2001
enfances & PSY
Dossier
Entre les adultes et l’enfant
Bernard This
Bernard This est psychiatre,
psychanalyste. Spécialiste de la vie affective prénatale, membre de l’équipe de
traduction de l’œuvre de S. Ferenczi, il a publié Le père, acte de
naissance, Le Seuil, 1980. Il a participé à la
fondation des Maisons
vertes.
À partir d’une conférence de Ferenczi en 1932, précisons que
l’enfant a besoin de la tendresse sécurisante pour développer sa « sécurité de
base ». Si l’adulte répond par la « passion », il traumatise. Le « respect du
cadre » interdit la manifestation de la tendresse indispensable à
l’épanouissement de l’être... Donc, si nous voulons « libérer le souffle » – «
psucho-ana-lusis » –, il convient d’établir un contact
haptonomique.Mots-clés :
passion
adulte, traumatisme, tendresse et « sécurité de
base », haptonomie.
Septembre 1932, lors du XIIe congrès international de psychanalyse,
à Wiesbaden, Sandor Ferenczi fait son exposé « sulfureux », intitulé
Confusion de langue entre les adultes et
l’enfant, sous-titré « Le langage de la tendresse et de la passion
».
La langue et le langage sont au premier plan chez ce précurseur
de Lacan, qui fut le premier à pointer l’importance de la métaphore et de la
métonymie, et qui fut le premier à souligner la nécessité de ne pas respecter
ce que déjà certains vénéraient (ou révéraient ?) sous l’expression de «
respect du cadre ». N’avait-il pas montré qu’un cheval pouvait remplacer le
divan ou le fauteuil, en cas de guerre, et qu’un simple soldat pouvait
remplacer l’analyste quand il s’agit d’analyser, ou plus exactement d’inviter
un commandant à réaliser son analyse, même si la durée de la séance est
variable, deux heures certains jours, cinq minutes seulement quand l’attaque
ennemie est imminente.
Freud s’était opposé à la lecture de ce texte au moment du
congrès et aucune revue psychanalytique ne l’avait publié ; Jones s’était
employé à l’étouffer : la censure analytique avait exercé ses effets, le
refoulement. Il convenait de ne plus parler de cet article diabolique
!
Alors traduisons et lisons ce texte scandaleux qui parle de la
tendresse (côté enfant) et de la passion (côté adulte). Texte scandaleux qui
fait la différence entre la zärtlichkeit et la Leidenschaft. Zart veut dire « tendre, délicat, sensible,
affectueux ». Leiden, c’est « souffrir
», la passion (Leidenschaft) fait
souffrir.
Ferenczi revient sur la nécessité de tenir compte du « facteur
traumatique » si injustement négligé dans la pathogénèse des névroses.
Clinicien avant tout, il décrit ce qui se passe chez quelques patients qui,
après une amélioration sensible de certains symptômes, commencent à se plaindre
d’angoisse nocturne, de cauchemars pénibles, « la séance d’analyse dégénérant,
chaque fois, en crise d’angoisse hystérique »… « Le résultat qu’on espérait
durable ne l’était pourtant pas et, le lendemain matin, le malade se plaignait
à nouveau d’une nuit effroyable, la séance d’analyse devenant une nouvelle
répétition du trauma. Pendant un certain temps, je me consolais de cet embarras
en me disant, comme de coutume, que le patient avait de trop fortes
résistances, ou qu’il souffrait d’un refoulement dont il ne pouvait prendre
conscience et se décharger que par étapes. »
Face à la répétition traumatique
Que fait alors Ferenczi ? Il procède à son autocritique. Il
fait son examen de conscience pour voir si, malgré sa bonne volonté consciente,
il n’y a pas quelque vérité dans les accusations de ses patients qui lui
reprochent d’être « insensible, froid, dur et cruel ». « Vite, aidez-moi, ne me
laissez pas mourir dans la détresse ! »
Hélas, la situation analytique, la séparation « divan-fauteuil
» ne lui permet pas d’intervenir comme il conviendrait pour sécuriser le
patient, par un « contact affectif confirmant et sécurisant ». Ferenczi le
reconnaît : « C’est là que nous nous heurtons à des résistances non
négligeables, non pas celles du patient, mais nos propres résistances. Nous
devons avant tout être analysés tout à fait bien, et connaître à fond tous nos
traits de caractère déplaisants… afin de nous attendre à presque tout ce que
les associations de nos patients peuvent contenir de haine et de mépris cachés.
