2001
enfances & PSY
Ailleurs
À Sainte-Lucie, l’échec scolaire n’est pas une fatalité
Rosamonde Renard
Rosamunde Renard est
enseignante, docteur en sciences de l’éducation ; elle est directrice du Centre
d’éducation communautaire de Laborie, à Laborie, Sainte-Lucie, West
Indies.
Comment un centre éducatif pour la petite enfance d’un petit
village de Sainte-Lucie, ancienne colonie britannique située aux Antilles, se
débrouille-t-il avec le problème de l’échec scolaire ? Comment ce centre
élargit-il son action aux autres structures de cette île de 150 000 habitants ?
Comment les parents, les enseignants, les responsables administratifs et
associatifs peuvent-ils contribuer à mobiliser ces institutions ? C’est à ces
questions et à quelques autres qu’est consacré cet article.
Sainte-Lucie se trouve au sud de la Martinique, à 145 km au
nord-ouest de la Barbade, à 4 183 kilomètres de New York et 6 759 kilomètres de
Londres. Faisant partie des îles Sous-le-Vent, c’est une des îles montagneuses
de la chaîne volcanique des Caraïbes orientales. Sa superficie est de 616
km2 : 42 kilomètres du nord au
sud et 22 kilomètres d’est en ouest en son point le plus large. Comme toutes
les autres îles des Caraïbes, Sainte-Lucie est sujette aux cyclones (la période
des cyclones commence chaque année en juin et finit en octobre).
La date précise de la « découverte » de Sainte-Lucie reste en
débat, les Européens peuvent-ils d’ailleurs prétendre avoir découvert une île
déjà habitée par les Amérindiens ? Ces Amérindiens furent soit décimés par la
guerre, la maladie ou le suicide, soit intégrés dans la population générale.
Actuellement, il n’y a plus de communauté amérindienne « de sang pur » à
Sainte-Lucie. Anglophone et créolophone, l’île – surnommée « l’Hélène de
l’Occident » – a changé quatorze fois de mains entre les Français et les
Anglais. Soufrière fut la première ville établie par les Français en 1746. En
1787, Sainte-Lucie possédait 140 plantations dont la main d’œuvre était
constituée par les esclaves. Du xviiie siècle au troisième quart du
xixe siècle, les plantations se voulaient
autonomes, chacune représentant un petit état dans le minuscule état de
Sainte-Lucie. Elles dépendaient cependant de l’extérieur pour leurs besoins en
nourriture, vêtements, outillage et autres équipements, en particulier
agricoles. Sans liens avec l’extérieur, elles se seraient écroulées.
Le poids de l’esclavage et de la pauvreté
Les relations sociales qui se sont développées sous le
système de plantation furent violentes. L’effet de cette violence est toujours
perceptible dans les relations entre les hommes, les femmes et les enfants des
Caraïbes. Ils furent victimes d’abus de nature émotionnelle et sociale à cause
du système esclavagiste de la plantation sucrière ; ils surent cependant
façonner leur environnement débilitant autant que le système le permit.
L’esclavage fut aboli à Sainte-Lucie en 1834. La volonté des ex-esclaves de
quitter les plantations et de s’établir par eux-mêmes provoqua une immigration
de travailleurs venus de l’Inde, en nombre réduit cependant compte tenu de
l’exiguïté de l’île : ils étaient 2 523 en 1891 et le dernier groupe arriva en
décembre 1897.
À partir des années 1870, le système de plantation ne pouvait
plus survivre du fait de la compétition avec des pays plus gros producteurs de
sucre et de l’impossibilité de réaliser la nécessaire modernisation
technologique. En 1897, 4,50 % seulement du sol arable étaient plantés
(West India Royal Commission Report).
Quand les usines centrales furent installées, les plantations productrices de
sucre disparurent pour devenir de simples fournisseurs de canne à sucre brute
pour les usines. Ce système lui-même ne survécut pas à la compétition avec le
sucre de betterave ni avec celle des pays producteurs plus importants, d’autant
que la Seconde Guerre mondiale fit connaître à l’île des bouleversements
importants. Ainsi, à Vieux-Fort, une base aérienne américaine entra en
concurrence avec l’usine à sucre centrale (pour le bois et pour la force de
travail). Cette dernière fut fermée en 1942. Au cours des années cinquante, le
système d’usine sucrière disparut complètement de l’île. Les ex-planteurs de
canne essayèrent d’autres productions, notamment le citron vert, jusqu’à ce
que, dans les années cinquante, la monoculture de la banane remplace celle du
sucre.
