2001
enfances & PSY
Actualité du réseau
Coopérer pour aider l’enfant
Jeannine Duval-Héraudet
Jeannine Duval-Héraudet,
docteur en sciences de l’éducation, est rééducatrice de l’Éducation nationale,
responsable du secteur recherche de la fnaren. Elle est l’auteur de Une
difficulté si ordinaire, préface de Jacques
Lévine, Éditions et applications psychologiques,
2001.
La circulaire d’avril 1990 qui institue les
rased
[1] à l’école affirme la nécessité du « partage des
responsabilités dans la réussite scolaire des élèves, dans la décision d’aider
les élèves en difficulté, dans le suivi des actions spécialisées et de leur
évaluation qui implique une collaboration étroite et une information réciproque
entre les enseignants, les intervenants spécialisés, les parents, le médecin de
santé scolaire, les infirmières et assistantes sociales scolaires et les
travailleurs sociaux ». Les partenaires autour de l’enfant et de sa difficulté
scolaire peuvent être multiples. À ceux énumérés plus haut, on pourrait ajouter
: les services de
pmi, de justice,
l’orthophoniste, le
cmp (Centre
médico-psychologique), le
cmpp
(Centre médico psycho-pédagogique), l’hôpital de jour, le
sessad (Service d’éducation spéciale
et de soins à domicile). Les lieux d’intervention sont différents : dans et
hors l’école, les champs de compétences, les formations et les champs
théoriques, les représentations et les modes d’approche de la difficulté
scolaire sont variés, les intérêts peuvent être divergents. Les réseaux d’aides
ont toujours été à l’initiative de rencontres, d’échanges, avec les partenaires
éducatifs et médico-sociaux concernés par l’enfant en difficulté à
l’école.
Nous savons tous cependant combien cette collaboration est
difficile à instaurer et à maintenir. Parmi les facteurs de dysfonctionnement,
des luttes de territoire et des enjeux de pouvoir semblent préjudiciables à
tous, et d’abord à l’enfant et sa famille. Un véritable partenariat semble
pourtant constituer la base indispensable pour que les actions entreprises
soient cohérentes. Encore faut-il en reconnaître la nécessité, l’organiser, en
définir les règles et les principes.
Dans le cadre de cet article, nous nous centrerons sur le
partenariat qui doit s’instaurer entre l’intérieur et l’extérieur de l’école,
en ne retenant qu’un de ses points d’ancrage en position tierce : celui où le
partenariat entre professionnels rencontre celui que l’on souhaiterait
instaurer avec les parents.
Prise de pouvoir, concurrence et lutte de territoires ?
La méconnaissance des autres partenaires éducatifs, soignants,
sociaux, entraîne méfiance, préjugés, non-respect, recherche de prise de
pouvoir, lutte de territoires. Toutes les histoires de partenariat difficile
l’ont été, à ma connaissance, parce qu’un ou plusieurs des professionnels en
jeu n’a pas voulu céder quelque chose d’un pouvoir imaginaire, illusoire, que
lui conférait sa place, sa fonction, son statut professionnel. Il est possible
alors d’arriver rapidement à un système « fou » avec risque de passages à
l’acte, comme des rendez-vous parallèles et divergents, sans concertation, qui
mettent la famille devant des choix « impossibles ». Tant qu’une profession,
quelle qu’elle soit, voudra exercer une hégémonie, elle ne pourra susciter que
des positions de dépendance, de défense ou d’opposition chez les autres
partenaires, professionnels ou parents. Elle enferme alors la relation dans un
registre imaginaire dans lequel priment les mécanismes de fusion ou de rejet,
les sentiments de toute puissance ou d’impuissance, elle développe de la
méfiance, des résistances, des réflexes d’auto-protection, obstacles majeurs au
travail commun.
