environ donnent chaque année vingt-six mille cours à plus de sept mille élèves. L’organisation de cet enseignement repose sur le travail d’une quarantaine de responsables salariées ou bénévoles, présentes dans les différentes structures.

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Au centre Tarnier (lieu de scolarisation « secteur psychiatrie » de L’École à l’hôpital) sont accueillis chaque année entre soixante et cent jeunes hospitalisés dans des services de psychiatrie d’adolescents et de jeunes adultes de l’Assistance publique, en hôpitaux de jour ou structures extra-hospitalières ou reçus en consultation psychiatrique. Ces jeunes sont âgés de 13 à 26 ans et suivis de manière régulière par une équipe médicale (psychologue + psychiatre + assistante sociale + infirmiers).

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Le projet de L’École à l’hôpital est établi en fonction du profil de l’adolescent, en concertation avec l’équipe médicale. Ce projet peut être la poursuite de la scolarité, la préparation d’un examen, la réinsertion professionnelle et sociale.

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L’École à l’hôpital est une étape entre une scolarité normale et un retour à la scolarité ou une insertion professionnelle. La prise en charge a lieu en période scolaire et dure en général plusieurs mois. Elle cesse si l’élève n’est plus suivi par une équipe médicale.

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Les cours ont lieu dans une salle de classe qui peut accueillir à la fois sept élèves et leur professeur, en cours individuel. Les élèves bénéficient de cours individuels, le projet de chacun étant très spécifique ; de plus, il faut tenir compte de leurs difficultés psychologiques impliquant parfois une non-acceptation de la mise en compétition avec d’autres. Ce type d’enseignement permet une adaptation aux possibilités de travail et aux besoins propres de chaque élève.

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Chaque enseignant bénévole assure aux jeunes malades un enseignement « sur mesure » qui lui permet d’exprimer sa réflexion, lui redonne le goût d’apprendre, de s’accepter et de créer.

On lira sur ce sujet l’ouvrage d’Odile Delorme, Être malade et apprendre, Éditions Chronique sociale, 2000.

Les modalités de la prise en charge

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Le référent médical contacte la responsable de L’École à l’hôpital, lui décrit le profil de l’élève dont il propose la prise en charge (pathologie, type de problème auquel nos enseignants risquent d’être confrontés, conseils pour y faire face…). Il soumet à la responsable le projet établi en concertation avec l’élève.

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Nos enseignants ne sont pas des enseignants spécialisés dans l’accueil de jeunes présentant de lourds handicaps et nos locaux, assez exigus, ne sont pas adaptés à la prise en charge de tels cas ; il nous faut aussi être vigilants et ne pas accueillir des élèves qui ont des problèmes de comportement tels qu’ils mettraient en péril l’équilibre des autres élèves présents dans la salle de cours.

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Quand la responsable de L’École à l’hôpital a donné son accord, le référent propose à l’élève de prendre rendez-vous avec elle. Par cette démarche, l’élève fait part de son désir de bénéficier de cours à L’École à l’hôpital et de s’impliquer personnellement.

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La responsable reçoit le jeune en entretien. Elle s’efforce de le mettre en confiance, l’informe sur les conditions de sa scolarisation au centre Tarnier. Les cours étant individuels, le nombre d’heures est limité (généralement une heure par discipline). L’élève peut bénéficier d’une heure à six ou sept heures par semaine selon les cas.

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La responsable tente de discerner son niveau scolaire, ses goûts, afin de lui attribuer un enseignant adéquat. L’élève prend connaissance du règlement : il est averti que trois absences successives non justifiées donneront lieu à une suspension des cours ; il doit arriver à l’heure au cours, prévenir lorsqu’il ne peut y assister, afin que son enseignant ne se déplace pas pour rien.

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S’il s’engage à respecter ce cadre, il remplit alors sa fiche d’inscription, confirme le projet pour lequel il s’inscrit. Un premier cours est installé. Lorsque le jeune vient régulièrement et que le travail se fait de manière satisfaisante, les autres cours sont progressivement mis en place à sa demande.

