Enfances & Psy
érès

I.S.B.N.2-86586-980-6
160 pages

p. 138 à 144
doi: 10.3917/ep.017.0138

Veille sur la revue
Veille sur l'auteur
Vous consultez

Ailleurs

no17 2002/1

2001 enfances & PSY Ailleurs

À Sainte-Lucie, l’échec scolaire n’est pas une fatalité

Rosamonde Renard Rosamunde Renard est enseignante, docteur en sciences de l’éducation ; elle est directrice du Centre d’éducation communautaire de Laborie, à Laborie, Sainte-Lucie, West Indies.
Comment un centre éducatif pour la petite enfance d’un petit village de Sainte-Lucie, ancienne colonie britannique située aux Antilles, se débrouille-t-il avec le problème de l’échec scolaire ? Comment ce centre élargit-il son action aux autres structures de cette île de 150 000 habitants ? Comment les parents, les enseignants, les responsables administratifs et associatifs peuvent-ils contribuer à mobiliser ces institutions ? C’est à ces questions et à quelques autres qu’est consacré cet article.
 
Réalités caribéennes
 
 
Sainte-Lucie se trouve au sud de la Martinique, à 145 km au nord-ouest de la Barbade, à 4 183 kilomètres de New York et 6 759 kilomètres de Londres. Faisant partie des îles Sous-le-Vent, c’est une des îles montagneuses de la chaîne volcanique des Caraïbes orientales. Sa superficie est de 616 km2 : 42 kilomètres du nord au sud et 22 kilomètres d’est en ouest en son point le plus large. Comme toutes les autres îles des Caraïbes, Sainte-Lucie est sujette aux cyclones (la période des cyclones commence chaque année en juin et finit en octobre).
La date précise de la « découverte » de Sainte-Lucie reste en débat, les Européens peuvent-ils d’ailleurs prétendre avoir découvert une île déjà habitée par les Amérindiens ? Ces Amérindiens furent soit décimés par la guerre, la maladie ou le suicide, soit intégrés dans la population générale. Actuellement, il n’y a plus de communauté amérindienne « de sang pur » à Sainte-Lucie. Anglophone et créolophone, l’île – surnommée « l’Hélène de l’Occident » – a changé quatorze fois de mains entre les Français et les Anglais. Soufrière fut la première ville établie par les Français en 1746. En 1787, Sainte-Lucie possédait 140 plantations dont la main d’œuvre était constituée par les esclaves. Du xviiie siècle au troisième quart du xixe siècle, les plantations se voulaient autonomes, chacune représentant un petit état dans le minuscule état de Sainte-Lucie. Elles dépendaient cependant de l’extérieur pour leurs besoins en nourriture, vêtements, outillage et autres équipements, en particulier agricoles. Sans liens avec l’extérieur, elles se seraient écroulées.
Le poids de l’esclavage et de la pauvreté
Les relations sociales qui se sont développées sous le système de plantation furent violentes. L’effet de cette violence est toujours perceptible dans les relations entre les hommes, les femmes et les enfants des Caraïbes. Ils furent victimes d’abus de nature émotionnelle et sociale à cause du système esclavagiste de la plantation sucrière ; ils surent cependant façonner leur environnement débilitant autant que le système le permit. L’esclavage fut aboli à Sainte-Lucie en 1834. La volonté des ex-esclaves de quitter les plantations et de s’établir par eux-mêmes provoqua une immigration de travailleurs venus de l’Inde, en nombre réduit cependant compte tenu de l’exiguïté de l’île : ils étaient 2 523 en 1891 et le dernier groupe arriva en décembre 1897.
À partir des années 1870, le système de plantation ne pouvait plus survivre du fait de la compétition avec des pays plus gros producteurs de sucre et de l’impossibilité de réaliser la nécessaire modernisation technologique. En 1897, 4,50 % seulement du sol arable étaient plantés (West India Royal Commission Report). Quand les usines centrales furent installées, les plantations productrices de sucre disparurent pour devenir de simples fournisseurs de canne à sucre brute pour les usines. Ce système lui-même ne survécut pas à la compétition avec le sucre de betterave ni avec celle des pays producteurs plus importants, d’autant que la Seconde Guerre mondiale fit connaître à l’île des bouleversements importants. Ainsi, à Vieux-Fort, une base aérienne américaine entra en concurrence avec l’usine à sucre centrale (pour le bois et pour la force de travail). Cette dernière fut fermée en 1942. Au cours des années cinquante, le système d’usine sucrière disparut complètement de l’île. Les ex-planteurs de canne essayèrent d’autres productions, notamment le citron vert, jusqu’à ce que, dans les années cinquante, la monoculture de la banane remplace celle du sucre.
