2001
enfances & PSY
Dossier
La sexualité infantile a-t-elle été inventée par Freud ?
Laurent Renard
Laurent Renard est psychiatre
(psychiatrie de l’enfant et de
l’adolescent).
Bien avant Freud, le journal de Jean Hérouard, médecin de Louis
XIII enfant, atteste de l’évidence de la sexualité infantile. Pourtant, c’est
bien Sigmund Freud qui en a découvert le caractère organisateur et dynamique.
La sexualité infantile représente avant tout un ensemble de désirs et
d’identifications, de forces et de contenus latents qui organise un inconscient
dont la dynamique court tout au long de notre vie.Mots-clés :
enfance, histoire, récit
de vie, sexualité
infantile, identifications.
Le numéro 19 de la Nouvelle revue
de psychanalyse, intitulé très simplement « L’Enfant », publié en
1979, fait date. Il diffusa dans le monde « psy » des extraits d’un document
extraordinaire : Le Journal
d’Hérouard, premier médecin du dauphin qui nota pas à pas les faits,
gestes et mots du futur Louis XIII. Parallèlement, à l’initiative de Madeleine
Foisil, soutenue par Pierre Chaunu dans le cadre de son séminaire de recherche
sur la civilisation de l’Europe moderne, une équipe d’historiens était au
travail. Dix ans après, en 1989, paraissait l’intégralité du journal de Jean
Hérouard. Plus de 3 000 pages en deux tomes qui constituent une source
considérable, un document unique sur l’enfance. En 1996, Madeleine Foisil en
fit la synthèse et proposa sa réflexion dans L’Enfant Louis XIII, l’éducation d’un
roi.
Louis est le fils premier-né d’Henri IV et de Marie de Médicis.
Regardons dans notre Histoire de
France. Henri IV, son père, fut un personnage complexe dans une
époque tragique. Chef du parti protestant, cousin éloigné – au vingt-deuxième
degré – d’Henri III, il devint roi après l’assassinat de celui-ci, au nom de la
fameuse loi salique qui stipulait que la dévolution de la couronne devait se
faire de mâle en mâle, par ordre de primogéniture, tout parent par les femmes
étant exclu de la succession : « Le royaume ne tombe point en quenouille »,
disait l’adage.
Le « Vert-Galant », aux maîtresses innombrables et aux trois
conversions, avait su conquérir son héritage. Il avait d’ailleurs dû abjurer
avant de pouvoir être sacré roi. Époux de Marguerite de Valois – la reine
Margot du roman – qui ne pouvait avoir d’enfants, attendant l’annulation de
leur mariage, le roi avait pour maîtresse en titre Gabrielle d’Estrées. Il en
avait déjà trois enfants, César, Catherine-Henriette et Alexandre et l’aurait
volontiers épousée. Mais, dans la négociation de l’édit de Tolérance – l’Édit
de Nantes –, il devait des gages au parti catholique : peuple, princes et
église. En 1600, Gabrielle d’Estrées mourait en couches. Henri IV approchait
alors les cinquante ans, il s’engagea dans une nouvelle relation amoureuse avec
une jeune femme, la marquise de Verneuil et épousa après bien des tractations
Marie de Médicis, nièce du pape Clément VII et fille du grand duc de Toscane
envers qui il avait une dette considérable. Ce fut donc un mariage d’argent et
de raison politique.
Leur premier enfant, Louis, naquit le 21 septembre 1601. Une
petite foule assista à l’accouchement, dont
Jean
Hérouard
[*],
premier médecin du dauphin. L’enfant fut reçu par dame Louise Bourgeois,
sage-femme à Paris qui fut longtemps à couper le nombril par peur de le
blesser. La reine demanda par deux fois : «
E
maschio ? […] À quoi ne lui étant point répondu se leva en pied de
la chaise d’où elle venait d’accoucher pour voir ce qui en était. Le roi ne
l’en sut empêcher, qui était debout derrière la chaise et d’où il n’était parti
depuis l’heure qu’elle y fut mise. » Hérouard examine en pédiatre le corps et
la motricité du bébé et prend note. Puis, il élargit son champ de vision : «
Madame la Duchesse de Bar, sœur du Roi, qui considérait les parties si bien
formées de ce beau corps, ayant jeté sa vue sur celles qui le faisaient être
Dauphin, se retournant vers sa dame d’honneur lui dit qu’il était bien pourvu.
»
« Et si l’on mettait tout ensemble » une éducation bien
excitante
Louis demeure au château de Saint-Germain-en-Laye où il est
confié à un entourage choisi. Madeleine Foisil nous en donne à vivre sa
diversité : l’entourage immédiat est plutôt féminin à l’exception d’Hérouard,
mais il y a aussi des soldats et de nombreux artisans qui fascineront le petit
garçon. Le roi, son père et la reine, sa mère, sont à Fontainebleau ou au
Louvre et viennent le visiter. Jusqu’à 7 ans, il sera élevé avec les autres
enfants du roi : ceux de Gabrielle d’Estrées, le fils d’Henriette de Verneuil
avec qui le roi Henri poursuit sa liaison, Gaston-Henri qui naît le 4 novembre
1601, puis sa fille. Viendront aussi sa sœur, son petit frère et encore toute
une ribambelle. Louis a à peine plus d’un an que naissent deux fillettes : sa
petite sœur Élisabeth, « Madame », le 22 novembre 1602, puis le 21 janvier
suivant sa demi-sœur, Gabrielle Angélique de Verneuil, fille d’Henriette. Il a
quelques difficultés de santé et doit changer deux fois de nourrice avant de
téter le lait d’Antoinette Joron à laquelle il s’attachera et qu’il appelle
Maman Doundoun.
