2002
enfances & PSY
Dossier
Accueillir des tout-petits en urgence
Entretien avec
Élisabeth Rigaux
Nadine Brault
Chantal Fleury
Élisabeth Rigaux, la responsable de la pouponnière de Sucy-en-Brie, Nadine Brault, auxiliaire, et Chantal Fleury, psychologue, ont répondu aux questions posées par Antoine Leblanc et Françoise Sarny pour enfances & psy.
Le foyer de l’enfance de Sucy accueille en urgence des enfants de 0 à 12 ans. Les tout-petits, jusqu’à 2 ans et demi, sont confiés à l’équipe de la pouponnière.
Élisabeth Rigaux : Tous les enfants que nous accueillons arrivent dans le cadre de l’urgence, c’est-à-dire dans des situations très graves. L’urgence de l’urgence, c’est l’enfant que l’on doit accueillir la nuit, le week-end, amené par la brigade des mineurs, avec une mesure de placement provisoire, prise par le procureur de la République. Les situations plus ou moins catastrophiques, plus ou moins violentes, plus ou moins dramatiques. Il peut s’agir d’un enfant qu’aucun membre de la famille n’est venu rechercher le soir à la crèche – donc un enfant qui va bien tout de même – mais cela peut être aussi la situation plus dramatique de l’enfant maltraité que la brigade des mineurs a du aller chercher au domicile.
enfances et psy – C’est un enfant qui arrive souvent sans ses parents ?
Élisabeth Rigaux : Pas toujours. Récemment encore, le père accompagnait l’enfant dont la maman avait été hospitalisée d’urgence à l’hôpital psychiatrique. C’est un cas de figure fréquent pour l’accueil des tout-petits.
Nous sommes un peu privilégiées, entre guillemets, pour accueillir en urgence les tout-petits bébés de moins de six mois dans des situations très difficiles parce que nous avons une structure de pouponnière.
Nous accueillons souvent des bébés hospitalisés, ou des bébés dont la maman est hospitalisée, ou encore des bébés maltraités ou en « carence de soins », lorsque les parents sont dans l’incapacité au moins momentanée de leur donner des soins et qu’aucun relais n’est possible dans la famille élargie.
Le foyer départemental de l’enfance de Sucy-en-Brie (Val-de-Marne) a une capacité d’accueil de 72 enfants de 0 à 12 ans confiés à l’Aide sociale à l’enfance. Il a pour missions l’accueil, l’observation, l’évaluation et l’orientation des enfants, missions qui s’accompagnent d’un nécessaire travail avec leurs parents.
Jusqu’à l’âge de 2 ans et demi, les tout-petits sont confiés à la pouponnière qui dispose de vingt-quatre places d’accueil réparties en fonction des âges au sein de groupes de vie de six enfants. Ces tout-petits reçoivent au quotidien les soins d’une équipe composée des cinq mêmes auxiliaires par unité, chaque auxiliaire étant référente d’un enfant (ou de deux). Le soutien et l’encadrement de ces unités est assuré par une équipe pluridisciplinaire composée d’une puéricultrice, d’éducateurs de jeunes enfants, d’infirmières et de psychologues, certains dans ce dispositif, étant chargés tout spécialement du soutien aux parents.
En fait, la question de l’évaluation de l’urgence en amont ne se pose que rarement ?
Élisabeth Rigaux : De temps en temps, nous posons, nous, des questions – je ne parle pas des accueils de nuit et de week-end – car, lorsqu’on arrive à connaître le contexte familial il est parfois possible de négocier un accueil dans un placement familial si l’on pense que ce placement va durer vraiment longtemps. Le lieu d’accueil d’urgence est un lieu où l’enfant ne doit pas rester : c’est un « placement court » de six mois, notion importante pour le juge qui décide une opp (ordonnance de placement provisoire). L’accueil temporaire est très rare, mais il peut arriver qu’un parent nous confie son enfant dans une situation d’urgence, par exemple, une mère seule en situation irrégulière, dont les enfants vont être placés le temps d’un accouchement.