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Au-delà de la scolarisation, l’équipe peut mesurer la capacité du jeune à s’autonomiser, car il lui faut apprendre à gérer le temps (durée des trajets et anticipation des problèmes éventuels de transport…) et l’espace (changement de ligne de métro et rer, orientation par rapport à un plan). Il doit aussi être capable de faire part personnellement de son absence à un cours et donc de manipuler le téléphone (des phobies à l’égard de cet objet se sont parfois révélées à cette occasion). La responsable reste en contact avec le référent ; tout problème est immédiatement signalé afin d’avoir une réponse adaptée.

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Les rencontres avec les équipes médicales se font à la demande ; pour certaines, une fois par mois, pour d’autres, une fois par trimestre, pour d’autres encore, par contact téléphonique une fois par mois ou à chaque fois qu’un problème se présente. Nous organisons de plus une réunion de fin d’année scolaire où tous les professeurs sont invités avec les équipes médicales qui le souhaitent. Certains centres suivent de très près la scolarisation de leurs élèves, d’autres ne reprennent jamais contact après la demande de prise en charge.

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Le référent médical doit nous signaler tout changement dans la situation de l’élève dans les plus brefs délais pour nous permettre d’avoir une attitude adaptée, que ce soit par rapport à la famille ou par rapport aux professeurs. En principe, L’École à l’hôpital n’a aucune relation avec les familles : les informations concernant la scolarité passent par l’équipe médicale.

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Parmi des jeunes que nous avons suivis, voici quelques exemples (choisis dans les années passées pour donner le recul nécessaire) qui illustreront la diversité des prises en charge.

Annie, s’appuyer sur le désir du jeune

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Annie a été scolarisée au centre Tarnier en octobre 1996 à la demande d’une équipe médicale d’un hôpital de jour à Paris.

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Cette jeune fille, âgée de 20 ans, souhaitait reprendre ses études après une interruption de deux ans, au niveau où elle les avait arrêtées, c’est-à-dire en 1re littéraire, avec l’objectif de passer son bac de français à la fin de l’année.

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L’équipe médicale émettait de sérieux doutes sur la possibilité pour Annie de réaliser ce projet : difficulté de concentration, de mémorisation, angoisse au moment de se présenter à l’examen. Cependant, au bout d’un trimestre et devant sa détermination, l’accord est donné pour l’inscription au baccalauréat de français.

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Annie bénéficie alors de deux heures de français et d’une heure d’anglais. Elle a du mal à soutenir son attention plus d’une heure, mais c’est une élève motivée, désireuse de réussir, qui ne cesse de progresser. Elle se présente effectivement à l’examen et obtient 8 à l’écrit et 13 à l’oral.

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En septembre 1997, l’équipe médicale renouvelle sa demande de prise en charge afin de maintenir le niveau intellectuel d’Annie dont le projet cette fois est de passer le baccalauréat à la fin de l’année. En tant que responsable, je lui conseille de préparer cet examen sur deux ans, étant donné qu’elle n’a pas travaillé l’année passée les matières nécessaires au niveau de la terminale. De plus, Annie n’ayant pas la possibilité de choisir comme enseignement spécialisé une 3e langue vivante, ni le latin, ni les arts, a décidé d’opter pour les mathématiques.

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Devant la détermination d’Annie et en accord avec l’équipe médicale, je lui propose de travailler pendant le premier trimestre à un rythme soutenu (une heure par matière par semaine) afin de tester ses capacités. Annie ne cesse de surprendre son équipe médicale et ses enseignants : elle fournit un travail personnel important, parvient peu à peu à organiser ses idées, acquiert progressivement des méthodes. Elle fait régulièrement des devoirs sur table dans toutes les matières.

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Bien que ses lacunes en mathématiques soient considérables par rapport au niveau demandé, son investissement est tel qu’il nous est impossible en janvier de lui déconseiller de s’inscrire à l’examen.

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Alors qu’elle progresse régulièrement, mais n’a toujours pas le niveau requis, nous la confrontons à un sujet des annales de mathématiques. Le choc est rude, mais avec l’aide de son professeur, Annie s’aperçoit qu’il est possible d’éviter de rendre une copie blanche. Avec le soutien de son équipe médicale et les encouragements de ses enseignants, Annie reprend confiance en elle et c’est avec impatience et excitation qu’elle attend le jour J.