Il reçoit déjà des visites, de proches – dont Mme de Verneuil, la reine Marguerite – et
de grands, ainsi le 22 avril l’ambassadeur d’Espagne avec qui l’on parle de
mariage. « [Il dit qu’] il n’était rien qui ne se peut faire, que la reine de
France était grosse et la leur aussi, qu’ils avaient une demoiselle et
maintenant ils auraient un fils et nous une fille, et puis que l’on mettrait
tout ensemble. » Louis a 7 mois ; il sera « bassiné » toute son enfance avec
cette histoire d’infante et le double mariage se fera en 1615, Élisabeth
épousant l’infant Don Philippe, futur Philippe IV et Louis, l’infante Anne
d’Autriche. Ce fut pour lui un fiasco, sa mère y veilla. Mais n’anticipons
pas.
Pour l’instant, il fait ses dents et tire la barbe de son père
; les interactions avec sa mère semblent quant à elles bien distantes. Sa
sexualité infantile s’éveille tôt. À la date du 24 juillet 1602 – il n’a que 10
mois –, le journal d’Hérouard inaugure : « Vêtu à 7 heures. Prend plaisir et se
rit à plein poumons quand la remueuse lui branle du bout du doigt sa guillery…
À 8 heures, porté à la chambre de la reine aux fiancailles du baron de Gondy et
de la Señora Polyxena Gonzaga l’une des filles de la reine. Le roi lui continue
toujours ses caresses. » Il est très tripoté ; il sera tout excité. Voyons le
journal d’Hérouard : le 11 septembre 1602, il écoute les contes que lui fait
madame de Ventelet touchant l’infante, qu’il couchera avec elle ; il en rit. Le
12 septembre : « Crié extrêmement » ; madame de Ventelet vient, lui donne le
bonjour de la part de l’Infante, il s’apaise soudain et se prend à rire. Trois
jours plus tard, le 15, le page de madame de Longueville arrive pour savoir de
ses nouvelles. Le dauphin l’appelle d’un Hé
! et « se retrousse », lui montrant sa guillery. Le lendemain, ce
petit cochon montre de nouveau sa guillery à M. d’Elbenne. Le 23 septembre
encore : fort gai, « émerillonné » – nous dit Hérouard, c’est-à-dire l’œil vif
– il fait baiser à chacun sa guillery (depuis qu’il est tout bébé, familiers et
visiteurs lui baisaient la main). Et ainsi les jours suivants (un florilège est
proposé par la Nouvelle revue de
psychanalyse, l’intégralité se trouve dans l’édition complète du
journal, Madeleine Foisil est plus discrète). Je choisis la journée du 3
octobre : « À 7 heures et demie, se rit, se joue à sa guillery, se fâche quand
on veut la lui faire cacher. Impatient, veut avoir tout ce qu’il désire. Se
joue à sa guillery, se fâche et bat son ventre qui l’empêchait de la voir.
»
On excite Louis, on le limite. La chanson est universelle, mais
chaque interprétation a son air singulier. Guillery ou guilleri, on connaît
l’oiseau ! Les dictionnaires en font une onomatopée ; ils évoquent la chanson
Il était un petit homme… Compère
guilleri
[**],
le chant du moineau et le relient à l’adjectif guilleret(te). Le lecteur de
maintenant peut songer à ce qu’aurait donné à penser à Kantorowicz la
représentation de la double guillery du roi.
Notre petit bonhomme a tout juste 1 an. Il « se joue » – cette
forme réfléchie est jolie – à tout ce qu’il peut prendre. Sa maman, la reine,
est peu maternelle. Le 12 octobre, elle le réveille de sa sieste et s’en va
soudain à Fontainebleau où elle accouche le 22 novembre. Louis est renfrogné,
enrhumé, et il sort une prémolaire. Toutefois, il est gai, affectueux. Hérouard
est ému : « J’arrive de Paris et ma femme aussi … Il me regarde d’un bon œil,
se prend à sourire doucement et à faire sa petite lippe comme s’il eut voulu
pleurer ; en fait autant à ma femme. » Mais commencent ses fameuses colères :
le 11 décembre, il tape sa gouvernante, madame de Monglat, d’un bâton sur les
doigts ; elle veut lui ôter le bâton, Louis crie, frappe, détourne souplement
son corps comme un serpent. Le lendemain on lui demande : « Où est le mignon de
papa ? » Il se montre, frappant son estomac. Suit cette question : « Où est le
mignon de l’infante ? » Il met la main sur sa guillery. Les retrouvailles de la
mère et du fils le 19 décembre passent comme une lettre à la poste. Il fait la
tête à son père. Enfant banal, mais qu’est-ce qu’un enfant banal ? Enfant
royal, mais quel enfant ne l’est – sa majesté le bébé à la jonction du
narcissisme de ses parents et du sien propre – sauf que celui-ci était
réellement monsieur le dauphin. Madeleine Foisil est intéressée par ce texte
parce qu’il décrit l’institution du prince. On peut aussi le trouver
intéressant bien qu’il concerne un personnage d’exception – c’est la position
de Pierre Chaunu dans sa préface à l’édition complète du
Journal d’Hérouard. Enfant d’exception
? Enfant de son siècle – les débuts de l’âge moderne en Europe ? Enfant de
toujours ? Le dauphin est tout cela à la fois. De fait, nous pouvons souvent
reconnaître chez Louis XIII les mêmes attitudes que chez nos enfants. Des
différences apparaissent cependant. Comment les évaluer et quel en est le sens
?