Est-ce le même degré d’urgence pour un enfant qui est amené par la brigade des mineurs, parce qu’il est délaissé ou maltraité, et pour un enfant dont la mère ne peut pas s’occuper, parce qu’elle est hospitalisée ou parce qu’elle va accoucher ?
Élisabeth Rigaux : Chaque urgence est spécifique dans la mesure où l’état de chaque enfant est forcément particulier. L’enfant est plus ou moins bien quand il arrive. L’accueil en urgence, dans un lieu nouveau, avec des personnes inconnues, est une situation violente. Les enfants arrivent avec leurs propres ressources ; elles sont plus ou moins importantes et c’est cela qui fait la différence entre eux.
Ainsi, vous accueillez des petits qui sont souvent en situation de très grande détresse.
Nadine Brault : Le plus souvent oui : la maltraitance, la drogue, la maman qui a quitté le domicile, etc. Souvent, il y a déjà eu violence au domicile, entre les parents ou contre l’enfant. Mais la violence, c’est aussi pour un petit enfant de deux ans d’être coupé de sa famille et de se retrouver ici ; il ne comprend pas bien ce qui lui arrive, parce que, souvent, cela ne lui a pas été expliqué.
Cette détresse dont vous nous parlez, c’est une détresse physique, psychologique ? Les deux en même temps ?
Élisabeth Rigaux : C’est surtout une détresse psychologique. Les enfants abîmés physiquement peuvent manifester leur détresse en refusant de manger, de dormir, ils ne crient pas forcément. On pourrait presque dire que les enfants qui crient et pleurent vont « bien » : ils crient, rouspètent, disent non, se rebellent, ils ont les moyens de nous appeler, eux !
Certains sont complètement repliés, ne disent rien….
Élisabeth Rigaux : … Ou ils sont indifférents, font un beau sourire à tout le monde, mais se referment, s’isolent… Ceux-là ne vont pas bien du tout.
Vous pratiquez depuis longtemps l’accueil en urgence d’enfants en détresse. Y-a-t-il des « gestes » de l’urgence, un protocole d’intervention qui permet de penser à tout ce qui est important, à ce moment-là, même les détails ?
Nadine Brault : Quelquefois, l’équipe est prévenue seulement une heure avant l’arrivée d’un enfant. La responsable ou la coordinatrice a essayé d’avoir le maximum de renseignements pour nous les transmettre – au moins son âge et son nom. Nous nous occupons tout de suite de lui préparer son lit, une peluche ou un jouet pour l’accueillir, et nous en parlons avec les autres enfants. Déjà dans la tête, tout s’organise.
Élisabeth Rigaux : Nous lui faisons sa place.
Nadine Brault : Nous lui donnons une place dans la pièce et dans nos têtes. Dans la tête des adultes et des autres enfants aussi.
Quand nous allons l’accueillir, nous nous présentons. S’il est avec sa maman ou son papa, nous emmenons tout le monde visiter les lieux : son lit, la salle de bains où il va recevoir les soins, le jardin, la petite maison avec la photo des autres enfants et des auxiliaires qui ne sont pas là. Nous demandons aux parents ou aux personnes qui connaissent l’enfant quelles sont ses habitudes de vie, ce qu’il aime, ce qu’il n’aime pas et nous le rapportons à l’enfant : « Ta maman me dit que…»
Élisabeth Rigaux : Par exemple, nous lui disons : « Demain matin, comme ta maman a dit que tu aimes bien ton biberon, l’auxiliaire qui sera là et qui s’appelle Annie, te le proposera et toi, tu décideras de le prendre ou non. »
Il faut qu’il sache ce qui l’attend…
Élisabeth Rigaux : Oui, que lui-même puisse anticiper. Nous lui disons : « Là, maintenant les enfants vont déjeuner… Pour toi, si tu veux, il y a… » Tout cela, c’est avec l’objectif qu’il puisse anticiper, se préparer, prévoir ce qui peut lui arriver, alors que, justement, nous sommes dans l’urgence. Oui, cela fait partie du protocole.