La population de Sainte-Lucie est essentiellement composée de descendants d’Africains, avec une importante minorité de descendants d’Indiens et un nombre important de mulâtres. Depuis les années soixante-dix, elle augmente environ de 1 500 personnes par an et elle a crû de 20 %, passant de 115 252 habitants en 1980 à 135 685 en 1991. La majorité est composée de personnes de moins de 50 ans. Malgré un taux de mortalité infantile de 20,1 %, la natalité était de 26,1 en 1990. L’espérance de vie est de 69 ans pour les hommes et de 74 ans pour les femmes (Adrien, 1996). Le port principal et l’aéroport le plus fréquenté ainsi que le siège du gouvernement et de l’administration centrale sont à Castries, la capitale, qui héberge, avec ses environs, 39 % de la population totale. Un certain nombre de communautés satellites se sont développées alentour ainsi que la majorité des infrastructures touristiques. Les autres agglomérations de quelque importance sont Vieux-Fort et Soufrière, situées respectivement au sud et au sud-ouest du pays. L’installation de zones industrielles dans les environs de Castries et à Vieux-Fort a influencé la récente répartition de la population et modifié l’occupation des sols. Un bon réseau routier relie la majorité des communes et des villages aux centres importants de population. Cependant, une importante minorité de villages est d’accès difficile et pendant la saison des pluies, de juillet à décembre, ils peuvent être inaccessibles.
En 1979, le pays a acquis sa pleine indépendance. Un système législatif à deux chambres garantit le droit de tous les citoyens à être représentés dans les affaires du pays. Un parti a été au pouvoir depuis la politique de la post-indépendance, à l’exception d’une période d’opposition à la fin des années soixante-dix et au début des années quatre-vingt. Depuis 1997, c’est le parti travailliste de Sainte-Lucie, dirigé par le docteur Kenny Anthony, qui est au pouvoir. Il n’existe toujours pas de représentation politique au niveau local et les conseils municipaux actuels sont nommés par le ministre du Développement communautaire, l’ordonnance sur les autorités locales de 1947 n’ayant jamais été appliquée.
La société sainte-lucienne est très ouverte aux influences extérieures, tout particulièrement de l’Atlantique nord. Ses médias et ses lignes aériennes sont dominés par ceux des États-Unis. Depuis le siècle dernier, la Caraïbe connaît des flux migratoires vers l’Amérique centrale ; ensuite, après la Seconde Guerre mondiale, vers la Grande-Bretagne et, depuis les années soixante, vers les États-Unis. La société caribéenne est également exposée à l’expansion de la culture de la drogue. Sainte-Lucie, comme beaucoup d’autres états des îles Caraïbes, est considérée comme un point facile de transbordement du trafic international de stupéfiants et, plus particulièrement, du commerce entre les sources d’approvisionnement sud-américaines et les besoins du sous-continent nord-américain. En outre, Sainte-Lucie n’est plus seulement un lieu de transit mais aussi un marché : beaucoup de jeunes sont devenus les proies de la drogue et l’on assiste à un accroissement du nombre de crimes violents entre gangs de rue.
Les exportations sont aujourd’hui essentiellement limitées aux bananes, aux produits de la petite industrie et aux services liés au tourisme. Le gouvernement est un acteur dominant de l’économie et tire la majorité de ses revenus des taxes indirectes sur le commerce. Le secteur agricole est le plus gros employeur du pays et la majorité des emplois est liée à l’industrie de la banane. L’exportation de bananes a cependant régulièrement diminué, principalement du fait de la compétition avec les gros producteurs d’Amérique du Sud. Le taux de chômage se situe entre 20 et 35 % ; il est sans doute plus proche des 35 % ou même 40 % si on prend en compte le nombre des personnes sous-employées.
Le système scolaire à Sainte-Lucie
L’école est obligatoire à partir de 5 ans. Elle est financée par le gouvernement. Cette scolarité obligatoire se termine à 15 ou 16 ans à la fin de la dernière classe du cycle primaire ou secondaire. En effet, une grande partie des enfants n’entreront jamais dans le secondaire dont l’accès est déterminé par la réussite à « l’examen commun », le Common Entrance Examination, que passent tous les enfants de 11 ans.
Il faut expliquer ce que représente cet examen connu aussi en Grande-Bretagne sous le nom de « 11 plus » (11 pluses). Examen d’entrée au secondaire dans la plupart des Caraïbes anglophones, il affecte les élèves à telle ou telle école secondaire. Si les élèves échouent à cet examen, ils restent à l’école primaire jusque vers 16 ans. Cet examen est traumatisant et suscite de grandes souffrances. On peut voir à la télévision les parents pleurer quand leurs enfants échouent car ils savent que ceux-ci sont voués au chômage ou au travail non qualifié, à l’émigration, à la nostalgie, à la frustration et au désespoir.
Les chiffres sont effectivement désespérants : ainsi, en 1992, seulement 58 % des enfants se présentant à cet examen l’avaient réussi ; et en 1996, ils n’étaient que 44 % (Département de statistiques du gouvernement de Sainte-Lucie).
 