[***]
L’histoire psychique
infantile de Louis, en relation avec l’organisation de sa sexualité infantile,
nous intéresse vivement. Dimensions sociales, dimensions familiales, dimensions
psychiques : ce sont certaines des questions que mobilise le journal. En voici
d’autres qui concernent les variations culturelles de la
zone proximale de développement de
Vygotski (1997), comme la tenue de l’enfant, au sens propre comme au sens
psychique de holding : Louis écrit et
dessine sa main dans celle de l’adulte ; pour marcher, il est longtemps tenu
par cordelettes de soie attachées à sa robe. Autre exemple : la place
importante et précoce des croyances et des rites de la religion catholique dans
l’institution du prince. Il n’est pas facile de discerner entre ce que le
dauphin partageait avec l’ensemble des enfants de son temps et ce qui le
singularisait, le distinguait – avec
les harmoniques que possède cette notion dans la sociologie de Pierre Bourdieu
(1982) : les « manières de village », les « manières de laquais » lui étaient
données en contre-exemples. Quelles sont les contraintes de la
civilisation des mœurs (Élias, 1989) ?
Quel est l’effet sur l’habitus
psychique des mécanismes sociaux qui contribuent à la distinction – au sens et
avec les implications que Pierre Bourdieu a dégagés pour ce terme ? On peut
suspecter les idiosyncrasies individuelles de cette zone proximale de
développement, que l’on peut considérer comme intégrées à la dimension plus
générale des interactions. Qu’est-ce qui tient à Louis ? À son royal papa ? À
sa mère, la reine ? Qu’apportent les autres adultes – qu’on les envisage en
termes de substituts parentaux ou selon leur rôle auprès de l’enfant et selon
leur fonctionnement psychique propre ? Ainsi Hérouard entend-il son nom
prononcé par le bébé Louis âgé de 6 mois… Homo
homini humus.
Il monta sur un arbre… et guillery « tombît »
Qu’est-ce qui vient du dehors ? Qu’est-ce qui vient du dedans ?
L’excitation sexuelle représente-t-elle un « corps étranger interne » (Freud),
ou répond-elle à une séduction externe ? Ainsi, l’historienne Madeleine Foisil
peut-elle remarquer que « l’enfant n’est pas le témoin par inadvertance
d’attitudes et de propos tenus devant lui, il en est l’acteur principal, incité
par un entourage qui valorise le sexe procréateur ». Mais, quel entourage
familial ou social ne valorise- t-il pas le sexe procréateur du garçon ? Alors,
quelle part est donnée aux mécanismes psychiques de répression des affects et
de refoulement des représentations ?
Pendant les mois qui suivent, Hérouard note le déploiement du
langage, s’attachant à une transcription phonétique des paroles du
dauphin
[1]. Il observe
les manifestations de rivalité fraternelle, le souci qu’a Louis de ses
prérogatives ; il narre par le menu les colères et les conduites d’opposition
de l’enfant obstiné – le terme du journal est « opiniâtre ». Ces colères
persisteront tard et s’inscriront, sous forme de dissimulation, dans son
caractère. « Je suis opiniâtre quand je veux », assène le gamin. Aux colères
est relié un bégaiement qui apparaît le 14 janvier 1604 et, avec des
fluctuations, persistera longtemps. Louis a mauvais caractère ; il est peu
bavard, taciturne, mais il est généreux et on lui trouve, comme on dit
volontiers, un « bon fond ». Il adore la musique. Il aime faire des farces. Et
surtout, enfant, il joue – et se met très en colère quand il rate son coup. Il
dirige la troupe des enfants et il fait faire la manœuvre à des vrais soldats
avec ses petites armes à sa taille. Bien sûr, très vite, il montera à cheval et
il s’initiera à la chasse.