« Au xxe siècle, la ronde des spécialistes
entoure les berceaux et l’enfant devient un objet de science. Chacun découpe
son morceau. L’enfant biologique du pédiatre n’a rien à voir avec l’enfant
symbolique du psychologue qui ignore l’enfant des institutions sociales et
s’étonne de la grande relativité de l’enfant de l’historien. »
(Boris Cyrulnik,
Un Merveilleux
malheur, 1999, Odile Jacob)
Dans les métiers de l’incertitude que Freud nommait «
impossibles » : éduquer, guérir, gouverner
[2], on ne peut jamais complètement évaluer les effets
d’une action qui n’est pas achevée. Il est parfois difficile de « lâcher », de
reconnaître ses limites, d’accepter de ne pas
tout faire, de renoncer au monopole de la
meilleure appréhension du problème, à la compétition imaginaire pour trouver la
« bonne explication », « la bonne réponse ». Confronté à ses propres limites,
le professionnel s’isole parfois en excluant le tiers et peut recourir à des
mécanismes mégalomaniaques relevant de la toute-puissance imaginaire pour se
défendre du doute, de l’incertitude, des sentiments de culpabilité, de la
dépression, des attaques narcissiques nées du sentiment de non-valeur ou de
perte de valeur. L’aide risque de disparaître au profit de l’aidant, l’aidé
n’est plus entendu, sa parole et son libre arbitre sont confisqués, annulés.
L’enfant et sa famille risquent de se trouver en quelque sorte « pris en otage
» par les différents professionnels, écartelés entre des discours différents
voire divergents. Le manque de cohérence des professionnels engendre
l’angoisse, la colère, le doute chez des parents qui sont eux-mêmes souvent à
la recherche de repères, d’étayage.
« Faire avec » cette famille
L’enfant naît dans une famille – et pas dans une autre – et il
n’a pas le choix. Il faut qu’il « fasse avec ». Les professionnels qui vont
être concernés par cet enfant devront bien, eux aussi, s’accommoder de cette
famille, sauf cas de danger avéré pour cet enfant. Il est clair en particulier
que l’on ne peut faire « à la place » de la famille. Aider n’est pas synonyme
de « se substituer à ». Les parents, s’ils ne disent rien sur le moment, s’ils
assistent, contraints, à la prise de rendez-vous téléphonique par exemple avec
un organisme supposé leur venir en aide, peuvent ressentir cette « aide » comme
une violence qui leur est faite, et « s’arrangeront » plus ou moins
consciemment pour manquer le rendez-vous, ou pour saboter un travail qui se
sera mis en place malgré eux. Face à des familles qui expriment leur souffrance
à travers des ruptures, des arrêts intempestifs des aides entreprises, les
différents partenaires ont tout intérêt à collaborer. Une mise en synergie au
lieu d’une mise en concurrence est la seule possibilité de contenir ces enfants
et ces familles en souffrance, en rupture, de leur offrir les repères
indispensables à leur reconstruction.
Articuler et coordonner les interventions
J’avais travaillé pendant deux années avec Jimmy. J’avais
rencontré la maman à plusieurs reprises mais toujours avec de grandes
difficultés et de nombreux rendez-vous remis, manqués, annulés. Pourtant la
communication « était bien passée ».
La sœur de Jimmy, Katia, était scolarisée en moyenne section
d’école maternelle lorsque son enseignante a parlé d’elle pour la première fois
au rased. Les motifs en étaient de
grandes difficultés d’adaptation scolaire, un manque d’investissement et/ou un
blocage face à toutes les activités non ludiques, la peur de l’échec et un
manque de confiance en soi. Une première aide pédagogique spécialisée, au sein
d’un petit groupe d’enfants, fut tentée en grande section. En mars, il fut
envisagé de proposer une aide rééducative, car la situation n’évoluait
pas.
Katia est vive, elle aime jouer. Elle n’investit pas les
apprentissages et n’a pas encore compris ce que veut dire être à l’école, elle
est très « dispersée », mais par moments, très fugitifs, elle réussit très bien
ce qui lui est demandé, et l’enseignante ne doute pas de ses potentialités
intellectuelles.
La mère, « insaisissable », ne se manifeste pas lorsqu’elle est
invitée à plusieurs reprises à me rencontrer. La proposition lui est faite de
signer une autorisation, mais rien ne revient.
Ce n’est qu’en mai, à l’occasion de l’équipe éducative
proposant l’orientation de Jimmy en clis (classe d’intégration scolaire) que j’ai
pu rencontrer la mère et obtenir son autorisation de travailler avec Katia.
Elle s’excusait, avait été trop débordée pour s’en occuper. Une visite
médicale, en juin, décelait une vue déficiente chez la fillette. La maman ne
s’était pas déplacée pour la visite médicale et la lettre du médecin n’avait eu
aucun effet.