La population de Sainte-Lucie est essentiellement composée de
descendants d’Africains, avec une importante minorité de descendants d’Indiens
et un nombre important de mulâtres. Depuis les années soixante-dix, elle
augmente environ de 1 500 personnes par an et elle a crû de 20 %, passant de
115 252 habitants en 1980 à 135 685 en 1991. La majorité est composée de
personnes de moins de 50 ans. Malgré un taux de mortalité infantile de 20,1 %,
la natalité était de 26,1 en 1990. L’espérance de vie est de 69 ans pour les
hommes et de 74 ans pour les femmes (Adrien, 1996). Le port principal et
l’aéroport le plus fréquenté ainsi que le siège du gouvernement et de
l’administration centrale sont à Castries, la capitale, qui héberge, avec ses
environs, 39 % de la population totale. Un certain nombre de communautés
satellites se sont développées alentour ainsi que la majorité des
infrastructures touristiques. Les autres agglomérations de quelque importance
sont Vieux-Fort et Soufrière, situées respectivement au sud et au sud-ouest du
pays. L’installation de zones industrielles dans les environs de Castries et à
Vieux-Fort a influencé la récente répartition de la population et modifié
l’occupation des sols. Un bon réseau routier relie la majorité des communes et
des villages aux centres importants de population. Cependant, une importante
minorité de villages est d’accès difficile et pendant la saison des pluies, de
juillet à décembre, ils peuvent être inaccessibles.
En 1979, le pays a acquis sa pleine indépendance. Un système
législatif à deux chambres garantit le droit de tous les citoyens à être
représentés dans les affaires du pays. Un parti a été au pouvoir depuis la
politique de la post-indépendance, à l’exception d’une période d’opposition à
la fin des années soixante-dix et au début des années quatre-vingt. Depuis
1997, c’est le parti travailliste de Sainte-Lucie, dirigé par le docteur Kenny
Anthony, qui est au pouvoir. Il n’existe toujours pas de représentation
politique au niveau local et les conseils municipaux actuels sont nommés par le
ministre du Développement communautaire, l’ordonnance sur les autorités locales
de 1947 n’ayant jamais été appliquée.
La société sainte-lucienne est très ouverte aux influences
extérieures, tout particulièrement de l’Atlantique nord. Ses médias et ses
lignes aériennes sont dominés par ceux des États-Unis. Depuis le siècle
dernier, la Caraïbe connaît des flux migratoires vers l’Amérique centrale ;
ensuite, après la Seconde Guerre mondiale, vers la Grande-Bretagne et, depuis
les années soixante, vers les États-Unis. La société caribéenne est également
exposée à l’expansion de la culture de la drogue. Sainte-Lucie, comme beaucoup
d’autres états des îles Caraïbes, est considérée comme un point facile de
transbordement du trafic international de stupéfiants et, plus
particulièrement, du commerce entre les sources d’approvisionnement
sud-américaines et les besoins du sous-continent nord-américain. En outre,
Sainte-Lucie n’est plus seulement un lieu de transit mais aussi un marché :
beaucoup de jeunes sont devenus les proies de la drogue et l’on assiste à un
accroissement du nombre de crimes violents entre gangs de rue.
Les exportations sont aujourd’hui essentiellement limitées
aux bananes, aux produits de la petite industrie et aux services liés au
tourisme. Le gouvernement est un acteur dominant de l’économie et tire la
majorité de ses revenus des taxes indirectes sur le commerce. Le secteur
agricole est le plus gros employeur du pays et la majorité des emplois est liée
à l’industrie de la banane. L’exportation de bananes a cependant régulièrement
diminué, principalement du fait de la compétition avec les gros producteurs
d’Amérique du Sud. Le taux de chômage se situe entre 20 et 35 % ; il est sans
doute plus proche des 35 % ou même 40 % si on prend en compte le nombre des
personnes sous-employées.