L’école de la réussite à Laborie
 
 
Au dernier recensement (1991), la population de ce village est de 1 304 habitants (soit 9 % des 133 308 habitants de l’île). 1 152 sont catholiques, 1 210 d’origine africaine, avec seulement 80 mulâtres. 563 adultes n’ont jamais été mariés alors que 202 le sont. Sur les 321 foyers du village, 230 familles sont propriétaires de leur logement. 136 utilisent toujours des latrines extérieures et 97 en sont encore aux lampes à kérosène. 202 foyers utilisent le gaz pour la cuisine et 101 le charbon de bois. Dans 234 familles, la cuisine est à l’intérieur de la maison et dans 87, c’est une case extérieure.
À Laborie, il existe (en 2000) trois structures préscolaires. Les enfants des trois structures ont habituellement entre 2 ans et demi et 5 ans. Ils vont ensuite à l’école pour jeunes enfants jusqu’à l’âge de 7 ou 8 ans où ils intègrent l’école primaire de filles ou de garçons.
Le nombre d’enfants de 3 à 4 ans susceptibles de fréquenter une structure préscolaire était de 78. Plus de la moitié de ces enfants étaient inscrits au centre d’éducation communautaire de Laborie (Laborie Community Education Centre – labcec). C’est cette éducation préscolaire au labcec de Laborie que je vais maintenant décrire.
Hier enfants du fouet, aujourd’hui enfants du jeu
Il est encourageant de noter que le taux de succès des enfants qui fréquentèrent notre centre labcec jusqu’à 5 ans et passèrent l’examen à 11 ans, tant parmi les garçons que parmi les filles, est supérieur au pourcentage général.
Pourquoi le taux d’échec à l’examen d’entrée commun est-il si bas au labcec ? Les réponses à cette question font appel au type de cursus, à la pédagogie pratiquée par les enseignants et à la supervision attentive d’une équipe qui s’est progressivement autorisée à se superviser en majeure partie elle-même. Une des principales réponses est que, depuis sa création en 1983, labcec s’est tenue au principe suivant : les enfants apprennent par le jeu. De fait, la rumeur courait dans la commune que les enfants au labcec ne faisaient que jouer, ce qui effrayait certains parents et alimentait les périodes de crise de nos années difficiles. Petit à petit, notre principe initial a d’ailleurs évolué. Nous pouvons maintenant l’énoncer comme suit : Les enfants apprennent à travers leurs interactions avec leurs pairs plus doués, les adolescents et les adultes. Comme Piaget et Vygotski l’ont enseigné, les enfants apprennent par l’action et l’interaction avec les gens, les objets, les événements et les idées.
Un autre principe peut contribuer au faible taux d’échecs : au labcec, l’autodiscipline est favorisée. Nous tentons de transformer l’idéologie autoritariste traditionnelle aux Caraïbes par une conception de l’autorité où le pouvoir est partagé entre l’adulte et l’enfant. De fait, comme je l’ai noté, à Sainte-Lucie ainsi que dans le reste des Caraïbes anglophones, l’autoritarisme est toujours dominant. C.L.R. James et Victor Schoelcher ont tous deux mis en avant la violence physique comme représentant le berceau de la société de plantation. Le fouet était l’âme de la plantation comme l’a dit C.L.R. James, historien de Trinidad, marxiste et champion de cricket. Il constata que « les esclaves recevaient le fouet de façon plus certaine et plus régulière que la nourriture. Le fouet était l’incitation au travail et le gardien de la discipline » (James, 1963). Gordon Lewis, un sociologue anglais, est également parvenu à la conclusion que c’est la force et non la persuasion qui fut « l’accoucheuse » de l’histoire Caraïbe (1983).
Schoelcher anticipait déjà ce point de vue en disant : « Le fouet est partie intégrante du régime colonial ; il est son principal agent. Le fouet est son âme ; il est l’horloge de la plantation. Il annonce le moment du lever et celui du sommeil. […] Il affirme sans cesse que les blancs sont unanimes pour affirmer qu’aucun travail n’est possible sans coercition » (Schoelcher, 1842). Une telle culture du fouet, il faut le noter, fut celle de toutes les sociétés esclavagistes, compte tenu bien sûr de leurs spécificités. Dans les cultures esclavagistes des Caraïbes, cultures coloniales et postcoloniales, le contrôle n’est pas partagé avec les enfants. Il leur est imposé. Cette culture ne provient pas nécessairement d’Afrique, mais découle assurément des traditions culturelles propres à la Grande-Bretagne. Je suis convaincue qu’une telle culture est hostile à la croissance humaine et au développement aux Caraïbes. Le constat de l’examen d’entrée commun confirme cette hypothèse. Et pourtant les Caraïbes sont une mine d’immenses forces humaines qui se sont développées face à la torture, l’humiliation et la destruction.
Tous les enfants peuvent réussir à l’école
En ce qui concerne la réussite à l’examen d’entrée commun, j’en arrive à une position de tolérance zéro – pour utiliser une expression politique appréciée à Sainte-Lucie – envers tout échec à cette épreuve. Notre objectif actuel est que chaque enfant le réussisse. Et cet objectif peut être réalisé sans exercer de pression sur les enfants. Des enfants qui ne sont pourtant pas des enfants de la classe socio-économique privilégiée de Sainte-Lucie mais des enfants de milieux ruraux pauvres et de faibles revenus.