Katia entre au cp et
je poursuis mes rencontres avec elle. La fillette éprouve de grandes
difficultés à investir la lecture. La maman n’est pas venue à la réunion de
parents organisée par l’enseignante. Celle-ci voudrait la rencontrer. J’émets
une hypothèse : cette maman a elle-même connu une scolarité difficile. Son
aîné, Jimmy, a éprouvé de grandes difficultés à l’école. Peut-être craint-elle
d’entendre la même chose concernant sa fille, d’où cette conduite d’évitement
systématique du lieu scolaire ? Je souhaite moi aussi rencontrer cette maman.
Avec l’enseignante, nous décidons de lui écrire une « convocation » sous
l’autorité symbolique du directeur de l’école. Cette démarche « réussit » et
nous la rencontrons ensemble. L’enseignante évoquera les points positifs du
travail de Katia, son inquiétude également, une aide possible pour les devoirs
par le centre social. L’hypothèse avancée concernant les peurs de la mère
vis-à-vis des jugements de l’école sur ses enfants semble se confirmer. En
répétant les paroles de l’enseignante, je lui parle bien sûr de mon travail
avec Katia, mais je tente également de la rassurer, de lui formuler ce qui est
très différent chez ses deux enfants, de lui faire part de la manière très
simple dont elle pourrait s’intéresser au travail scolaire de sa fille, ce qui
aiderait peut-être celle-ci à s’y investir ?
Une aide rééducative est un espace offert à l’enfant pour
parler de lui, des questions non résolues, de ce qui l’encombre. Ce qui le
préoccupe est la plupart du temps ce qui ne peut s’articuler entre sa vie
d’enfant inscrit dans une famille et sa vie d’élève. Il n’est donc pas possible
d’entreprendre ce type d’aide avec un enfant sans avoir l’autorisation des
parents. Dans le meilleur des cas, leur collaboration accroît les chances de
réussite de l’aide apportée.
Suite à cet échange, nous nous rencontrons à nouveau,
l’enseignante et moi, afin d’affiner les objectifs de nos interventions
spécifiques, chacune de notre place, de les différencier et qu’ils se
complètent. Nous nous entendons également pour demander un bilan psychologique
qui pourrait nous éclairer sur ce qui se joue à l’école pour cette
enfant.
Cependant, Katia n’apprend toujours pas. L’enseignante
s’interroge par rapport à la vision de la fillette. Je demande à l’infirmière
scolaire une nouvelle visite, pour confirmation. La mère ne se présente pas.
Des problèmes visuels importants sont confirmés. L’infirmière téléphone à la
mère, l’informe de la nécessité d’une visite rapide chez un ophtalmologue. La
maman semble coopérante. Un mois après, rien ne semble fait. Je téléphone alors
à l’assistante sociale du secteur qui a suivi cette famille pendant plusieurs
années. Confrontées à cette maman qui acquiesce toujours mais ne fait rien, un
problème de vue du frère n’ayant jamais été réglé malgré des demandes répétées
de la médecine scolaire, nous décidons de ne plus laisser traîner les choses.
L’infirmière scolaire va téléphoner à nouveau à la mère, pour tenter de savoir
ce qu’il en est. L’assistante sociale est prête à se rendre chez cette maman, à
notre demande, soit pour l’aider à prendre rendez-vous, soit pour la rassurer
vis-à-vis d’éventuelles inquiétudes financières, soit pour adopter un discours
plus ferme vis-à-vis de ses devoirs de soin envers ses enfants.
La fnaren (Fédération
nationale des associations des rééducateurs de l’Éducation nationale) regroupe
plus de 2 000 rééducateurs dans les 90 associations départementales (aren) qui la composent. La
fnaren œuvre pour maintenir et
promouvoir la place de l’intervention originale et pertinente que constitue la
rééducation à l’école. La fnaren a
pour objectifs : la recherche, la formation, l’innovation et l’information
relatives aux pratiques et techniques professionnelles des
rééducateurs.
Les rééducateurs de l’Éducation nationale exercent, dans les
réseaux d’aides spécialisées aux élèves en difficulté (rased), au sein des écoles maternelles et
élémentaires, dans les cmpp (centres
médico-psycho-pédagogiques) et dans les établissements spécialisés. Ils aident
l’enfant à retrouver ses compétences d’élève. Ce travail concerne des enfants
scolarisés dont les difficultés se manifestent par de l’instabilité, de
l’inhibition, une communication difficile, un refus partiel ou total de la
situation scolaire, des difficultés dans la pratique de la langue écrite ou
orale.