Le système scolaire à Sainte-Lucie
L’école est obligatoire à partir de 5 ans. Elle est financée
par le gouvernement. Cette scolarité obligatoire se termine à 15 ou 16 ans à la
fin de la dernière classe du cycle primaire ou secondaire. En effet, une grande partie des
enfants n’entreront jamais dans le secondaire dont l’accès est déterminé par la
réussite à « l’examen commun », le Common
Entrance Examination, que passent tous les enfants de 11
ans.
Il faut expliquer ce que représente cet examen connu aussi en
Grande-Bretagne sous le nom de « 11 plus » (11
pluses). Examen d’entrée au secondaire dans la plupart des Caraïbes
anglophones, il affecte les élèves à telle ou telle école secondaire. Si les
élèves échouent à cet examen, ils restent à l’école primaire jusque vers 16
ans. Cet examen est traumatisant et suscite de grandes souffrances. On peut
voir à la télévision les parents pleurer quand leurs enfants échouent car ils
savent que ceux-ci sont voués au chômage ou au travail non qualifié, à
l’émigration, à la nostalgie, à la frustration et au désespoir.
Les chiffres sont effectivement désespérants : ainsi, en
1992, seulement 58 % des enfants se présentant à cet examen l’avaient réussi ;
et en 1996, ils n’étaient que 44 % (Département de statistiques du gouvernement
de Sainte-Lucie).
L’école de la réussite à Laborie
Au dernier recensement (1991), la population de ce village est
de 1 304 habitants (soit 9 % des 133 308 habitants de l’île). 1 152 sont
catholiques, 1 210 d’origine africaine, avec seulement 80 mulâtres. 563 adultes
n’ont jamais été mariés alors que 202 le sont. Sur les 321 foyers du village,
230 familles sont propriétaires de leur logement. 136 utilisent toujours des
latrines extérieures et 97 en sont encore aux lampes à kérosène. 202 foyers
utilisent le gaz pour la cuisine et 101 le charbon de bois. Dans 234 familles,
la cuisine est à l’intérieur de la maison et dans 87, c’est une case
extérieure.
À Laborie, il existe (en 2000) trois structures préscolaires.
Les enfants des trois structures ont habituellement entre 2 ans et demi et 5
ans. Ils vont ensuite à l’école pour jeunes enfants jusqu’à l’âge de 7 ou 8 ans
où ils intègrent l’école primaire de filles ou de garçons.
Le nombre d’enfants de 3 à 4 ans susceptibles de fréquenter une
structure préscolaire était de 78. Plus de la moitié de ces enfants étaient
inscrits au centre d’éducation communautaire de Laborie
(Laborie Community Education Centre –
labcec). C’est cette
éducation préscolaire au labcec de
Laborie que je vais maintenant décrire.
Hier enfants du fouet, aujourd’hui enfants du jeu
Il est encourageant de noter que le taux de succès des
enfants qui fréquentèrent notre centre labcec jusqu’à 5 ans et passèrent l’examen à 11
ans, tant parmi les garçons que parmi les filles, est supérieur au pourcentage
général.
Pourquoi le taux d’échec à l’examen d’entrée commun est-il si
bas au labcec ? Les réponses à cette
question font appel au type de cursus, à la pédagogie pratiquée par les
enseignants et à la supervision attentive d’une équipe qui s’est
progressivement autorisée à se superviser en majeure partie elle-même. Une des
principales réponses est que, depuis sa création en 1983,
labcec s’est tenue au principe
suivant : les enfants apprennent par le jeu. De fait, la rumeur courait dans la
commune que les enfants au labcec ne
faisaient que jouer, ce qui effrayait certains parents et alimentait les
périodes de crise de nos années difficiles. Petit à petit, notre principe
initial a d’ailleurs évolué. Nous pouvons maintenant l’énoncer comme suit : Les
enfants apprennent à travers leurs interactions avec leurs pairs plus doués,
les adolescents et les adultes. Comme Piaget et Vygotski l’ont enseigné, les
enfants apprennent par l’action et l’interaction avec les gens, les objets, les
événements et les idées.
Un autre principe peut contribuer au faible taux d’échecs :
au labcec, l’autodiscipline est
favorisée. Nous tentons de transformer l’idéologie autoritariste traditionnelle
aux Caraïbes par une conception de l’autorité où le pouvoir est partagé entre
l’adulte et l’enfant. De fait, comme je l’ai noté, à Sainte-Lucie ainsi que
dans le reste des Caraïbes anglophones, l’autoritarisme est toujours dominant.
