2002
enfances PSY
Dossier
Le Centre 15
Antoine Leblanc
Antoine Leblanc est pédiatre.
Jacques Gatineau
Jacques Gatineau est médecin généraliste libéral.
Le Centre 15 a été créé en 1989 pour offrir à la population un numéro unique permettant d’obtenir rapidement une réponse à un problème médical. Jacques Gatineau gère avec une vingtaine d’autres médecins, généralistes libéraux comme lui, les appels au Centre 15 sur le département de l’Essonne. Chaque médecin exerce sous sa propre responsabilité. Ces médecins sont associés pour le fonctionnement du centre à une équipe de médecins hospitaliers appartenant au samu et à des permanenciers auxiliaires de régulation médicale (parm).
Environ 15 % des appels concernent des enfants de moins de 15 ans. Les principaux motifs d’appel sont, par ordre de fréquence décroissante : les chutes, les traumatismes, la fièvre, les vomissements, les infections orl, les douleurs abdominales, la toux. Le médecin doit en quelques minutes évaluer la gravité d’une situation pour prendre une décision immédiate : simple conseil, communication du numéro de téléphone du médecin de garde, envoi d’un médecin au domicile ou d’un véhicule sanitaire, appel du smur, etc.
Pour Jacques Gatineau, la gestion téléphonique d’un appel d’urgence est totalement différente d’une consultation à son cabinet. Il faut, en permanence, réfléchir à ce que veut dire l’interlocuteur. Il faut souvent lui demander de reformuler sa demande. Habituellement, l’entretien a lieu dans un contexte d’angoisse, voire de panique, surtout lorsque le problème concerne un enfant. Les quelques exemples ci-dessous donnent une idée de cette gestion téléphonique particulière de l’urgence médicale en pédiatrie.
Le 26 janvier à 18 h 10, appel de Mme G. en état de panique devant son enfant qui est bleu avec de la bave qui sort de la bouche. La permanencière puis le médecin régulateur n’arriveront pas à la calmer pour qu’elle puisse donner des détails supplémentaires. La décision d’envoyer le smur est prise à 18 h 12. À 18 h 20 appel du médecin traitant, que Mme G. avait donc appelé aussi sur place. Il précise qu’il s’agit d’une convulsion hyperthermique. La crise est terminée, l’enfant respire normalement, est bien coloré, ouvre les yeux, est hypotonique. La décision est prise d’annuler le smur. Seuls les pompiers seront maintenus. Ils transporteront cet enfant sur le ch d’Evry après avoir passé à 18 h 27 un bilan précisant que l’enfant se réveille et pleure. Le médecin traitant a fait une injection intrarectale de Valium. Le dossier est clôturé à 18 h 53.
Le 6 mars à 13 h 47, appel de Mme R. pour son enfant de 15 mois qui vient de tomber du canapé sur du carrelage. Le garçon serait somnolent, sa mère appelle à l’aide. Elle est seule chez elle avec deux autres enfants de 3 et 5 ans, son mari n’est pas joignable. Ayant pris les coordonnées de cette famille, la permanencière propose cet appel au médecin régulateur qui, après s’être présenté à l’appelante, lui fait préciser l’état clinique de l’enfant en rassurant au fur et à mesure son interlocutrice devant les signes décrits. Il propose à la maman un geste thérapeutique (pansement froid sur l’hématome frontal), lui fait exécuter des gestes simples : donnez-lui un jouet qu’il aime bien, le prend-il ? Vous suit-il du regard ? Marche-t-il ? Au terme de cet entretien, le médecin régulateur conclut avec la maman que l’état de son enfant n’est pas inquiétant. Il lui donne les éléments de surveillance. Il s’assure de la bonne compréhension de ses propos et prend congé. Le dossier est clôturé à 14 h 10.
Le 28 mai à 20 h 07 appel de Mme F. inquiète pour sa fille de 2 ans à qui elle vient de donner par erreur une dose de médicaments prescrits pour une angine et que son époux lui avait déjà donné une heure avant, lors de son repas. Elle demande l’avis d’un médecin, le sien ayant transféré sa ligne sur la garde. Après avoir noté les coordonnées de cet appel, le permanencier le présente au médecin régulateur qui fait préciser la nature du traitement prescrit (amoxicilline, fluidifiant, ibuprofène) et le poids de l’enfant. Il évalue avec la maman les quantités prises. En même temps, il la rassure en lui expliquant que les doses absorbées ne correspondent pas à des doses toxiques. Il conseille de temporiser la prise d’ibuprofène. Il conclut en conseillant une meilleure coordination entre elle et son époux. Le dossier est clôturé à 20 h 20.
Le 12 décembre à 10 h 04, appel d’une institutrice depuis une école primaire de Viry-Châtillon, pour le petit Julien, 9 ans et demi, qui présente un malaise avec pâleur et refus de marcher. Quelques minutes plus tôt, il jouait au ballon avec ses amis. Il est tombé sur ce ballon et ses amis sont tombés ensuite sur lui. Il a alors senti un craquement. Depuis, il a mal au côté et n’ose pas marcher. À l’interrogatoire de l’appelante, l’enfant est bien orienté, cohérent, la ventilation paraît correcte, il n’y a pas de cyanose. La motricité est difficile à apprécier, l’enfant refusant de bouger. Les parents n’ont pas pu être joints par téléphone. En l’absence d’ambulance rapidement disponible, un vsab (pompiers) est envoyé sur place. Le bilan montre une bonne motricité des quatre membres, la persistance d’une douleur thoracique latérale. Les constantes hémodynamiques sont normales. L’autorisation de transport sur l’hôpital de Juvisy est donnée à 11 h 15. Le dossier sera clôturé à 15 h 30 après appel du senior de garde de Juvisy. Il s’agissait d’une fracture de côte non déplacée bénigne. L’enfant est sorti, il a été confié à ses parents.