Ceci nous conduit au problème de savoir jusqu’où a été l’analyse de l’analyste,
problème qui prend de plus en plus d’importance. Il ne faut pas oublier que
l’analyse en profondeur d’une névrose exige presque toujours plusieurs années,
tandis que l’analyse didactique habituelle ne dure souvent que quelques mois,
ou un an à un an et demi, ce qui peut aboutir à la situation impossible que,
peu à peu, nos patients sont mieux analysés que nous. Du moins ils présentent
des signes d’une telle supériorité, mais sont incapables de l’exprimer
verbalement. Ils tombent dans une extrême soumission, manifestement à la suite
de l’incapacité ou de la peur dans laquelle ils se trouvent de nous déplaire en
nous critiquant. Une grande part de la critique refoulée concerne ce que l’on
pourrait appeler l’hypocrisie professionnelle. Nous conseillons poliment le
patient quand il entre, nous lui demandons de nous faire part de ses
associations, nous lui promettons, ainsi, de l’écouter attentivement et de
consacrer tout notre intérêt à son bien-être et au travail d’élucidation ».
Mais, en réalité, nous ne sommes pas présents affectivement, c’est du «
paraître » et nous n’avons qu’un « faux contact » : parlez, je vous écoute !
C’est une caricature de présence. D’ailleurs, la règle analytique est bien
claire : « neutralité bienveillante. » Ce terme de « neutralité », qui est une
invention des traducteurs, doit être dénoncé comme une véritable trahison de la
psychanalyse, tout comme la règle du « dire toutes les pensées… idées…
associations d’idées ». Freud parlait de wohlwollen – « bienveillance » –, alors pourquoi
inventer cette neutralité qui n’existe pas dans les textes de Freud ? Et quand
il demande d’exprimer (ausdrücken)
tout ce qui « tombe dedans » – allen
Einfällen, (ce qui est un germanisme intraduisible) pourquoi
introduire le fait de « parler » ou de « dire des idées ». Voilà comment on
intellectualise l’analyse, en prononçant les pensées à la place du sentir
!
Une présence bienveillante
Ce que Ferenczi n’ose pas réaliser, c’est le « contact » –
die Berührung –, puisque pour Freud le
« toucher » est au service de la sexualité. Lisez les
Trois Essais…, qui font du toucher un
« plaisir préliminaire » après le plaisir de voir – la
Schaulust. Nous ne sommes pas loin du
« quand on touche, on couche ! » Il suffit de lire la traduction de
Totem et tabou où, dans le second
chapitre, le mot Berührung (qui
apparaît soixante-quinze fois) est systématiquement déprécié par tous les
traducteurs, pour comprendre que ce terme est un refoulé freudien
essentiel.
À quels parents ferez-vous croire, chers amis analystes de
stricte obédience, que prendre son enfant dans ses bras pour le sécuriser, est
dangereux, et peut le provoquer, l’exciter sexuellement, alors que nous le
voyons chaque jour, s’apaiser et s’endormir ?
Ferenczi ne supportait plus l’hypocrisie professionnelle, et
demandait à l’analyste de se remettre en question, de reconnaître ses erreurs,
s’il voulait gagner la confiance de ses patients.
« Si nous gardons une attitude froide et pédagogique, même en
présence d’un patient en ophisthotonos, nous brisons le tout dernier lien qui
nous rattache à lui. Le patient sans connaissance est effectivement dans une
transe, comme un enfant qui n’est plus sensible au raisonnement, mais tout au
plus à la “bienveillance maternelle”. » Et ici, c’est le mot
Freundlichkeit qu’utilise Ferenczi
(Freund veut dire « ami »).