Chantal Fleury : Il me vient une image : quand les enfants arrivent comme ça, très vite, c’est un peu comme un orage. Souvent, c’est à la suite d’un clash familial où l’enfant n’arrive pas à se situer… Quand il y a un orage entre adultes, ils oublient de parler à l’enfant. Tandis qu’ici, il sent qu’il a une place, que cela va être plus calme, l’orage est en train de s’apaiser. En lui disant tout cela, nous lui montrons qu’il est attendu, que nous lui avons déjà réservé une place.
Nadine Brault : Souvent, d’ailleurs, les autres enfants du groupe l’attendent derrière la porte.
Élisabeth Rigaux : Chez les tout-petits, quand un bébé arrive, les autres manifestent une attention soutenue. L’auxiliaire le présente, dit son nom à ceux qui sont réveillés et quand elle prend en soin un autre enfant, elle lui dit : « Tu vois ce petit garçon-là vient d’arriver. Il s’appelle Untel, et il va rester avec nous… »
Chantal Fleury : Les autres enfants ont des mouvements d’empathie à l’égard de cet enfant qui arrive, mais certains peuvent être agressifs, ils ont peur de perdre leur place. Si un enfant pleure beaucoup, nous sentons que le groupe est inquiet, fragilisé ; cela réveille des angoisses. C’est un moment déstabilisant qui demande beaucoup de disponibilité, de soutien, jusqu’à ce que les choses s’apaisent.
Mais enfin, c’est notre travail et nous, professionnelles, savons que cela existe, nous ne nous en étonnons pas.
Élisabeth Rigaux : Dans le protocole d’accueil, c’est un moment où l’infirmière a un rôle à jouer pour soutenir le travail de l’auxiliaire. Pour que les soins continuent à se dérouler comme les enfants en ont l’habitude, elle peut rester pour s’occuper du groupe d’enfants ou, au contraire, proposer quelque chose de particulier à certains pendant que l’auxiliaire prend en charge l’enfant qui arrive.
Une des difficultés est sans doute là : accueillir en urgence, être disponible, tout en ne faisant rien perdre aux autres.
Nadine Brault : Surtout qu’ils ne se croient pas oubliés, qu’ils soient encore sûrs de nous !
Ce n’est donc pas seulement un accueil, c’est un soin !
Élisabeth Rigaux : Oui, je le pense. Le repas et le bain sont des moments où il se passe des choses importantes. Moments privilégiés qui peuvent permettre à l’enfant d’entrer en relation avec l’adulte, de lui faire confiance parce que ce dernier a envers lui une attitude respectueuse et non intrusive. Cela peut être un moment thérapeutique par rapport à la rupture brutale des liens antérieurs.
Comment les parents vivent-ils le traumatisme que représente le placement en urgence des enfants ?
Élisabeth Rigaux : Très douloureusement. L’urgence de la brigade des mineurs, celle où la police est entrée en enfonçant la porte – cela arrive encore de temps en temps – est d’une violence extrême pour l’enfant et pour les parents. Alors, quand les parents arrivent, avec l’enfant ou un peu plus tard, la coordinatrice, une psychologue ou moi-même, les recevons pour parler avec eux de ce qui va se passer pour leur enfant, de ce qui va être pris en compte de leurs droits, de ce qui peut se passer pour eux malgré tout ce qui est arrivé. L’accueil d’urgence est donc aussi celui des parents.
Y a-t-il encore des enfants amenés par la brigade des mineurs sans que les parents sachent où ils sont ?
Élisabeth Rigaux : Cela peut arriver pour les parents qui sont en garde à vue, par exemple. Dans ces cas, nous essayons de les emmener très vite voir leurs parents. Là aussi, nous sommes obligés de traiter en urgence : nous appelons le juge pour avoir une autorisation dans les 24 heures ou du moins le plus rapidement possible, et c’est aussi une bataille contre le temps pour que l’enfant puisse revoir sa mère et/ou son père.
Mais il y a aussi d’autres types d’accueil ?
Élisabeth Rigaux : Oui. Par exemple, celui de l’enfant hospitalisé, que l’auxiliaire de puériculture va aller voir à l’hôpital… alors nous demandons aux parents de pouvoir accompagner leur enfant. C’est urgent, il faut l’accueillir, mais nous pouvons faire un travail de préparation, d’adaptation, d’apprivoisement en tout cas.