Cette année scolaire 2000-2001, vingt-deux enfants de 4 et 5 ans sont inscrits au labcec. Tous ces enfants proviennent du village de Laborie et de ses environs. Dix mères ont entre 35 et 44 ans, six entre 25 et 34 ans et cinq entre 18 et 24 ans. Dix-huit d’entre elles n’ont fréquenté que l’école primaire, trois, l’école secondaire et une seule un enseignement supérieur. Une bonne dizaine de ces enfants vivent dans des foyers de trois ou quatre pièces, y compris la cuisine. Quatre ont huit frères et sœurs qui ne vivent pas avec eux mais sont répartis dans la famille ou chez des amis. Sept de ces familles ne disposent que de latrines et deux n’ont pas de toilettes. Seulement deux familles reçoivent régulièrement de l’argent d’outre-mer. 56 % des mères sont des parents isolés et elles ont chacune entre trois et cinq enfants. 25 % de ces enfants ont des frères et sœurs de pères différents. 25 % des mères ont eu leur premier enfant avant 18 ans et toutes avant 24 ans. Aucun des parents ne peut consacrer plus de 150 F par enfant et par mois pour labcec, alors que le coût minimal pour atteindre nos objectifs est de 450 F par mois par enfant.
Comment donc labcec va-t-il répondre à ce nouvel objectif de tolérance zéro envers l’échec à l’examen d’entrée commun ?
Un premier moyen est l’adhésion au principe selon lequel les compétences linguistiques et numériques précoces peuvent être enseignées à de jeunes enfants sans exercer de pression sur eux. Les pays en voie de développement ne peuvent s’offrir le luxe de se passer d’un enseignement explicite de ces compétences précoces, linguistiques et numériques. Simultanément, ils doivent aussi s’engager dans le domaine des actions et des interactions dans la mesure où ils ne peuvent pas non plus s’offrir le luxe de négliger l’impact de ces actions et de ces interactions sur le développement affectif et cognitif.
Un autre principe auquel nous sommes parvenus avec l’expérience est que le suivi et l’évaluation de l’équipe (staff monitoring) est essentiel dans nos cultures postcoloniales et ex-britanniques, afin que le contrôle soit progressivement remis entre les mains d’une équipe puissante et responsable. Les ratios adultes-enfants sont essentiels dans la réduction de l’échec scolaire. En ce qui concerne l’équipe, il est important de mettre en évidence les proportions optimales et de les appliquer. Au labcec, les enfants peu habitués ou lents sont mis dans des classes dont les effectifs sont de quatre à huit enfants par adulte. Les plus rapides peuvent être mis dans des classes qui comptent jusqu’à dix enfants pour un adulte ; cette proportion peut même être augmentée pour les enfants les plus vifs, jusqu’à quinze enfants ou plus. Nous pouvons atteindre ces ratios grâce à l’emploi de volontaires locaux, des jeunes qui ont terminé leurs études secondaires et sont en recherche d’emploi. Un dernier point est essentiel : les enfants les plus lents reçoivent une attention individualisée à des moments spécifiques ou bénéficient d’un temps d’activités en petit groupe, supérieur ou égal à une heure par jour.
Il est aussi important de noter que le niveau de 70 à 90 % de réussite à l’examen d’entrée commun a été atteint alors que les enseignants recevaient moins de supervision et de synthèse que maintenant. Ainsi, bien que toutes les écoles ne puissent pas parvenir à un niveau de tolérance zéro envers l’échec à l’examen d’entrée commun, près du tiers des centres d’éducation préscolaire de l’île sont en train d’atteindre de hauts niveaux de succès à l’examen d’entrée commun – dans la mesure où ils ont engagé un processus d’adhésion à des principes éducatifs semblables aux nôtres. Il incombe maintenant à l’Association nationale des éducateurs de jeunes enfants, en partenariat avec l’unité des services pour jeunes enfants du gouvernement de Sainte-Lucie, de renforcer les pratiques de ces centres déjà engagés concrètement et de les développer.
Toutefois l’examen d’entrée commun n’est pas la fin du jour. La réussite scolaire n’est ni une fin en soi ni le tout de la vie. Qu’en est-il de la réussite dans la vie ? Pour que les buts scolaires soient atteints, un bon départ est requis dans des centres comme labcec, suffisamment nombreux et bien répartis dans l’île. Même dans une société largement illettrée comme celle de Sainte-Lucie, les parents peuvent soutenir leurs enfants en accordant une attention minimale à leur travail à la maison. Plus important encore, les parents et les enseignants peuvent contribuer, par leur attention, à une réduction du contrôle autoritariste qui pose des problèmes majeurs à l’adolescence.
Les histoires individuelles montrent que les enfants à labcec peuvent être une bénédiction pour leurs parents et deviennent des membres appréciés de leurs communautés, même s’ils échouent à l’examen d’entrée commun. Nous avons encore un long chemin à faire et les recherches doivent continuer. labcec n’est qu’une des structures préscolaires parmi environ cent trente institutions de ce type à Sainte-Lucie. Toutefois j’ai été parmi ceux et celles qui fondèrent en 1996 l’Association nationale des éducateurs de jeunes enfants – the National Association of Early Childhood Educators (naece). Cette ong travaille régulièrement avec quarante institutions – avec beaucoup d’autres de façon plus intermittente – et projette d’étendre son action. Le but de ce travail est celui de labcec : contribuer à rapprocher de zéro le taux d’échec à l’examen d’entrée commun et faire en sorte que les enfants réussissent leur vie, avec la famille, les voisins, les amis et la communauté sainte-lucienne dans son ensemble.
Traduit de l’anglais par Véronique Ménager
 