« Si cette bienveillance vient à manquer, il se trouve seul
et abandonné dans la plus profonde détresse, c’est-à-dire justement dans la
même situation insupportable qui, à un certain moment, l’a conduit au clivage
psychique, et finalement à la maladie. Il n’est pas étonnant que le patient ne
puisse faire autrement que de répéter exactement, comme lors de l’installation
de la maladie, la formation des symptômes déclenchés par connotation psychique.
Les patients ne sont pas touchés par une expression théâtrale de pitié, mais je
dois dire seulement par une authentique sympathie. Je ne sais pas s’ils la
reconnaissent au ton de notre voix, au choix de nos mots, ou de tout autre
manière. Quoi qu’il en soit ils devinent de manière extralucide, les pensées,
les émotions de l’analyste. Il ne me semble guère possible de tromper le malade
à ce sujet, et les conséquences de toute tentative de duperie ne sauraient être
que fâcheuses. »
Ce que nous savons maintenant, c’est que notre attitude froide
et neutre réalise un véritable traumatisme quand le patient revit son
traumatisme, puisque nous l’abandonnons à son « revécu », en le laissant dans
une carence totale de relation affective : à ce moment les mots ne sécurisent
pas, il faut une présence sécurisante qui se manifeste « main-tenant » dans
l’adjacence affective.
« Qu’il me soit permis de vous entretenir de ce que cette
relation plus intime avec le patient m’a fait comprendre. J’ai pu, tout
d’abord, confirmer l’hypothèse déjà énoncée qu’on ne pourra jamais insister
assez sur l’importance du traumatisme et en particulier du traumatisme sexuel
comme facteur pathogène. Même des enfants appartenant à des familles honorables
et de tradition puritaine sont, plus souvent qu’on osait le penser, les
victimes de violence et de viol. Ce sont, soit les parents eux-mêmes qui
cherchent un substitut à leur insatisfaction, de cette façon pathologique, soit
des personnes de confiance membres de la même famille (oncles, tantes,
grands-parents), les précepteurs ou le personnel domestique qui abusent de
l’ignorance et de l’innocence de l’enfant.
L’objection, à savoir qu’il s’agissait de fantasmes de
l’enfant lui-même, c’est-à-dire de mensonges hystériques, perd malheureusement
de sa force, par suite du nombre considérable de patients en analyse, qui
avouent eux-mêmes des voies de fait sur des enfants ».
(p. 129)
N’oubliez pas que Freud, tout comme Jung, Jones et Ferenczi
étaient des hommes traumatisés sexuellement dans leur petite enfance. Vous
comprendrez peut-être pourquoi Freud ne voulait pas entendre parler de cette «
confusion de langue entre les adultes et l’enfant ». Mais « l’enfant terrible
de la psychanalyse », en 1932, avant de mourir (1933), voulait aller jusqu’au
bout de sa pensée : « Les séductions incestueuses se produisent habituellement
ainsi : un adulte et un enfant s’aiment ; l’enfant a des fantasmes ludiques
comme de jouer un rôle maternel à l’égard de l’adulte. Ce jeu peut prendre une
forme érotique, mais il reste pourtant toujours au niveau de la tendresse. Il
n’en est pas de même chez les adultes ayant des prédispositions pathologiques,
surtout si leur équilibre ou leur contrôle de soi ont été perturbés par quelque
malheur… Ils confondent les jeux des enfants avec les désirs d’une personne
ayant atteint la maturité sexuelle, et se laissent aller à des actes sexuels
sans penser aux conséquences. De véritables viols de fillettes à peine sorties
de la première enfance, des rapports sexuels entre des femmes mûres et de
jeunes garçons, ainsi que des actes sexuels imposés à caractère homosexuel,
sont fréquents. »
Voilà, c’est dit, c’est scandaleux ! C’est ce qu’il faut
étouffer ! Nier absolument. Pourquoi ce silence ? Ferenczi tente de comprendre
: « Il est difficile de deviner quels sont le comportement et les sentiments
des enfants à la suite de ces voies de faits. Leur premier mouvement serait le
refus, la haine, le dégoût, une résistance violente. “Non, je ne veux pas,
laisse-moi, c’est trop fort, ça me fait mal !” Et il y a une peur intense. Les
enfants se sentent physiquement et moralement sans défense, leur personnalité
encore trop faible pour pouvoir protester, même en pensée, la force et
l’autorité écrasante des adultes, les rend (leur personnalité ou la peur ?)