Souvent, il serait possible de mieux préparer, de prévenir, d’éviter l’urgence traumatisante pour un enfant et de faciliter l’accompagnement par les parents.
Le lendemain et les jours qui suivent, c’est encore l’urgence. C’est une urgence qui dure…
Chantal Fleury : Le gros risque pour les enfants, c’est la coupure, le sentiment de perte. Pour les tout-petits, les retrouvailles sont extrêmement complexes et difficiles. Plus les soins sont de bonne qualité, mieux les enfants peuvent retrouver leurs parents, et cela d’autant plus quand on est engagé dans une spirale de rupture de liens, de retrait. Cela aide beaucoup les parents de retrouver un enfant qui va bien ; nous avons la mission importante d’assurer une bonne qualité des soins pour ces enfants au niveau de leur santé psychique… et de leur parler de leurs parents.
Élisabeth Rigaux : Dès l’accueil, nous expliquons à l’enfant les raisons pour lesquelles il est là, avec les mots les plus simples : « Ton papa et ta maman ont des problèmes à régler, ils doivent le faire entre adultes et le juge a pensé que toi, ici, tu serais en sécurité. Actuellement, c’est la moins mauvaise ou la meilleure des solutions. Ici, tu peux continuer à grandir. »
Les enfants comprennent très bien, quel que soit leur âge. Cela les autorise à créer un lien avec quelqu’un d’autre.
Nous demandons aussi aux parents des photos, des objets personnels de leur enfant que nous installons le plus rapidement possible autour de lui.
Nadine Brault : Quand un enfant arrive, nous essayons de lui laisser ses vêtements personnels, un ou deux jours suivant leur état, évidemment. Avant même qu’il arrive, si nous savons son nom, sa date de naissance, nous préparons son cahier où nous noterons ce qui se passe tous les jours, et tout ce que nous pourrons observer de ce qui le calme, ce qu’il aime. Ce cahier ne concerne que lui, mais il ne l’emportera pas en partant. Il fait lien entre nous, permet de rester cohérent – il y a quand même cinq personnes pour s’occuper d’un enfant. Sans cette vigilance, nous serions vite dans la violence institutionnelle.
Élisabeth Rigaux : Tous ces points font l’objet de protocoles écrits dont tous les points sont retravaillés de temps à autre ; nous venons d’ailleurs de le faire pour celui de l’accueil en urgence la nuit.
L’urgence maltraite aussi les professionnels qui ont besoin d’être soutenus face à la détresse des enfants qu’ils accueillent. Comment êtes-vous aidés pour tenir le coup ?
Nadine Brault : Le fait de rédiger le cahier, de noter chaque jour toutes nos observations, nous permet de mettre des mots sur ce que nous avons vécu, de prendre un peu de distance par rapport à ce qui s’est passé. Après, nous pouvons en parler avec la psychologue qui lit les cahiers et qui, elle aussi, vient observer les enfants ; c’est déjà une forme de soutien.
Dès qu’un enfant est accueilli, nous nous réunissons très vite pour parler de lui puis nous avons, pour chaque enfant, une réunion une fois par semaine.
Élisabeth Rigaux : C’est à l’occasion de la première réunion que des informations sont transmises sur la situation de l’enfant, ce qu’il nous semble nécessaire et possible de transmettre. Nous parlons tout de suite de ce qu’il renvoie, comment il se situe dans le groupe, ce qui a été difficile dans l’accueil, etc.
Ce que vous ressentez face à cet enfant est donc également pris en compte.
Nadine Brault : Il est possible de dire quand on en a marre, quand c’est vraiment trop dur ou encore trop émouvant. Ici, tout cela est écouté, c’est quelque chose qui a toujours existé et qui fait partie du cadre de travail
Chantal Fleury : Les émotions sont très fortes en pouponnière. Tout le monde a besoin de pouvoir les verbaliser, les psychologues aussi. Toutes, dans l’équipe, nous recevons beaucoup de violence et de souffrance dans cet accueil en urgence, alors que ces enfants sont déjà eux-mêmes dans la violence.