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Elle se présente à l’examen avec deux cent vingt-cinq heures de cours dans sept matières et obtient une moyenne de 8 sur 20, ce qui l’autorise à passer les épreuves du deuxième groupe, mais n’obtient pas les notes suffisantes pour être admise. Nous jugeons cependant les résultats obtenus comme un succès, compte tenu de la progression considérable de cette jeune fille dans tous les domaines, cela d’autant plus qu’en parallèle, Annie a fait des démarches pour entrer en préparation d’un bts en alternance (inscription, recherche de stage).

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L’année suivante, l’équipe médicale nous a demandé de redonner des cours à Annie pour l’aider à se représenter au bac. Compte tenu de l’impossibilité pour elle de retourner au lycée et le fait qu’aucun dossier d’entrée en institut thérapeutique n’avait été fait, Annie a refait exceptionnellement une 3e année à L’École à l’hôpital. Elle a obtenu les mêmes notes au baccalauréat et a alors décidé de revoir ses projets à la baisse. Un bep action commerciale en alternance lui a permis de s’insérer professionnellement et à la mesure de ses capacités.

Malik, travailler en partenariat

Malik nous a été confié en septembre 1997 par l’équipe médicale d’un hôpital psychiatrique de la région parisienne.

Le jeune homme, âgé de 19 ans, était hospitalisé en permanence et déscolarisé depuis trois ans. Après avoir bénéficié pendant trois mois d’activités en centre de jour à l’extérieur, il avait manifesté le désir de reprendre des cours en français, mathématiques et anglais, ce qui lui permettait de sortir de l’hôpital, son seul cadre de vie depuis trois ans.

Au bout de quelques semaines, Malik vient, hors de ses heures de cours, m’informer qu’il avait quitté l’hôpital et me demande s’il peut continuer ses cours.

Pensant que son hospitalisation était terminée (les référants médicaux ne pensent pas toujours à nous informer des changements de situation des jeunes qu’ils nous confient…), je l’interroge sur ses rendez-vous suivants avec l’équipe. Il me répond que rien n’est prévu pour l’instant, mais qu’il souhaite vraiment continuer à venir à L’École à l’hôpital. Je lui donne mon accord, mais après son départ, je téléphone à l’équipe médicale qui m’apprend que Malik a fait une fugue après un accrochage avec eux et suppose qu’il a réintégré l’appartement familial. L’assistante sociale me demande de faire le maximum pour le remettre en lien avec l’équipe.

Malik est tout particulièrement passionné par l’anglais et je suis persuadée qu’il ne manquera pas de venir à son cours. Je n’ai alors aucune difficulté à le convaincre qu’il lui faut reprendre contact au plus vite avec son équipe médicale, mais il refuse d’y retourner car il craint d’être réhospitalisé. Il accepte néanmoins de prendre rendez-vous devant moi au cabinet de sa psychologue en ville.

Tout au long de l’année, l’équipe passera par notre association lorsqu’il y aura rupture avec ce jeune. Malik n’ayant pas les capacités à reprendre des études, nous le mettons en relation avec la Mission locale de l’arrondissement qui, après une série de tests et d’entretiens, l’aiguille vers un atelier découverte des métiers afin qu’il choisisse une formation selon ses goûts et ses aptitudes.

Résumé

Français

L’enseignant de « L’école à l’hôpital » intervient dans un dispositif de soins. Par le biais de cours individuels donnés dans un cadre structurant, le jeune va retrouver le plaisir de fonctionner, et reprendre confiance en lui. La scolarisation l’ouvre sur l’extérieur et lui permet de reconquérir une autonomie.

Mots-clés

  • étape
  • projet
  • concertation
  • cadre
  • enseignement sur mesure
  • plaisir
  • confiance

Plan de l'article

  1. Les modalités de la prise en charge
  2. Annie, s’appuyer sur le désir du jeune

Pour citer cet article

Blanchard Suzie, « Une scolarité à la carte pour des jeunes en difficulté », Enfances & Psy 4/ 2001 (no16), p. 109-113
URL : www.cairn.info/revue-enfances-et-psy-2001-4-page-109.htm.
DOI : 10.3917/ep.016.0109

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