muets, et peut même leur faire perdre conscience. Mais cette peur, quand elle
atteint son point culminant, les oblige à se soumettre automatiquement à la
volonté de l’agresseur, à deviner le moindre de ses désirs, à obéir en
s’oubliant complètement et à s’identifier totalement à l’agresseur. »
C’est cela le drame : le sujet agressé s’identifie aussitôt à
l’agresseur. Au « mépris de la vraisemblance », l’enfant s’identifie à ce qui
l’a attaqué. Ferenczi citait toujours cet enfant de 3 ans qui, alors qu’il
faisait pipi, avait été attaqué au niveau de son pénis par un coq : devenu muet
(il ne proférait plus aucune parole !), il se contentait de pousser « des cris
de coq », puis au bout de quelques semaines de poule, en même temps que son
comportement imitait manifestement cet animal de basse-cour ; bel exemple de
l’identification non conforme au génie de son sexe, que ce petit « homme-coq
».
À la Maison Verte, nous observons régulièrement que certains
garçons, dont la mère est enceinte, souffrent de constipation opiniâtre, comme
s’ils pouvaient eux aussi porter un bébé dans leur ventre. Et cette « sexuation
» non conforme au génie de leur sexe, au mépris du sexe chromosomique, repose
toujours sur l’absence de verbalisation par la mère du rôle du père : « Je
n’aurais pas eu le plaisir de te mettre au monde, si ton papa ne m’avait pas
donné tout ce qu’il faut pour que tu sois un beau petit garçon », phrase
salvatrice, qui valorise leur « devenir homme ». Autrement, la pente est facile
: se glisser dans la toute-puissance imaginaire maternelle.
Mais revenons encore à l’article de Ferenczi et à son étude des
conséquences du « trauma » sexuel : « L’identification au partenaire adulte et
l’introjection du sentiment de culpabilité de l’adulte. » Ce qui était
interpsychique va devenir intrapsychique. « Le jeu, anodin jusqu’à présent,
apparaît maintenant comme un acte méritant une punition. » Innocent et
coupable, clivé définitivement, sa confiance dans le témoignage de ses propres
sens en est brisée. S’y ajoute le comportement grossier de l’adulte, encore
plus irrité et tourmenté par le remords, ce qui rend l’enfant encore plus
profondément conscient de sa faute et encore plus honteux. Presque toujours
l’agresseur se comporte comme si de rien n’était et se console avec l’idée : «
Oh, ce n’est qu’un enfant, il ne sait rien encore, il oubliera tout cela.
»
« Ce qui importe d’un point de vue scientifique, dans cette
observation, c’est l’hypothèse que la personnalité encore faiblement développée
réagit au brusque déplaisir, non par la défense mais par l’identification
anxieuse et l’introjection de celui qui la menace ou l’agresse.
C’est seulement maintenant que je comprends pourquoi mes
patients se refusent si obstinément à me suivre lorsque je leur conseille de
réagir au tort subi par du déplaisir, comme je m’y serais attendu, par de la
haine ou de la défense. Une partie de leur personnalité, le noyau même de
celle-ci, est resté fixé à un certain moment et à un certain niveau, où les
réactions alloplastiques étaient encore impossibles, et où, par une sorte de
mimétisme, on réagit de façon autoplastique. On aboutit ainsi à une forme de
personnalité faite uniquement de Ça et de Sur-Moi, et qui, par conséquent, est
incapable de s’affirmer en cas de déplaisir ; de même qu’un enfant qui n’est
pas encore arrivé à son plein développement, est incapable de supporter la
solitude, s’il lui manque la protection maternelle et une tendresse
considérable. »
Les enfants jouent avec l’idée de prendre la place du parent du
même sexe, pour devenir le conjoint du sexe opposé. En réalité, ils ne
voudraient, ni ne pourraient se passer de la tendresse et surtout de la
tendresse maternelle. Si au moment de cette phase de tendresse, on impose aux
enfants plus d’amour ou un amour différent de ce qu’ils désirent, cela peut
entraîner les mêmes conséquences pathogènes que la privation d’amour jusqu’ici
invoquée.