Élisabeth Rigaux : C’est très violent de recevoir cette souffrance et de ne pas pouvoir en faire grand-chose, du moins au début.
Y a-t-il des enfants qui sont un peu rejetés d’une manière ou d’une autre parce que, justement, cette souffrance est trop lourde ?
Nadine Brault : Je dirais que non. On ne choisit pas d’être référente d’un enfant. Il y a un « tour de rôle ». Chaque enfant a donc sa place dans le groupe et doit pouvoir disposer d’une disponibilité égale de l’adulte.
Chantal Fleury : Il arrive que l’on ait plus de mal à nouer une relation confiante et affectueuse avec certains enfants. Il est bien sûr possible de dire : « Avec lui, c’est difficile. » Il faut alors plus de temps, partager nos observations, comprendre ce que cet enfant provoque et avoir confiance en lui et en nous.
Nadine Brault : Il y a aussi le tour de rôle des enfants ; on organise toujours le bain et le repas dans le même ordre ; c’est-à-dire que c’est toujours le même enfant qui passe en première ou en deuxième position, toujours dans le même ordre et tous les enfants bénéficient d’un temps de soin égal avec l’adulte. Cet aménagement du temps procure sécurité aux enfants mais aussi aux adultes. Le nouveau s’inclut dans ce tour de rôle : souvent, il passe en premier car il a besoin d’être rassuré.
L’urgence, vous ne choisissez pas ses moments. Comment vivez-vous l’accueil quand les arrivées se succèdent de façon très rapprochée ?
Nadine Brault : C’est très difficile pour nous et pour les enfants : un enfant est à peine adapté, à peine remis de sa détresse, et crac, un autre arrive, en détresse, qui pleure…
Combien accueillez-vous d’enfants pour chaque groupe ?
Élisabeth Rigaux : En principe six, parfois sept. Mais sept enfants dans un groupe, cela déstabilise beaucoup ; le travail est difficile, les auxiliaires ont l’impression de ne pas donner la qualité nécessaire, c’est tendu.
Nadine Brault : Peu d’enfants, ce n’est pas bien non plus. Quand il y n’a a que deux enfants au lieu de six, nous sommes obligées de prendre des précautions : ne pas trop les prendre sur nous, ne pas trop jouer avec eux. Parce que dès que d’autres enfants arrivent, ils ne comprennent pas que l’on soit moins disponible. Cela nécessite une régulation constante.
Pour pouvoir arriver à ce mode de fonctionnement autour de l’urgence, il a sans doute fallu du temps ?
Élisabeth Rigault : La structure existe depuis 1974, mais tout doit être retravaillé en permanence. Il y a ici une prise en charge bien spécifique : le soin à l’enfant, mais aussi le soin au parent. Beaucoup de jeunes parents vont vraiment très mal, parfois ils ne tiennent pas debout quand ils arrivent. Pourtant il faut entretenir le lien, parfois il faut aider à le créer, et c’est vraiment à bout de bras.
Les moyens qui ont été mis en place, qui sont indispensables, sont exceptionnels. C’est cela qui nous permet de penser l’accueil, de nous donner les moyens de l’accueil, de l’organiser, de réfléchir.
On en viendrait à penser que l’urgence pourrait presque s’improviser. Vous démontrez que c’est un énorme travail.
Élisabeth Rigaux : L’urgence, c’est dur. La séparation est si difficile que, quelquefois, je parlerais même d’arrachement. C’est très douloureux, quand on ressent un arrachement mère-enfant, c’est quelque chose d’impensable. Pourtant, ici, nous le vivons tous assez régulièrement. Cependant, j’observe une évolution des mesures prises par les juges : il me semble que, cette année, nous avons eu moins de mesures « d’arrachement au domicile ». De leur côté, les travailleurs sociaux ont mis en œuvre davantage de soutien aux familles en difficultés. Mais il y a encore beaucoup de travail à faire, et sans doute à imaginer, en amont de l’urgence. Il y a encore beaucoup à réfléchir avec tous les partenaires pour aménager un placement qui est certes inévitable, mais qui devrait être moins violent.