BIBLIOGRAPHIE
 
·  Adrien, Peter. 1996. Metayage, Capitalism and Peasant Development in Saint Lucia 1840-1957, Jamaica, University of the West Indies (uwi).
·  Lewis, Gordon. 1983. Main Currents on Caribbean Thought, Kingston, Heinemann Educational Books.
·  Piaget, Jean. 1950. La Psychologie de l’intelligence, Paris, Armand Collin, 1998.
·  Piaget, Jean. 1951. La Représentation du monde chez l’enfant, Paris, puf, 1993.
·  Piaget, Jean. 1955. Le Langage et la pensée chez l’enfant. Neufchâtel, Delachaux et Niestlé, 1976.
·  Piaget, Jean. 1962. Play, Dreams and Imitation in Childhood, New York, W.W. Norton and Company.
·  Piaget, Jean. 1967. Six études de psychologie de l’enfant, Paris, Gallimard, 1987.
·  Piaget, Jean ; Inhelder, Barbel. 1969. La Psychologie de l’enfant, Paris, puf, « Que sais-je ? », 1992.
·  Piaget, Jean. 1981. Intelligence and Affectivity, California Annual Reviews Inc.
·  Piaget, Jean. 1992. La Naissance de l’intelligence chez l’enfant, Neufchâtel, Delachaux et Niestlé, 1977.
·  Schoelcher, Victor. 1842. Des colonies françaises. Abolition immédiate de l’esclavage, Paris, Pagnerre.
© Cairn.info 2009 Vie privée | Conditions d’utilisation | Conditions générales de vente
Cairn.info | Éditeurs | Bibliothèques | Aide à la navigation | Plan du site | Raccourcis