Au cours de l’identification, un deuxième mécanisme peut
apparaître : l’éclosion surprenante et soudaine, comme après un coup de
baguette magique, des facultés nouvelles qui apparaissent à la suite d’un choc.
Cela fait penser aux tours de prestidigitation des fakirs qui, à partir d’une
graine, font pousser, apparemment devant nos yeux, une plante avec sa tige et
ses fleurs. Une détresse extrême, et surtout l’angoisse de la mort, semblent
avoir le pouvoir d’éveiller et d’activer soudainement des dispositions
latentes, non encore investies et qui attendaient leur maturation en toute
quiétude. L’enfant ayant subi une agression sexuelle peut soudainement, sous la
pression de l’urgence traumatique, déployer toutes les émotions d’un adulte
arrivé à maturité… On peut alors parler simplement, pour l’opposer à la
régression, dont nous parlons d’habitude, de progression traumatique, ou de
prématuration. On pense aux fruits qui deviennent trop vite mûrs et savoureux,
quand le bec d’un oiseau les a meurtris ; et à la maturité hâtive d’un fruit
véreux.
Et Ferenczi de rappeler le rêve typique du « nourrisson savant
» où un nouveau-né, un enfant encore au berceau, se met subitement à parler et
même à enseigner la sagesse à toute sa famille. La peur devant les adultes
déchaînés, fous, en quelque sorte, transforme pour ainsi dire, l’enfant en
psychiatre, pour se protéger du danger que représentent les adultes sans
contrôle. Et Ferenczi de s’exclamer : « C’est incroyable, ce que nous pouvons
vraiment apprendre de nos “enfants savants”, ces névrosés. »
Et bien sûr, Ferenczi le note : « Si cela venait à se
confirmer, nous serions obligés, je crois, de réviser certains chapitres de la
théorie sexuelle et génitale… Dans ma propre théorie de la génitalité, je n’ai
pas tenu compte de cette différence entre la phase de tendresse et la phase de
passion. »
Si l’on relit Les Trois
Essais ou « les trois excès » freudiens sur la sexualité, qui ne
tenaient aucun compte de la nécessité du contact affectivo-confirmant pour le
développement de la sécurité de base de l’enfant, on peut comprendre pourquoi
l’analyse n’a jamais développé la « sécurité de base » d’un patient. Ce n’est
pas son but, me dira-t-on, mais pourquoi certains analysants, après deux ou
trois analyses restent-ils tout aussi vulnérables et abandonniques ? Si vous
acceptez que le patient sache ce qu’il lui faut vivre, et si vous l’accompagnez
calmement, paisiblement, dans ce vécu de tendresse indispensable à son
épanouissement affectif, alors il peut se libérer de ces engrammations
négatives, imposées par ces abus sexuels. Et ces malheureux pédophiles,
identifiés à leurs agresseurs, comment allez-vous les aider, si vous n’allez
pas avec eux « au charbon de la souffrance », si vous n’êtes pas dans cette
proximité affective haptonomique ? Il serait temps que les analystes
s’intéressent, après Freud et Lacan, et avec Ferenczi, aux possibilités
maturatives de la tendresse. Un siècle après le message freudien, allons-nous
seriner le même catéchisme ? Est-il possible de dépasser le Père, « savoir s’en
servir pour pouvoir s’en passer »… et prêter l’oreille de notre cœur à ceux qui
ont souffert, et sont prêts, avec Frans Veldamn, à nous guider sur le chemin de
cette naissance-renaissance de ce qui doit advenir ?
Wo es war, soll ich werden, ce qui est
à naître, à devenir, si nous sommes disponibles, à l’écoute du souffle de celui
que nous accueillons.
·
Ferenczi, Sandor.
1931. Psychanalyse 4, Paris, Payot, p.
125 à 135.
·
Veldman, Frans. 1999.
Haptonomie. Science de l’affectivité,
Paris, puf.