Hérouard a conservé et classé quelques-uns des dessins d’enfant
de Louis, datés, parfois complétés du commentaire de l’enfant. On peut les voir
dans la
Nouvelle Revue de Psychanalyse
comme dans les ouvrages de Madeleine Foisil. Cette dernière trouve trop rapide
l’interprétation freudienne proposée par Michèle David. Et pourtant, un dessin
comme celui-ci
[2] paraît
effectivement représenter pour un psychanalyste d’enfant contemporain un
excellent exemple du travail que peut produire le conflit entre la curiosité
infantile quant à l’intérieur du corps féminin et les forces du refoulement des
représentations et de la répression des affects
[3]. Que le représentant de l’objet maternel soit
maman doundoun peut être considéré à
la fois comme sans importance sur la structure œdipienne et comme un élément
ayant contribué à la répartition des économies et des topiques psychiques chez
cet enfant-là, Louis de Bourbon, dauphin du royaume de France. Se trouvent
ainsi une fois de plus posées les questions de l’universalité du fantasme de
scène primitive et de ses spécificités. Ce fantasme
organise la sexualité infantile,
jusqu’à ses rejetons les plus lointains et aux dérivés les plus rigides des
contre-investissements qu’il mobilise. Ainsi le journal d’Hérouard peut-il
apprendre quelque chose aux pédiatres, aux orthophonistes, ainsi qu’aux
psychologues du développement et aux psychiatres et psychanalystes d’enfants.
De fait, il peut donner matière à réflexion à tous les professionnels de
l’enfance d’aujourd’hui.
Alors qu’il va avoir 3 ans, c’est par ses effets qu’Hérouard
nous rapporte la menace de castration énoncée par Maman Doundoun, sa nourrice : « Monsieur, ne
laissez point toucher vos tétons à personne, ni votre guillery, on vous la
couperait. » L’été 1604, l’on s’excite fort avec la guillery de Louis. Un matin
dès son réveil, il appelle Mlle Bethouzay et lui dit : « Zezay ma
guillery fé le pon levi le vela levé, le vela baissé … » Hérouard, le grave
médecin, lui aussi s’en mêle : un matin encore, il trouve Louis dévêtu et fort
gai. « Monsieur, vous n’avez plus de Guillery. » Louis répond : « Hé la vela ti
pas, la vela ti pas », gaiement, la soulevant du doigt et continue à se jouer :
« Vela le peti bou vela le peti tou pa ou é pisse. » Cache-cache répétitif,
nettement compulsif, avec l’insigne guillery, le fétiche guillery… Et la menace
de castration a des effets incomplets. En novembre 1604, il embête Bocquet, le
mari de sa nourrice : « Qué cela ? – C’est mon bas de soie… – E cela ? – C’est
une braguette – Qu’é qu’il y a dedan ? – Je ne sais, Monsieur – É ché une
guillery ! Pou qui é elle ? – Je ne sais Monsieur – É ché pou
Maman Doundoun. » Le 29 décembre de la
même année, Louis s’amuse à couper du papier avec des ciseaux. Il entend le
mari de sa nourrice : « Madame Dondon, je vous battrai. » Il se retourne, lui
montrant les ciseaux qu’il tenait en disant : « É je vous chatreray ; vela
dequoy je couperai votre guieri. » Sa nourrice lui demande : « Monsieur, la lui
voudriez-vous couper ? » Il répond hochant la tête : « Cé que je me joue. »
Même si elle doit essuyer son contingent de colères,
maman Doundoun est l’objet d’une
tendresse un peu mièvre et madame de Montglat, la gouvernante, représente à
l’évidence pour lui le « mauvais objet ». Il faut certes nuancer : il a aussi
un attachement tendre à maman Ga, mais
le roi lui a demandé d’assurer le dressage du dauphin. Elle paraît souvent
maladroite et Louis répète envers elle les provocations. Il est souvent
insupportable. Il la tape, fait le perroquet en répétant ses paroles, lui fait
les cornes, l’insulte, s’exclame : « Fi qu’elle est laide ! » Il répète la
menace : « Je vous tuerai. » Parfois, le contrôle qu’il veut exercer échoue et
la persécution déborde : « Changé vote visage maman ga vou me faite peu » (le
29 juin 1605). Initialement, l’évocation par Mme de Montglat de l’autorité ou du
désaccord du roi, son père, avec tel ou tel caprice, suffisait ; puis lui a été
ajouté – et dans une certaine mesure s’y est substitué – le recours par madame
de Montglat à Bongars, un des maçons qui travaillait au château, force de la
nature qui intervenait de sa présence ou ses grosses mains – des battoirs,
pourrait-on dire. L’entourage de Louis lui faisait croire que ce Bongars avait
des pouvoirs magiques (il arrivait disant « mon petit doigt m’a dit ») et des
accointances avec les loups… Comment se lient les leçons reçues ? Comment
séparer les plans ? En mars 1605, il a une fois de plus mal parlé à Mme de Monglat : « Je vois bien que c’est
le mauvais ange qui vous a fait opiniâtre, il vous souffle aux oreilles. » Ce
que le dauphin répète : « Cé le mauvai ange qui m’a soufflé en l’aureille maman
ga je ne le dirai pu. » Ses 4 ans atteints, Louis exhibe son assurance.
Hérouard note : « Il dit qu’il n’est pas puceau, parce qu’il a couché avec
Doundoun quand Boquet n’y était pas. »
Et, quelques jours plus tard – le 29 septembre 1605 –, il observe Louis qui
caresse sa nourrice et se pend à son cou… Elle était enceinte et lui dit : «
Monsieur, gardez de faire mal au petit enfant. » Le dauphin demande : « Est-il
au col ? – Non. » Hérouard lui demande : « Monsieur, où est-il ? – Il e dan
vote vente », dit-il tout bas à l’oreille de sa nourrice. « Monsieur, lui dit
Hérouard, par où est-il entré ? – Pa l’aureille – Monsieur, par où sortira-t-il
? – Pa l’aureille. » Louis tenait une petite figure de Joseph. Hérouard lui
demande encore : « Monsieur, comment s’appellera ce petit enfant ? Joseph,
répond le dauphin. » Quel enfant naïf ! Quel petit malin !