C.L.R. James et Victor Schoelcher ont tous deux mis en avant la violence
physique comme représentant le berceau de la société de plantation. Le fouet
était l’âme de la plantation comme l’a dit C.L.R. James, historien de Trinidad,
marxiste et champion de cricket. Il constata que « les esclaves recevaient le
fouet de façon plus certaine et plus régulière que la nourriture. Le fouet
était l’incitation au travail et le gardien de la discipline » (James, 1963).
Gordon Lewis, un sociologue anglais, est également parvenu à la conclusion que
c’est la force et non la persuasion qui fut « l’accoucheuse » de l’histoire
Caraïbe (1983).
Schoelcher anticipait déjà ce point de vue en disant : « Le
fouet est partie intégrante du régime colonial ; il est son principal agent. Le
fouet est son âme ; il est l’horloge de la plantation. Il annonce le moment du
lever et celui du sommeil. […] Il affirme sans cesse que les blancs sont
unanimes pour affirmer qu’aucun travail n’est possible sans coercition »
(Schoelcher, 1842). Une telle culture du fouet, il faut le noter, fut celle de
toutes les sociétés esclavagistes, compte tenu bien sûr de leurs spécificités.
Dans les cultures esclavagistes des Caraïbes, cultures coloniales et
postcoloniales, le contrôle n’est pas partagé avec les enfants. Il leur est
imposé. Cette culture ne provient pas nécessairement d’Afrique, mais découle
assurément des traditions culturelles propres à la Grande-Bretagne. Je suis
convaincue qu’une telle culture est hostile à la croissance humaine et au
développement aux Caraïbes. Le constat de l’examen d’entrée commun confirme
cette hypothèse. Et pourtant les Caraïbes sont une mine d’immenses forces
humaines qui se sont développées face à la torture, l’humiliation et la
destruction.
Tous les enfants peuvent réussir à l’école
En ce qui concerne la réussite à l’examen d’entrée commun,
j’en arrive à une position de tolérance
zéro – pour utiliser une expression politique appréciée à
Sainte-Lucie – envers tout échec à cette épreuve. Notre objectif actuel est que
chaque enfant le réussisse. Et cet objectif peut être réalisé sans exercer de
pression sur les enfants. Des enfants qui ne sont pourtant pas des enfants de
la classe socio-économique privilégiée de Sainte-Lucie mais des enfants de
milieux ruraux pauvres et de faibles revenus.
Cette année scolaire 2000-2001, vingt-deux enfants de 4 et 5
ans sont inscrits au labcec. Tous ces
enfants proviennent du village de Laborie et de ses environs. Dix mères ont
entre 35 et 44 ans, six entre 25 et 34 ans et cinq entre 18 et 24 ans. Dix-huit
d’entre elles n’ont fréquenté que l’école primaire, trois, l’école secondaire
et une seule un enseignement supérieur. Une bonne dizaine de ces enfants vivent
dans des foyers de trois ou quatre pièces, y compris la cuisine. Quatre ont
huit frères et sœurs qui ne vivent pas avec eux mais sont répartis dans la
famille ou chez des amis. Sept de ces familles ne disposent que de latrines et
deux n’ont pas de toilettes. Seulement deux familles reçoivent régulièrement de
l’argent d’outre-mer. 56 % des mères sont des parents isolés et elles ont
chacune entre trois et cinq enfants. 25 % de ces enfants ont des frères et
sœurs de pères différents. 25 % des mères ont eu leur premier enfant avant 18
ans et toutes avant 24 ans. Aucun des parents ne peut consacrer plus de 150 F
par enfant et par mois pour labcec,
alors que le coût minimal pour atteindre nos objectifs est de 450 F par mois
par enfant.
Comment donc labcec
va-t-il répondre à ce nouvel objectif de tolérance zéro envers l’échec à
l’examen d’entrée commun ?
Un premier moyen est l’adhésion au principe selon lequel les
compétences linguistiques et numériques précoces peuvent être enseignées à de
jeunes enfants sans exercer de pression sur eux. Les pays en voie de
développement ne peuvent s’offrir le luxe de se passer d’un enseignement
explicite de ces compétences précoces, linguistiques et numériques.