Les rééducateurs proposent donc à l’enfant des pratiques où il
pourra découvrir ou redécouvrir des processus de création, d’échange, de
communication et d’expression. Le temps de la rééducation est un temps
provisoire dans la vie de l’enfant. Quand celui-ci a retrouvé l’estime de soi,
le désir d’apprendre et l’usage de ses potentialités intellectuelles dans le
cadre scolaire, ce temps doit s’effacer. En défendant pour tout enfant le droit
à la difficulté ordinaire, les rééducateurs de l’Éducation nationale
contribuent à éviter l’expérience négative de l’échec à l’école et ses
conséquences majeures, la marginalisation et l’exclusion.
Françoise Wauters, présidente de la
fnaren
Ainsi, un réseau constitué de l’enseignante, de la
rééducatrice, de l’infirmière scolaire et de l’assistante sociale, soutient
cette mère dans sa tâche ou est potentiellement prêt à le faire. Chaque
professionnel est à sa place, sans confusion de rôles, sans amalgame.
L’important est que ce partenariat soit bien une mise en synergie cohérente et
qu’il ne soit pas ressenti par la mère comme une pression trop forte, tant que
ce ne sera pas nécessaire.
La collaboration véritable avec les parents permet à ceux-ci de
ne plus se sentir seuls confrontés à la difficulté de leur enfant, de mieux la
comprendre, de mieux analyser la situation, de partager leurs angoisses et
leurs interrogations, de prendre une certaine distance par rapport à des
ressentis de culpabilité éminemment subjectifs, donc à retrouver une certaine
créativité qui les aidera à aider leur enfant, de leur place et dans leur
fonction.
Aider les parents pour qu’ils aident leur enfant
L’enfant est assigné à s’intégrer dans l’école. Il n’en a pas
le choix. Certains enfants sont peut-être mieux armés au départ, mais surtout
mieux préparés et mieux accompagnés pour le faire. Cependant, les parents ont
un rôle irremplaçable auprès de leur enfant qu’aucun travailleur social ne
pourra remplir. Leur redonner leur place afin qu’ils agissent eux-mêmes semble
l’objectif à atteindre. Si la mère de Katia a sans doute été négligente sur un
certain nombre de points importants, on peut penser que des peurs, des
sentiments de culpabilité et des atteintes narcissiques l’ont conduite aux
comportements de fuite que nous avons connus. Peur de l’école, peur du jugement
des enseignants, peur d’entendre des paroles définitives concernant ses
enfants. Culpabilité vis-à-vis d’un échec scolaire qu’elle aurait pu leur
transmettre en même temps que les gènes. Sentiment d’incapacité à les aider
pour leur travail scolaire, vu son propre passé scolaire. Peur d’être une «
mauvaise mère » aux yeux des assistantes sociales. Peur de ne pouvoir assumer
financièrement ce que risque d’impliquer les soins de ses enfants. Peur d’être
jugée pour ses différents échecs de mise en couple…
L’étayage apporté à cette mère n’est pas exempt d’exigences,
puisque ce qui importe, c’est que cette fillette soit enfin soignée. Respecter
les parents tels qu’ils sont, tenter de leur redonner la place pleine et
entière qu’ils ont parfois perdue, qu’ils ne savent pas ou n’osent pas prendre
auprès de leur enfant, les considérer d’une manière positive, ne revient pas à
leur donner un blanc-seing inconditionnel. Ce respect mêlé de l’exigence qu’ils
occupent la place et la fonction qui leur reviennent leur permettra – peut-être
– de les tenir à cette place, même si on doit les accompagner pour cela.
Cependant, il est nécessaire de veiller à ce que cette collaboration fasse
ouverture et ne devienne pas quelque chose qui se refermerait sur l’enfant,
comme un piège, un étau constitué par tous ces adultes qui s’intéressent à lui…
La suite de l’histoire nous a montré que nous avons eu raison de donner un «
ticket confiance » à cette mère… Une fois rassurée, ne se sentant pas jugée,
pas « prise au piège », elle a fait ce qu’il y avait à faire.
Un réseau de professionnels peut ainsi aider, soutenir,
accompagner la famille, à condition que ces professionnels ne demandent pas aux
parents de faire seuls le lien entre eux, que leurs discours s’accordent,
soient cohérents et qu’un projet d’aide pour un enfant soit pensé et construit
dans un véritable partenariat.