Et dure fut la chute : Louis abaissé et relevé
La tendresse d’Henri IV est liée à une réelle rudesse et Louis,
comme tous les enfants de l’époque, est dressé par l’usage du fouet. Il en est
menacé dès 18 mois par son père. Il le recevra de lui pour la première fois six
mois plus tard, le 9 octobre 1603. Il semble bien que ce soit l’intransigeance
du père qui inaugure une relation d’affrontement qui a duré un an et qui a
culminé en la « petite tragédie » (le terme est d’Hérouard) du 23 octobre 1604.
Pour une histoire de chef découvert – l’étiquette exigeait que l’on restât
couvert devant le roi – Henri IV s’énerve, tient en l’air Louis les bras
écartés. L’enfant a mal. « Il crève de colère » (Hérouard encore). Il est
emmené, fouetté, raisonné par madame de Montglat et finit par se calmer. Sa
nourrice,
maman Doundoun, veut lui
reparler de l’affaire. Il a un gros soupir : « Tué mamanga ele é mechante, je
tuerai tou le monde, je tuerai Dieu. » Il épargne le roi. S’ensuivit une
liaison précaire de l’ambivalence par l’amour, la crainte et l’admiration. Le 3
octobre 1606 – il vient d’avoir 5 ans – le journal, fidèle journal, rapporte :
« Éveillé une heure après minuit, en sursaut un cri haut extrêmement et
effroyable. Sa nourrice et M
lle de Vetelet vont à lui, demandant ce
qu’il avait : « He, c’e que papa s’en va sans moy, pleurant et fondant en
larmes, hé je veu allé avé papa. Attendé moy papa ! » Hérouard poursuit : « Il
le songeait et s’en éveille. Il aimait fort et craignait le roi. Il se rendort
à peine, ayant le cœur saisi et se réveille à cinq heures. Se rendort doucement
jusqu’à sept heures. Pouls plein, un peu hâté, pissé jaune, beaucoup. Sa
nourrice lui demande : “Monsieur, qu’aviez-vous à songer et crier cette nuit ?
–
Doundoun, c’é que je songé que j’été
a la chasse avé papa. J’ai vu un gan gan loup qui voulé mangé papa, et un aute
qui me voulé mangé, é j’ai tiré mon épée puy je les ay tué tou deu
[4]”. » Il était allé la veille,
accompagné par la reine, sa mère, retrouver le roi à la chasse… Et il avait
bien admis depuis quelque temps ce fait : « Celle de papa é bien pu longue que
la mienne, ell’é aussi longue que cela », montrant la moitié de son
bras.
Quand il atteint sa huitième année, Louis, ayant l’âge de
raison, quitte le monde de la petite enfance et Saint-Germain pour le Louvre.
Une page est tournée. Hérouard lui offre le livre qu’il a écrit parallèlement à
son activité d’instruction du prince et s’éloigne un peu. Il restera le médecin
de Louis jusqu’à sa propre mort en 1628. Le dauphin se rapproche du roi qu’il
déçoit par certaines de ses inhibitions.
Le 14 mai 1610, Louis a 8 ans et demi, Henri IV est assassiné
par Ravaillac. Il éclate : « Ah si je y eusse esté avec mon épée, je l’eusse
tué », et fond en larmes. Écrasé de douleur, il ne trouve pas le sommeil. Il
fait toutefois bonne figure et, malgré son jeune âge, s’acquitte des lourds
devoirs de sa charge. Il a fait l’admiration de ses contemporains et des
historiens, de son entrée à Paris à cheval au lendemain de l’assassinat de son
père aux cérémonies qui s’ensuivirent – le corps d’Henri IV était en bière ;
son effigie siégeait en son conseil (Kantorowicz, 2000) – jusqu’à son sacre à
Reims. Quelques notations du journal nous montrent toutefois le roi encore
enfant – son pied ne peut s’empêcher de marcher sur la queue du manteau du
connétable qui ouvre sa marche à l’autel. L’enfant est maintenant roi et,
encore dans son « bas âge » – c’est le terme d’Hérouard pour désigner la
minorité juridique –, il exerce l’imposition des mains sur les écrouelles, le
grand privilège royal.
Louis fut profondément affecté, définitivement cassé par
l’assassinat de son père. Il perdit trop tôt une part essentielle de lui-même.
