Enfances & Psy
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I.S.B.N.2-86586-979-2
160 pages

p. 78 à 80
doi: en cours

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Dossier

no16 2001/4

2001 enfances & PSY Dossier

« On n’habite pas un pays, on habite une langue »

Ginette Francequin Ginette Francequin a assisté aux Journées nationales d’étude et de réflexion sur la scolarisation des élèves nouvellement arrivés en France, les 29 et 30 mai 2001.
Le ministère de l’Éducation nationale assume la responsabilité de l’ouverture de l’école à tous les enfants d’âge scolaire dès lors qu’ils résident sur le territoire national. Comme l’a rappelé Jack Lang : « Tout au long du siècle écoulé, l’école a accueilli des enfants venus de l’étranger et a joué un rôle essentiel dans la formation personnelle et l’intégration sociale de nombre d’entre eux », mais « l’intégration ne se décrète pas ; elle ne va pas de soi. » Produit d’une volonté, elle doit être facilitée par la loi, par l’existence de structures, par la bienveillance, la vigilance de la société d’accueil et tout particulièrement de l’école, ce lieu singulier où, selon le mot de l’historien Antoine Prost : « La société se saisit des enfants. »
Depuis une trentaine d’années, la réflexion a abouti à des mesures spécifiques (la création des classes d’initiation en 1970 dans le premier et le second degré sur le modèle d’une expérience initiée à Aubervilliers en 1965). Cette première mesure était suivie par la mise en place des enseignements des langues et des cultures d’origine (elco) grâce à une convention signée avec huit pays, et par la création, en 1975, des centres de formation et d’information pour la scolarisation des enfants de migrants (cefisem).
L’école est donc le lieu de l’intégration culturelle et sociale des enfants nouvellement arrivés en France. Considérant que leur réussite scolaire est l’un des facteurs essentiels de cette intégration, un des objectifs est alors de mieux développer à la fois la maîtrise de la langue française et la prise en compte de l’expérience antérieure des élèves.
Un autre facteur positif de l’intégration est celui des échanges, portant d’une part sur une meilleure connaissance de la culture, des valeurs et des institutions françaises par les élèves et leurs parents, et d’autre part sur l’apport des migrations dans la société française pour l’ensemble des élèves.
Cette intégration nécessite un nombre suffisant de structures d’accueil et d’actions significatives pour faciliter la scolarisation, ainsi qu’une formation des enseignants et de tous les acteurs du système éducatif et des agents des collectivités locales.
Trente ans plus tard, l’arrivée de plus en plus massive et continue d’enfants et d’adolescents rend pressants les besoins « de réflexion, d’échange et d’harmonisation des pratiques, de clarification de nos objectifs dans ce domaine comme dans celui de la formation des enseignants qui s’y consacrent », selon les mots de Jack Lang qui poursuit : « Les questions doivent alors se poser selon trois principes directeurs :
  • distinguer dans la scolarisation des nouveaux arrivants ce qui relève – ou doit relever “de l’action publique et ce qui revient à l’initiative privée, tout particulièrement celle des parents” ;
  • préciser ce qui appelle des actions spécifiques et ce qui est de l’ordre du droit commun ;
  • veiller, dans le cas d’actions spécifiques, à leur mise en œuvre en cohérence avec le droit commun et éviter les risques de marginalisation, de ghettoïsation, en les chevillant au fonctionnement régulier de l’institution scolaire. »
Pour le ministre de l’Éducation nationale, l’acquisition rapide et solide de la langue française est dans cette perspective essentielle car, comme le disait Cioran, philosophe roumain de langue française, « on n’habite pas un pays, on habite une langue », et selon Jack Lang, la langue est « cette colonne vertébrale qui donne sens à mon existence et autour de laquelle s’organisent les savoirs et les activités. Et cette langue en France, c’est le français.
Au demeurant, notre langue nationale doit tellement aux autres langues, elle a fait son miel de tant de mots et expressions venus des quatre coins du monde, qu’il est naturel de l’offrir en partage. L’accès à la connaissance de la langue de la société d’accueil est le premier principe d’hospitalité que celle ci se doit d’offrir à l’étranger qui arrive. C’est dans cette langue, dorénavant, qu’il pourra pleinement accéder à sa nouvelle vie, que ses droits et ses devoirs seront désormais énoncés. Lui permettre d’être chez lui dans la langue française, c’est faire le pari généreux de son devenir citoyen ».
Le ministre, qui observe des structures parfois surchargées selon des entrées imprévisibles, demande de ne pas faire attendre une place en classe plus d’un mois « pour bousculé qu’il soit quelquefois, le système éducatif n’est pas démuni pour y faire face ». Simplement, pour être pleinement efficace, il ne peut agir seul. Souhaitant « la mobilisation conjointe des services de l’État et des collectivités locales et la généralisation des pratiques entre les plates-formes d’accueil mises en places par l’Office des migrations internationales et les représentants de l’Éducation nationale » ; rappelant aussi son intérêt pour que des établissements réputés d’excellence « au centre-ville ou possédant des classes internationales, accueillent eux-mêmes les nouveaux arrivants », cela accompagnant le souhait « d’une école élitaire pour tous ».
Il apparaît également souhaitable de faire « évoluer l’enseignement des langues et cultures d’origine, la France ayant besoin de plus en plus de compétences linguistiques » pour les échanges culturels et économiques. C’est ainsi qu’un plan progressif, concerté et suivi, va se mettre en place dès la rentrée 2001 sur plusieurs sites.
Les services de l’Éducation nationale tels que les cefisem doivent mieux se coordonner entre eux, leur objectif central devant demeurer l’intégration des nouveaux arrivants. Tels aussi les crdp, par le biais d’un site en ligne au ministère destiné à rassembler les outils pédagogiques car, conclut le ministre, notre maison-école doit, pour les enfants dont les conditions de vie poussent leurs parents à immigrer, « organiser leur accueil et vouloir leur intégration », et citant Jacques Derrida : « Il n’y pas de culture ni de lien social sans un principe d’hospitalité » et « pour que celle-ci soit effective, il faut en établir les règles. Une maison ouverte à tous les vents est en effet vite inhospitalière. »
Une série de décisions ont été prises.
– Une convention a été signée entre les trois directions de la Population et des migrations, du Fonds d’action sociale (fas) du ministère de l’Emploi et de la Solidarité et celle du ministère de l’Éducation nationale. Cette convention organise conjointement l’accueil des nouveaux arrivants et de leur famille et la formation des personnels. Elle doit être déclinée dans chaque académie.
– Par ailleurs une enquête de la Direction de la prospective et du développement (dpd) du ministère de l’Éducation nationale aura lieu trois fois par an et permettra de mesurer plus précisément les flux des élèves et leur passage en classe ordinaire.
– En direction des enseignants et des formateurs, le ministère souhaite à la fois favoriser l’élaboration et la diffusion des outils d’enseignements, mais également renforcer les actions de formation. Les dispositifs spécifiques (classes d’initiation dans le premier degré et classes d’accueil dans le second degré) doivent faire prochainement l’objet d’une évaluation par l’Inspection générale de l’éducation nationale avec l’objectif de préciser ce qui relève d’actions spécifiques et ce qui est de l’ordre du droit commun.
Mobiliser l’ensemble de l’institution, poursuivre le travail interministériel et développer la mobilisation conjointe de l’État et des collectivités locales demeurent les axes forts de cette évolution. Un budget a d’ailleurs été demandé, dans le cadre de la loi de finances, pour améliorer les moyens de travailler ensemble.
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