Mise en synergie : coordination et coopération
L’école est le lieu d’émergence de la difficulté de l’enfant et
de convergence d’un grand nombre de professionnels. La difficulté scolaire
trouve rarement ses origines à l’école uniquement.
Tant qu’il dépendra de la seule bonne volonté, du seul désir et
des personnalités de chacun des professionnels de collaborer, le partenariat ne
pourra se mettre réellement en place, dans la cohérence et la durée. Il est
nécessaire d’institutionnaliser et d’organiser ces collaborations. Deux aspects
indissociables permettent un véritable travail en partenariat : la coordination
qui articule les activités singulières, qui organise les échanges institués,
réguliers, et la coopération qui recouvre les échanges interpersonnels et
l’organisation informelle du travail.
Pour garantir la cohérence du discours de l’ensemble, pour que
les différentes interventions ne soient pas une juxtaposition d’actions ou la
réalisation de projets narcissiques individuels mais la création d’une synergie
au sein de laquelle les rôles s’articuleront :
- le partenariat doit se construire par rapport à un projet
cohérent commun, dans une responsabilité partagée : aider l’enfant à dépasser
ses difficultés actuelles et l’accompagner dans sa réussite d’élève
;
- un accord sur les valeurs et sur les objectifs généraux des
éventuelles interventions est indispensable : personne ne pourra faire « à la
place de l’enfant et de sa famille ». L’enfant pourra être aidé, accompagné,
pour se réapproprier ses champs de compétence concernant son histoire, ses
apprentissages et la maîtrise de sa vie ;
- si le conflit est nécessaire dans la mesure où il pointe
les différences, la délibération collective peut seule aboutir à l’élaboration
de règles de fonctionnement rationnelles parce que discutées et semble
constituer un moyen de régulation possible ;
- la constitution d’un espace de discussion nécessite de
s’entendre sur un langage commun ;
- la circulation des informations et la transparence
concernant les actions entreprises s’imposent ;
- pour être créatif, chaque professionnel doit pouvoir
bénéficier d’une marge de liberté, de choix, d’un pouvoir sur ses propres
actions, d’une possibilité d’exercer son imaginaire.
Rechercher ensemble la pertinence des réponses apportées, la
cohérence des actions entreprises, est l’effet d’un travail partenarial qui,
dépassant les enjeux imaginaires, s’opposant à l’identification au même et au
rejet du différent de soi, intègre le symbolique, le tiers, l’altérité et le
respect de la différence. La connaissance de chaque professionnel, de son
travail, de sa place, de sa spécificité, de ses fonctions, de ses compétences,
de ses modes d’intervention, des possibilités et des limites de son action, des
points communs et des différences, constitue le fondement d’un possible travail
en collaboration.
Cette reconnaissance de l’identité professionnelle de chacun
nécessite une mise en visibilité à l’intérieur d’un collectif de
travail.
Des opinions, des désirs, des peurs, des positions éthiques
sont toujours présents au sein des échanges. Il n’y a pas d’intermédiaire dans
le monde du travail entre la confiance et la méfiance
[3]. La coopération exige l’abandon de toute
relation hiérarchique ou de pouvoir, le dépassement de la rivalité, de la
concurrence et de la compétition qui organisent habituellement les relations
sociales, le renoncement à la hiérarchisation qui repose sur des critères
pseudo-professionnels, afin que s’instaurent des relations de confiance, afin
que soit garantie la sécurité de celui qui risque la mise en visibilité de sa
pratique, afin que chacun accepte de se voir déstabilisé dans ses opinions, ses
positions, ses analyses, pour pouvoir rencontrer l’autre et une pratique
différente de la sienne.
Cependant, la coopération ne se décrète pas. Elle ne peut obéir
à une injonction. Si les bénéfices de la coopération sont indéniables pour tous
(partenaires professionnels et usagers), si on est « plus intelligents et plus
efficaces à plusieurs », si on peut prétendre parvenir à une meilleure analyse
des situations, à une élaboration de réponses plus diversifiées, mieux ajustées
à la complexité des problèmes, à une meilleure élaboration et cohérence des
stratégies à mettre en place, à un meilleur investissement de compétences
complémentaires et non plus concurrentes, à une évaluation plus objective des
actions entreprises, ce partenariat est difficile à instaurer et coûteux en
temps, en énergie, en investissement personnel.