Souvent, il avait des cauchemars et du mal à dormir seul, craignant les
esprits. En juin 1611, il pleure encore en entendant ces paroles d’une musique
d’un ballet : « sous la loi d’un si grand roi ». L’année suivante, le jour
anniversaire de la mort de son père, il se fâche de devoir se vêtir en deuil
et, exigeant ses arquebuses, coupe madame de Montglat qui lui raconte des
histoires de quand il était petit. « Il n’aimait nullement parler de ses
enfances », note alors Hérouard. Le 3 septembre suivant (1612), il raconte son
rêve de la nuit précédente à son gouverneur, monsieur de Souvré : « J’ay songé
que vous estiés tombé dans ung trou avec ma remueuse, j’avé tant de peine à
vous en tiré et je ne pouvois. » Il avait de fait, plus d’une fois, essayé de
rejouer avec ce vieux et digne monsieur de Souvré la « petite tragédie » de la
préséance pour la tourner à son avantage. Par exemple, en décembre 1611, Louis
n’a pas envie de faire son travail. Son gouverneur l’en presse. Le roi : « Vous
estes en cholere, levés-vous. » Monsieur de Souvré répond que la reine lui a
permis de s’asseoir. L’enfant-roi : « Je vous fairay bien lever » ; il va
prendre une chaise qu’il apporte tout près de M. de Souvré, s’assied dedans en
sautant et disant : « Venés vous maintenant accomparé à moy. » Monsieur de
Souvré se lève et Louis, en riant, s’en va étudier ses cartes.
Son enfance fut, de plus, affectée par la répétition des deuils
(la mort de son petit frère Nicolas en particulier) et des séparations – avec
son demi-frère de Vendôme qui part sur la mer à Malte en août 1611 et avec sa
sœur Élisabeth par les mariages espagnols d’octobre 1615. L’on finit
effectivement par mettre tout
ensemble. On peut discuter la valeur politique de l’idée. Sur le
plan psychologique et sexuel, cela a correspondu à une hypercondensation qui a
dû contribuer à un fiasco. Même si sa majorité avait été prononcée l’année
précédente, le sortant de son « bas âge », cet enfant de 14 ans qui pleure et
chahute sa petite sœur, la poussant du coude quand elle doit signer son acte de
mariage à elle, fut mis dans le lit de son épouse par sa mère… Vinrent ensuite
sa dépendance envers elle, l’exclusion de la vie politique et du conseil, les
humiliations publiques infligées par Marie de Médicis et Concini. Le journal
porte témoignage d’une réelle maladie dépressive en octobre et novembre 1616 et
rapporte la scène d’humiliation publique subie de Concini le 12 novembre. Louis
dissimule sa rage et s’occupe à des bêtises. C’est par l’assassinat qu’il
sortira de cet état au printemps suivant. Enfin, il va en son conseil.
Il demeura un homme méfiant et misogyne qui mit vingt ans avant
d’engrosser la reine Anne d’Autriche et d’engendrer enfin un dauphin, le futur
Louis XIV. Il fut un roi de France sans maîtresse connue, très dévot, dont
l’homosexualité latente est admise par les historiens.
Quelle fut la théorie sexuelle infantile de Louis ? Comment
évolua-t-elle ? Nous avons le manifeste : les hommes tirent leur puissance de
leur guillery, leur pénis ; celle des femmes, ces êtres troués, est plus
compliquée, plus mystérieuse, peut-être plus redoutable que le pouvoir des
hommes. Le pénis est doté d’un pouvoir fécondant et c’est à la possession de
celui-ci que sont accrochés le statut de Louis, sa puissance, jusqu’à son
identité. D’autres éléments, latents, peuvent se découvrir à travers le
manifeste du texte. Ainsi ces questions : un garçon peut-il avoir un bébé dans
le ventre ? Comment se produit la conjonction des sexes ? Quel est le mécanisme
de la conception ? Cela fait-il mal ? Est-ce que je ne risque vraiment rien
pour ma guillery ? Louis se les est sûrement posées. L’Œdipe négatif de ce
garçon a été mis en avant par les psychanalystes. Louis aimait servir et
s’abaisser – à condition certes que ce fût de son propre chef. Il aimait se
déguiser en fille et, comme à trois ans et demi (le 22 février 1605), se faire
appeler « la petite de la chambre ». Le mélange d’attrait et de crainte quant à
la passivité est évident. L’agrippement à la guillery comme à un fétiche crève
les yeux. La fonction de substitut maternel – et de substitut maternel
phallique – du pénis est, quant à elle, laissée dans l’ombre par le texte.
Souvenons-nous : « Vela le peti bou, vela le peti tou. » Objet maternel, objet
paternel, masculin, féminin. Fille, garçon, libido, identifications… De fait,
le journal nous livre un certain nombre d’éléments qui composent le complexe
d’Œdipe de Louis. Hérouard n’ayant pas été psychanalysé et Louis n’ayant pas
fait d’analyse, certains pans de ce complexe restent cependant bien obscurs.
L’inconscient existait avant Freud, la sexualité infantile aussi
[****]. Le riche matériau que
contient le journal le confirme, en même temps qu’il suscite nombre de
questions qui appellent la mutation épistémologique suscitée par la découverte
freudienne, la « révolution copernicienne » opérée par la psychanalyse : le
manifeste n’est pas
l’effectif ; il
n’est pas
l’efficace – qui se trouve
plutôt correspondre au résultat de forces et de contenus latents, organisés en
un inconscient dynamique. Ni la biologie, ni le social, ni la conscience, ni la
transcendance ne suffisent à dire l’humain.