Simultanément, ils doivent aussi s’engager dans le domaine des actions et des
interactions dans la mesure où ils ne peuvent pas non plus s’offrir le luxe de
négliger l’impact de ces actions et de ces interactions sur le développement
affectif et cognitif.
Un autre principe auquel nous sommes parvenus avec
l’expérience est que le suivi et l’évaluation de l’équipe
(staff monitoring) est essentiel dans
nos cultures postcoloniales et ex-britanniques, afin que le contrôle soit
progressivement remis entre les mains d’une équipe puissante et responsable.
Les ratios adultes-enfants sont essentiels dans la réduction de l’échec
scolaire. En ce qui concerne l’équipe, il est important de mettre en évidence
les proportions optimales et de les appliquer. Au
labcec, les enfants peu habitués ou
lents sont mis dans des classes dont les effectifs sont de quatre à huit
enfants par adulte. Les plus rapides peuvent être mis dans des classes qui
comptent jusqu’à dix enfants pour un adulte ; cette proportion peut même être
augmentée pour les enfants les plus vifs, jusqu’à quinze enfants ou plus. Nous
pouvons atteindre ces ratios grâce à l’emploi de volontaires locaux, des jeunes
qui ont terminé leurs études secondaires et sont en recherche d’emploi. Un
dernier point est essentiel : les enfants les plus lents reçoivent une
attention individualisée à des moments spécifiques ou bénéficient d’un temps
d’activités en petit groupe, supérieur ou égal à une heure par jour.
Il est aussi important de noter que le niveau de 70 à 90 % de
réussite à l’examen d’entrée commun a été atteint alors que les enseignants
recevaient moins de supervision et de synthèse que maintenant. Ainsi, bien que
toutes les écoles ne puissent pas parvenir à un niveau de tolérance zéro envers
l’échec à l’examen d’entrée commun, près du tiers des centres d’éducation
préscolaire de l’île sont en train d’atteindre de hauts niveaux de succès à
l’examen d’entrée commun – dans la mesure où ils ont engagé un processus
d’adhésion à des principes éducatifs semblables aux nôtres. Il incombe
maintenant à l’Association nationale des éducateurs de jeunes enfants, en
partenariat avec l’unité des services pour jeunes enfants du gouvernement de
Sainte-Lucie, de renforcer les pratiques de ces centres déjà engagés
concrètement et de les développer.
Toutefois l’examen d’entrée commun n’est pas la fin du jour.
La réussite scolaire n’est ni une fin en soi ni le tout de la vie. Qu’en est-il
de la réussite dans la vie ? Pour que les buts scolaires soient atteints, un
bon départ est requis dans des centres comme labcec, suffisamment nombreux et bien répartis
dans l’île. Même dans une société largement illettrée comme celle de
Sainte-Lucie, les parents peuvent soutenir leurs enfants en accordant une
attention minimale à leur travail à la maison. Plus important encore, les
parents et les enseignants peuvent contribuer, par leur attention, à une
réduction du contrôle autoritariste qui pose des problèmes majeurs à
l’adolescence.
Les histoires individuelles montrent que les enfants à
labcec peuvent être une bénédiction
pour leurs parents et deviennent des membres appréciés de leurs communautés,
même s’ils échouent à l’examen d’entrée commun. Nous avons encore un long
chemin à faire et les recherches doivent continuer.
labcec n’est qu’une des structures
préscolaires parmi environ cent trente institutions de ce type à Sainte-Lucie.
Toutefois j’ai été parmi ceux et celles qui fondèrent en 1996 l’Association
nationale des éducateurs de jeunes enfants – the National Association of Early
Childhood Educators (naece). Cette
ong travaille régulièrement avec
quarante institutions – avec beaucoup d’autres de façon plus intermittente – et
projette d’étendre son action. Le but de ce travail est celui de
labcec : contribuer à rapprocher de
zéro le taux d’échec à l’examen d’entrée commun et faire en sorte que les
enfants réussissent leur vie, avec la famille, les voisins, les amis et la
communauté sainte-lucienne dans son ensemble.
Traduit de l’anglais par Véronique Ménager
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