Les conditions de l’instauration d’un véritable partenariat
doivent être prises en compte par les différentes administrations, Éducation
nationale, Santé, Social, Justice, et instituées :
- en champs d’intervention clairement délimités et articulés
les uns aux autres ;
- en temps de rencontres organisées institutionnellement
;
- en réflexion et formation théorico-pratique commune
;
- en objectifs clairement énoncés.
Dans le travail en équipe comme pour la mise en œuvre de toute
aide à l’enfant, il est nécessaire d’instituer un cadre pour qu’un processus
advienne. L’institutionnalisation des échanges et de la coopération autorise
alors un espace ouvert à la créativité de chaque professionnel, à ses
partenaires parentaux, et à l’enfant lui-même.
Petit vade-mecum pour mes relations
avec les parents
- Le métier de parent est un des plus difficiles et de plus,
personne ne nous l’apprend.
- Un parent est toujours quelqu’un de fragile lorsqu’il
s’agit de ses enfants. De plus, la difficulté de son enfant l’atteint dans ses
rêves, dans ce qu’il aurait voulu transmettre, l’atteint dans sa fonction de
parentalité.
- Son enfant est unique. Sa difficulté est quelque chose
d’important qu’il ne faut pas banaliser.
- Il faut du temps à un parent pour accepter, pour analyser,
pour comprendre la difficulté de son enfant.
- Jusqu’à preuve du contraire, les parents veulent bien
faire. Un parent fait la plupart du temps ce qu’il peut mais il ne fait pas
toujours ce qu’il veut. Il a justement un ou des enfants qui ont leurs propres
idées, leurs propres manières de faire et de réagir.
- On est parent avec ses principes, son histoire, en accord
ou parfois en opposition avec l’éducation que l’on a
reçue.
- Je suis moi aussi parent, j’ai commis beaucoup d’erreurs et
je pense que j’en ferai d’autres encore. En tant que parent, je n’ai pas
toujours trouvé des réponses à mes questions et j’ai souvent rencontré le
doute, l’angoisse.
- Accueillir les émotions des parents, leurs inquiétudes,
leurs questionnements, me permettra de les rencontrer en tant que personne qui
ne se cache pas derrière un rôle professionnel. Mon positionnement de
professionnel requiert pourtant que je parvienne à élaborer et à prendre de la
distance par rapport à mes émotions afin de tenir ma place
d’aidant.
- Si je connais quelques petites choses grâce à mon
expérience ou à ma formation, je peux tenter de faire partager aux parents ma
réflexion mais j’ai toujours moi aussi à apprendre d’eux.
- Sauf en cas de danger avéré pour l’enfant, les parents sont
les plus compétents pour juger de ce qui leur convient ou non, dans leur
contexte familial, de leur place et dans leur fonction de
parents.
·
Baert, J. 2000. « Le
point de vue des parents », enfances &
psy n° 12, septembre 2000,
Érès, p. 134-137.
·
Beillerot, J. 2000. «
De la difficulté de travailler en équipe », Le
Monde de l’éducation n° 281, mai 2000, p.
66-67.
·
Berger, M. (Entretien
avec). « Le travail avec les parents », enfances
& psy n° 12, p.
127-133.
·
Cyrulnik, B. 1999.
Un merveilleux malheur, Paris, Odile
Jacob, p. 239.
·
Dejours, Ch. 1995.
Le Facteur humain, Paris,
puf, « Que sais-je ? », 2e éd. 1999, p. 127.
·
Duval-Héraudet, J.
2001. Une difficulté si ordinaire… Les écouter
pour qu’ils apprennent, éditions eap.
·
« Partenaires pour aider à l’école », juin-juillet 1998,
dossier Envie d’école n° 15, Journal
des rééducateurs de l’Éducation nationale, p. 9-20.
·
« Aider, une articulation nécessaire », sept.-oct. 1998,
dossier Envie d’école n° 16, p.
9-20.
[1]
Circulaire n° 90-082 du 9 avril 1990, mise en place et
organisation des réseaux d’aides spécialisées aux élèves en difficulté,
bo n° 16 du 19 avril 1990, p. 1043,
point 2.1.
[2]
S. Freud, Préface de
Jeunesse à
l’abandon, 1925, Aïchorn.
[3]
Ch. Dejours,
Le Facteur
humain, Paris,
puf, «Que
sais-je?», 1995, 2
e éd.
1999.