La vie sexuelle infantile, elle aussi, est régie par
l’opposition dynamique entre manifeste et latent. Quelle part dans cet efficace
à l’érection du masculin ? Quelle part à la profondeur du féminin ? L’image
paternelle de Louis est toute érigée, l’image maternelle est clivée, dédoublée,
support d’identifications projectives contrastées et investie d’affects
négatifs de tristesse et de haine. Du symbole solaire à l’obscurité nocturne,
toute une dérive associative pourrait se déployer. Laissons. Les trois mille
pages du journal d’Hérouard contiennent bien des choses non exploitées ici, un
matériel qui mérite que nous prenions le temps de le lire. Multiples sont les
interprétations que l’on peut en tirer – plus exactement au sens
psychanalytique, les constructions que l’on peut faire à partir de lui. Il me
paraît apporter un certain nombre d’arguments en faveur du caractère
organisateur de la sexualité infantile. Il laisse dans l’ombre d’autres aspects
de la question du désir. Il dit enfin les multiples identifications de Louis.
Identifications au principe de la Royauté, à son lignage – les Bourbons, à son
aïeul Saint-Louis dont il favorisa le culte et à sa chère guillery aussi.
Compliquée, l’identification à sa mère n’est pas assumée. L’identification à
son père fut incomplète, inachevée, coupée par le coup de poignard de
Ravaillac. Le Journal fournit donc au
lecteur contemporain un corpus exceptionnel pour la réflexion sur les liens
entre l’histoire subjective et l’histoire familiale, comme sur ceux entre la
problématique infantile de Louis et la « grande » histoire. On peut méditer des
effets de l’histoire infantile du dauphin sur la restauration de l’autorité
royale que promut Louis XIII et que paracheva son fils Louis XIV. À ce sujet,
une dernière scène : Louis a maintenant 42 ans, il « asticote » son fils de 5
ans qui revient de son baptême : « Quel est votre nom maintenant ? – Louis XIV,
papa. – Pas encore », répondit Louis XIII, brusque et enténébré. Trois semaines
plus tard, il mourrait et laissait place à Louis XIV. Pressentait-il sa mort
proche ? Se souvenait-il de la scène vécue par lui au même âge et que la
Nouvelle revue de psychanalyse nous
dit conservée par le journal d’Hérouard à la date du 28 mai 1607 : « Le dauphin
rougit de honte et couvrit son visage de la main alors que le roi lui montrant
son pénis lui dit : “Voilà qui te fit ce que tu es.” »
·
Journal de la psychanalyse de
l’enfant. Le rêve, 2001, n° 28.
·
Ariès, Philippe.
1973. L’Enfant et la vie familiale sous l’Ancien
Régime, Paris, Le Seuil.
·
Ariès, Philippe ;
Duby, Georges. 1986.
Histoire de la vie privée, tome II :
De la Renaissance aux Lumières, Paris,
Le Seuil.
·
Bourdieu, Pierre.
1982. Les Rites comme actes
d’institution. Actes de la recherche en sciences sociales, n° 43,
58-63.
·
David, Michèle. 1979.
« Un enfant royal », Nouvelle revue de
psychanalyse, « L’enfant ».
·
Dumas, Alexandre.
1994. La Reine Margot, Gallimard
(Folio).
·
Élias, Norbert. 1989.
La Civilisation des mœurs,
Pocket.
·
Flandrois, Isabelle.
1992. L’Institution du prince au début du
xviie siècle, Paris,
puf.
·
Foisil, Madeleine.
1989. Journal de Jean Hérouard,
Fayard.
·
Foisil, Madeleine.
1996. L’Enfant Louis XIII, l’éducation d’un roi
1601-1617, Perrin.
·
Himmelfarb, Hélène.
1979. « Un journal peu ordinaire », Nouvelle
revue de psychanalyse, « L’enfant ».
·
Kantorowicz, Ernst.
2000. Œuvres, Gallimard, (coll. «
Quatro »).
·
Montaigne, Michel de.
1999. « De l’institution des enfants », Essais, livre 1 (1579),
puf (coll. « Quadrige
»).
·
Vygotski, Lev. 1997.
Pensée et langage (1934), Paris, La
Dispute.
[*]
Qui était Jean Hérouard
?
« Je vous ai choisi pour vous mettre auprès de mon fils,
servez-le bien », c’est ainsi que l’élu rapporte le commandement d’Henri IV le
nommant, alors qu’il est âgé de 50 ans, premier médecin du dauphin. Le roi
connaissait Hérouard : médecin d’une famille de médecins de Montpellier,
huguenot converti, ce furent autant ses qualités humaines que ses qualités de
médecin et la minutie de ses observations vétérinaires – son premier ouvrage
portait sur les os du cheval – qui attirèrent l’attention du roi. Jean Hérouard
était un humaniste dans la ligne d’Érasme, Montaigne et Ronsard dont il avait
lu l’
Institution de l’adolescence du roi Charles
neuvième, ouvrage paru en 1562, et dont il avait rédigé
l’épigraphe.
