Enfances & Psy
érès

I.S.B.N.2-7492-0023-7
144 pages

p. 5 à 6
doi: en cours

Veille sur la revue
Veille sur l'auteur
Vous consultez

Dossier

no20 2002/4

2002 enfances & PSY Dossier

Le souci du corps

Alexandrine Saint-Cast Jean-Philippe Raynaud Laurent Renard Alexandrine Saint-Cast est psychomotricienne, Jean-Philippe Raynaud et Laurent Renard sont psychiatres.
Enfances & psy a déjà abordé la question du corps, par petites touches, au fil des dossiers thématiques, soulevant des interrogations, pointant des incertitudes et des paradoxes. Comme s’il en allait toujours ainsi dès qu’il s’agit de faire des liens entre corps et psyché : les professionnels s’approchent, mais pas trop. Que penser du corps de ce jeune, devant nous, face au nôtre, tellement pareil et tellement différent ? Qu’en percevoir, qu’en ressentir au cours de notre intervention, qu’elle soit éducative ou soignante ? Existe-t-il une bonne distance, un juste souci du corps [1], qui tiennent compte de l’âge, de l’environnement familial, du fonctionnement psychique, de la culture de l’enfant ?
Les expériences et les rencontres du corps accompagnent et soutiennent le développement du bébé (Annick Le Nestour et Gisèle Danon), contribuant à frayer le chemin encore mystérieux vers l’accès au langage (Michel Bernard). Du bébé à l’adolescent, corps et pensée – investis par les parents, les éducateurs, les thérapeutes (Jacqueline Sarda) –, sont comme indissociables et contenus dans une matrice culturelle et symbolique. Peu à peu, se construisent la représentation du corps et les investissements conscients. Peu à peu cette relation entre corps et pensée évolue, s’enrichit, se complexifie.
Si nous n’avons pas accès directement au vécu du corps du jeune enfant, nous savons mieux aujourd’hui que dès la naissance, le corps peut souffrir, même s’il est toujours difficile d’accepter et de se représenter cette souffrance qui ne se dit pas (Élisabeth Dardart). Les pédiatres savent bien comment approcher ce mal du corps qui raisonne fort dans la tête : en restant à l’écoute des mères et en étant accessible aux signaux qu’envoient les enfants, même les plus jeunes, au milieu des bruits de fond (Antoine Leblanc). Les assistantes maternelles empoignent ce corps au quotidien, le portent, le pensent, pour communiquer avec le bébé (Fatima Amaouche). Pour accompagner son développement, tous en observent les mouvements, les rythmes et aménagent pour lui, avec lui, des espaces symboliques (Franco Boscaini).
Le lien corps/psychisme occupe une grande place dans la pratique des médecins (que l’on précise parfois « somaticiens ») et des psychomotriciens. Nous avons interrogé ces derniers sur les pathologies de l’investissement du corps et sur ce qu’elles éclairent lorsque l’on s’intéresse à ces troubles (Florence Reinalter-Ponsin et Catherine Potel-Baranes).
Certaines situations extrêmes, certaines pathologies, poussent les cliniciens dans leurs pratiques quotidiennes auprès des enfants à chercher, à inventer, à aménager les cadres de soins. Du lien à l’autre au lien à soi, les professionnels ajustent leurs approches thérapeutiques pour essayer de relancer une dynamique, une pensée (Régine Scelles, Pierre Delion).
Mais le corps de l’enfant n’est pas qu’un corps souffrant ou un corps soigné. Autour de lui, avec lui, ça vit, ça bouge, ça pense. Les représentations sociales et culturelles se transmettent, évoluent, parfois se figent, mais ne sont jamais insignifiantes ou sans effet (Michel Bernard, Yolande Govindama, Philippe Scialom). Même si notre époque en semble encore scandalisée, le corps est nécessairement sexué et inscrit dans la suite des générations. La libération des corps, prônée il y a quelques décennies, est éminemment ambiguë. D’un côté, elle manipule et idolâtre le corps, de l’autre elle soutient la répression et le déni du corps. Et ce sont peut-être les adolescents qui sont le plus sensibles au regard des autres, comme l’observent les professeurs d’éducation physique et sportive (Hervé Corre).
Investi et animé d’affects, le corps est le lieu où s’origine la pulsion et sera celui de son extinction. Le corps de l’enfant qui grandit et se développe dit son histoire singulière de sujet en devenir, avec son lot de franchissements incontournables. Tous les professionnels de l’enfance ont aussi affaire avec ce que Françoise Dolto a décrit comme l’image inconsciente du corps (Gérard Guillerault). Ce souci du corps, intégré à leur pratique quotidienne, est partagé par tous ceux qui regardent, écoutent, accompagnent les enfants et les adolescents.
 
NOTES
 
[1] Pour paraphraser la formule de Michel Foucault, le souci de soi.
© Cairn 2007 Vie privée | Conditions d’utilisation | Conditions générales de vente
À propos | Éditeurs | Bibliothèques | Aide à la navigation | Plan du site | Raccourcis
[1]
Pour paraphraser la formule de Michel Foucault, le souc...
[suite] Suite de la note...