Le journal est un outil de travail et de transmission pour le
médecin, justifié par un double souci préventif et curatif. Il est aussi un
journal de vie – comme un journal intime externe – qui note les événements et
dit les jeux, les paroles et le caractère de l’enfant. L’art médical, la
théorie hippocratique des humeurs (qui n’était pas sans ambition psychologique)
et les principes de l’humanisme encadrent l’attention d’Hérouard. Les règles de
civilité de son temps, le statut royal de son petit patient, ainsi que son
affection pour lui influencent aussi cette observation, « tout ensemble
exhaustive, multiforme et passionnément aimante » (Hélène Himmelfarb).
Hérouard a donc noté ce qui intéresse son office ainsi que ce
qui touche la « part officieuse », « gratuite » de sa fonction (Madeleine
Foisil). Par ses capacités d’attention, il est véritablement un précurseur de
l’observation du bébé et de l’enfant. Mais Hérouard ne fut sûrement pas un
observateur neutre. À côté de son rôle de médecin, il a exercé une fonction
d’éducation auprès du dauphin et a contribué à l’institution du
prince.
D’ailleurs, Louis appréciait la compagnie d’Hérouard et le
recul qu’il lui procurait ; ils ont souvent regardé ensemble les livres
illustrés du docteur. Il s’est intéressé au « registre » dans lequel étaient
consignés ses faits et ses paroles ainsi qu’au livre « fait pour lui »,
L’Institution du prince. Dans ce
texte, Hérouard apporte un éclairage sur les principes de sa pédagogie. Il
préconise de « bégayer avec les petits enfants, c’est-à-dire s’accommoder de la
délicatesse de leur âge, et les instituer plutôt par la voie de la douceur, et
de la patience, que par celle de la rigueur et de la précipitation ». Partisan
de la méthode douce, respectueux de la subjectivité de l’enfant et se plaçant
dans la perspective de l’adulte que cet enfant doit devenir, Hérouard écoute
Louis et emploie avec lui l’échange de questions, l’humour, la distance,
parfois même de brèves séquences de psychodrame.
Hérouard, vieillissant, continua à accompagner son royal
patient jusqu’à sa mort pendant le difficile siège de La Rochelle, le 8 février
1628. « J’avais encore bien besoin de lui », soupira Louis qui put enfin faire
confiance à son ministre Richelieu. Ainsi le journal nous apporte-t-il aussi
des éléments de réflexion sur la fonction de soutien telle que l’exerça
Hérouard, témoin discret, présence muette de l’enfance d’un roi qui n’aimait
nullement parler de « ses enfances ».
[**]
Louis à 5 ans, quant à lui chantait : « Guillaume, Guillaume,
Guillaume, ho pauvre Guillaume té lasrata mourir »).
[***]
Avec le
Journal, nous
pouvons être précisément renseignés sur l’alimentation de Louis, la durée de
son sommeil (ce qui est intéressant), la couleur de son caca (ce qui ne l’est
guère) et sur toutes sortes de choses… Par contre, nous n’avons ni sa courbe de
poids ni de taille – l’époque n’était pas encore à la précision, la ficelle
avec laquelle Hérouard avait mesuré l’enfant a été perdue. La minutie du
journal nous permettrait de comparer les repères du développement de Louis avec
ce que nous savons par les tables de Gesell ; ce n’est pas ce qui nous
intéresse ici.
[1]
Que j’ai choisi de respecter alors que je me suis permis
d’actualiser l’orthographe du texte d’Hérouard.
[2]
–
Doundoun
- le nombril
- vela ce que je ne ve pa
dire…
[3]
On voit à quel point Louis XIII a été soumis au clivage et y a
eu recours.
[4]
Saluons la qualité de l’observation d’Hérouard. On pourrait
verser ce récit de rêve, avec ses deux temps, au dossier sur le rêve que nous
propose le
Journal de la psychanalyse de
l’enfant (2001).
[****]
Comme l’écrivit Ferenczi : « On admettra qu’un médecin qui
comprend le langage des patients névrotiques et psychotiques, et peut
l’utiliser pour ainsi dire étiologiquement et étymologiquement, affronte ces
maladies avec une tout autre compréhension que l’homme de science qui se
préoccupe peu de l’origine de chaque phénomène isolé, et se laisse alors, lors
du traitement, diriger uniquement par son intuition artistique. Personne ne
niera qu’avant Freud il y eut d’éminents psychothérapeutes qui, dans le
traitement des psychoses et des névroses, se montrèrent efficaces et eurent
d’extraordinaires résultats. Pourtant leur art ne pouvait pas être enseigné.
Les bienheureux qui possédaient ce talent ne pouvaient, même avec la meilleure
volonté, enseigner leur méthode de compréhension intuitive. Ce contact, entre
patient et médecin, le psychanalyste l’appellerait dialogue entre deux
Inconscients. L’Inconscient du médecin comprenait l’Inconscient du patient et
permettait que la bonne réponse, la trouvaille de la médication efficace,
montât jusqu’au Conscient du médecin. Le progrès que signifie la psychanalyse
pour la pratique médicale, consiste essentiellement en ce qu’elle a fait de cet
art thérapeutique une science… »
Sandor Ferenczi, « Influence de Freud sur la médecine » (1933),
dans
Psychanalyse IV (Œuvres
complètes), Paris, Payot, 1982.